‹ Congo & Belgique (a propos de l'Exposition d'Anvers)Chapitre 1 sur 14 · BRUXELLES · texte numérisé non relu

BRUXELLES

IMPRIMERIE S C IF. N 'J* II* I ^) r E ni. Hl'LKNS

•^2, rue <lc l'Ksralier, 22

Au moment précis où j'écris ces wemières lignes, les derniers Congolais de JpExposition d'Anvers quittent notre pays. Coïnci- Mence toute fortuite, et dont j'ai plaisir à tirer parti en liisant à nos hôtes non pas u adieu! >i,mais " au revoir! ji, t à bientôt! ", et ce au nom de la Belgi(]ue entière, de masse des fervents de la première heure comme des indifférents de la dernière, tous ne formant plus aujourd'hui qu'un noyau compact rallié sans retour à

f ridée coloniale.

Un I labeur de quinze ans, auquel s'applique .mieux .que jamais l'appréciation de de Brazza : « Travail de Titan accompli avec des moyens de Pygmées »; une série ininterrompue de succès scientifiques, économiques,

moraux, militaires ; Tappel à la vie civilisée de tout le cœur de l'Afrique; ranéantissemcnt, dans des territoires cent fois grands comme la mère-patrie, de la race maudite dont les razzias envoyaient sur les marchés d*P2urope rivoire volé et sanglant, dans les harems d'Orient les orphelines violées ; Tordre, la justice, le travail, la foi, révélés à des millions d'êtres humains; l'admiration imposée au monde entier; tout cela affirmait et consolidait l'œuvre du Roi-Souverain, affirmait et consolidait l'indépendance de la Belgique, affirmait et consolidait notre volonté de garder parmi les nations civilisées une place digne d'envie, un rôle d'apôtre et de croisé, la gloire impérissable d'avoir osé, nous, si petits par nos limites, prendre à la gorge le mal hideux, l'immense et fondamentale question de la traite.

Il y a quelques années à peine (i), la gigantesque masse de l'Afrique n'apparaissait encore à l'imagination troublée que comme une accumulation de ténèbres; les

bords en étaient connus, mais il n'y venait que d'horribles négriers , dont les bâtiments de l 4^ transport s'appelaient des <c tombeaux » ; du côté de l'Asie et de l'Europe, nos civilisations avaient voulu s'épanouir, mais s'étaient éteintes sans aucun germe ; nous en voyions arrachées et extraites, depuis des époques indéterminées, par convois et par cargaisons incessamment renouvelés, des foules et des multitudes de familles humaines, dont la provision devait être intarissable.

(1) D'après Victor Aicould : li'Œuvro (ifri(Miiiie.

Et les siècles s'écoulaient ! Et avec eux s'effaçaient toute sensibilité et toute pitié ! Le nègre n'était vraiment qu'une béte de somme et la vue de la race noire, mise en coupe réglée depuis toujours, comme une moisson mûre, ne troublait plus l'œil môme du philosophe ou du religieux! Et ces torrents de sang jaillissant du sein de l'Africjue semblaient des fleuves comme les autres, faits pour couler dans le lit qu'on leur creuserait, sans souci de leurs sources qui étaient pourtant des artères vivantes.

Puis un jour, des apôtres se levèrent pour l'émancipation et le rachat des nègres dans les contrées ouvertes à la civilisation.

En 1722, la justice anglaise décida que « tout esclave » qui mettait le pied sur le sol anglais recouvrait la » liberté, (jui ne pouvait lui être enlevée ». En 1807 seulement, presque un siècle plus tard, les Chambres anglaises décrétèrent l'abolition complète de la traite dans toutes les possessions anglaises.

Des négociations, des congrès, des traités, des lois (i) créèrent des courants de pitié qui, de proche en proche, gagnèrent tous les peuples, et nulle part où des hommes de nos souches étaient établis, l'esclavage ne fut plus souffert. Une guerre terrible et superbe, la Guerre de Sécession l'avait extirpé de la République du Nord américain : c'était en i865.

En 1888, le I.-Jrésil décrétait l'émancipation de ses noirs.

Il ne restait plus que l'Afrique, sombre entrepôt, close à tout rayon d'humanité, livrée aux mains rapaces et sanguinaires qui fouillaient ses entrailles.

Le 2 juillet 1892 est proclamé l'acte de la Conférence de Bruxelles.

■ Il Pari» 1811: Vioniio Isi:,; U,\ ,\o iSlS; Vi-nuie 1822; Paris vt Li.iulies I.SIU «n ls:;:{; cti-.

