‹ Connais-toi toi-mêmeChapitre 8 sur 77 · RESUME DES FAITS RELATIFS A LA DIGESTION · texte numérisé non relu

RESUME DES FAITS RELATIFS A LA DIGESTION

11 ne sera pas inutile, en terminant, de résumer en quelques lignes tous les faits relatifs à la digestion des aliments solides et des boissons, tant dans l'estomac que dans l'intestin

Il faut, pour que ce résumé soit compris, se rappeler que toutes les substances si diverses qui constituent notre alimentation, peuvent se ramener à un très-petit nombre de principes immédiats. Considérées au triple point de vue de la composition chimique, de la manière dont elles se comportent dans le tube digestif, et de leur destination ultérieure dans l'économie, toutes les substances alimentaires peuvent se réduire à trois groupes distincts, à savoir :

1" Les matières alhuminoides (représentées par la viande débarrassée de la graisse) ;

2° Les matières grasses;

3° Les inatières féculentes et sucrées.

Ces trois ordres de principes chimiques immédiats constituent, par leur association en proportions diverses, tous les aliments dont nous faisons usage. Or, en récapitulant ce qui a été exposé dans ce long chapitre, le lecteur se rappellera que chacun de ces trois groupes de principes alimentaires trouve, dans le parcours du tube digestif, trois liquides chargés de les modifier de manière à les rendre absorbables.

P Les matières albuminoïdes (viande, fibrine, etc.) sont dissou-

tes par le suc gastrique; elles passent à Véiai de j^eptone, et sont absorbées par les veines dans l'estomac, puis dans l'intestin grêle par les veines et les vaisseaux chylifères.

2° Les matières grasses ne sont en rien altérées dans l'estomac: elles passent dans l'intestin grêle et le gros intestin, et là elles sont émulsionnées par la bile, le suc pancréatique et le suc intestinal.

3° Les matières amylacées^ qui n'ont été qu'en petite partie saccharifîées dans la bouche, par l'action de la salive, ne sont point modifiées par le suc gastrique dans l'estomac. Elles passent dans l'intestin, pour s'y transformer en sucre : d'abord par l'action de la salive qui a été avalée, et qui, venant de la bouche, est arrivée au tube intestinal, ensuite par l'effet du suc pancréatique et du suc intestinal réunis.

Quant aux boissons, elles sont absorbées dans l'estomac et dans l'intestin gxêle par les veines. Elles passent dans la veine porte, qui les déverse dans le foie. Après avoir séjourné dans cet organe, elles sont reprises par les veines hépatiques, qui vont les déverser dans la veine cave inférieure, d'où elles entrent dans le torrent général de la circulation, pour arriver aux reins, subir dans ces organes un travail d'élimination, et être enfin rejetées au dehors par l'appareil urinaire.

Séparer les principes assimilables de ceux qui sont inutiles à l'organisme, absorber les premiers et rejeter les seconds, toute la digestion est là. Nous avons vu comment ce double but est atteint, d'abord dans l'estomac, ensuite dans l'intestin grêle, enfin dans le gros intestin, tant pour les aliments solides que pour les boissons. L'étude de la digestion est donc terminée.

Les organes de l'absorption nutritive : les vaisseaux lymphatiques et les vaisseaux chylifères. — Histoire de la découverte des vaisseaux lymphatiques et chylifères,

— Hippocrate constate le fait de l'absorption par les veines de restomac. — Érasistrate aperçoit les vaisseaux chylifères de l'intestin. — Les médecins arabes, au moyen âge, connaissent le fait de l'absorption par la peau. — Eustachi, en 1563^ découvre le canal thoracique (veine blanche du thorax), mais il méconnaît les vaisseaux aboutissant à ce canal. — En 16'22, Aselli découvre sur un chien en état de digestion les vaisseaux blancs ou vaisseaux chylifères. — Eurêka! — Jean Pecquet, en 1648, découvre le réservoir du canal thoracique. — Découvertes complémentaires des précédentes, faites au xviv siècle. — Magendie démontre, dans notre siècle, les propriétés absorbantes des veines. — Rôle respectif des veines et des vaisseaux lymphatiques dans l'absorption. — Les théories de l'absorption.

— La capillarité. — Limbibition. — Théorie de Dutrochet, l'endosmose et Vexos- ■mose. — L'endosmomètre de Dutrochet. — Théorie moderne : les corps colloïdes et les corps non colloïdes. — Insuffisance des théories modernes concernant l'absorption. — L'absorption est un phénomène vital, un des caractères de la vie. — Propriétés physiques et chimiques de la lymphe et du chyle. — Le chyle et la lymphe vu* au microscope. — Les globules de la lymphe et du chyle. — Composition chimique de la lymphe et du chyle.

Tu viens de voir, ami lecteur, comment s'opère la digestion des aliments solides et des boissons dans l'estomac et dans l'intestin. Tu sais quelles transformations subissent les liquides et les solides alimentaires, quand ils traversent toute l'étendue du canal digestif. Mais, de même qu'ingestion des aliments n'est pas digestion, digestion n'est pas nutrition. Il ne suffît pas de manger, il faut digérer; il ne suffit pas de digérer, il faut assimiler. Ce n'est pas assez que les matières alimentaires soient transformées en peptone et en produits albuminoïdes solubles, et que les boissons soient introduites dans les organes digestifs ;

il faut encore, pour que le chyle, les matières albuminoïdes devenues solubles, ainsi que les boissons, puissent servir à réparer les pertes de nos tissus, qu'elles soient pompées à l'intérieur de l'estomac ou de l'intestin, et transportées dans le sang, ce liquide vital qui circule dans toutes les parties de notre corps, et fournit à nos organes les matières nécessaires à leur nutrition.

Les physiologistes appellent absorption la fonction au moyen de laquelle les différentes substances, tant solides que liquides, peuvent être transportées d'un point à un autre de l'économie vivante, et de là dans le torrent de la circulation sanguine.

