LE CŒUR
faisait à un individu blessé à la poitrine, put apercevoir le cœur, et même toucher cet organe, le saisir avec la main. Or Gruvei- Ihier dit à ce propos : « La diastole ventnculaire s'effectuait brusquement avec une énergie dont on ne se ferait pas une idée : la main serrée sur le conir était^ pendant la diastole, ouverte avec violence. » Il est évident que l'impulsion communiquée au sang par la seule contraction de l'oreillette n'aurait pas agi avec cette puissance.
Le chirurgien Follin a vu, en 1850, dans un cas tout semblable, les mouvements du cœur mis à nu par une blessure. « Les ventricules se remplissaient, dit Follin, sans mouvements brusques et avant la contraction des oreillettes. » La dilatation des ventricules n'était pas passive, puisque le sang arrivait dans les ventricules avant la contraction des oreillettes.
W'edemeyer etGuenther, physiologistes allemands, ayant lié la veine jugulaire d'un cheval, ouvrirent cette veine au-dessus de la ligature, et introduisirent dans le vaisseau un tube d'argent ; puis ils attachèrent au tube d'argent un tube de verre recourbé. La longue branche pendante de ce tube de verre fut plongée dans un vase plein d'eau. Or, à chaque pulsation du cieur, le liquide montait de plusieurs pouces dans la branche, et cela à peu près au moment correspondant à la diastole; ensuite il retombait.
A la diastole succède la systole, c'est-à-dire que le cœur, après s'être dilaté pour recevoir le sang, se contracte et presse le liquide, pour le chasser hors de sa cavité. Des fibres particulières provoquent cette contraction.
Ce n'est pas sans raison que Bichat, après Sténon et Harvey, a appelé le cœur un muscle creux. Cette expression, si admirée avec raison, est belle, parce qu'elle est juste, parce qu'elle traduit fidèlement la réalité. Le cœlir n'est, en effet, qu'une réunion de muscles , composés de fibres douées d'une grande puissance de contraction.
Mais quelle est la force des fibres du cœur? Et le nombre de ces fibres est-il en rapport avec l'étendue du trajet qu'elles ont à faire parcourir au sang? Les anciens disaient que le volume, et par conséquent la force du cœur, est en rapport avec l'énergie physique et morale de l'individu. Cette remarque est fondée. On peut regarder, en général, le développement considérable du cœur, chez rhomme, comme une preuve de force physique
et de couraiic. On comprend, en elïel, qu'un cœur volumineux doive expédier une plus grande quantité de sang, et pousser ce liquide vital avec plus de vigueur. Il doit, dès lors, communiquer aux organes une plus vive excitation et donner à l'individu plus d'énergie, en lui fournissant une plus grande somme d'élément vilal. Cette idée est passée dans le langage, car on dit quelquefois, par une expression métaphorique, c< un grand cœur » pour un homme de courage.
Quant à la force des contractions du cœuv, on a fait beaucoup de recherches pour n'arriver (luaux plus singulières divergences. Les évaluations (]ui ont été formulées à cet égard présentent entre elles les écarts les plus choquants. Il suffit de dire, pour prendre les extrêmes, que Borelli exagérait prodigieusement la force du cœur, tandis que Keil l'évaluait seulement à quelques onces. Entre ces points extrêmes on peut placer les évaluations de Jurine, Morgan, Sauvages, Robinson, Morlandi, Boissier, Cheseldcn , Michelotti, Haies, Bernoiilli, Tabor , Sénac, etc.
Comment expli(iuer d'aussi grandes divergences? Yicq d'Azyr suppose qu'il s'est glissé quelques erreurs de calcul dans l'appréciation des résultats de Borelli, et Haller déclare qu'il est impossible de faire à cet égard une estimation rigoureuse. La cause de ces dilTérences entre ces évaluations vient de la manière diftérente dont chaque auteur a procédé. Borelli a donné trop d'importance au calcul; Keil, Haller et Bernoulli se sont trop attachés à l'expérience directe.
Le physiologiste anglais Haies avait eu l'idée, au siècle dernier, d'évaluer la torce du cœur en introduisant dans l'artère carotide dun animal vivant un tube de verre recourbé, contenant du mercure dans l'une de ses branches. Le tube de verre se remplissait du sang de l'arfère, et exerçait sa pression sur la colonne de mercure contenue dans sa partie recourbée. Haies évaluait par ce moyen la tension mécanique du sang dans l'artère mise en expérience.
