C. — CABLES EN FIL D'ACIER
Les câbles en fil d'acier avec âme en chanvre doivent satisfaire aux conditions suivantes : la charge de rupture est donnée par la formule : R = 15,300 x P.
R, charge de rupture en kilogrammes.
P, poids en kilogrammes, du câble par mètre courant, déduction faite du poids de T&me en chanvre.
Sous cette charge R, rallongement doit être de 1,3 p. 100.
De plus, chacun des fils d^acier pris dans un étau dont les bords présentent un arrondi de 5 millimètres doit supporter ^ sans se rompre 10 flexions successives.
Les câbles destinés aux manœuvres de wagons dans les gares ne sont pas, à proprement parler, destinés à des appareils de levage, mais ils supportent toutefois des efforts considérables. Ils sont fréquemment visités et sont retirés du service aussitôt qu'ils présentent des défectuosités.
Tels sont, Messieurs, les renseignements que nous avons pu recueillir et qui nous paraissent insuffisants. C'est pourquoi je serais très heureux que quelques membres du Congrès voulussent bien compléter ces indications, de façon à permettre la vérification efficace et pratique de Tétat des cordages, des câbles et des chaînes employés dans Tindustrie, afin d'éviter les accidents toujours graves provenant de la rupture de ces engins.
M. H.-C. Roland, ingénieur en chef de l'Association normande des propriétaires d'appareils à vapeur, à Rouen. — La communication de mon camarade Poillon me prend un peu au dépourvu, car il m'en a fait part hier ; mais enfin je ne demande pas mieux que de donner mon avis sur la question et d'expliquer comment m'est venue l'opinion que je vais émettre. La vérification des chaînes n'entre pas dans nos attributions et ce n'est qu'accidentellement que j'ai eu à m'en occuper. Une grue de 30 tonnes embarquait un arbre de transmission du poids de
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9 tonnes ; un des maillons se rompit sous Teffort. Fort heureusement la charge avait à peine quitté terre quand Taccident se produisit; vous pouvez juger de ses conséquences, s'il se fût produit un peu plus tard, ce poids de 9 tonnes tombant sur le navire. Comme conseil de la Chambre de commerce auquel la grue appartenait, je fus prié par elle de m'occuper de la question. J'examinai le maillon rompu, qui appartenait à une grue décrite comme type, dans tous les cours; il avait dû très certainement être fait en fer de première qualité. Or, ce fer n'était plus du fer de première qualité ; les sections présentaient un aspect cristallin semblable à la fonte, et l'allongement avait été nul avant la rupture; évidemment le fer, au moins celui de ce maillon, avait changé de nature. Quand une tôle, fer ou acier, a subi certains travaux, dans la crainte que cette tôle ait perdu ses qualités, nous la faisons recuire pour qu'elle les retrouve. Par analogie, j'ai pensé que l'on devait faire recuire les chaînes ayant travaillé. Ma conclusion a donc été celle-ci : Faire recuire les chaînes, chaque année ou chaque deux ans, suivant le travail qu'elles ont eu à effectuer.
M. LE Président donne ensuite la parole à M. Arthur Henry, ingénieur civil des mines, ancien inspecteur du matériel de la Compagnie de l'Ouest, directeur d'étabUssements industriels à Troyes, Sur les accidents par intoxication dans les industries chimiques.
M. Henry. — Messieurs, les ingénieurs les plus compétents vous ont parlé des accidents produits par les machines. 11 en est d'autres, d'une nature spéciale, qui, pour être moins fréquents, n'en sont pas moins très dangereux : ce sont ceux que peut produire l'action souvent nocive des corps solides, liquides ou gazeux, employés dans les industries chimiques.
Il importe de protéger contre certains corps chimiques, non seulement le visage de l'ouvrier, c'est-à-dire ses yeux et les orifices de ses voies respiratoires, mais encore ses mains, seules parties du corps de l'homme que les vêtements n'abritent pas contre leur action souvent pernicieuse et parfois fatale.
Les accidents dont je me propose de parler sont assez généralement secondaires, c'est-à-dire qu'ils dérivent d'accidents primaires ayant causé aux mains des lésions souvent imperceptibles ou do? affaiblissements partiels de Tépiderme. Ce sont trop sou-
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vent des effets très graves de causes peu importantes parHculièrement dans les industries chimiques.
