‹ Congrès eucharistique régional de Sainte-Thérèse, diocèse de Montréal 12-14 septembre 1913 [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 63 · IS · texte numérisé non relu

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EE Soit une moyenne de 320 communions par jour sur 380 élèves.

Voulez-vous connaître la cause de cet heureux changement ? Je la trouve nettement exprimée dans un rapport que vous me permettrez de citér. ‘‘Le nombre des communiants et des communions augmente en proportion du zèle que les prêtres déploient à entendre très souvent les confessions, à inviter, en chaire et au confessionnal, les fidèles à communier souvent, à profiter de toutes les circonstances, retraites, Quarante-heures, fêtes, pour amener les paroissiens à faire la communion et à la faire plusieurs fois pendant une retraite ou les exercices des Quarante-Heures.”’

En expliquant bien les indulgences de la Portioncule et du Rosaire, on attirera un grand nombre de fidèles; en préparant les fêtes propres aux différentes Congrégations, un grand nombre répondront à l'appel. Si l'on fait des exercices préparatoires aux fêtes de Noël, de Pâques, de la Toussaint, de la fête des Morts, et, si l'on entend les confessions tous les jours du Triduum ou de la neuvaine, un bon nombre feront la communion, et plusieurs la feront deux ou trois fois à l'occasion de ces fêtes.

Souvent un simple doute sur l'existence d’une pensée déshonnête, d’un désir coupable ou sur le consentement donné à de graves tentations éloigne de la communion pendant plusieurs jours certaines Âmes timorées, (je veux parler de ces bonnes âmes qui vivent habituellement en état de grâce et qui ne voudraient pour tout au monde offenser Dieu gravement).

Eclairons, Messieurs, ces âmes et, dissipant leurs vaines craintes, engageons-les, en chaire, au tribunal de la Pénitence surtout, à faire un acte de contrition et, sans se confesser aüparavant, à participer au divin banquet. Dans ce cas, mieux vaut faire la communion que de l’omettre, faute de confession. C'est l’enseignement de saint Alphonse de Liguori. Le seul doute pour ces âmes d'avoir commis un péc'é yrs ve est, selon ce Docteur, un signe certain qu'elles ne l'ont jras fait. Aussi leur appliqur-t-il la parole de Notre Seigneur à sainte Thérèse: “Personne . : re perd (par le péché grave), sans le savoir certainement.” (1) — Ailleurs il ajoute en s'appuyant sur la doctrine du Concile de Trente: “Si la personne doute avoir péché ou non mortellement, elle peut licitement s'approcher de la Table Sainte sans se confesser; que le doute soit négatif ou

(1) Theol. Moralis, lib. ad n. 476.

positif, c'est-à-dire, fondé sur une raison sérieuse ou non. Il suffit, pour recevoir plus sûrement le fruit du Sacrement de faire l'acte de contrition:; car la prescription de l'Apôtre: ‘“ Probet autem seipsum homo", par laquelle on entend que la confession est requise, lie seulement, nous affirme le Concile de Trente, ‘ceux qui sont conscients, c'est-à-dire certains d'un péché mortel commis et non encore accusé’’(1). Ces âmes ont donc la certitude morale d'être en état de grâce, ce qui avec l'intention droite suffit pour communier dignement.

Du reste, exposer les différentes objections contre la communion fréquente et en donner la solution, serait un bon moyen d'amener les âmes à la Sainte Table. (Voir les opuscules du chanoine Antoni: “Pourquoi tant de vaines craintes éloignent-elles de la communion fréquente et quotidienne? — Pourquoi ne pas communier tous les matins où vous alles à la messe?)" Ce genre de prédication plaît et convainc. C'est donc au zèle qu'est due l'augmentation de communiants et de communions. I! semble parfois infructueux ; tenons ferme, nous semons ce qu'un autre récoltera. Nos populations sont trop chrétiennes pour que la parole du prêtre n'éveille pas d'écho. Elle trouvera toujours

des âmes dociles qui entratneront les autres par leur exemple. Messieurs les Curés, comme l'attestent les rapports reçus, ont entendu l'appel de Sa Sainteté Pie X: ils se sont mis à l'œuvre et le succès a couronné leurs efforts.

