‹ Congrès eucharistique régional de Sainte-Thérèse, diocèse de Montréal, 12-14 septembre 1913Chapitre 27 sur 51 · Par la parole · texte numérisé non relu

Par la parole

Il s'agit d'établir une conviction profonde, avons-nous dit.

Que la mère prêche à son petit enfant, qui la suivra sans peine, la vraie pensée de Notre Seigneur, instituant la sainte Eucharistie. Prenant les choses d'un peu plus haut, qu'elle dise que le petit Jésus fût envoyé sur la terre par son Père : lo pour vivre au milieu des hommes, pour les instruire, leur donner des exemples, les sauver; 2o qu'à cause de leurs pé-

chés et de la colère de Dieu, Jésus dût se sacrifier et mourir pour eux ; 3o qu'il lui en coûtait beaucoup de les laisser seuls et orphelins.

Qu'étant Dieu lui-même et tout-puissant, Il imagina et accomplit le premier, le grand miracle de l'Eucharistie faisant avec du pain et du vin ordinaires, sa chair et son sang: ce qui lui permit de rester au milieu des hommes, au tabernacle de l'église et de servir de nourriture à ceux qui voudraient le recevoir à la Table Sainte.

Jésus a laissé aux prêtres le pouvoir de faire comme lui.

Puis tirant de la matière si suggestive du Sacrement, — le pain et le vin, — les raisons d'être fondamentales de l'Eucharistie, établissant entre ce pain céleste et le pain matériel les parallèles si faciles à établir; détaillant avec soin en les comparant entre eux les effets de l'un sur la vie du corps et ceux de l'autre sur la vie de l'âme, il nous semble qu'une mère qui prêcherait ainsi, en toute patience et amour, son petit, l'amènerait nécessairement à l'intelligence de la pensée de Notre Seigneur; à la nécessité de se nourrir souvent, très souvent, sinon tous les jours de cette nourriture divine, puisque sans elle, l'enfant aurait à craindre de sentir sa petite âme s'affaiblir et mourir comme s'affaiblirait et mourrait, à coup sûr, le corps qui ne serait pas quotidiennement nourri et restauré.

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A cet exposé quelque peu théologique de la nécessité d'une vie eucharistique intense, la mère pourra joindre utilement quelques données sur les faiblesses de la nature humaine. Elle dira au petit que l'homme est porté au mal, qu'il lui est possible, à lui, quoique tout jeune, d'être menteur, voleur et pis encore; qu'il est même déjà désobéissant, dissipé, colère, et qu'il n'a qu'un moyen à sa disposition pour se corriger: recevoir le petit Jésus, en communiant souvent, très souvent, tous les jours.

Elle expliquera comment une mauvaise habitude se contracte, quelle force elle acquiert, combien elle rend malheureux, et expose aux feux éternels. Elle dira que c'est précisément pour le préserver, ce cher petit, que Notre Seigneur est resté près de lui pour être sa nourriture et sa force, justifiant ainsi à l'esprit de l'enfant la nécessité de la communion fréquente et quotidienne. Ce premier travail fait, et c'est le plus

important à notre avis, puisqu'avec des idées justes, il donne une base à la piété de l'enfant, la mère, certa ins autres jours, touchera la fibre sensible au cœur de l'enfant en lui parlant de l'amour de Jésus pour les petits enfants, de ses souffrances, de sa mort, de sa condition de prisonnier de l'amour au tabernacle où il guette le moment de descendre dans les cœurs. L'enfant, intéressé autant que touché, sentira la convenance de rendre à Jésus, dans de fréquentes et ferventes communions, amour pour amour. Il ne serait peut-être pas inutile d'appuyer l'enseignement qui précède sur l'exemple du prêtre, du religieux, de la religieuse, des pieux fidèles, des petits compagnons ou compagnes à lui connus et qui feraient la communion fréquente ou quotidienne, en soulignant, quant à ces derniers, combien ils en sont devenus meilleurs et plus obéissants.

Le récit de la vie des jeunes saints qu'on a appelés les saints eucharistiques, lui serait une source de précieuse édification.

Aux détails dans lesquels il nous a paru bon d'entrer, quant à la prédication que nous leur proposons, les mères de famille ici présentes nous permettront d'ajouter un dernier mot.

Disons d'abord que cette prédication qui semble convenir au petit de 6, 7 et 8 ans, conviendra aussi à l'enfant de 9, 10 et 11 ans. Tout au plus faudrait-il aller plus droit au but avec ce dernier, plus intelligent, par conséquent plus positif et légèrement moins sensible déjà. Les arguments énoncés devront être servis par tranche, c'est-à-dire employés à tour de rôle, tantôt l'un, tantôt l'autre, au gré des dispositions et du tempérament de l'enfant comme aussi des circonstances où il vit. Une mère doit connaître son enfant.

Il s'agit d'éducation eucharistique. à faire: œuvre de patience donc, et de temps.

Il est des jours cependant où l'aiguillon s'imposera, tels: chaque dimanche de l'année, les grandes fêtes, les Premiers Vendredis, certaines neuvaines, temps de retraites, de l'Avent, du Carême ; ces temps sont à prévoir. Quelques jours à l'avance, l'enfant sera averti, prêché, conquis à la communion à faire. Attendons-nous à de la résistance. Peut-être faudra-t-il lâcher prise à certaines heures. Qu'il me soit permis, mères chrétiennes, de recommander ici comme dans toute opération sur l'âme si délicate de l'enfant, le tact le plus raffiné, la plus grande bonté.

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