La peau, privée de son épidémie, les membranes muqueuses ou séreuses, ainsi que le tissu cellulaire, sont le siège de l'absorption.

Mais il faut ajouter que l'absorption s'exerce également en dehors de l'état physiologique, sur tous les solides et les liquides qui peuvent être épanchés accidentellement dans les cavités naturelles, lorsque ces corps, venus de l'extérieur, sont mis en contact avec les membranes muqueuses ou séreuses ou avec la peau dénudée.

On distingue donc, dans l'absorption considérée d'une manière générale :

1° Vabsorption des substances nutritives;

2" Vabsorption des corps non nutritifs, solides et liquides;

3" Vabsorption des corps étrangers accidentellement introduits dans V économie.

Nous n'avons à nous occuper ici que de Vabsorption des substances nutritives.

L'absorption, en général, est produite par un système de vaisseaux particuliers répandus dans toutes les parties du corps humain, dans ses profondeurs comme à sa surface, et qui sont chargés de verser dans le sang les substances qui servent à réparer et à entretenir la machine animale. Les mêmes vaisseaux ont encore pour mission de transporter au dehors les résidus solides, liquides ou gazeux qui résultent de la continuelle destruction de nos organes.

On appelle vaisseaux lymphatiques les petits conduits qui sont

chargés d'opérer l'absorption dans la profondeur de nos tissus.

Le liquide qui circule dans ces vaisseaux s'appelle la lymphe.

Les vaisseaux lymphatiques qui se distribuent à la surface de

l'intestin, et qui sont chargés, pendant la digestion, d'absorber le chyle résultant de l'élaboration stomacale et intestinale, ont un nom spécial : on les appelle vaisseaux chyl'if ères. Ces derniers vaisseaux ne sont autre chose, disons-le bien, que les vaisseaux lympathiques ordinaires, lesquels, selon le moment, c'est-à-dire suivant la durée des intervalles des repas, charrient alternativement de la lymphe ou du chyle.

Les vaisseaux lymphatiques et les vaisseaux chylifères ne sont pas les seuls qui servent à l'absorption des substances nutritives : les veines remplissent le même rôle. C'est par les veines de l'estomac et par les veines de l'intestin grêle que sont absorbées, comme nous l'avons dit en parlant de la digestion, la plus grande partie des boissons, ainsi que le sucre et le produit de la digestion des viandes opérée par le suc gastrique, c'est-à-dire les matières albuminoïdes devenues solubles par l'action du suc gastrique, en passant à l'état de jjeptone.

Ce n'est qu'au commencement de notre siècle qu'il a été bien prouvé que les veines concourent à l'absorption, en même temps que les vaisseaux absorbants proprement dits. Mais la fonction de l'absorption a été connue dès la plus haute antiquité, et chaque époque a apporté son tribut de découvertes à l'étude de son mécanisme. Nous résumerons ici l'histoire de ces découvertes.

Hippocrate avait noté le fait physiologique de l'absorption, et dit que les veines de l'estomac s'emparent des parties fluides de nos aliments et de nos boissons.

Galien rapporte qu'Érasistrate trouva sur un jeune cheval, tué après avoir teté sa mère, les vaisseaux qui partaient de l'intestin pleins d'un liquide qui ressemblait à du lait.

Un autre observateur, Érophile, signala également des veines particulières partant de l'intestin, et qui renfermaient un liquide blanc.

Au moyen âge, les médecins arabes connaissaient la propriété absorbante de la peau, car ils appliquaient à sa surface certains médicaments qu'ils voulaient faire pénétrer dans l'économie.

Les notions transmises au moyen âge par l'antiquité, concernant le phénomène vital de l'absorption, étaient cependant vagues et incomplètes. Une découverte capitale, faite au seizième siècle par l'anatomiste romain Eustachi (Eustache), vint mettre hors

de doute l'existence du système des vaisseaux lymphati.ques. En 1563, Eustachi découvrit le canal qui sert de réceptacle commun à tous les liquides charriés par les vaisseaux lymphatiques, c'est-à-dire le conduit membraneux qui, recevant les produits de l'absorption des vaisseaux lymphatiques de toute la partie inférieure du corps, les déverse dans la veine sous-clavière gauche. C'est le conduit que nous appelons aujourd'hui le canal thoraciqve, et qu'Eustachi appelait la veine blanche du thorax. Toutefois les vaisseaux qui apportaient au canal thoracique le liquide qui le remplit, furent entièrement méconnus par Eustachi.

Un autre anatomiste italien, Gaspar Aselli, né à Crémone en 1581, chirurgien des armées italiennes , et qui enseignait avec éclat l'analomieàPavie, eut le bonheur de découvrir les vaisseaux conducteurs du chyle. Ayant ouvert un chien pendant sa digestion, Aselli aperçut les vaisseaux chylifères, qui étaient en ce moment reconnaissables à la blancheur que leur communiquait leur contenu. Ayant piqué un de ces vaisseaux, Aselli en vit sortir un fluide blanc, qui n'était autre que le chyle.

D'après la relation que nous a laissée Aselli, ce fut le hasard seul qui présida à cette grande découverte, la première, à rigoureusement parler, des découvertes de la physiologie moderne, car Harvey n'avait pas encore fait paraître le livre dans lequel il expose ses immortels travaux sur la circulation du sang. Le 23 juillet 1622, Aselli, en présence de quelques élèves, pratiquait sur un chien vivant la section des nerfs récw^-ents, pour s'assurer que ces nerfs président à la formation de la voix. On voulut de là passer à l'examen des mouvements du diaphragme, et Aselli ouvrit le ventre de l'animal. Aussitôt les intestins apparurent, recouverts d'un magnifique réseau de vaisseaux blancs! Chacun s'étonne et se demande ce que peuvent être ces vaisseaux. Ne seraient-ce pas ceux du chyle, et n'auraiton pas découvert les vaisseaux qui portent au canal thoracique, découvert par Eustachi, le liquide blanc qui remplit ce conduit? Aselli pique un de ces vaisseaux, et il en sort une liqueur blanche! C'était du chyle sans doute! Aselli n'en doute pas, car dans un transport de joie il s'écrie, comme Archimède : Eurêka! « J'ai trouvé ^ »

1. a Rei novilale perculsus. hœsi aliquandiii tacitus. cuin menti varia) occurrerent

Fig. 33. Eurêka !

