‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 90 sur 243 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

le zèle soutenu du roi de France; Ëstienne n'entretint avec aucun d'eux les relations étroites et familières qui l'unirent à ce prince : aussi l'affection qu'il avstit vouée moins à sa fortune qu'à sa personne lui survécut-eile. Quand le poignard dont Henri III avait frappé les Guise se fut retourné contre lui, il le pleura avec amertume et lui consacra de nombreuses épitaphes^, où, sous l'effort qui cherche le bel esprit, perce l'émotion d'un regret sincère. Jamais, depuis, il ne manqua l'occasion de rendre hommage par ses écrits à une mémoire qui lui resta chère et vénérée.

Ces sentiments de gratitude , joints à la douleur que lui inspiraient les déchirements des troubles civils^ éclatent surtout dans un opuscule qu'il composa l'année qui suivit la mort de ce monarque : c'est un dialogue où Henri Ëstienne se met lui-même en scène , s'y donnant pour un de ces Français, alors trop rares, qui, peu soucieux de la politique et demeurés fidèles à la seule cause du pays, ne voulaient que le sauver de ses propres fureurs. Il converse avec un étranger, comme lui plein d'amour pour la France^. A la faveur d'un cadre fort goûté du xyi© siècle, et qui va bien au caractère de son esprit , l'auteur épanche les émotions pénibles dont son âme était oppressée. Néanmoins on déplore que ses antipathies<.^eligieuses , s'y montrant à découvert , semblent éloigner les chances de*Ia conciliation et de la paix dont ses vœux pressaient le retour. Dans ce pamphlet, qu'envenime trop souvent

1. Il y en a en français, en latin et en grec : voy. Dialog» Philocelt, et Coron,, p. 331-346 da vol. intitulé Musa monitrix.

2. Dialogus Philoceltœ et Coronelli, in-8", 1590. — Sous le dernier nom, qui est une variante de celui de Stephanvs (aTé^avoc, couronne), on reconnaît aisément Henri Ëstienne, qui Ta encore employé dans d^autres ouvrages.

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L passion du sectaire, il s'arme en effet contre le atholicisme des impatations haineuses accréditées larmi ses contemporains, et des forfaits de quelques nsensés. Après avoir raconté fort en détail l'assassinat le Henri lll par le jacobin Jacques Clément , et 3elui du prince d'Orange, victime du fanatique Gérard , il s'étend sur les tentatives de meurtre qui ont menacé les jours de la reine Elisabeth d'Angleterre , et s'efforce d'en faire retomber tout l'odieux sur les ennemis du protestantisme. Les moines , à ce titre , sont accablés par lui de calomnies et d'injures. On regrettera en outre que l'infortunée Marie Stuart soit présentée comme une criminelle , justement punie du dernier supplice. Mais ce qui forme la partie la plus vraie et la plus attachante de cet ouvrage, c'est le tableau de l'état où languissait la France, troublée par les querelles de dogme et déchirée par l'ambition des grands, ïstienne y décrit en'tifaits én^iqUes la foi et l'hospitalité livrées au mépris, la division au sein des familles, les liens les plus sacrés rompus , et la guerre partout allnmée , cette guerre sans pitié où d'Aubigné nous a peint, dans des vers qui annoncent Corneille,

Les pitoyables mères,

Pressant à Pestomac leurs enfants éperdus , Quand les tambours français sont de loin entendus '.

L'image attristée de la patrie se dressant constamment devant ses regards, H. Ëstienne n'épargne pas les auteurs des maux qu'elle endure. Parmi eux il signale au premier rang les Guise , dont la mort violente a , selon lui , dignement expié les complots; il se déchaîne contre la faction de la Ligue, dont il découvre les desseins secrets,

I . Tragiques , liv. I*'. On se rappelle Virgile , i^n. , VII , 5 1 8 :

Et trcpidae maires pressere ad pectora natos.

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