E.l.'^oin, tn 1894, la Belgique transportée au retour des expéditions antiesclavagistes , haletante d'enthousiasme à l'approche de Dhanis; saisie d'un engouement indicible pour l'exposition du Congo, heureux signe des temps, démonstration évidente de l'intérêt et de la sympathie que tous maintenant por- ^^2 \^ tent aux choses d'Afrique; honorée des \ ■N.^ll éloges sans restriction des étrangers, tel cet officier russe, le lieutenantcolonel Léonide d'Artamonoff', de l'état-major (Askabad Transkaspien) qui, de passage à Anvers, m'exprimait (en un français un peu tourmenté mais combien touchant) l'admiration que les Russes d'au delà le Caucase ont pour les Belges au Congo; recevant et acclamant dans SCS vieux hôtels communaux, dans ses salons, au sein de ses sociétés savantes, des noirs qui disent ; M Merci aux Belges, pour la rédemption de notre race! » Aussi, qu'importent encore les dernières velléités de résistance?

Quel sentiment vous fait donc parler encore, vous qui, ignorants ou de mauvaise foi, inconscients ou timorés, ne trouverez bientôt plus au bout de votre piteuse résistance que le ridicule, l'indifférence, l'oubli ? Le moment est venu, dans votre intérêt, de vous taire. Vous parliez complaîsamment de choses que vous ne connaissiez pas à des auditoires qui n'en savaient pas plus que vous; votre tâche, certes, était plus facile (^ue la nôtre; un bureau de journal, une tribune de cabaret, voire souvent un salon brillamment éclairé, valaient mieux pour vos exploits que les immensités farouches des tropiques africains!

Et, néanmoins, voyez comme notre persévérance est arrivée aujourd'hui à vous permettre la comparaison entre

l'Afrique dont vous parliez si aisément, et celle que nous faisions si difficilement.

Vous voulez bien, n'est-ce pas, faire avec nous un voyage au Congo? Oh ! ne vous effrayez pas, notre voyage sera fictif, et pourtant combien intéressant, car pour rendre tangibles et manifestes aux plus incrédules les résultats déjà obtenus là-bas, nous ferons notre voyage aller et retour contrairement à ce qui se fait actuellement, et, au lieu de commencer à remonter le grand fleuve, nous ferons le voyage aller en le descendant d'abord; à Banana nous ferons demi-tour pour le voyage de retour.

Entre nos deux voyages, nous laisserons s'écouler dix-sept ans, parce que, l'aller, nous le ferons avec Stanley, quand du 5 novembre 1876 au 9 août 1877, il viola enfin ces territoires vierges figurant sur les cartes sous la rubrique « pays inconnus », grandes lettres noires sur fond blanc.

Leretour, nous le ferons aujourd'hu avec ces noirs, tenez, qui viennent de 1 quitter Anvers, accompagnés d'acclamations vibrantes.

Et nous verrons comment ces pays, forcés par l'audacieux Américain, ont été dévi loppéspar lui et ses successeurs! Comment le ventre de l'Alriquc, que la barbarie stérilisait, est devenu fécond, et enfantera bientôt d'incalculables richesses.

Je voudrais résumer ici le grand, le périlleux voyage de Stanley, celui qu'il intitula lui-même A travers le continent mystériaix. Je voudrais le citer longuement, car on ne saurait trop redire à des Belges cette mémorable épopée, cause première de leur éveil à la vie coloniale! Mais je veux croire qu'actuellement ce grand fait historique est suffisamment présent à l'esprit de ceux pour qui j'écris, et qu'il m'a suffi d'avoir suscité l'idée de notre voyage aller pour que chacun revoie cette aventure extraordinaire de la descente (lu Livingstonc, de

Nyangoué à Banane, les trente-deux combats livrés le long du fleuve inconnu, les cataractes de Stanley, les trente-deux chutes des Monts de Cristal, les privations effroyables, les morts, les massacres

Le g août 1877, 999 jours après avoir quitté Zanzibar, Stanley retrouvait la civilisation à Boma.

L'Europe émue le traite presque d'imposteur, et se défie de lui comme certains de nos dirigeants ont essayé de faire pour nous. Mais il a inspiré confiance au roi des Belges, et, en 1879, Stanley l'Africain reparaît à l'embouchure du Congo, afin d'atteindre à nouveau ce qu'il appelle le véritable cœur de l'Afrique, dont l'incomparable richesse compensera tous les efforts, tous les sacrifices qu'on voudra s'imposer pour la mettre à la portée de l'Europe.