Dans notre siècle, un physiologiste français, Poiseuille, est parvenu, à l'aide d'un instrument en tout semblable à celui de Haies, à apprécier exactement la tension du sang dans les artères.
Poiseuille, comme Haies, met l'artère carotide en communication avec un tube de verre recourbe contenant du mercure. Chaque contraction du cœur fait élever le mercure dans ce tube,
et en mesurant la hauteur de la colonne soulevée, on évalue la pression du sang dans les artères.
Nous représentons dans la figure 48 Vliémo-dynamomèlre de Poiseuille.
Cet appareil se compose d'un tube de verre EDIC, recourbé deux fois. La partie C est introduite dans l'artère A A, à l'intérieur de laquelle on veut mesurer la pression qu'exerce le sang. Après avoir divisé cette artère, on y introduit l'extrémité horizontale C du tube, et on lie l'artère sur cet ajutage, avec plusieurs tours de fil verni très-solides. Un robinet est disposé sur le trajet du tube BC, pour faire pénétrer, au moment où on le désire, le sang de l'artère dans le tube de verre recourbé E D C. Comme le sang se coagulerait à l'intérieur de ce tube, on a eu le soin de placer préalablement dans la partie I du tube un peu de sulfate de soude, sel qui empêche la coagulation du sang. Quand on ouvre le robinet, le sang venant de l'artère pénètre dans le tube de verre recourbé EDIC, et rencontre le mercure. En vertu de la pression dont il est animé, ce sang presse la colonne de mercure I B, de sorte que le mercure s'élève dans la branche droite D E.
Selon la hauteur à laquelle la
colonne de mercure s'élève le f',?.- -48- Appareil pour mesurer la force
cl impulsion du sang dans les artères ou long de l'échelle graduée E, liénio-d^namomètre de Poiseuille.
placée sur une planchette le long de ce tube, on juge de la force de tension du sang dans l'artère mise en expérience.
Les deux petites plaques métalliques G H, que l'on voit fixées perpendiculairement à l'ajutage, peuvent être rapprochées ou écartées l'une de l'autre, au moyen d'une vis à virole C. La paroi de l'artère A A est comprise entre ces deux plaques. En tournant la virole de la vis C, on serre donc les deux parois de l'artère entre ces deux plaques, et on maintient ainsi le vaisseau
comprimé au degré que l'on désire, en même temps que l'on empêche le sang de s'écouler ailleurs que dans le lube EDC.
Celte dernière disposition, qui n'exislait pas dans l'appareil de Poiseuille, est un perfectionnement qui a été imaginé, de nos jours, par MM. Ludwig, Spengler et Yalentin.
Quand on mesure, avec l'hémo-d^namomètre de Poiseuille, la pression du sang dans une artère, on trouve que cette pression peut élever la colonne mercurielle de 15 centimètres environ. Le sang exerce donc sur une surface donnée d'artère une pression représentée par cette surface multipliée par le poids d'une colonne de mercure de 15 centimètres de hauteur. Par des calculs que nous omettons ici, on arrive à conclure qu'une pression de 215 grammes s'exerce sur chaque centimètre carré de la surface intérieure d'une artère à sa sortie du cœur. Cette pression représente, selon Poiseuille, un poids de 2 à 3 kilogrammes.
Poiseuille a constaté que l'âge, le sexe, le tempérament, les passions, le mouvement, les maladies, font varier à chaque instant la force du cours du sang dans les artères; mais, selon le même savant, dans l'état habituel, la tension du sang dans les artères ne dépasserait pas 2 à 3 kilogrammes.
Les mouvements du cœur sont accompagnés de phénomènes particuliers, que nous devons signaler. Des changements de forme et de consistance de cet organe, un bruit particulier et un choc contre les parois de la poitrine, coïncident avec les mouvements du cœur. Pendant la systole, les parois des ventricules du cœur se resserrent, se rident, et éprouvent comme un frémissement ou une palpitation. Le cœur se courbe, la pointe en avant. En d'autres termes, le cœur se raccourcit.
Ce raccourcissement du cœur pendant la systole des ventricules avait été nié par les anciens physiologistes, par Vésale entre autres, et l'imposante autorité de ce grand anatomiste entraîna dans la môme erreur Riolan et un grand nombre de ses contemporains. Bien plus, quelques physiologistes ont prétendu que le cœur s'allonge pendant la systole.