Parmi ces effets, il en est qu'on considérerait volontiers comme dérivant non pas d'accidents du travail, mais de maladies professionnelles ; pourtant la distinction entre ceux-là et celles-ci me paraît très difficile à établir. La loi française, en tout cas, ne rétablit pas ; elle semble même éviter de la faire, et cela se conçoit dans une certaine mesure, car, dans la plupart des cas, il faut connaître bien à fond une industrie pour savoir, d'une façon certaine, si l'altération constatée dans la santé de l'ouvrier doit être considérée comme dérivant d'un accident ou d'une maladie.
Quoi qu'il en soit, la plupart des effets dont je vais dire quelques mots pouvant être évités ou tout au moins atténués assez aisément, il me paraît bon d'appeler sur eux et leurs similaires l'attention du Congrès.
Un cas particulièrement intéressant, parmi ceux dont j'ai à vous entretenir, est celui des ouvriers qui travaillent le caoutchouc et qui sont, par suite, obligés de plonger les mains dans des liquides contenant du sulfure de carbone : leurs mains sont souvent atteintes de tremblements et leurs doigts subissent des convulsions jusqu'à 8 et 10 fois par jour; il a été constaté que ces convulsions se font sentir plus particulièrement dans les doigts qui touchent le plus souvent le sulfure de carbone. Il est évident que si ces doigts ont des lésions, le phénomène s'accusera avec d'autant plus d'intensité que les lésions seront plus nombreuses ; les convulsions seront alors plus fréquentes. 11 en sera de même, lors,que l'épiderme affaibli opposera moins de résistance à la pénétration du sulfure de carbone. — A côté de ces effets qui paraissent dériver d'accidents, il en est qui affectent plutôt le caractère de la maladie : chez les personnes intoxiquées par le sulfure de carbone, il s'accumule des résidus dans certains organes et, si l'intoxication a été lente, l'urine charrie de la graisse et des granulations pigmenteuses.
Le sulfure de carbone n'est d'ailleurs pas un exemple unique d'intoxication par imprégnation de l'épiderme des mains. Le mercure^ en effet, expose les ouvriers qui le manipulentàl'hydrargyrisme chronique; d'où résultent des accidents paralytiques localisés à un ou plusieurs membres, des troubles sensitifs coexistant, dans les régions atteintes, avec la paralysie motrice. Ces mêmes troubles
s'observent aussi bien chez les ouvriers travaillant le mercure métallique que chez les mineurs d'Almaden qui aspirent, pendant leur travail, les poussières de cinabre. Ces derniers, pourtant, présentent souvent des phénomènes qui se distinguent de ceyx relatés ci-dessus, en ce qu'ils semblent davantage dériver de la maladie. Ils sont, en effet, agités parfois par des tremblements si généralisés que la marche leur devient impossible ou qu'ils ne peuvent plus marcher qu'en s'accroupissant. On cite même le cas d'un trembleur qui ne cessait de trembler, que lorsqu'il se couchait. Ainsi, par le travail du mercure : paralysie localisée surtout dans les bras, c'est-à-dire dans les mains et dans leur voisinage immédiat ; par la poussière de cinabre : tremblement général.
Les corps liquides ne sont pas les seuls qui soient d'une manipulation dangereuse. Le phosphore, en effet, expose aux plus graves accidents, les ouvriers qui travaillent au trempage des allumettes et au dégarnissage des cadres. 11 en est de même d'ailleurs des ouvriers qui séjournent pendant un temps plus ou moins long dans une atmosphère phosphorée. Chez les uns comme chez les autres, on constate une déchéance physiologique qui se traduit par des troubles digestifs et des troubles nerveux ; mais l'action nocive du phosphore se porte surtout sur les mâchoires qui finissent par se nécroser : les dents tombent ; les gencives se tuméfient; l'os s'enflamme. Quelquefois le phosphore peut s'éliminer spontanément ; le malade, peut alors recouvrer la santé, plus ou moins mutilé par la perte d'une partie de la mâchoire ; mais c'est là l'exception et, le plus souvent, la suppuration épuise le malade et le conduit à la mort.