Découverte des vaisseaux chylifères par Aselli, le 23 juillet 16'J2.

CCXNAIS-TOI TOI-MÊMH.

LES VAISSEAUX GHYLIFÈRES.

Cependant le chien meurt et l'on voit les vaisseaux blancs se vider. Aselli ouvre un autre chien vivant: il n'y a pas trace

Fier. 34. Aselli.

de vaisseaux blancs sur les intestins ! Alors, et par un trait de

quse inter anatomicos versantur, de venis mesaraicis, et eorum ofûcio controversiœ.... Ut me collegi, experiendi causa, adacto acutissimo scalpello, unum ex illis et majorem funiculum pertundo. Vix bene ferieram, et confestiin liquorem album, lactis aut cremoris instar, prosilire video. Quo viso, cum lenere lœlitiam non possem, conversus adeosqui aderant : Euçrixa ! inquam, cum Archiniede.... »

Frappé de la nouveauté de ce phénomène, je restai quelque temps silencieux et embarrassé, me rappelant toutes les controverses auxquelles donnent lieu, parmi les anatomistes les fonctions des veines du mésentère.... Dès que je me fus recueilli pour procéder à l'expérience, j'approchai la pointe d'un scalpel très-aisru de l'un des plus grands de ces vaisseaux. Je l'avais à peine incisé, que j'en vis jaillir aussitôt une liqueur sem-

génie, notre physiologiste se rappelle que le chien qu'il avait ouvert le premier avait copieusement mangé avant l'expérience, tandis que le second était à jeun. Dès lors il donne à manger à un troisième chien, et, six heures après le repas, il l'ouvre vivant. Cette fois, les vaisseaux hlancs apparaissent, comme dans la première expérience, et Aselli peut s'écrier, avec plus d'assurance encore : !vjpr,xa!

Aselli ouvrit successivement des bœufs, des chevaux, des chèvres, etc., pendant la digestion, et toujours il reconnut, dans cette période, l'existence du chyle dans les vaisseaux qui parcouraient les intestins de ces animaux.

Dans les cours qu'il faisait à Pavie, Aselli choisissait, pour mettre bien en évidence les vaisseaux chylifères. les jeunes agneaux qui venaient de teter leur mère.

Cependant Aselli ignorait quelle roule suivaient les vaisseaux chylifères, ou lactés, comme il les appelait, pour se rendre au canal thoracique, découvert par Eustachi. Avec tous ses contemporains cl sur la foi de Galien, il croyait cjue les vaisseaux lactés se jetaient dans le foie. « L'usage des veines lactées, disait Aselli, est, sans aucun doute, de conduire le chyle au foie'. »

Mais cette erreur ne devait pas subsister longtemps.

En 1648, un étudiant en médecine de l'École de Montpellier, Jean Pecquet, voulant approfondir les mystères de la nature, non dans des organes morts, mais sur l'animal en plein état de vie, entreprend une série de vivisections, comme on les appelle de nos jours. 11 ouvre la poitrine d'un chien et en détache le cœur. Au milieu du sang qui s'écoule, il aperçoit un liquide blanc, qui lui parait être du chyle. Mais d'où vient ce chyle? D'autres recherches lui prouvent que ce liquide laiteux vient du canal thoracique, qui l'a déversé dans le cœur, par l'intermédiaire des veines sous-clavières. Une étude anatomique attentive lui fait découvrir que le canal thoracique renferme un renflement, une sorte de réservoir, et que tous les vaisseaux chylifères aboutissent à ce réservoir, qui est ainsi le réceptacle commun du chyle, de sorte que les vaisseaux chylifères, en venant de l'in-

blable au lait ou à la crèuie. A celte vue, ne jiouvant retenir ma joie, je me tourne vers les personnes présentes et je m'écrie, comme Archimède: Eurêka!) [De lactihus voiis. Mediolani, 1627, in 4", page 10.)

1. « Actio propna venarum nostrarum, absque omni dubitatione, chyli distributio est ad jecur. » (De lactibus venis. Mediolani 1C27, in-4°.)

LES VAISSEAUX GHYLIFERES.

lestin, ne traversent jamais le ibie, comme le croyaient, d'après Galion, Aselli et tous ses contemporains.

Les découvertes anatomiques de Jean Pecquet mettaient par-

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Fig. 35. Le canal tlioracique (vaisseaux chyliféres abdominaux et dorsaux et réservoir de Pecquet) .

1. Canal thoracique! — 2. Citerne ou réservoir de Pecquet. — 3. Partie terminale du canal thoracique, aboutissant à la veine sous-clavière gauche. — 4. Ganglions intercostaux. — 5. Veine sous-clavière droite. — 6. Veine azygos.

faitement en évidence le cours réel du chyle. On apprit ainsi qu'en venant des intestins, les vaisseaux lymphatiques, lactés, ou chyliféres, comme on voudra les appeler, se réunissent entre

eux, pour former des troncs de plus en plus volumineux, — que, sans traverser le foie, ils se rendent tous à un réservoir placé derrière l'estomac — et qu'après ce réservoir vient le canal commun des vaisseaux chylifères, c'est-à-dire le canal thoracique, découvert parEuslachi, lequel déverse dansla veine sousclavière gauche, et de là dans le cœur, le chyle provenant de la digestion.