D'autres ont soutenu, par un mezzo termine, que, pendant la systole, le cœur ne s'allonge ni ne se raccourcit.
On ne peut cependant mettre en doute la diminution de longueur du cœur, de sa base vers sa pointe. En effet, si le cœur s'allongeait, les valvules tricuspide et mitrale ne pouraient rem-
plir les usages auxquels elles sont destinées, puisque les colonnes charnues, dont les tendons s'attachent à leurs bords, les retiennent appliquées contre les parois des ventricules. Ajoutons que Sénac, Wolle, Gerdy, ont prouvé que le cœur est formé d'anses charnues dont les extrémités sont dirigées vers la base et le milieu vers la pointe. De cette disposition résulte nécessairement le racourcissement du cœur quand ses fibres se contractent.
Quand on met la main sur le côté gauche de la iK)itrine. on sent, dans l'intervalle qui sépare les cartilages des cinquième et sixième côtes gauches, une percussion manifeste. C'est ce que l'on appelle les batternents du cœur. D'où provient cette percussion? De ce que, chaque fois que les ventricules se contractent, la pointe du cœur vient heurter les parois de notre poitrine.
Le fait du déplacement du cœur et du choc qu'il produit, en venant heurter les parois de la poitrine, est hors de doute. Harvey l'observa le premier sur le vicomte de Montgomery, jeune seigneur de la cour du roi d'Angleterre Charles I", qui dans son enfance avait perdu plusieurs côtes, à la suite d'une blessure. Le vicomte de Montgomery, qui avait dix-neuf ans lorsque Harvey l'observa, portait sur la poitrine une plaque métallique qui recouvrait son cœur, car cet organe ne se trouvait défendu que par une enveloppe membraneuse, apparente à l'extérieur. Harvey vit très-bien ainsi qu'à chaque contraction des ventricules le cœur se portait en avant, puis rentrait, comme au fond de sa loge.
En 1856, le docteur Bamberger fut appelé pour un homme qui venait de s'enfoncer un couteau dans la poitrine, au-dessous du cœur. Le doigt introduit dans la plaie sentait, à chaque contraction des ventricules, la pointe du cœur, et la sensation de ce contact disparaissait pendant la diastole.
Si le fait du choc du cœur contre les parois costales est indiscutable, il en est autrement de la cause de ce phénomène. Depuis un siècle on discute sur la véritable cause de la projection du cœur en avant, projection qui fait que le cœur vient heurter les parois costales et produire les battements de cet organe. L'opinion qui paraît aujourd'hui la plus probable est aussi la plus simple. Elle consiste à admettre que le déplacement du cœur tient à ce que les contractions des ventricules, lançant l'ondée de sang contre les courbures de l'aorte et de l'artère pulmonaire, le flot
liquide tend à redresser les courbures de ces deuK vaisseaux, cl que dès lors le cœur loul entier, qui est comme suspendu à l'artère aorte, se trouve entraîné par la réaction de ce mouvement, et se porte en bas et en avant.
On s'est demandé si les parois du cœur expulsent, à chacune de leurs contractions, la totalité du sang contenu dans le ventricule ou «dans l'oreillette. Haller, conformément à sa doctrine de VirrilahiUlé^ considérait le sang comme le stimulant du cœur, et professait que, sous l'influence de cette irritabilité, les cavités du cœur se vidaient entièrement à chaque contraction. Haller justifiait son opinion par des expériences qu'il avait faites sur des grenouilles, et sur de jeunes poulets, animaux dont le coHir offre des parois demi-transparentes. Il était aisé de voir, grâce à celte translucidité, que le sang était entièrement expulsé du ventricule pendant la systole. Cependant l'opinion contraire a prévalu. On admet de nos jours que les ventricules, à chacune de leurs contractions, n'expulsent que le quart environ du sang qu'ils renferment.
Quelle est la quantité de sang que chaque contraction des ventricules pousse dans l'artère pulmonaire et dans l'aorte? On admet ([ue 60 grammes de sang passent, à chaque contraction, dans chacun de ces deux vaisseaux. Cette évaluation n'est pourtant qu'approximative, car la quantité de sang lancée par le cœur, à chaque contraction, doit varier selon la force du sujet et les circonstances physiques ou morales où on l'envisage.