Mais le phosphore est reconnu comme une substance très toxique et les faits qui viennent d'être relatés pourraient peut-être, pour ce motif, être considérés comme ne relevant pas du domaine des accidents. Il n'en serait, en tout cas, pas de même pour les phénomènes suivants, où la mort est causée par le maniement de matières considérées comme n'étant généralement pas toxiques.
Les chiffonniers et les ouvriers des fabriques de papier qui travaillent les chiffons sont parfois subitement atteints du chai*bon interne, résultant de la présence d'im bacille très virulent, le Proteus vulgaris de Hanser, qui amène souvent la mort.
Le charbon des mégissiers, contracté dans le maniement des peaux de mouton en suin, frappe subitement ceux qui en sont
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atteints. Il suffit que louvrier ait manié les toisons de moutons morts du charbon ou qu'il ait été piqué par une mouche ayant puisé dans le cuir de Tanimal le virus spécial à la maladie, pour que, le jour même, celle-ci se déclare avec intensité ; or, elle conduit à la mort en trois ou quatre jours, s'il n'est procédé immédiatement à des mesures médicales très énergiques.
Comme vous le voyez, Messieurs, on trouve bien, dans ces morts rapides, tous les caractères de l'accident.
D'ailleurs, Yargyrisme des orfèvres est là, en quelque sorte, pour prouver que l'intoxication par les mains est chose courante et qu'elle est bien un accident.
Les orfèvres ont très souvent sur le dos de la main et des doigts des taches d'un bleu mat, qui ne sont autres que des granulations d'argent, comme on a pu le reconnaître par les réactifs chimiques après les avoir dissoutes dans l'acide nitrique. Ce phénomène, qui fut constaté un jour sur 800 orfèvres de Berlin, n'est produit ni par inhalation, ni par absorption de poussière d'argent, ni par imprégnation à travers une peau indemne, mais par pénétration à travers des lésions de la peau et circulation à travers l'organisme de la main.
On conçoit aisément qu'un phénomène de ce genre, constaté pour un corps métallique solide, soit bien plus aisément réalisable avec des liquides chimiques.
Dans cet ordre d'idées, il est un accident dont je vous demanderai l'autorisation de vous entretenir un peu plus longuement. Cet accident d'une nature nouvelle, résultant de l'application de procédés industriels nouveaux, s'est produit depuis quelques mois dans plusieurs teintureries, où l'on fait la teinture en noir grand teint d'aniline.
Il y a peu d'années, ce noir était encore inconnu. Jusqu'à l'année dernière, il se fit en mélangeant avec beaucoup d'eau une quantité relativement peu importante d'huile d'aniline et de divers produits chimiques oxydants. Il y a un an à peine, la méthode eut à subir une nouvelle transformation radicale, elle devint intensive. Les bains, de très dilués qu'ils étaient auparavant, devinrent excessivement concentrés, en même temps que des manipulations nouvelles, d'une application très précise, étaient inventées pour éviter de brûler les matières à teindre. A la teinture en barques et par grandes masses était substituée la teinture en terrines et par petites fractions. Dans ce nouveau
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mode, le teinturier pilonne avec les mains la matière à teindre, le coton par exemple, kilo par kilo, dans un vase d'une contenance de huit litres, oîi se trouve le bain tinctorial ; dans cette opération, il a la figure penchée au-dessus du liquide contenant l'aniline, le chlorate de potasse, le chlorhydrate d'ammoniaque, le sulfate de cuivre, le nitrate de fer, Tacide muriatique,etc.,etc..., liquide dont les diverses parties ont été mélangées au dernier moment ; les réactions se font par conséquent, sous le visage même de Touvrier.
Dans ces conditions, il se forme au-dessus des dix ou douze terrines, qui sont ordinairement juxtaposées et dans chacune desquelles travaille un ouvrier, une atmosphère spéciale où entre, pour une grande part, Taniline toute prête à s'oxyder.