La juste reconnaissance de ses contemporains baptisa le réservoir du canal thoracique du nom de réservoir, ou de citerne de Pecquet.

Pendant les dix-seplième et dix-huitième siècles, l'absorption fut étudiée avec beaucoup d'ardeur. Rudbeck, Bartholin, Jolly, Hcwson, Jean Hunier et Cruikshank, Irouvèrenl les vaisseaux lymphatiques dans toutes les parties du corps de l'homme cl des animaux.

Nous représentons dans la figure 35, sous le nom de canal thoracique, les branches primitives qui forment ce canal, le ré.<ervoir, ou citerne de Pecquet, et le déversement du canal thoracique proprement dit dans la veine sous-clavière gauche.

En 1649, les découvertes d'Eustachi et d'Aselli furent coordonnées et expliquées par un autre anatomiste, Yeslingius, professeur à Padoue, qui démontra que les vaisseaux lymphatiques et chylifères appartiennent au même système.

Yeslingius suivit les vaisseaux blancs découverts par Aselli, en 1622, jusque dans le canal thoracique, découvert par Eustachi, en 1563.

Jusqu'à notre siècle, on accorda exclusivement aux vaisseaux lymphatiques et chylifères la propriété d'absorber les liquides et les solides, tant nutritifs qu'inertes. Ce fut Magcndie qui, revenant en cela à l'opinion des anciens, démontra, par de nombreuses expériences, que les veines jouent un rôle important dans l'absorption, particulièrement dans l'absorption qui se fait dans l'estomac et dans l'intestin.

Pendant la digestion stomacale, les veines de l'estomac n'absorbent qu'une partie des matières albuminoïdes solubles, des matières sucrées et des boissons. La plus grande quantité de ces matières passe dans l'intestin grêle ; et là, les veines et les vaisseaux chylifères en achèvent l'absorption , en même temps qu'ils se chargent de matières grasses émulsionnées par le suc

LES VAISSEAUX GHYLIFËRES.

pancréatique et le suc intestinal. C'est ce que nous allons voir en revenant sur une des périodes de la digestion, pour nous occuper de l'absorption du chyle.

Les vaisseaux chylifères sont chargés d'enlever à la masse chymeuse qui parcourt l'intestin :

\° Les matières grasses émulsionnées par le suc intestinal ;

2" La portion des matières peptoniques résultant de l'action du suc gastrique de l'estomac sur les viandes, qui n'a pas été absorbée par les veines de l'estomac et des intestins. L'absorption de ces matières commence dans le duodénum et continue tout le long de l'intestin grêle 5

3^ La portion de sucre, on glycose, provenant de la transfor-

Fig. 36. Ensemble des vaisseaux chylifères sur le péritoine et l'intestin.

1. Ganglions lymphatiques et vaisseaux chylifères. — 2. Veine mésentérique. — 3. Artère mésentérique. — 4. Une portion da mésentère. — 5. Intestin grêle.

mation des matières féculentes, qui n'a pas été absorbée par les veines de l'estomac.

Comme l'a prouvé Magendie, les veines de l'intestin absorbent, comme celles de l'estomac, les produits solubles de la digestion Elles s'emparent des mêmes substances que nous venons de signaler comme absorbées par les vaisseaux chylifères, c'est-à-dire les produits peptoniques provenant des substances albuminoïdes, le sucre provenant de la transformation des mati'res féculentes, l'eau et les sels ; mais elles n'absorbent pas les matières grasses. L'absorption des graisses et des huiles émulsionnées par le suc intestinal est réservée aux seuls vaisseaux chylifères.

Il faut, pour bien comprendre le rôle respectif des vaisseaux chylifères et des veines dans l'absorption des matières nutritives provenant de la digestion et contenues dans l'intestin, se rappeler ce que nous avons dit en parlant de la digestion, à savoir, que les aliments sont transformés diversement selon leur nature par l'action du suc gastrique. Les viandes passent à l'état de matières peptoniques solubles par l'action du suc gastrique, et sont, par conséquent, absorbées en cet état. L'albumine liquide n'est point modiliée et se trouve absorbée en nature. Les matières féculentes passent à l'état de sucre et sont absorbées sous forme de sucre (glycose). Enfin, les matières grasses, amenées à l'état d'émulsion par le tube intestinal, sont absorbées à cet état d'émulsion par les vaisseaux cbylifères, auxquels est dévolue cette attribution spéciale.

Nous représentons dans la figure 36 l'ensemble des vaisseaux cbylifères sur l'intestin et sur le périloine, c'est-à-dire la membrane séreuse qui relie les unes aux autres les différentes parties de l'intestin.

Toutes ces notions sur l'absorption des substances nutritives provenant de la digestion sont nettes et simples. Il en serait autrement si nous voulions expliquer le mécanisme physico-vital à l'aide duquel les vaisseaux absorbants s'emparent des matériaux à leur portée, c'est-à-dire si nous voulions donner la théorie physiologique du mécanisme de l'absorption par les veines, les vaisseaux lympliaticjues et chylifères. La sagacité des physiologistes s'est exercée pendant une suite de siècles pour résoudre ce problème, et pourtant, on peut le dire, sa solution n'est pas ejicore trouvée.

Avant de s'emparer des matériaux qui doivent être transportés dans le sang, les radicules des vaisseaux lympbatiques font sans doute subir à ces matériaux un travail particulier, qui amène les matières, solides ou liquides, à un état de division ou de fluidité qui doit favoriser leur absorption. Mais ces vaisseaux sont-ils pourvus, à leur extrémité qui s'ouvre dans l'intestin, d'espèces de bouches absorbantes? Ces bouches absorbantes, si elles existent, sont-elles douées d'une sorte de tact ou de sensibilité, qui leur permette de faire une sorte de choix parmi les matières à leur portée? C'est là une question sur laquelle on ne s'est jamais entendu. La théorie des bouches ab-

LES VAISSEAUX GHYLIFÈRES.

sorbanles ne compte plus aujourd'hui un seul partisan. Mais comment l'extrémité des vaisseaux absorbants, cju'elle soit ou non pourvue de bouches d'aspiration, opère-t-elle pour boire les liquides ou aspirer les solides divisés? Il y a eu, depuis deux siècles, bien des théories émises à ce propos.