(c L'intérieur de l'Afrique, dit l'illustre voyageur î> dans une image des plus saisissantes, peut être » comparé à une immense noisette dont les 16 millions » de kilomètres carrés (i) de terres presque planes, désor- ^î mais conquises, forment l'amande. On ne tarderait )) pas à en connaître la valeur si on se donnait la peine î> de briser, pour l'atteindre, son épaisse enveloppe — ^> ces 38o kilomètres de rudes montagnes qui la dérobent '> actuellement au monde civilisé. »

Fiévreusement, Stanley se met à la besogne, reconnaissant à nouveau, en détail cette fois, le grand fleuve et ses affluents; passant des traités; échelonnant partout ses adjoints qu'il enflamme de son entreprenante ardeur.

Et sur les traces de ces audacieux s'élancent missionnaires, savants, commerçants, et, détail piquant, on voit arriver des touristes et parfois des voyageurs que

{}) Dont preiiijue le (juart pour le Itussin ilu ('<nip«».

l'enthousiasme saisit au point de les faire combattre à côté des Belges : tel cet officier américain, le lieutenant Mohun, agent consulaire chargé de mission au Congo par son gouvernement, et qui demanda, et obtint, de pouvoir faire toute la campagne arabe aux côtés de Chaltin d'abord, de Dhanis ensuite.

Notre voyage de retour va nous dire maintenant ce qui s'est fait là-bas, et pour cela nous n'aurons qu'à rappeler ce qui, à Anvers, a formé incontestablement le côté attractif et nouveau de l'Exposition, je veux dire le « Palais Congolais » et son pittoresque village. En y entrant le visiteur entrait dans un monde nouveau et s'il a pu consacrer à sa visite le temps nécessaire et la science d'observation, on peut penser qu'il connaît notre empire colonial autant qu'il est possible Je le connaître sans avoir franchi les océans. Et c'est '*"'' pour conserver cette impres-

sion, pour affirmer cette révélation, pour continuer en un mot par le livre le grand enseignement qu'a été l'Exposition congolaise, que j'écris cette notice, dans laquelle je ne veux mettre aucun ordonnancement chapitrai, dans laquelle je ne veux qu'effleurer quelques-uns des points dont un seul, développé en sa complète expression, ferait la matière d'un

bleus, que semblaient garder et protéger les grandes divinités de bronze, accroupies en des poses hiératiques, durant que le service d'honneur était fait par d'étonnants soldats noirs, venus de tous les points de l'Etat Libre, et dont les yeux, très doux et très expressifs sous les reliefs de bizarres tatouages, gagnaient les sympathies de chacun.

Ah! on les regardait bien, ces Bangalas, ces Basokos, ces Sappo-Zap qui, chez eux, à notre vue, n'ouvraient pas de plus grands yeux!

Puis on entrait et tant do choses s'offraient aux regards interrogateurs que vraiment on ne savait par où commencer; et pour cela je n'ai pas craint de m'offrir comme "uide.

A tout seigneur, tout honneur!

La meilleure place était réservée aux œuvres de la statuaire chryséléphantine.

Ce joli vocable s'applique à un art négligé jusqu'ici en Belgique, et qui a fait à Dieppe une telle renommée que les historiens géographes de la côte occidentale d'Afrique en tirent argument pour affirmer que ce furent

les Dieppois qui arrivèrent les premiers sur la côte de Guinée, en iSSg, pour y rester jusque vers 1413, époque à laquelle la querelle des Armagnacs et des Bourguignons d'abord, puis la guerre contre les Anglais, firent

abandonner par les Dieppois leur colonie de la Mine où faisaient escale Notre- Dame -de -Bon- Voyage, la Vierge, t Espérance, le Saint-Nicolas, etc.. Ce n'est que plusieurs années après, le passage des Français étant à peine resté à l'état de souvenir, que les Portugais firent leur première apparition dans le pays qu'ils appelèrent El Mina, nom qui subsiste encore aujourd'hui. Or, disent les géographes français, dès les premières années du xv*' siècle, les habitants de Dieppe étaient déjà renommes pour leur habileté à travailler l'ivoire; et cet ivoire, qui arrivait en quantité suffisante pour alimenter une industrie d'une telle importance, ne pouvait provenir du Portugal, dont les navires n'allèrent pour la première fois sur la cote d'Afrique qu'un certain nombre d'années plus tard.