Lorsque l'atmosphère n'est pas constamment renouvelée, l'ouvrier respire ces vapeurs sans en être d'abord incommodé ; puis, tout à coup, il chancelé, tombe sans connaissance et son visage devient violet. L'absorption d'un contrepoison, tel que le lait, conduit à des vomissements de matières complètement noires. Il a dû se produire, évidemment, dans l'intérieur du corps, sous l'action de l'oxygène contenue dans les globules rouges du sang, une oxydation subite de Taniline absorbée par pénétration à travers les mains et par respiration ; d'oîi formation, à l'intérieur du corps, d'une teinture noire qui se traduit par la teinte violette du visage et par la nuance noire des aliments rejetés sous l'action du contrepoison. J ajouterai que cette intoxication subite est, heureusement, passagère, et que, traitée à temps, elle reste sans conséquences nuisibles.
Elle n est d'ailleurs pas la seule à se produire aussi subitement. Il est connu, en effet, que quand le gaz d! éclairage pénètre tout à coup dans les poumons, les victimes tombent subitement foudroyées. Il est vrai qu'on peut le plus souvent les ramener à la vie, mais il y a là, évidemment, un « accident » dont les conséquences sont parfois très graves.
D'autres gaz tels que V acide carbonigue, V oxyde de carbone, V acide sulfhydrigiie^ etc., etc.. produisent des effets analogues; c'est ainsi qu'on a eu à constater parfois des asphyxies subites, tantôt dans des fosses de vidange, tantôt dans des cuves de fabrication de vins de raisins secs, etc., etc.
Les gaz et les vapeiu'S ne sont pas seuls nuisibles à l'homme quand ils sont répandus dans Tair ; les poussières impalpables
sont, elles aussi, dangereuses à respirer, surtout quand elles sont formées de substances toxiques telles que les sels de plomba de zinCy de cuivre, de mercure, etc., poussières que respirent les ouvriers des usines qui mettent en œuvre ces différentes substances. Ces poussières donnent lieu plus souvent à des maladies qu'à des accidents ; mais ces maladies étant, en somme, faciles à éviter, j'en signalerai deu\ ou trois avant d'indiquer les moyens à mettre en œuvre pour les écarter.
La plus connue d'entre elles est celle qui a reçu le nom de coliques saturnines ; elle frappe indistinctement les ouvriers des mines de galène, ceux des usines où Ton fabrique la céruse, où Ton travaille la braise chimique ou nitrate de plomb, enfin les peintres en bâtiment. Elle est précédée et accompagnée de pâleur, d'anémie, de vomissements bilieux et souvent suivie de la « goutte saturnine ». Les coliques saturnines sont produites par Tinbalation de composés de plomb répandus dans l'air en poussière impalpable.
Une affection un peu moins connue est celle des ouvriers employés dans les manufactures de tabac ; soit à manipuler les tabacs, soit simplement à les respirer; ils subissent, comme les grands fumeurs d'ailleurs, une diminution graduelle de la vision, le plus souvent rebelle à la thérapeutique oculaire ; puis ils perdent la perception du vert et du rouge, couleurs complémentaires Tune de l'autre. La vision redevient quelquefois normale quelques mois après la cessation de tout travail en manufacture.
Les cas ci-dessus se rapportent à des poussières de substances toxiques ; mais celles-ci ne sont pas les seules nuisibles ; et l'on peut presque admettre que toutes le sont plus ou moins : les meulîers, les meuniers, les tanneurs, etc., etc., subissent parfois les conséquences de leur présence dans l'atmosphère. Il semble, que la nature nous ait imposé, pour notre existence, des conditions étroites et qu'elle ait voulu fixer non seulement la composition de l'air que nous devons respirer, mais encore la pression de cet air.
En ce qui concerne la composition de l'air, les exigences de la nature sont indiscutables ; elles sont, d'ailleurs, connues depuis la plus haute antiquité.
On sait que certains arbres sont funestes aux voyageurs assez imprudents ou assez inexpérimentés pour chercher le repos et le sommeil à Tombre de leur feuillage.
L'oxygène, et Tair, ces principes essentiels de la vie, doivent être respires dans des conditions très nettement déterminées.
