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- Séance publique du 19 septembre 1051.
À onze heures, M. Fallot, président de l'Académie de médecine de Belgique, prend place au fauteuil. À sa droite viennent s'asseoir MM. les docteurs Van Roosbroeck et Bosch, et à sa gauche MM. Warlomont et Hairion, tous membres du Comité d'organisation.
M. de Decker, Ministre de l'Intérieur, assiste à la séance.
Plus de cent soixante membres sont présents. Les places réservées et publiques sont toutes occupées ; la salle est comble.
M. WarLomowr, Secrétaire Général. Messieurs, je vais avoir l'honneur de vous donner lecture de la liste de MM. les membres présents, tels qu'ils se sont répartis par sections. (Voir ces listes en tête des procès-verbaux des sections, aux Annexes.)
Nous avons à regretter l'absence de quelques confrères qui nous ont fait connaitre les motifs qui les ont empêchés d'assister au Congrès :
M. le baron Larrey, médecin principal au Val-de-Grûce, ayant étc désigné par l'Empereur pour l'accompagner au camp de Châlons, et par le Ministre de la Guerre pour y remplir les fonctions de chef du service de santé, exprime ses regrets de ne pouvoir assister au Congres.
M. Oettingen, de Dorpat, tout en adhérant formellement au Congrès, annonce que des motifs de santé ne lui permettront pas de prendre part à ses travaux.
Même lettre de M. le docteur Groeser, conseiller intime de médecine, à Mayence.
M. le docteur Kerst, d'Utrecht, applaudit de tout son cœur au but que se propose le Congrès; mais il regrette que des circonstances indépendantes de sa volonté l'empêchent d'y prendre part.
M. Flarer, de Pavie, est atteint d'une affection catarrhale grave qui l'empêche de voyager. Il adresse au Congrès, avec ses regrets, des témoignages de vive sympathie pour ses travaux.
M. Michel Lévy, d'abord désigné par le Gouvernement de l'Empereur pour représenter au Congrès le service de santé militaire francais, S'est trouvé, par suite d'obstacles matériels, dans l'impossibilité d'accomplir cette mission. Si quelque considération peut diminuer la somme de regrets que l'absence de M. Lévy doit nous inspirer, c'est le choix heureux des deux médecins distingués que nous voyons parmi nous, et qui ont été désignés pour le remplacer.
M. Jüngken écrit de Toeplitz, où il fait une cure d'eaux thermales, que sa santé ne lui permet absolument pas de se déplacer. Il en exprime tous ses regrets,
M. Marchetti, de Milan, délégué par le Gouvernement de la Lombardie, nous fait savoir qu'il est dans l'impossibilité d'accomplir sa mission. Retenu au lit par une maladie grave, il adresse au Congrès, avec ses regrets, les vœux les plus sympathiques pour ses succès.
M. White Cooper écrit qu'il est retenu en Suisse par une maladie grave de sa femme. Il envoie au Congrès un manuscrit sur l’état de Ï ophthalmologie en Angleterre.
M. Rieken nous fait savoir qu'il est appelé à Kreuznach, près deson fils, atteint de fièvre typhoïde. Si les circonstances le lui permettent, il reviéudra avec empressement, ne füt-ce que pour assister à la dernière séance du Congrès.
M. Henrotay fait connaitre que des circonstances, qu'il lui était impossible de prévoir, l'empéchent de prendre part aux travaux du Congrès.
Méme lettre de M. Drouot, de Paris.
M. AT. Rodenbach, l'aveugle de Roulers, membre de la Chambre des Représentants, s'était fait inscrire pour assister aux travaux du Congrès. Il nous apprend qu'une indisposition le force à garder la bte
M. Gouzée s'excuse de ne pouvoir se rendre aux séances du Congrès.
Méêmes lettres de MM. Compérat, Dumont, Bonnafont et Blanchet (de Paris), Melsens (de Bruxelles), Haynes Walton (de Londres), Carron du Villards (de Caracas), Nicolas Ansiaux (de Liége), Schauenburg (de Bonn), Cesare Paoli (de Florence), Coccius et Ruete (de Leipzig) et Tilanus (d'Amsterdam).