Quoi qu'il en soit des prétentions françaises et portugaises quant à la priorité de la découverte des pays situés sur la côte occidentale d'Afrique, remarquons que l'art de tailler l'ivoire s'est conservé à Dieppe d'où pas un voyageur ne revient sans avoir emporté comme souvenir soit quelque pièce artistique de grande valeur, soit quelque menu bibelot signé « Dieppe ».

Ce travail de l'ivoire se fait aussi en Belgique mais de façon bien restreinte, car je ne puis vous montrer ici qu'un exposant industriel, M. Albert Leroy, dont les statuettes, les christs, les beaux supports de lampe faits d'un olifant d'ivoire, mille fantaisies délicates, ont consacré la réputation. Mais, je viens de le dire, son travail de l'ivoire est industriel.

Et l'idée est venue (i), à l'occasion de l'Exposition d'Anvers, d'attirer l'attention de nos artistes sur l'emploi

cVune matière dont les tons chauds, la douceur de travail, la texture spéciale, vivante pour ainsi dire, permettaient d^espérer de nos sculpteurs des œuvres rappelant celles des anciens ivoiriers, des ivoiriers de Tépoque gothique ou du commencement de la Renaissance.

Pour donner une idée de l'importance qu'on attachait au travail de l'ivoire dans l'anticiuité, rappelons que la statue de Miner\-e à Athènes, fabriquée en or et en ivoire par les artistes grecs, avait, dit-on, 12 mètres de hauteur, et celle de Jupiter 16 mètres.

Le musée d'antiquités de la ville d'Anvers possède en particulier deux statuettes anciennes, en ivoire de l'époque gothique ou du commencement de la Renaissance, représentant l'une r (c Ecce homo )>, l'autre la Sainte-Vierge, hautes, la première de 40, la seconde de 42 centimètres; ce sont des œuvres capitales.

C'est surtout le genre religieux que cultivaient les anciens ivoiriers et l'on peut citer : à Namur, un autel portatif, une crosse abbatiale unique en Belgique, des tablettes que les écrivains d'art français se sont plu à reproduire vingt fois, des christs superbes, dont l'un dû au ciseau de Duquesnoy, une boîte à hosties montée en reliquaire offrant la légende de Sainte- Catherine, etc., etc.; — à Bruges : la Vierge à l^oiseau, valant 8,000 francs; — à Bruxelles : un Polyptique, scènes de la vie de Jésus-Christ, et La Passion, Renaissance italienne : 10,000 francs.

De nombreux sculpteurs répondirent à l'appel et nous avons pu admirer les œuvres suivantes :

Vision, de Craco; — Phœbê, de De Ruddcr ; — Marie de Nazareth, de De Tombay ; — Psyché, de De \'igne; — Allegretto et Mincrva, de Dillens; — Saint-Jean-BapUste et Saint-François d^ Assises, de Dupon; — Cnpidon, de

Jespers; — Buslc d' enfant, de Laj,':ie; — Tj/i, {la Fiiriimc), de Samuel; — La toilette ci !^c petit espiègle , de Van Beurden; — Méduse, de Vinçotte; — Vierge, de Watsoii ; — Coffret et Kflsc, de Wolfers.

La moitié de ces œuvres ont trouvé aajiiéieur au

cours de l'Exposition , et des commandes nouvelles ont été laites.

La tentative belf^e de rénovation éburinc ne s'en tiendra pas là, et nous avons à signaler l'arrangement conclu par l'Etat indépendant du Congo avec la société anonyme VArt, qui vient de se f o n d e r ;>

Bruxelles ; son but : 1' l'application des arts à l'industrie en général et leur appropriation aux usages de la vie ».

L'Etat du Congo fournira 1 " i V t) i r e à la société tArt, qui aura la charge d'en tirer parti artistique.Gràce à cette combinaison, nous avons le droit d'espérer qu'avant peu

sera assurée la réalisation de l'idée suggérée par l'Exposition d'Anvers : rénovation eu Belgique de !a sculpture éburine.

A côté des ivoires sculptés du compartiment congolais, signalons les ivoires peints de Robert Mois et de Van Engelen, et aussi cette curieuse planche d'ivoire

sur laquelle un artiste indigène de Banane a gravèj les signatures des plénipotentiaires de l'acte de Iffl^ Conférence de Bruxelles.