Il est avéré, en effet, que Vinhalatioii d oxygène pur ou J!air comprimé peut produire des effets semblables à celles du tétanos, de Tépilepsie ou de rcmpoisonnement par Tacide picrique. On peut citer, dans cet ordre d'idées, Taccident survenu aux fondations d'un pont jeté sur le Mississipi, accident dans lequel plusieurs ouvriers travaillant sous une pression de deux à trois atmosphères sont morts en très peu de temps, en présentant des symptômes ressemblant à ceux de la méningite cérébrospinale. On a expliqué cette mort en disant que les corpuscules rouges du sang se chargent, au niveau des poumons, non pas seulement d'oxygène mais encore d'électricité ; cette électricité serait transmise aux terminaisons nerveuses et de là aux centres nerveux, sortes de magasins où elle se transformerait en force nerveuse. D'après cette explication, les phénomènes mortels de Taccident du Missisipi seraient le résultat d'une augmentation de tension électrique, stimulant à Texcès le système nerveux.
Quoi qu'il en soit de ces effets physiologiques, il reste établi par des faits que les industriels et les ingénieurs doivent s'attacher à maintenir, autant que possible, l'atmosphère de leurs usines dans des conditions normales.
La question des intoxications m'ayant conduit à parler des dangers qui résyltent de la présence dans l'air de poussières impalpables, je rappellerai, en passant, les accidents produits quelquefois par des poussières de substances inflammables, telles que la poussière de charbon dans les mines de houille, la poussière de coton, dans les filatures et parfois dans les ateliers de tissage, etc.
Que les intoxications s'effectuent par les voies respiratoires ou par les mains, elles peuvent être progressives ou subites, suivant que la respiration se fait dans une atmosphère plus ou moins chargée de vapeurs délétères, ou suivant que des mains, plus ou moins couvertes de lésions, ont à manipuler des produits chimiques plus ou moins nuisibles et des dissolutions plus ou moins concentrées.
J'ai donné de nombreux exemples d'intoxications ; on pourrait, évidemment, en citer d'autres ; mais je crois en avoir dit assez pour faire ressortir l'importance des accidents qui peuvent se
produire dans les industries chimiques et pour faire reconnaître la nécessité de prendre des mesures contre ces accidents.
Pour éviter Fintoxication par les mains, il est bon de ne laisser manipuler les produits chimiques que par des ouvriers ayant Tépiderme complètement indemne. Les gants en tissus imperméables sont particulièrement recommandables lorsque les opérations manuelles à faire permettent l'emploi de gants.
En ce qui me concerne, je me suis particulièrement bien trouvé de prescrire l'emploi de gants en caoutchouc pour les ouvriers teinturiers en noir d'aniline.
I Pour protéger les voies respiratoires, Taération des ateliers par une ventilation énergique, avec ou sans pulvérisation d eau, est certainement ce qu'il y a de plus efficace : les vapeurs et les gaz délétères, dilués dans une grande quantité d'air, n'ont pas d'action sensible sur l'organisme. Le plus souvent cette aération est obtenue au moyen d'un ventilateur.
Si on fait passer Tair de ce ventilateur dans une caisse juxtaposée immédiatement à cet appareil, et si, dans cette caisse, on fait tomber de petits filets d'eau au moyen de pommes d'arrosoir ou de tôles perforées, l'air, après avoir traversé ce milieu, s'échappe saturé d'eau, c'est-à-dire dans des conditions excellentes pour prévenir les inconvénients Ties poussières.
Tels sont les principaux moyens préventifs qu'on peut employer pour éviter les intoxications ; mais ce n'est pas tout ; une intoxication s'étant produite, on peut se demander quels sont les remèdes à appliquer pour en diminuer le plus possible les conséquences.
Il faut tout d'abord soustraire au plus vite le malade au milieu qu'il respire, employer les moyens propres à favoriser l'oxygénation du sang et à stimuler l'économie ; parfois, même, il y a lieu de mettre en œuvre la respiration artificielle et les inhalations d'oxygène. Au début, il est extrêmement important de faciliter la respiration du malade dans un air pur, en dégageant sa poitrine.