Quelle est enfin la coordination des mouvements du cœur? Quel est le rhythme auquel ses mouvements obéissent? On regarde aujourd'hui comme bien démontré:
1» Que les deux oreillettes se contractent ensemble ;
2» Que les deux ventricules se contractent également ensemble ;
3° Que la systole des oreillettes répond à la diastole des ventricules, et vice versa.
On a voulu pousser beaucoup plus loin la connaissance du phénomène des battements du cœur, et en le soumettant à une étude toute spéciale, on est arrivé à distinguer plusieurs bruits, dont la médecine tire parti pour le diagnostic des affections du cœur.
Quand on écoute attentivement les bruits du ('œur, on reconnaît qu'ils se composent de plusieurs bruits distincts, ne s'exécutant pas tous à la fois. Un intervalle sépare ces bruits, et c'est ce qui produit le tic-tac que chacun connaît. Il est évident que si ces deux bruits retentissaient ensemble, ils se confondraient, et qu'on n'en distinguerait qu'un. Il y a donc deux bruits, séparés chacun par un intervalle , c'est-à-dire deux bruits et deux intervalles.
Deux bruits séparés par deux intervalles représentent quatre temps. Les auteurs de traités de physiologie caractérisent à peu près ainsi ces quatre temps.
Premier temps : Systole des oreillettes, coïncidant avec la diastole des ventricules.
Deuxième temps : Repos très-court, correspondant à la fin de la systole des oreillettes et de la diastole des ventricules, et précédant la systole des ventricules.
Troisième temps : Systole des ventricules, correspondant à la diastole des oreillettes.
Quatrième temps : Très-long repos du cœur, séparant la systole des ventricules de la systole des oreillettes.
La durée des trois premiers temps est très -courte et à peu près égale. Le quatrième temps (le repos du cœur) est le plus long. Il serait impossible de soumettre sa durée à une détermination bien rigoureuse, car elle varie selon de nombreuses et diverses circonstances.
Les temps que l'on distingue dans les mouvements du cœur, coïncident avec les bruits que fait le cœur en exécutant ses mouvements. Le premier bruit, ou le bruit sourd, correspond à la systole des ventricules, le second répond à leur diastole.
L'existence et la durée relative de ces quatre temps dans les contractions du cœur furent parfaitement mises en évidence par l'observation curieuse faite par Cruveilhier d'un malade chez lequel, à la suite de la perte de la partie antérieure des côtes gauches, le cœur était mis à nu : de sorte que l'on pouvait parfaitement voir ses mouvements, et constater qu'ils étaient séparés chacun par un intervalle de repos. Le chirurgien Follin, après Cruveilhier, a fait la même observation sur un enfant qu'il observa, ainsi que nous l'avons dit plus haut, dans les mêmes conditions, c'est-à-dire dont le cœur était en partie visible au dehors.
Passons au rôle que remplissent les artères et les veines dans le phénomène général de la circulation du sang.
Artères. — L'aorte, c'est-à-dire l'énorme vaisseau qui part du ventricule gauche du cœur, et qui, se recourbant peu après, forme l'arc connu sous le nom de crosse de Faorte, est le tronc originaire de la plus grande partie des artères qui parcourent la profondeur et les divers plans du corps humain.
L'aorte, peu après sa sortie du cœur, se divise en plusieurs branches, qui envoient partout de nombreux rameaux. Les divisions et subdivisions de l'aorte prennent des noms différents selon les parties du corps auxquelles elles se distribuent. L'artère carotide, située dans la région du cou, est une des divisions de l'aorte ; l'artère brachiale est une des divisions de l'artère principale qui sillonne le bras.
La planche coloriée qui accompagne ces pages fait voir très-nettement les divisions et subdivisions des artères, avec les noms qu'elles portent. Sur la môme planche se voient, avec leurs noms, les veines, qui sont différenciées par leur couleur bleue, des artères, coloriées en rouge.
Les artères sont composées de trois tuniques superposées. La plus extérieure, très-extensible, résulte de la condensation de lames du tissu cellulaire: c'est la tunique celluleuse. La seconde, ou tunique jaune, est essentiellement élastique, dure, épaisse, et jouit d'un pouvoir de contractilité qui rappelle, mais à un plus faible degré, la contractilité des parois du cœur. La troisième lunique, ou tunique interne, est composée d'une membrane séreuse.
Il faut admettre, lors même que l'anatomie n'en démontrerait pas l'existence, qu'il y a dans la tunique jaune des artères une certaine puissance de contractilité. Il serait impossible d'expliquer sans cela la progression rapide et continuelle du sang à l'intérieur des artères.