On a expliqué l'absorption par la force de capillarité des physiciens. Mais la capillarité s'exerce sur toutes les matières indifféremment, et les vaisseaux absorbants sont pourvus d'une véritable faculté d'élection parmi les matériaux qui sont à leur portée.

Une autre théorie qui a eu quelque faveur, c'est celle de r/'m6/!7>t7(!on. Cette théorie, simple variante de la capillarité, est sujette aux mêmes objections.

Une théorie qui a eu une longue fortune est celle de V endosmose et de V exosmose de Dutrochel. Appuyée par un nombre très - considé rable d'expériences, mais qui reproduisent indéfiniment la même idée, cette théorie, à la faveur de deux mots grecs élég-anls et sonores, a retenti pendant un demi-siècle dans les Académies et dans les cours publics des Facultés. Elle est pourtant aujourd'hui en sensible défaveur. On a remplacé les noms harmonieux à' endosmose et (ï exosmose par les noms barbares decû/'jos colloïdes et non colloïdes, qui ne représentent d'ailleurs rien autre chose que les ci-devant endosmose et exosmose de Dutrochet.

Quoi qu'il en soit de ces variations que le temps apporte dans les mots, sinon dans les idées, voici sur quel principe était basée la théorie de l'endosmose et de l'exosmose de Dulro-

Fier. 37. EndosmonièU-e.

cliet, aulanl du moins que l'on peut se flatter de reproduire exactement les idées d'un expérimentateur, dont les opinions ont si étrangement varié dans le cours de sa carrière, cju'il inscrivait en tète de l'un de ses mémoires : « Ce mémoire annule tous les précédents ! »

Quand deux liquides de nature difîérente, mais qui peuvent se mélanger l'un à l'autre, sont séparés par une cloison membraneuse, l'expérience prouve qu'il s'établit deux courants à travers les pertuis capillaires de cette cloison. Ces courants sont dirigés en sens inverse et leur intensité est difîérente. Celui des deux liquides qui reçoit de son antagoniste plus qu'il ne lui donne, accroît donc graduellement son volume dans le vase qui le reçoit.

La figure 37 représente l'appareil [cn'losmomètre] dans lequel on place le litjuide que l'on veut expérimenter, par exemple de l'eau sucrée ou de l'eau gommée.

On remplit d'eau pure le vase A et l'on place dans le vase B l'eau sucrée ou l'eau gommée dont on veut apprécier le pouvoir endosmomctrique. La partie inférieure de ce dernier vase, B, est fermée par une membrane (un fragment de vessie). C'est à travers cette membrane que s'opère le phénomène de l'endosmose. L'eau pure du vase A traverse la membrane, passe dans le vase B qui contient l'eau gommée et s'élève à l'intérieur du tube vertical C, qui i)longe dans l'eau sucrée ou gommée du vase B, et qui est ouvert à son extrémité supérieure. Le sucre ou la gomme ont passé du récipient B dans le vase A, mais en petite quantité, pendant que l'eau pure contenue dans le vase A traversait la membrane en quantité beaucoup plus grande et s'élevait dans le tube C. Ce dernier tube est pourvu d'une échelle graduée, afin de mesurer la hauteur à laquelle parvient le liquide qui a traversé la membrane animale. De là le nom iïendosmomèlre donné à cet appareil.

On appelle endosmose le courant qui est dirigé de dehors en dedans (de A en B), et exosmose celui qui va de dedans en dehors (de B en A).

Selon Dutrochet, d'une part, la différence de densité du liquide, et d'autre part l'électricité, sont les deux causes de ce double mouvement.

D'après cette théorie, Vahsorption serait un effet de l'endosmose et V exhalation serait le résultat de l'exosmose.

Dutrochet a varié de mille manières l'expérience qui tend à

prouver que l'absorption est due à la ditïérence de rapidité de pénétration d'une membrane par le liquide qui se trouve à son contact, ditïérence de rapidité que ce physiologiste, après avoir beaucoup varié, attribuait, comme nous venons de le dire, à l'éieclricité.

De nos jours, on a fait revivre les expériences de Dutrochet en divisant les corps en colloïdes et non colloï'Jes, suivant que le liquide a traversé ou n'a pas traversé une membrane ; mais cette théorie, habillée à neuf, ne paraît pas d'une étoffe plus durable que sa devancière.

C'est que l'absorption, considérée dans son essence profonde, est une véritable action vitale, c'est-à-dire un des .secrets de la nature. On abeau varier, multiplier les études et les expériences, pour pénétrer la cause intime de ce phénomène fondamental de l'économie vivante, on est toujours forcé de reconnaître que la propriété affectée aux vaisseaux lymphatiques, d'opérer un véritable choix, d'absorber certaines matières de préférence àd'autres, est absolument inexplicable parles théories physiques.

Disons donc que le mécanisme de l'absorption des sul)stances, tant nutritives qu'inertes, est un phénomène vital, un caractère de la vie, et bornons-nous à en exposer les etîets.

Le chyle, la lymphe, les produits solubles de la digestion ijjeptone), ainsi que les liquides qui forment nos boissons, après avoir été absorbés, tant par les vaisseaux lymphatiques que par les veines, arrivent, par les mille et une voies tortueuses du système lymphatique dans le canal thoracique, qui les verse dans la veine sous-clavière gauche, et là ils se mêlent au sang veineux.

