D'UN COUTEAU-AIGUILLE POUR LA DISCISION DE LA CATARACTE
| Beaucoup de chirurgiens ont pensé que ce mode opératoire ne peut pas s’appliquer aux cataractes dures, à cause de la difficulté que l’on éprouve à iviser le cristallin lorsque l’on emploie l'aiguille ordinaire. L’aiguille droite “brdinaire ne peut être fabriquée de façon à bien couper, si ce n’est tout contre apointe, sans que l’amincissement qui en résulte ne l’expose à se briser : tilest impossible d’inciser avec l'aiguille courbe de Scarpa.
*Ily à quelques années, j’acquis la conviction qu'il était possible de fabriueruve aiguille ayant la forme du couteau à iris, mais plus délicate, qui üt,-mieux que l’aiguille ordinaire, servir à inciser un cristallin dur ; après de ombreux essais, M. Kolbe, ingénieux et habile fabricant d'instruments à Phiadelphie, réussit à en faire une conforme à mes vues, et remplissant pleineent l'objet désiré. Je vous envoie un des instruments faits par M. Kolbe. Noici la manière dont j'opère :
Je fais toujours placer le malade sur le dos, couché sur un lit ou Junetable, la tête soutenue par l'extrémité du lit ou par des oreillers durs. La pupille ayant été bien dilatée à l’aide de l’atropine, un aide charge de l’une des paupières, et l'opérateur de l’autre. L’instrument, tenu comme une plume à écrire, est enfoncé à travers la scléroique perpendiculairement à sa surface, à une ligne et demie ou deux ignes du bord temporal de la cornée, et au niveau de son diamètre transverse; le dos de l'instrument doit regarder vers le bord inférieur dePorbite, son bord tranchant en haut naturellement; une de ses faces aplaties est dirigée en avant, l’autre en arrière.
La ponction faite, le chirurgien est complétement maître de l'œil, et doit attendre que le malade se remette un peu; puis il change la direction de instrument et le pousse en avant entre l'iris et la capsule antérieure du cristallin, jusqu'à ce qu'il atteigne le bord opposé de l'ouverture pupillaire. fl imprime alurs à l'aiguille sur son axe un mouvement de rotation d’un quart de cercle de façon à placer son bord tranchant en travers du cristallin, et exactewent au niveau du diamètre transversal de ce corps. Ce point est très-important, car c'est ainsi que le cristallin cède le moins à la pression lorsque l’on faiteeffort pour le couper, et qu'il est le moins disposé à basculer et à se déplacer. En retirant l'instrument, on incise le cristallin par un petit coup vif Jai souvent réussi à l’aide de cette manœuvre à diviser le cristallin en deux moitiés. On pratique alors d’autres incisions en suivant les mêmes principes, et lorsque le cristallin et sa capsule ont été suffisamment divisés, on peut pousser quelques-uns des fragments dans la chambre antérieure. Enfin, onMfait reprendre à l'instrument, par un mouvement de rotation, la position qu'il avait lors de son introduction, puis on le retire.
Ce couteau-aiguille convient admirablement dans les cas de cataracte molle oude cataracte capsulaire. Il m’a servi la semaine dernière à opérer deux cas decataracte congéniale, l’un sur une jeune fille de neuf ans, l’autre sur un enfant de quatre à cinq mois. Chez tous deux la cataracte fut parfaitement incisée, il n’y eut pas la moindre inflammation conséculive, et tout promet les résultats les plus favorables.
En vous adressant mes vœux les plus ardents pour que vous jouissiez d’une bonne santé et d’une longue vie, je suis, avec une considération distinguée, votre obéissant serviteur,
L Isaac Hays.
Philadelphie, le 44 juillet 1857.
DU TRAITEMENT OPÉRATOIRE DE QUELQUES MALADIES DE LA CORI je