Dans les intoxications graves, on recommande parfois la saignée qui a alors le bon effet de prévenir Taccumulation du sang dans les organes ; certaines sommités médicales ont même proposé, en pareil cas, la transfusion, afin d'infuser au malade un sang nouveau.
Mais ce sont là des considérations qui m'entraînent loin de
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mon domaine. Je ne les ai indiquées que pour appeler sur ces importantes questions la bienveillante attention des personnes compétentes. (Applaudissements.)
M. LE Président remercie M. Henry de cette communication, qui, par sa spécialité même, a une importance toute particulière; elle touche en effet à cette grave question des maladies professionnelles, que la Suisse a déjà réglée en partie par assimilation aux accidents proprement dits. Cette question se posera certainement aussi en France et il est bon de recueillir à ce sujet les renseignements les plus précis et les plus complets.
M. Anthoni présente ensuite quelques observations sur les /on- , dations élastiques et isolantes en vue d'amortir les chocs et les vibrations^ et sur Timportance que ces dispositifs peuvent présenter au point de vue de la prévention des accidents et de Thygiène des ouvriers.
La séance est levée à onze heures et demie.
TROISIÈME SÉANCE, JEUDI 12 SEPTEMBRE i889 PREMIÈRE VISITE À l'eXPOSITION
Le 12 septembre, vers neuf heures du matin, une soixantaine de membres du Congrès étaient réunis sur TEsplanade des Invalides pour visiter ensemble «.cette partie de l'Exposition. M. Cheysson, président de la section XIV de l'Economie sociale, et rapporteur du jury de cette section avait bien voulu répondre à la demande qui lui avait été adressée, et se charger de guider ses collègues dans les différents pavillons qui composaient cet ensemble.
La maison ouvrière de la Vieille Montagne, avec les nombreux graphiques qui couvrent ses murs, est le point de départ tout indiqué. C'est dans cette modeste salle que M. Cheysson trace un rapide et saisissant exposé du but poursuivi par les promoteurs et les organisateurs de l'Exposition d'Economie sociale.
« Ebloui de toutes les merveilles qui s'étalent au Champ de Mars et qui témoignent à la fois de la grandeur et de la puissance de l'industrie moderne, plus d'un visiteur a été invinciblement conduit à se reporter de l'œuvre à l'ouvrier, et à se demander : quelle est, dans la nouvelle organisation industrielle, la situation faite au
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personnel qu'elle emploie ? Serait-il vrai que, dans ce monde de la grande industrie, tout soit oppression et misère d'une part, égoïsme et cupidité de l'autre ?
« A cette question d'un intérêt si pressant, les déclamations pessimistes des orateurs socialistes et les affirmations optimistes des défenseurs de l'état actuel ne donnent que des réponses également insuffisantes : il nous faut des preuves, des faits.
« Ce sont ces témoignages et ces faits qui sont là, devant nos yeu\ et qui vont nous renseigner sur la situation de l'ouvrier dans beaucoup de nos grands établissements et sur les institutions diverses qu'ils ont établies en sa faveur.
« L'œuvre bienfaisante de tant de patrons d'élite restait dans Tombre ; il aura suffi de soulever discrètement le voile, pour montrer un ensemble vraiment admirable et que Ton ne soupçonnait pas.
« Dans cet ensemble si vaste d'œuvres patronales, et eu égard à l'objet spécial de notre congrès, notre attention se portera principalement sur celles qui visent à préserver l'ouvrier des accidents du travail, à le soulager s'il est blessé, à préserver de la misère, lui-même, s'il est devenu invalide, et ceux qui vivaient de son travail, s'il a succombé : ce sont ces œuvres que nous allons rapidement passer en revue. »
M. Gheysson s'arrête tout d'abord devant le panneau de la Société pour prévenir les accidents de fabrique de Mulhouse, que fondait, vers 4867, M. Engel-Dollfus.
« L'économie à réaliser, disait ce grand homme de bien, a une « bien autre importance qu'une simple question d'argent, puisque « c'est la vie même de nos compagnons de travail qui est l'ob- « jectif de nos épargnes. » Son but a été atteint; ce sont réellement des centaines et des milliers de vies humaines qui ont été économisées par tous ces appareils si divers, dont l'association de Mulhouse a provoqué l'adoption, et encouragé l'incessant progrès.