La marche de la lymphe !et du chyle dans les vaisseaux qui les contiennent, est favorisée par les valvules dont ces vaisseaux sont pourvus de distance en distance, et que met en évidence la figure 38. Ces valvules empêchent la rétrogradation du liquide qui parcourt le vaisseau. Les battements artériels et les mouvements musculaires dans la région qui avoisine ces vaisseaux, facilitent encore la progression de la lymphe et du chyle dans leurs conduits, et expliquent la marche régulière et continue de ce liquide de haut en bas, c'est-à-dire en opposition avec les lois de la pesanteur.

Une particularité du système des vaisseaux lymphatiques qu'il

Ic6

COMMENT S'OPÈRE LA NUTRITipN.

importe de signaler, c'est l'existence, sur le trajet de ces vaisseaux, d'une série de renflements dans lesquels les conduits de la lymphe et du chyle semblent se ramifier, en diminuant considérablement de calibre, sans doute pour ralentir le cours du

liquide et favoriser son élaboration à l'intérieur de ces canaux.

On appelle ganglions ces renflements, dont la figure 39 donne un dessin exact, avec un certain grossissement.

Nous avons beaucoup parlé, dans les pages qui précèdent, de la lymphe et du chyle. Il est indispensable, avant de terminer ce chapitre, de faire connaître les propriétés physiques et chimiques de ces deux liquides.

La hjmphe est un li(iuidc d'aspect opalin, sans couleur, d'une odeur particulière, odeur qui provient des produits de l'absorption interne. Sa composition chimique varie suivant le lieu où on la recueille ; car elle subit, en traversant les ganglions, des modifications successives, qui ortt pour effet de changer sa constitution, ou de l'enrichir de substances nouvelles, au fur et à mesure de son trajet. Elle tient des globules en suspension, mais en nombre beaucoup plus petit que le chyle et le sang.

La lymphe se sépare, quand on l'abandonne à elle-même, en

deux parties : l'une liquide, le caillot; l'autre solide, le sérum.

Le chimiste allemand Schmidt a fait l'analyse de la lymphe

prise sur les vaisseaux du cou d'un jeune cheval, et il a trouvé,

pour 1000 parties de lymphe, les nombres suivants :

Sérum 955,2

Caillot 44,8

Fig. 38.

Valvules

des

vaisseaux

lymphatiques

Fig. 39.

Un ganglion des vaisseaux

lymphatiques, grossi.

Total 1000,0

LES VAISSEAUX GHYLIFÈRES. 157

Le sérum et le caillot étaient ainsi composés :

1000 parties looo parties

de sérum. de caillot.

Eau 957,61 907.32

Fibrine 48,66

Albumine 32,02

Graisses 1,23 34,36

Matières organiques diverses. ... 1,78

Sels minéraux 7,36 9.66

Les 7,36 des sels minéraux que Schmidt a trouvés dans la totalité de la lymphe, sont ainsi composés : chlorure de sodium, 5,65 ; soude, 1,27; potasse, 0,16; acide sulfurit[ue, 0,09; acide phosphorique, 0,02; phosphates terreux, 0,26.

Quévennc et M. Gubler ont fait l'analyse de la lymphe prise dans sa totalité, et ils ont obtenu les résultats suivants :

Eau 93,477

Fibrine et corpuscules 0,063

Albumine, albuminates et peptones. 4,230

Corps gras 0,920

Matières extractives 0,440

Glycose 0,050

Chlorure sodique 0,640

Phosphates alcalins 0,180

La lymphe n'a donc pas une composition constante. Comme elle résulte des matériaux divers, liquides et solides, épars dans l'économie, elle n'existe pas, à proprement parler, avant qu'on ne l'aperçoive dans les vaisseaux lymphatiques. Elle ne prend naissance que quand elle a franchi les radicules de ces vaisseaux. Elle s'avance alors, en traversant de nombreux ganglions, qui lui servent comme autant de points de repos, et qui sans doute lui font subir une élaboration particulière. Elle se rend ensuite, soit dans le canal thoracique, où elle se mêle avec le chyle, soit dans un grand vaisseau lymphatique parallèle à la colonne vertébrale, et situé au côté opposé du canal thoracique, et qui se déverse dans la veine sous-clavière droite.

Le chi/le est, à proprement parler, du sang à l'état de préparation : c'est, pour ainsi dire, un sang blanc, comme celui des animaux inférieurs. En eftet, le ch\ le, quand il est tiré des vaisseaux, se sépare, comme le sang, en deux parties, le sérum et le caillot.

Le chyle qui gonllc les vaisseaux d'un animal Carnivore en état de digestion, est opaque, et blanc comme du lait. Il doit cet aspect laiteux à des globules graisseux en suspension, unis à un peu de matière albumineuse.

Le chyle des herbivores est séreux et demi-opaque. Le caillot qu'il abandonne, en se coagulant spontanément, étant lavé dans l'eau, laisse une substance qui se rapproche beaucoup de la fdjrine du sang. Elle en diiïère par une plus grande solubililé. C'est une sorte de fibrine de nouvelle formation, c'esl-ci-dire plus soluble que la fibrine du sang depuis longtemps organisée.

Séparée du coagulum, la partie liquide du chyle de l'homme renferme, comme le sérum du sang, de l'eau, des matières albuminoïdes et du sel marin. On peut donc, nous le répétons, considérer le chyle comme une sorte de sang blanc, très-propre, par sa nature, à servir à la nutrition des organes.

Yauquelinfit, en 1811, la première analyse chimique du chyle. Il opérait avec le liquide exirail du canal thoraciquc d'un cheval. Le chyle provenant de l'incision du canal thoracique vers son milieu était rosé ; mais cette coloration rosée tenait uniquement au mélange du chyle avec un peu de sang, pendant l'opération qu'il avait fallu faire pour recucilir le liquide à analyser. Quand le chyle est pur, il est incolore. C'est ce que M. G. Colin (d'Alforl) a reconnu, lorsque, avec tant d'habileté, il a réussi à établir sur le canal thoraciquc du cheval une fistule, qui lui permettait de recueillir du chyle pendant des journées entières.