Le parti artistique tiré des ivnires congolais, donifl on a disposé un peu jiartout les énormes défense! est, parmi les multiples manifestations de la questiora congolaise, une des plus originales, et pourrait êtrra une des plus fructueuses.

Imméaiatement à côté de ce travail de l'ivoire, nous avons plaisir à admirer l'exposition des meubles faits en bois du Congo, et les nombreux échaiitillons'fre'bois de luxe, travaillés, polis et vernis, par MM. Van Poucke, Fichefet frères, Snyers-Rang. J'ai la partie bien belle ici pour insister sur l'avenir de notre quasî-colunie au point de vue forestier, et j'en profite.

Tous les voyageurs n'ont pas manqué de s'étendre complaisamment sur la beauté des colosses de l'Afrique équatorialc. Je n'aurai pas recours à leurs descriptions, car je me place ici surtout sur le terrain économique.

Dès l'arrivée des blancs sur le Haut-Fleuve, la forêt fut mise à contribution pour l'édification des premiers bâtiments : en ï8S3, à l'Equateur, Van Gèle faisait confectionner des planches d'un ,t,

bois jaune, signalé par ics '^ ,

indigènes comme très rési^i et inattaquê par les ter mites. Dix ans plus tard,

en l8g3, nous reprimes ^T""' '"'■t^^'.'i'fciÏT

toutes les planches de Van ;

Gèle pour en faire le plan- .1,^=^ ^^ ~- ^ "'"^ '~ -'^'*=" cher d'une de nos maisons à

Coquilhatville; ces planches, bien sèches, se travaillaient aussi docilement qu'on le pouvait désirer, et, comme l'avaient assuré les indigènes, elles se conservaient parfaitement. Aussi est-ce à ce bois jaune que le blanc a actuellement grand recours à l'Equateur même, pour ses constructions et pour la confection de tousses meubles.

A Loukoléla, les missionnaires anglais emploient une essence brun rougeàtre de toute beauté.

Parmi les bois dont les indigènes font leurs pirogues,

nous remarquions des essences aussi belles que Tacajou.

Bref, des échantillons de tous ces bois furent adressés au Gouvernement, qui les fit examiner par des spécialistes dont Tavis fut unique.

Ainsi MM. Westphall et Spiess, de Hambourg, écrivaient le 23 janvier iSgS :

« Pour ce qui concerne Tacajou africain, Popinion générale sur la place de Hambourg est qu'il est appelé à un grand avenir, bien qu'il le cède en qualité à celui de l'Amérique centrale, qui est introduit ici sous le nom d^ acajou de Tabasco. »

D'autre part, des fabricants demandaient des échantillons de grandes dimensions, suffisants pour en confectionner des meubles. Satisfaction leur fut donnée : les échantillons de bois, si coûteux que fut leur transport, arrivèrent de partout : du Mayombe, de Léopoldville, de l'Equateur, de Basokos...

Leur examen, leur mise en œuvre, permirent à MM. Fichefct, constructeurs à Bruxelles, d'écrire la note suivante :

<c Bruxellcîs, le 27 avril 1894.

» Notre industrie doit avoir recours à l'importation pour se poui'voir de la plus grande partie des bois employés dans les constructions du matériel de chemin de fer, les constructions navales, Tébénistcrie, etc..

» L'Amérique, les Indes, la Russie, la Scandinavie, nous expédient des bois en énorme quantité.

î> Le Congo possède des forets immenses, boisées d'arbres aux proportions gigantesques; les essences sont multiples; elles peuvent très avantageusement concourir avec celles que notre industrie utilise.

» Un premier arrivage de bois encore verts nous est parvenu il y a quelques mois seulement ; des échantillons des diverses essences ont été soumis à plusieurs épreuves qui devaient fixer leurs qualités.

» En présence des résultats obtenus, nous n'avons pas hésité à faire construire ^ameublement qui figure dans la section congolaise de TExposition universelle d'Anvers. Son examen fait constater que les bois du Congo se prêtent parfaitement bien aux travaux d'ébénisterie et de sculpture.

» Nous exposons également une série d'échantiUons de bois polis et bruts; ils accusent les coloris les plus divers et une texture homogène.

)) Pour déterminer la qualité de ces bois au point de vue industriel, il a été procédé à des essais au banc d'épreuves de l'administration des chemins de fer de l'Etat, à Malines. Les essais ont porté sur la densité, la résistance à la compression et à la ilexion.

» Le tableau suivant donne les résultats moyens fournis par de nombreuses expériences :

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