La Société du Commerce et celle du Cercle artistique et littéraire de Bruxelles ont ouvert courtoisement leurs salons à MM. les membres du Congrès. Ceux-ci pourront les fréquenter sur la simple exbibition, pour la première, d'une carte d'entrée qu'ils peuvent prendre au Secrétariat ; pour la seconde, de leur carte de membre du Congrès, qui leur permet également de visiter toutes les collections de l'Etat.
M. Fazcor, président, se lève et prononce le discours suivant : Messieurs,
C'est un spectacle non moins glorieux pour la science que consolant pour l'humanité que celui dont ces lieux sont témoins en ce Jour.
Quand de toutes parts les intérêts matériels nous envahissent, nous débordent, nous étreignent ; qu'il ne semble plus y avoir dans l'esprit humain d'énergie et d'activité que pour ce qui peut se chiffrer et se résoudre en espèces sonnantes, qu'il est beau de voir 1e1 tant d'hommes éminents, de puissantes intelligences, de hautes renommées, qui, en dehors de toute vue personnelle, sans souci de lointains voyages, au mépris de coûteux sacrifices, de l'abandon d'une riche clientèle et des douceurs du foyer domestique, sont accourus sur un simple appel fait au nom de la science, appel qui, pour se faire entendre, navait aucune de ces voix qui retentissent au loin et torcent à l'obéissance, appel d'autant plus audacieux qu'il n était justifié par aucun précédent !
A la vérité, les congrès ne sont pas rares; depuis longtemps l'utilité de cette forme d'association a été appréciée, et chaque année en voit se former de nouveaux. L’enceinte où nous sommes réunis en recevait un naguère et des plus nombreux. Mais alors il s'agissait d'intérêts généraux, de questions humanitaires dans lesquels l'avenir de la société était en quelque sorte engagé. Aussi toutes ses classes y fournissaient des éléments : tous les représentants de ses forces vives, le législateur, économiste, l'administrateur, l'industriel, le commerçant y tenaient des places. — Notre Congrès n’impose par aucun de ces ütres, 1] ne mesure pas de semblables proportions, ne remue pas des imtérêts aussi actuels, n'embrasse pas un horizon aussi vaste. Consacré exclusivement à l’art de guérir, et encore à une de ses spécialités les moins approfondies, il semblait ne devoir attirer qu’un petit nombre d'adhérents, et être condamné à périr dans un ridicule avortement.
Vous le savez, Messieurs, il est dans la destinée de toutes les idées nouvelles de rencontrer une vive opposition. Elles ont pour ennemis naturels ces hommes mo-
roses et envieux, hostiles à tout ce qu'ils n'ont pas conçu eux-mêmes ; ces caractères apathiques et routimers, qu'effarouche tout ce qui sort du cercle de leurs habitudes ; enfin ces esprits sceptiques et frondeurs, pour qui le dévouement est un vain mot, le désintéressement une duperie et l'arme favorite le sarcasme.
Neuve ou simple application nouvelle d’une idée acceptée, la nôtre ne put échapper au sort commun : elle fut reçue avec beaucoup de défiance, et les sévères avertissements n y manquerent pas.
On nous disait : le champ livré à vos investigations est borné et aride, et loin de vous sont les mains habiles et puissantes dont la réunion vous serait nécessaire pour le faire valoir. Et comment l'obtenir cette réunion ? Il n’est pas de profession plus assujettissante que celle de médecn. Le médecin est, en quelque sorte, comme un serf attaché à la glèbe. Il ne s’appartient pas, 1l'est à la société, à laquelle 1l doit le sacrifice de son temps, de ses goûts, de soi-même. Comment, après cela, en attendre de longues absences? Comment espérer surtout d'en réunir un assez grand nombre pour constituer un congrès, et quelles seraient la signification, l’autorité d'un congrès privé de tout caractère d'universalité et ne reflétant que les rayons d'une seule école? Vouloir en constituer un avec des éléments médicaux seuls est une utopie irréalisable, un projet qui conduit inévitablement à un échec. C'est amsi que parlaient des hommes sérieux, pleins de bonnes intentions et experts dans la matière. Nous ne pouvions méconnaître n1 la justesse de ces vues, ni la sohdité de ces raisons, ni nous dissimuler la grandeur des obstacles quise dressaient devant notre entreprise. Aussi quelquefois, et comme malgré nous, nous nous laissions aller au découragement, et n'eût-ce élé une répugnance bien naturelle de revenir sur n0$ pas sans avoir sondé toutes les issues, et cette voix intérieure qui crie à tout homme, méditant une bonne
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action, fais ce que dois, advienne que pourra, nous y aurions peut-être succombé.