3.—Avez-vous constaté que la dévotion à l'Eucharistie ait exercé une influence salutaire sur le bon esprit de la paroisse en général, et sur la moralité des enfants en particulier ?

La réponse est, sur le premier point, en général, affirmative: sur le second, absolument affirmative.

Les faits observés sont les suivants:

Dans la société, grâce à cette dévotion, l'intempérance a diminué considérablement dans deux paroisses, et le dimanche est mieux sanctifié; dans une autre, la charité est plus grande dans les relations sociales: il y a moins d'animosité entre les adversaires politiques et on s'enrôle de meilleur gré dans les Congrégations de la Sainte Vierge et la Ligue du Sacré-Cœur.

(1) Homo apostolicus, tract XV. Cap. LI, N. 39

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Dans la famille, l'Eucharistie a,dansunelarge mesure, amené la solution de certaines difficultés: moins de discorde, plus de charité. Les époux s’acquittent mieux de leurs devoirs mutuels (devoir conjugal). Il appert cependant que certaines familles, malgré leur dévotion à l'Eucharistie, n'ont pas encore banni certaines modes plus ou moins décentes. Par la communion et par la prédication, on développera l'esprit chrétien, le respect de soi-même et le respect des autres.

Chez les enfants, la moralité est meilleure. On les voit généralement plus assidus au catéchisme, plus exacts à faire leurs prières du matin et du soir, plus respectueux à l'église, plus dociles, plus persévérants. Vous me permettrez de citer un passage de l'un des rapports: “Cette dévotion a exercé une influence salutaire sur la moralité des enfants. J'ai constaté par expérience que certains petits garçons, qui commettaient assez souvent des fautes graves, passaient, sans commettre de ces fautes, les deux ou trois semaines pendant lesquelles ils communiaient souvent. Durant les vacances, plusieurs enfants de nos villages communient moins souvent ; aussi leurs fautes sont plus nombreuses et plus graves. Il est vrai que les occasions de péché sont plus nombreuses. J'ai constaté aussi que pour obtenir d'excellents résultats auprès des enfants, il faut les confesser avec soin, aviser aux moyens de faire accompagner les plus jeunes par leurs parents et de faire faire par tous la préparation à la communion et l’action de grâces.”

Non moins nombreux et consolants sont les résultats de la communion fréquente dans les maisons d'éducation. Elle adoucit les mœurs, tue le naturalisme, inocule dans les âmes l'esprit de Jésus-Christ, l'esprit de foi et de prière, et les développe tous deux. Elle amène fréquemment et spontanément nombre d'élèves au pied du Saint Sacrement. Et que de vertus et de généreux dévouements germent et fleurissent auprès de Jésus- Hostie!

Bien plus, la communion fréquente sauvegarde les lis de pureté, flétrit le vice et le déracine, soutient les faibles, raffermit les chancelants, exalte les saintes énergies. Que de fois, sur les ruines accumulées des mauvaises habitudes,on voit renaître des habitudes de vertu, aux capitulations honteuses succéder des luttes victorieuses!

A ceux qui succombent elle communique le courage de se relever promptement.Elle est la ruine des amitiés particulières

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et du respect humain: en un mot, elle fait de nos jeunes gens des chastes et des forts.

C'est un bonheur pour eux d'assister à l'heure sainte que l’on partage entre la prière, la lecture et le chant. Ils aiment la bénédiction du Très Saint Sacrement; ils donnent de leur temps aux parures et au chant.

