L'ERRE
avez dû, j'aime à le croire, opérer la conviction. Ma franchise habituelle ne me permet pas néanmoins de vous dissimuler un regret: je crois qu'il y a eu méprise dans la manière de nous comprendre. Dans nos entretiens à Vérone, je ne m'étais attaché à vous fournir qu'une juste définition de Vaillance. Identifié à mes alliés , et connaissant leurs pensées les plus intimes , je vous ai exprimé à cet égard nos sentiments communs. Vous avez cité les miens particulièrement, ce qui leur prête un caractère exclusif et particulier. En vous bornant à rapporter la définition des engagements qui unissent les monarques alliés , en la présentant comme celle qu'ils leur donnent tous, vous vous seriez rapproché davantage et de mes désirs et des termes réels de nos conversations'. La nuance est délicate sans doute , mais vous êtes fait pour l'apprécier, et je ne peux m'empêcher de la relever ici, car elle tient aux intérêts de l'alliance. Vous savez qu'à mes yeux ces intérêts sont les premiers de tous.
Croyez, monsieur le Vicomte, que je saisirai toujours avec plaisir les occasions de vous réitérer l'assurance de mon estime particulière.
Alexandre.
1 Voyez la pa^c 22!ï du Ier volume.
M. IÏE LA FERRONNAIS A M. DE CTIATEAITBRIA1Y1). Saint-Pétersboury , le 2l> mars \ 825.
Je vous envoie de bien volumineuses dépêches, monsieur le Vicomte, et vous trouverez tout simple qu'il me reste peu de choses à ajouter aux détails qu'elles contiennent; je craindrais d'être accusé d'une trop grande prolixité, si je ne pensais qu'à l'énorme distance qui me sépare de ceux de qui j'attends des conseils et ma direction, il peut importer beaucoup de ne rien laisser ignorer, et que les moindres nuances, les plus minutieux détails peuvent quelquefois avoir leur gravité et leur utilité; j'aime donc mieux encourir le reproche de trop dire que celui de ne pas assez parler, je vous demande seulement pardon de tout l'ennui que vous causera cette longue lecture.
Je crois avoir épuisé, dans mes conversations avec l'empereur et avec son ministre, tous les arguments que l'on peut faire contre les conférences : je n'ai pas la consolation d'y avoir réussi ; l'on y tient plus fortement que jamais
J'ai reçu des lettres qui me mandent qu'à Vienne, les Anglais se démènent de leur mieux, pour donner contre nous et notre bonne foi toutes les préventions possibles; M. de Metternich se montrerait bien disposé , dit-on , à les accueillir et à les
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étendre, surtoutjusqu'ici ; ce seraitde la plus mauvais grâce du monde et avec tous les ménagements que permet la convenance, que le chef du cabinet autrichien se verrait forcé de dire à ses bons amis de Londres que leur conduite n'est dans ce moment ni sage, ni loyale, et que, malgré toute son affection pour eux, il pourrait mal leur arriver de prendre parti contre nous. Il faut que cela ait quelque chose de vrai, que cette partialité pour l'Angleterre soit apparente, puisque tout le mondela. voit. Il doit exister entre ces deux cabinets quelques liens secrets dont il serait important de connaître la force et la nature : ce serait un excellent moyen d'ouvrir ici les yeux qui sont jusqu'à présent fascinés de la manière la plus extraordinaire et la plus fâcheuse.
Ce que vous avez mandé à l'empereur de la prochaine entrée de nos troupes en Espagne ajoute encore à l'impatience avec laquelle les. nouvelles sont et vont être attendues. Soyez donc assez bon, monsieur le Vicomte, pour ne pas m'oublier, pour multiplier les lettres, les détails sur tout ce qui sera relatif aux opérations militaires; enfin mettez-moi à même d'être ici ce que devraient être partout les ambassadeurs du roi , quand la France sort de l'oubli dans lequel on espérait la tenir, et s'empare du rôle le plus beau , le plus difficile , le plus important et le plus généreux .
Adieu, monsieur le Vicomte, comptez sur mon zèle pour le service du roi, sur mon exactitude
et mon activité, et sur l'inviolable attachement que je vous ai voué.
Là r'EHUOJNN.US.
M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE L\ FERROKNAIS
Paris, le 21 avril 18J3.
Je vous mande à peu près, monsieur le Comte, dans ma longue dépèche tout le gros des affaires. Je vais entrer avec vous dans quelques détails.
L'Angleterre a été simauvaise, qu'il a fallu prendre un parti et ne pas repousser la proposition de l'empereur de Russie au moment où le cabinet de Londres prononçait avec tant de fureur une neutralité forcée. Maintenant toute votre habileté consistera a faire valoir cet abandon et cette condescendance aux vœux de l'empereur, a lui faire voir que cet abandon pourrait avoir pour nous les plus graves inconvénients, en excitant la jalousie de l'Angleterre et en redoublant sa mauvaise humeur. Nous n'avons pas hésité à choisir entre les deux chances, et nous venons de donner à l'alliance la preuve de notre bonne foi et de notre adhésion à ses intérêts.
Mais la prudence veut maintenant que cette armée de Pologne ne soit pas trop considérable, de