Cependant, j'ai hâte de le dire, car 1l faut être juste avant tout, et la crainte de blesser la modestie d'un collègue ne doit pas m'empêcher de dire la vérité. L'honorable membre du Comité qui a bien voulu se charger des pénibles fonctions de Secrétaire général n'a Jamais senti faiblir son courage, ni ébranler sa foi à notre avenir. Aucun travail ne l’a rebuté, 1l n'a reculé devant aucun obstacle, il n’a eu regret à aucun sacrifice, et c'est un beau jour pour lui que celui d'aujourd'hui, car 1l lui apporte un glorieux dédommagement. (Applaudissements.)
Mais à quoi auraient abouti ses efforts? que lui aurait servi sa persévérance, quels fruits aurait-il retirés de ses sacrifices sans votre généreux et noble appui, votre coopération active et loyale! Grâce à vous, Messieurs, tous les sombres présages dont on elffrayait nos esprits ont été démentis, et les résultats de nos démarches ont dépassé, non-seulement notre attente, mais même notre espoir. Recevez-en nos vifs remerciments. Pourquoi les expressions de notre gratitude restent-elles si fort audessous du sentiment qui nous les inspire?
Représentants de la plus magnifique des sciences, du plus salutaire des arts, salut! Salut! infatigables travailleurs dans les champs de l'intelligence, incessamment fécondés et agrandis par vos travaux. Salut! cœurs nobles et généreux qui mettez votre gloire à être utiles et y trouvez la plus douce, la plus haute des récompenses!
Soyez Les bienvenus parmi nous. La Belgique est heureuse de vous posséder; elle comprend que votre présence ajoute un fleuron nouveau à la couronne d’hospitalité et de libéralisme que d’autres associations internationales lui ont déjà décernée. (Applaudissements.)
Grâces soient rendues à M. le Ministre de l'Intérieur, cet homme non moins distingué par l'élévation de son
esprit que par la droiture de son caractère, pour l’extrême bienveillance avec laquelle il a accueilli tout d’abord notre idée, et les ressources qu'il a mises à notre disposition pour nous aider à la réaliser. (Applaudissements.)
Que messieurs les membres du corps diplomatique, qui nous font l'honneur d'assister à cette séance, veuillent bien agréer l'expression de notre gratitude pour leur bienveillance à notre endroit, et transmettre à leurs gouvernements respectifs le tribut de notre reconnaissance pour leur honorable sympathie, dont la présence parmi nous de tant d'hommes éminents, pourvus d’une délégation de leur part, est un irrécusable témoignage.
Que les Académies, qui ont bien voulu nous abandonner généreusement la salle de leurs séances, et en particulier l’Académie de médecine qui nous a cédé avec le plus gracieux empressement la jouissance de tous ses locaux, reçoivent 1c1 l'expression de notre reconnaissance.
Le Comité prie les organes de la presse tant du pays que de l'étranger d’agréer ses remerciments pour lui avoir ouvertleurs colonnes avec tant de désintéressement et fourni les moyens de répandre partout l'annonce du Congrès.
Reconnaissance enfin à tous ceux qui, par leur sympathique concours, ont aidé à l'accomplissement de notre œuvre.
Le programme de nos travaux, que vous avez sous les yeux, me dispense de vous parler du but pour lequel nous sommes réunis, et des questions sur lesquelles vous êtes appelés à délibérer.
La science ne nous demande pas de décisions doctrinales : progressive de sa nature, elle ne se courbe pas devant de semblables arrêts. Ce qu'elle attend de nous, ce sont des discussions franches, approfondies, où toutes les opinions se produisent loyalement. Si quelquefois elles sont de nature à donner lieu à des conclusions, que celles-ci soient fortement motivées, et surtout directement
applicables à l’art. En médecine, comme en politique, toute discussion sans but pratique est oiseuse et frivole.