L'Eucharistie rend le travail léger, plus fécond, l'obéissance plus parfaite, ‘‘non ad oculum servien£es, sed tanquam Deo obedientes’”’. On remarque que l'élève se soumet aussi bien au plus jeune séminariste qu’au plus âgé; bon nombre obéissent aussi bien loin du maître que sous son regard. Que les ténèbres se fassent soudain dans les salles d'étude, comme on a pu le constater, il n’y a pas le moindre désordre. Dieu n'est-il pas partout ? Sous la petite Hostie, Jésus-Christ n'est-il pas le même que sous la grande ? “Je connais deux modes de gouverner, disait un éducateur (Dom Bosco); la communion et le bâton.” Avec la communion du grand nombre, on a vu disparaître le bâton; avec la communion de tous, les “pensums”, au grand contentement des Directeurs, prendraient le même chemin. La culture des vocations est plus facile, et malgré ces maux du siècle: l'amour du luxe, le naturalisme, plus de jeunes gens répondent à l'appel divin!

La communion détruit l'égoïisme et développe l'esprit social. On met une plus grande confiance en son prochain, on sacrif= plus aisément ses idées, ses intérêts personnels, pour ass::re: le triomphe de la cause commune: la formation actuelle promet beaucoup pour l'avenir. “C'est le blé qui lève.” Mais, pour recueillir tous les fruits de la communion fréquente, (car, ‘‘arriver à une pieuse et religieuse réception de ce Sacrement de vie, disait Pie X, tout est 1à,’’}ne pourrions-nous pas demander avec instance aux parents de lire ou de faire lire à haute voix, le soir venu, le saint Evangile, v. g., l'édition populaire du chanoine Weber, même les plaquettes du P. Berthe, C.SS. R., sur l'Ancien Testament ? Sous l'écorce des Saintes Lettres, on découvrirait Jésus-Christ; sa parole et son onction alimenteraient la piété de tous et les disposeraient aussi à la communion du lendemain. C’est bien là l'idée de Pie X et de Monseigneur l’Archevêque. Ne pourrions-nous pas faire revivre l'ancienne tradition de lire dans les familles la vie des Saints, ces copies vivantes du Christ ? Qui ne rendrait témoignage de ce fait:

‘un des souvenirs les plus délicieux que tel illustre soldat, tel

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éminent diplomate aient gardé de leurs jeunes ans, c'est d’avoir entendu leurs parents lire la vie des Saints ? Alors, de leur cœur montait à leurslèvres cette parole bien connue: “guod isti et istæ, cur non ego ?” et ils s’efforçaient de devenir des saints.

Enfin, ne serait-il pas bon de demander aux parents, dans les Congrégations v. g., de faire prudemment l'éducation de la pureté chez leurs enfants ? Quoique controversée en théorie, je le sais, cette question n'offre ordinairement plus de difficultés en pratique. Ce que ies parents n’osent apprendre à leurs enfants, des compagnons moins discrets et qui, dans l’occurrence, n'auront certainement pas grâce d'état, le leu- apprendront. De là naissent de mauvaises habitudes, des duutes, puis des sacrilèges.

4— Pourriez-vous donner le nombre approximatif de vocations sacerdotales ou religieuses (hommes et femmes),sorties de votre baroisse? Votre paroisse compte-t-elle plusieurs enfants qui fréquentent les maisons d'enseignement secondaire et qui donnent espoir de vocations cléricales ou religieuses ?

Dans 13 paroisses le nombre des prêtres et des religieux est de 190 et plus; celui des religieuses de 298 et plus.

A la seconde question, 107 jeunes gens fréquentent les collèges et 72 jeunes filles, les couvents, (ce chiffre est inexact,— quelques rapports ne mentionnent pas les jeunes filles qui fréquentent les couvents). La plupart d'entre eux donnent des espérances de vocation.

Ce qui favorise l’éclosion des vocations,et la chose se pratique dans certaines paroisses de cette région, c'est de donner chaque année, au commencement d'août et aussi dans les retraites d'enfants, de jeunes gens et de jeunes filles,une instruction sur la nécessité de connaître sa vocation, sur le devoir de la suivre. C'est de demander aux mères, v. g. dans les Congrégations des Dames de Sainte Anne, d'étudier les goûts, les inclinations de leurs enfants, de leur poser souvent cette question : “Que serastu plus tard ? un prêtre ? un religieux ? Tu sauveras des âmes, tu diras la messe, comme c'est beau d'être prêtre!” Il faut