Leuret et Lassaigne, qui analysèrent le chyle après Yauquelin, y trouvèrent de l'albumine, de la soude, du chlorure de sodium, du phosphate de chaux, une matière colorante, et de la fibrine, qui constituait le caillot.

Le chyle a été analysé, depuis Leuret et Lassaigne, par beaucoup de chimistes, entre autres par Schmidt, Simon, Recs, et plus récemment, par M. Wurtz. Rees a analysé le chyle humain ; Simon et M. Wurtz ont analysé le chyle du cheval ; Schmidt celui du cheval et du chien.

Le chyle analysé par M. Wurtz est celui que M. G. Colin (d'Alfort) avait recueilli en établissant une fistule au canal thoracique d'un cheval. Nous ne rapporterons pas le résultat des analyses du chyle du cheval faites par M. Wurtz, parce que la composition du chyle varie nécessairement selon la nature de

l'alimentation'. Disons seulement que M. Wurtz a trouvé du sucre dans le chyle de cheval recueilli par M. G. Colin (d'Alfort), quelques heures après la digestion.

Le chyle analysé par Rees provenait du canal tlioracique d'un homme mort par suspension, quelques heures après le repas. Voici quelle était la composition de ce chyle :

Eau 904

Fibrine traces

Albumine 70

Matières grasses 9

Matières e.xtractives et sels 15

Lesmatières albuminoïdes et la graisse sonldonc les principes essentiels du chyle.

Quand l'animal est à jeun, ses vaisseaux chylifèresne renfer-

Fig. 40. Reseau des vaisseaux lym[ihaliques vus au microscope, laissant voir les globules de la lymphe et du chyle grossis 300 fois.

ment qu'une lymphe claire, semblable à celle des autres parties de l'économie; mais, au moment de la digestion, ces mêmes

1. On trouvera ces analyses rapportées dans l'ouvrage de M. G. Colin (d'Alfort) : Traité de physiologie comparée de l'homme et des animaux (2° édition). Paris, chez J.-B. Baillière, tome II, pag-e 167, in-8°.

vaisseaux se remplissent des produits de la digestion intestinale, c'est-à-dire de matières grasses et de substances albuminoïdes et peptoniques. C'est ce mélange de la lymphe et des produits de la digestion qui constitue le chyle. On s'explique ainsi parfaitement la constitution chimique de ce produit de la digestion stomacale et intestinale.

Les matières albuminoïdes tenues en suspension dans le chyle constituent ce que l'on appelle les globules blancs, ou globulitis du chyle ; les matières grasses émulsionnées constituent ce que l'on nomme les granulations graisseuses du chyle.

La figure 40 représente les globules de la lymphe et du chyle, qui sont visibles à l'intérieur des vaisseaux lymphatiques, quand on examine au microscope le réseau lymphatique chez l'homme.

Avant de traverser les ganglions lymphatiques du mésentère, le chyle ne contient que très-peu de globules blancs. Quand il avance dans sa marche, les globules blancs augmentent, tandis que les granulations graisseuses diminuent.

On comprend que la composition du chyle soit variable, car elle doit être influencée par l'état de jeûne ou de digestion. Dans l'état de jeûne, le chyle est un peu plus pauvre en eau, plus riche en matières fixes, et spécialement en fibrine, en globules et en matières albuminoïdes, qu'il ne l'est pendant la digestion. L'alimentation avec les graisses et les viandes aug mente la quantité des corps gras contenus dans le chyle.

Étude DU sang chez l'homme, au point de vie physique, chimique et physiologique.

— Ce que c'est que le sang. — Coastitution physique du sang chez l'homme. — Le caillot et le sérum. — Mécanisme physique de la coagulation du sang : le Obrine, en se séparant du sang tiré hors des vaisseaux, enserre les globules, comme dans les mailles d'un Qlet, et forme le caillot ; le sérum surnage, tenant en dissolution les matières solubles. — Composition chimique du caillot : fibrine et globules. — Étude physique, ciiimique et microscopique des globules du sang chez l'homme. — Les globules rouges et les globules blancs. — Dimension et aspect de ces globules au microscope. — La matière colorante du sang, sa composition et ses propriétés. — Les cristaux de la matière colorante du sang. — Quelles sont les fonctions physiologiques des globules du sang? Ils absorbent l'oxygène de l'air et vont le porter dans Tinlimité des tissus. — Le globule blanc est identique au globulin du chyle. — Le sang de l'homme contient da fer. — On pourrait frapper des médailles à l'effigie des grands hommes avec le fer retiré de leur sang. — Le sangdOrfila. — Composition chimique du sérum. — Le sang tient des gaz en dissolution. — Manière d'extraire les gaz du sang. — Action des différents réactifs sur le sang humain. — Réactifs liquides acides et alcalins. — Réactifs gazeux. — Action de Teau pure sur le sang : l'eau détruit les globules rouges. — Action des sels neutres : ils conservent les globules rouges — L'analyse du sang : méthode de M. Dumas. — Le sang d'un gentilhomme est-il plus pur que celui d'un roturier '? — Anecdote du baron prussien et de son cocher, racontée par Klaprotli.— Quantité totale de sang existant dans l'organisme humain. — Recherches de Welcker, de ■^'eber et Lehman, de Vierdort, de Krause. — La quantité de sang contenue dans le corps humain est le huitième du poids du corps.

A CIRCULATION DU SANG. — Description du cœur. — Le cœur droit et le cœur gauche.