La tunique jaune, dont l'élasticité joue un rôle fondamental, est proportionnellement plus épaisse dans les rameaux que dans les branches, et dans les branches plus que dans les troncs. Elle est fibreuse, dure et sèche. Quand on lie une artère après une opération chirurgicale, c'est surtout cette tunique qui se rompt sous la pression du lien qui détermine l'obturation interne du calibre du vaisseau. La tunique extérieure, ou. tunique celluleuse, s'étend et ne se rompt pas.
La tunique interne, ou tunique séreuse, mince et analogue à
Vaisseaux capillaires. — On comprend facilement, d'après ce qui précède, comment le sang circule dans les ramifications de l'arbre artériel. Mais la circulation continue activement dans le réseau des vaisseaux capillaires artériels, lesquels, se trouvant en communication avec le système capillaire veineux, établissent la continuité du cercle circulatoire. Comment le sang peut-il cbeminer dans ces petits vaisseaux, si éloignés de l'organe central de la circulation ?
L'explication de la circulation du sang dans les capillaires est un des points les plus difficiles de la pbysiologie. Le diamètre intérieur des vaisseaux qui terminent les artères est tel-
Fig.oO. Réseau capillaire vu au microscope, avec un grossissement
de 100 diamètres.
a. Arlère capillaire. - v. Veine capillaire. - r. Veine plus grosse, placée au-dessous.
lement petit qu'on ne peut l'apprécier à l'œil nu. On ne peut rendre visibles les vaisseaux capillaires à la vue simple qu'en poussant dans une branche artérielle voisine du réseau capillaire une injection de matière fluide colorée en rouge par le minium. La matière de l'injection, remplissant ces petits vaisseaux, fait apparaître le lacis infini de leur réseau, se détachant, avec sa couleur rouge, sur le fond du tissu. Nous représentons dans la figure 50 le réseau capillaire, c'est-à-
dire la terminaison des arlérioles au sein des tissus, et le commencement des veinules. Le microscope a grossi l'aspect de ce réseau vasculaire, qui n'est nullement discernable pour nous, en raison des dimensions infiniment réduites auxquelles arrivent les artétnoles et les t»emw/es, pour composer le réseau capillaire sanguin.
Il faut admettre, pour expliquer la progression du sang dans les vaisseaux capillaires, que ces vaisseaux sont doués d'une contractililé comparable à celle des artères, et qu'en outre l'impulsion du cœur se fait sentir jusqu'à eux. Cette contractilité des vaisseaux capillaires n'était pas mise en doute par Bichat, et les expériences des physiologistes modernes ont confirmé le fait.
Les capillaires doivent jouir d'une force de contraction assez intense, puisque cette force provoque, non-seulement la progression du sang dans leur propre réseau, mais le passage de ce même sang dans les veinules qui font suite au réseau capillaire. Mais cette force, comment l'évaluer? Toutes les recherches faites pour arriver à cette détermination sont restées inutiles.
Un certain mystère plane donc, en définitive, sur la cause réelle du mouvement du sang dans les capillaires et sur l'intensité de cette force. Celte fois encore, nous nous heurtons à un problème qui paraît insoluble parles seules lumières de l'expérience et du raisonnement, et nous sommes obligésde reconnaître que, comme la contraction du cœur et celle des artères, la contraction des vaisseaux capillaires est de nature essentiellement vitale.
Veines. — Quel est le rôle que jouent les veines dans le phénomène général de la circulation du sang? Nous venons de dire que le sang passe des vaisseaux capillaires dans les veines. Les veines le rapportent au cœur.
Cette marche du sans: veineux de l'extérieur vers l'intérieur, c'est-à-dire de la péripnérie du corps au centre, est d'ailleurs bien connue. On la comprend parfaitement quand on voit pratiquer une saignée. Chacun sait que, pour pratiquer une saignée au bras, on commence par serrer fortement le membre. On voit alors les veines superficielles du bras apparaître et se gonfler. Mais quelles sont les veines qui se gonflent? Ce sont celles qui se trouvent au-dessous de la ligature, c'est-à-dire le plus loin du cœur, tandis que celles qui sont placées au-dessus du lien, c'est-à-dire plus près du cœur, demeurent vides de sang, et, par conséquent, invisibles. Pourquoi ? Parce que le sang qui
marche de l'extrémité du membre vers le cœur, se trouve arrêté dans sa course par l'interposition de la ligature, et qu'il s'accumule au-dessous de cette ligature. Les veines situées audessus de la ligature n'apparaissent point, ne se gonflent point, parce que le sang qui les remplit d'ordinaire est arrêté dans son cours, et qu'elles ne peuvent d'ailleurs recevoir de sang par aucune autre voie. Si l'on ouvre, avec la lancette, la veine gonflée au-dessous de la ligature, le sang coule abondamment; mais si l'on piquait la veine au-dessus de la même ligature, on n'obtiendrait pas une goutte de sang.