presser les parents d'envoyer leurs enfants, dès qu'ils découvrent en eux des- germes de vocation, à la messe, au salut du Saint Sacrement, leur faire faire la visite, le chemin de la croix, — de veiller soigneusement à briser les relations trop tendres. Plusieurs prêtres insistent beaucoup au catéchisme sur le chapitre de la vocation, du sacerdoce. Enfin, ils montrent les besoins pressants de vocations. Les vocations manquent dans le clergé séculier et dans les communautés religieuses. De toutes parts on demande des frères, des religieuses, et les Supérieurs des Communautés ne peuvent s'y prêter. Les ordinations sacerdotales et les premières messes influent aussi sur cette éclosion. Au contact assidu de Jésus-Hostie après là communion, les enfants apprendront à mieux estimer et aimer le prêtre, et dans leurs cœurs naîtront les aspirations vers le sacerdoce et la vie religieuse.

5.— Durant le temps des vacances, constatez-vous que les enfants et les jeunes gens soient lus assidus, et dans quelle mesure, à la sainte Messe et à la communion sur semaine ?

Dans 8 paroisses, bon nombre d'enfants et un peu moins de

jeunes gens sont assidus à la messe sur semaine. Ce n'est pourtant pas la majorité. Dans les autres, on constate peu de changement. La raison de cette apathie semble être la négligence des parents. Fait digne de remarque: les enfants et jeunes gens ont un goût tout particulier, cela va sans dire, pour la messe de 7 heures. 5

Dans certains milieux, on a remarqué que les pensionnaires et les collégiens n'assistent pas à la messe sur semaine et ne communient pas. D’aucuns conclueront que la formation manque, que la dévotion envers l’'Eucharistie n'est que de surface. La conclusion n'est pas rigoureuse. L'atmosphère n'est pas la même, les milieux sont tout à fait différents: si j'argumentais en forme, je dirais: ‘“nego paritatem"’, dans la famille, point de règle, ni d'entraînement, ni d’exhortations quotidiennes. Permettez-inoi d'exposer des faits et vous Jugerez vous-mêmes.

Au mois de juin dernier, Monseigneur l’Archevêque faisait ici même un vibrant appel en faveur de la communion fréquente pendant les vacances. Il indiquait ce qui empêcherait nos élèves de persévérer dans cette pratique: la mentalité des familles qui ne sont pas formées à cette dévotion; les voyages et les parties de plaisir, les veillées tardives. Il les pressait de

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se mettre au lit de bonne heure et d'assister, coûte que coûte, à la messe, et de vivre pendant les vacances, comme pendant l'année, leurs convictions religieuses. En expliquant le règlement des vacances, Monsieur le Supérieur insistait sur la nécessité de la communion, comme moyen puissant de préservation et de persévérance. Monsieur le Directeur de la Congrégation de la Sainte-Vierge, division des Petits, remettait à 130 membres une carte-bulletin, avec l'obligation de la lui renvoyer à la fin de chaque mois des vacances, après y avoir marqué le nombre des communions et des chapelets récités. 75 enfants ont tenu parole; la plupart habitent notre région.Comme excuse d'une communion moins fréquente, les uns alléguèrent la distance, le travail, la négligence des parents à les éveiller, d’autres de simples prétextes. La moyenne, et c'est un beau succès, fut de 7 communious par mois pour chaque élève. Le grand obstacle paraît être le lever matinal. Ah!si ces chers élèves avaient faim de Dieu, ils s'imposeraient un léger sacrifice et, secouant leur indolence, ils viendraient, comme les Israélites dans le désert, recueillir la manne de la Nouvelle Alliance pour s'en nourrir quotidiennement! Ne serait-il pas possible d'aider la faiblesse de ces jeunes gens, en mettant une ou deux fois la semaine les messes à 714 heures ou à 8 heures ?

Qu'il me soit permis en terminant de proposer les vœux suivants:

1. Que Messieurs les Curés fassent de Dressanis appels aux mères de famille v. g. dans les Congrégations des Dames de Sainte-Anne, d'envoyer pour raison devocation, de préservation, leurs enfants à la messe et à la communion.

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