« Associés librement pour étudier en commun les perfectionnements à apporter aux moyens préventifs sur leurs machines et appareils si divers, les industriels alsaciens ont pu conserver leurs inspecteurs librement choisis, quand la loi allemande est venue réglementer le travail. Grâce à leur initiative généreuse, ils ont diminué dans une forte proportion le nombre des accidents, sans avoir eu à subir la surveillance officielle. »
M. Cheysson rappelle à cette occasion les associations analogues fondées sur ce modèle à Paris, Rouen, Amiens, etc. ; il rend hommage à leurs dévoués promoteurs et directeurs et il insiste sur l'importance qu'il y aurait à développer largement ces créations, de manière à en faire un réseau qui enserrât toute la France industrielle et môme agricole. Il voudrait une série d'associations locales autonomes, mais fédérées entre elles, et envoyant des délégués 'dans un Congrès annuel, qui unifierait leurs méthodes et leur action.
« Malgré les précautions même les plus minutieuses, malgré les réglementations les plus précises et la surveillance la plus vigilante, la prudence humaine est cependant déjouée et Taccident se produit.
« Souvent, ce n'est pas une circonstance unique, subite, qui fait de l'ouvrier un invalide; sa constitution est lentement atteinte par des influences morbides tenant au milieu dans lequel il est astreint à vivre et à agir. Brusquement, ou peu à peu, il devient incapable de gagner sa vie ; victime du risque professionnel, il n'aurait d'autres ressources que la charité publique, s'il ne se trouvait dès longtemps affilié à une caisse de secours qui le reçoit lui et les siens, les soutient et leur donne tout au moins le strict nécessaire.
« Les tableaux, et les graphiques qui recouvrent les parois de ces salles du Pavillon d'Economie sociale donnent l'histoire de beaucoup de ces sociétés. Les graphiques surtout dévoilent bien des faits qui se cachent dans les colonnes de chiffres. Les chiffres sont arides et lents, le dessin est rapide et intuitif; il signale la loi de continuité des phénomènes, et en relève les anomalies, qu'il oblige à expliquer, si elles sont réelles, à rectifier si elles proviennent simplement d'ime erreur.
« Avant tout, signalons la courbe que toute maison devrait tenir à construire pour elle-même ; c'est celle de la stabilité de la population ouvrière.
« Pour l'établir, on partage le personnel en catégories par durée de séjour de un an, deux ans, trois ans, et ainsi de suite jusqu'au doyen d'ancienneté, qui constitue à lui seul la dernière tranche. Ceci fait, on gradue horizontalement la base du dessin d'année en année, et de gauche à droite, suivant ces durées de séjour ; puis on élève sur chacune de ces divisions une verticale égale au nombre d'ouvriers correspondant à cette catégorie. En
réunissant par un trait continu le sommet de toutes ces verticales, on obtient une courbe, qui peint aux yeux la stabilité ou rinstabilité du personnel*.
« Si les ouvriers ne font que traverser Tatelier, la courbe sera très surhaussée vers la gauche et coupera très vite la base du dessin. C'est ce qui aurait lieu, par exemple, pour les usines métallurgiques de Krupp, Phœnix, Hœrde, Bochum, si Ton en croit les résultats d'une enquête faite en 1873 par lassociation des industriels allemands % et d'après laquelle ces maisons auraient en moyenne 78 p. 100 de leurs ouvriers entrés dans Tannée et 75 p. 100 sortis dans la même année. Au contraire, la courbe s'aplatit à gauche et se prolonge à droite, là où le personnel est stable, comme au Creusot où Ton compte 1,491 ouvriers ayant plus de trente ans de service.
« En prenant le centre de gravité de la surface de la courbe, on obtient la durée moyenne de séjour, qui sert en quelque sorte de mesure et de critérium à la fidélité des ouvriers. Si cette durée est longue, elle constitue, comme on sait, un indice favorable d'une extrême importance : quand, sous le régime de la liberté réciproque, patrons et ouvriers restent volontairement en tête à tête pendant de longues années, c'est qu'apparemment ils y trouvent les uns et les autres leur compte. Bon nombre de nos exposants ont ainsi des coefficients de stabilité qui vont jusqu'à 12 et IS ans et qui attestent ainsi d'excellents rapports avec leurs ouvriers.