. Abordons maintenant notre tâche résolument, et mettant nos efforts en commun, dirigeons-les de manière à faire porter à notre Congrès tous les fruits qu'il est destiné à produire : que son influence soit bienfaisante; qu'elle s'étende au loin et lui concilie en tous lieux des sentiments d'estime et de reconnaissance.
Le sol que vous foulez est celui de la liberté, l'air qui * vous entoure est chargé de son parfum, les murs où vous délibérez sont habitués à en entendre les accents. Ici, tout vous crie que les opinions consciencieuses sont sacrées, qu aucune entrave n'est mise à la manifestation pleine et illimitée de la pensée.
Le terrain de nos discussions est celui de la plus parfuite égalité. Devant la science, comme devant la loi, tous les hommes sont égaux. S'il y est une autorité devant laquelle on s imcline, c'est celle des faits, éclairée par la raison. Un nom n’y a de valeur qu'autant qu'il la puise à cette source.
Partout où les hommes s'unissent en vue du progrès, ils sont frères. Que deviennent ces barrières imaginaires élevées entre eux par la différence des nationalités, la diversité des idiômes, le dissentiment des opinions et des doctrines, en présence de la cause sainte de la science et de l'humanité.
Messieurs, le drapeau déployé sur nos têtes porte donc cette devise : Liberté! Egalité! Fraternité! Cette fois, Jose en répondre, elle ne sera pas un mensonge.
Ce discours est accueilli par de vifs applaudissements.
M. Le Présipenr. Je déclare la séance du Congrès d’ophthalmologie ouverte.
Le premier objet à l'ordre du jour est la constitution du bureau définitif.
M. Quanni (Naples). Au nom de plusieurs de mes collègues, je prends la liberté de faire remarquer que la nomination d’un autre bu-
reau n aurait pour résultat que d’entrainer une perte de temps, car nous ne pouvons mieux choisir que le bureau provisoire. (Acclamations.)
M. 1e PrésipenT. Messieurs, quoique je comprenne parfaitement que les fonctions auxquelles votre bienveillance m'appelle auraient été mieux remplies par un autre, Je les accepte (applaudissements) : d’abord, parce que j'y vois un témoignage marqué d'estime, de sympathie et d'approbation pour le Comité organisateur du Congrès; ensuite, parce qu'avec des hommes animés tous d'un même esprit, réunis pour un même but, en dehors de toute préoccupation personnelle, et dans la seule vue de servir la cause de la science, les fonctions de président me semblent ne pouvoir être difficiles ; enfin, parce que mon refus entrainerait une perte de temps et que nos moments sont précieux. Je me borne donc à vous remercier de l'honneur que vous voulez bien me faire, et à réclamer votre bienveillant concours, et, pour autant que de besoin, voire indulgence.
Le Comité est profondément touché de votre marque de confiance ; il cherchera par ses efforts à la justifier. (Applaudissements.)
Je déclare le Congrès ophthalmologique de Bruxelles institué.
M. le Secrétaire général va vous faire connaître les membres du Congrès que nous prenons la confiance de vous proposer comme vice- présidents.
M. WaARLOMONT, Secrétaire général. Vas Messieurs, les noms de ces membres :
Pour l'Angleterre, M. James Dixon ; l'Autriche, M. Arlt; le Danemarck, M. Melchior ; la France, M. Sichel; le Hanovre, M. Stromeyer; l'Italie, M. Sperino; les Pays-Bas, M. Donders; la Péninsule, M. Marques; la Prusse, M. Von Graefe; la Russie, M. # De Kabaih; la Saxe, M. Von Anna.
Ces différents noms sont accueillis par des
M. Le Présmenr.Je prie ces messieurs de venir prendre place au bureau.
Messieurs les vice-présidents montent au bureau.
M. Le Présipenr. Messieurs, le bureau définitif étant constitué, je pense aller au-devant des vœux de vous tous en priant M. le Ministre de l'Intérieur de vouloir bien accepter la présidence d'honneur. L'extrême bienveillance qu’il a témoignée au Congrès me fait espérer qu'il ne nous refusera pas ce que nous lui demandons avec instance. (Vifs applaudissements.)
M. pe Decker, Ministre de l'Intérieur, monte au bureau, prend place à la droite de M. le Président, et s'exprime en ces termes :