Le cours du sang dans les veines est lent et uniforme. C'est le contraire de ce qui arrive pour les artères, à l'intérieur desquelles le sang coule rapidement et par saccades.
Il est facile de se convaincre de la difTérence du mode de progression du sang dans les veines et les artères, en ouvrant à la fois, sur un même animal, une artère et une veine. On voit alors la sang couler de l'artère par jets successifs et saccadés, qui semblent répondre à une impulsion agissant à de courts intervalles; tandis que la veine ouverte laisse le sang couler lentement, uniformément, et pour ainsi dire baver, par la petite plaie qu'a pratiquée la lancette.
Puisque le sang coule plus lentement dans les veines que dans les artères, il faut que les veines, qui rapportent le sang des artères, soient plus nombreuses que les artères ellesmêmes. La nature a pourvu à cette nécessité, plutôt en multipliant le nombre des veines qu'en accroissant leur volume. Il y a toujours deux veines, au moins, pour escorter une artère. C'est ce que l'on reconnaîtra en examinant la planche coloriée placée à la page 196, qui représente l'ensemble de la circulation artérielle et veineuse dans le corps humain.
Le sang marche d'autant plus vite dans les veines qu'il se rapproche davantage du cœur. Cela tient à ce que les veines, à mesure qu'elles se rapprochent du cœur, diminuent de capacité. Or la physique nous apprend qu'un liquide marche d'autant plus vite qu'il passe d'un tuyau plus large dans un tuyau plus resserré.
La nature protège les veines, comme les artères, contre toute offense extérieure ou intérieure. Si une veine doit traverser un muscle départ en part, l'orifice qui lui livre passage est protégé par un anneau tendineux.
Les anastomoses sont très-fréquentes entre les veines, sur-
tout ùla partie superficielle du corps. De cette manière, si une cause quelconque vient à gêner le cours du sang dans la veine, la branche anastomosique peut suppléer à la branche principale qui fait défaut.
Les veines des membres inférieurs sont, comme nous l'avons
déjà dit, pourvues, de distance en distance, de valvules, destinées
à briser, d'espace en espace, la colonne de sang, et à empêcher
le sang de peser contre les parois des veines les plus inférieures,
surtout lorsqu'un obstacle vient contrarier l'ascension
du sang et son retour au cœur.
La figure 51 représente la disposition et le groupement (les valvules d'une veine.
Sans les valvules dont elles sont pourvues, les veines inférieures de la jambe seraient énormément distendues par le poids du sang. Quelquefois même, la précaution que la nature a prise d'assurer, au moyen de valvules, la circulation du sang dans les membres inférieurs, est insuffisante. On voit les veines de la jambe grossir considérablement, et donner lieu à ces dilatations veineuses anormales qui constituent les tumeurs sanguines désignées sous le nom de varices ou de (Ulatdlions variqueuses.
Pour combattre cette disposition fâcheuse, il faut tenir fortement serrées, au moyen de bas élastiques et compresseurs, les parties du membre dans lesquelles les veines se sont laissées ainsi distendre anormalement par l'effort du sansr retardé dans son ascension.
Fig. 51.
Valvules
des veines.
Quelle est la cause de la progression du sang dans les veines ? Nous avons essayé de répondre à celle question en ce qui concerne les artères et les vaisseaux capillaires, et nous avons vu que cette réponse n'était pas facile. Ici la difficulté sera plus grande encore.
L'impulsion du cœur sur le sang s'arrête manifestement au réseau capillaire. Il est donc impossible qu'elle puisse s'étendre jusqu'aux veines. Cette première cause est dès lors écartée. On ne pourrait songer non plus à accorder une contraction propre aux veines. La tunique dure et fibreuse qui entre dans la composition des artères, existe dans les veines, mais elle n'est point élastique.