« Cette préoccupation de la stabilité domine et inspire presque toutes les institutions patronales. Aussi la retrouve-t-on partout dans notre exposition. C'est principalement pour retenir l'ouvrier qu'on lui attribue des primes d'ancienneté, des pensions de retraite, qu'on le fait participer aux bénéfices, qu'on lui constitue un patrimoine après un certain stage, qu'on le rend propriétaire de sa maison, qu'on cherche en un mot à lier son bien-être à sa fidélité.
« Appliquées à la représentation de la situation des caisses de
* Pour rendre les courbes comparables d*une usine à l'autre, il est recommandé de ramener les proportions de chaque catégorie à 1,000, en prenant pour les hauteurs des verticales, non pas les efTectifs absolus des diverses catégories, mais leur rapport à l'efTectif total du personnel. La somme de toutes ces verticales est égale à 1,000.
* V. les chiffres dans PÀssurance contre la vieilUise et Vinvalidité en Allemagne, par M. Gruner, p. 21.
secours, de retraite, de maladies, ces courbes sont singulièrement expressives.
« Par leur comparaison, on saisit du premier coup d'œil les embarras que se préparent bon nombre d'institutions et Ton sent la nécessité d'équilibrer les ressources et les engagements. Les caisses d'accidents, de retraite, toutes celles qui prennent des engagements à longue échéance ne peuvent plus être fondées et dirigées avec la seule impulsion d'un instinct généreux; elles ont besoin d'être éclairées par la science financière et par le concours des spécialistes, des < actuaires ». Certainement cette exposition aura rendu un grand service, si elle a ouvert les yeux aux directeurs de bon nombre d'institutions de ce genre et leur a montré l'abime auquel ils couraient de bonne foi.
u Ce magnifique inventaire étalé sur les murailles de l'exposition d'économie sociale est un vigoureux argument contre le socialisme d'État, en prouvant ce que peut l'action individuelle avec sa souplesse et sa fécondité. — A quoi bon le gendarme, si le patron fait spontanément plus et mieux que l'État? — Il constitue en même temps un enseignement mutuel d'une haute portée. L'exemple du bien est contagieux. Beaucoup d'industriels, qui n'avaient que des aspirations vagues et confuses, trouvent leur voie devant ces indications précises sur ce qu'ils peuvent et doivent faire, et rentrent chez eux déterminés à se consacrer eux aussi à l'amélioration du sort de leurs ouvriers. Enfin ces témoignages nombreux et concordants réfutent par des faits les affirmations mensongères des agitateurs, qui soufflent l'antagonisme et prennent pour devise : « Notre ennemi, c'est notre maître. »
Telles sont quelques-unes des indications que présente M. Gheysson sous les formes les plus diverses et les plus vivantes, tout en guidant ses collègues devant les expositions des Compagnies d'assurances (les Assurances générales, TUnion, l'Urbaine) du Creusot, de Bessèges, d'Anzin, de Baccarat, de MM. Mame et C**, Baille-Lemaire, Seydoux, Piat, Steinheil Dieterlen et C*', de la teinturerie de Thaon, des Compagnies de chemins de fer de P.-L.-M., de l'Ouest, des Messageries maritimes. « Tous ces établissements sont écrits au livre d'or de l'industrie et l'une des bases de leur prospérité est précisément leur bonne entente avec leur personnel. Les sacrifices consacrés au bien-être matériel et moral des ouvriers sont un fructueux placement. Loin d'appauvrir une maison, ils la consolident et contribuent par là à ses
succès industriels. Ainsi, tout se tient : là comme ailleurs le bien et Futile se rencontrent dans une admirable et consolante harmonie. »
D'unanimes applaudissements ont salue à la fois ces paroles sur lesquelles M. Cheysson a terminé ses explications, et celles que lui a adressées M. Ricard, vice-président du Congrès, pour le remercier d'avoir si bienfait les honneurs d'une Exposition, à laquelle il a pris une part si considérable comme idée première et comme organisation.