— Les oreillettes et les ventricules du cœur. — Les valvules de séparation. — Trajet du sang, de l'oreillette droite "et de l'artère pulmonaire aux poumons. — Retour du sang par les veines pulmonaires à l'oreillette gauche, ou petite circulation. — Circulation du sang de l'oreillette gauche et de l'aorte dans tout le réseau artériel, et retour du sang, par les veines, dans l'oreillette droite, eu grande circulation. — Les mouvements du cœur, diastole el systole. — Quelle est la cause des baltements du cœur? — Ordredans lequel s'effectuent la dilatation et la contraction alternatives des quatre cavités du cœur. — Quelle est la force mécanique que développe le cœur en se contractant? — Singulières divergences des expériiiienlateurs quant à cMr. évalua-

lion. — Description lie iliémodynamomctre de Ilales, reproduit par roiseuiilc. — Circonstances particulières qui accompagnent les mouvements ou battements du cœur. — Le cci-ur se raccourcit pendant la s>jstûle. — La pointe du co^ur vient frapper, à chaque contraction, les parois internesde la poitrine, en se portant en haut et en avant.— Les bruitsdu cœur. — Application à la médecine de la perception de ces bruits. — Ce que c'est qu'une artère. — Une artère se compose de trois tuniques : élastique, cellulaire et séreuse. — Causes de la progression du sang dans les artères. — Qu'est-ce que le réseau capillaire? — Causes de la circulation du sang dans les capillaires. — Qu'est-ce qu'une veine? — Lenteur de la marche du sang dans les veines. — Les valvules des veines aux membres inférieurs. — Causes de la prof^ression du sang dans les veines. — Un beau spectacle naturel, ou la circulation o-énérale du sang observée chez un animal vivant. — Ce que c'est que le pouls.

L'artère radiale choisie pour percevoir les pulsations du sang. — Ce que c'est

que la saignée. — Pourquoi la saignée se pratique sur les veines et non sur les artères. — La saignée du bras. — La saignée du pied. — Le spfvjQmoniHrr. Histoire DE la découverte de la (Irculation du sang. — Erreur d'Hippocrale. — Galien décrit et étudie les artères, mais il croit que les artères ne contiennent que

Je Pair. Erreur de Galien quant à la communication entre le ventricule droit

et le ventricule gauche du c(eur. — André Vésale démontre, au xvi' siècle, Terreur anatoniique de Galien concernant la prétendue perforation de la cloison interventriculaire du cœur. — Cette observation anatoniique d'André Vésale est le signal des découvertes concernant la circulation du sang. — .Michel Servet décrit le premier, dans un ouvrage de polémique religieuse, le cours du sang du cn'ur droit aux poumons, ou \a petite circulation. — Vie et travaux de .Michel Servet. — Michel Servet brûlé à Genève, en UiWi. — Reaido Colombo décrit, après Michel Servet le mécanisme de la circulation du cœur aux poumons. — Césalpin donne le même exposé. — Découverte des valvules des veines des membres inférieurs par Fabrice d'Aquapendente. — Guillaume Harvey aborde en Angleterre l'étude approfondie de la circulation du sang. — Expériences par lesquelles Guillaume Ilarvey réussit à montrer de la façon la plus éclatante le phénomène général de la circulation du sang chez Ihonime et les animaux. — Accueil fait à la découverte de Harvev. — Opposition deHiolan et d'autres anatomistes. -^ Diatribes de Guy Patin à propos de la circulation du sang. — Molière a dépeint Guy Patin sous les traits de Diafoirus, dans le Malade imaginaire.

Tu viens de voir, ami lecteur, comment les principes assimilables provenant de la digestion des aliments ont quitte l'estomac et le tube intestinal pour venir se mêler au sang.

Il s'agit maintenant de suivre le cours du sang dans tous les replis de l'économie, c'est-à-dire d'expliquer comment le sang, ainsi enrichi de matériau.v utiles, est transporté dans toutes les parties du corps, pour servir à leur entrelien et à leur réparation. Il faut parler, en d'autres termes, de \d.drculation du sang.

Mais pour comprendre le phénomène de la circulation du sang il faut d'abord connaître le sang. Aussi commencerons-nous par exposer les propriétés physiques, chimiques et physiologiques de ce liquide naturel.

ETUDE DU SANa. 163

ETQDE CniMIQLE, PHYSIQUE ET PHYSIOLOGIQUE DU SANG CHEZ l'homme.

De tous les liquides de l'économie, le sang- est celui qui présente le plus d'intérêt pour le physiologiste. Cette proposition parait très-naturelle lorsqu'on sait que dans le sang- réside la source de toutes les sécrétions du corps humain.

Considéré d'une manière très-générale, le sang est un mélange de tous les liquides et une dissolution de tous les solides qui doivent constituer l'être vivant. On comprend dès lors son importance dans les actes de la vie. On conçoit surtout que l'étude de ses propriétés ne doive être ahordée qu'avec la plus sérieuse attention. Il est certain, en etîet, que la connaissance complète et absolue des propriétés de ce liquide, que le médecin Bordeu, au siècle dernier, caractérisait si heureusement en l'appelant de la chair coulante, nous dévoilerait tous les mystérieux phénomènes de la nutrition et de l'organisation animale.

En le considérant d'abord sous le point de vue purement chimique, demandons-nous ce que c'est que le sang.

Quelques mots suffiront pour caractériser la véritable nature de ce liquide complexe.

Le sang n'est autre chose qu'un liquide aqueux tenant en dissolution de l'albumine, en demi-dissolution de la fibrine, et en suspension certains corps, d'un volume microscopique, auxquels on donne le nom de ylobules du sang.

Cette constitution du liquide sanguin nous rend compte du phénomène remarquable qui doit arrêter tout d'abord l'attention quand on s'occupe d'études sur le sang. Nous voulons parler du phénomène de sa coagulation.

Quand on pratique une saignée sur l'homme, c'est-à-dire quand, après avoir arrêté, par une ligature, le cours du sang vers le cœur, on pique une veine avec une lancette, et que l'on reçoit dans un vase le jet de sang liquide, on observe, au bout d'une heure environ, que le sang s'est coagulé, c'est-à-dire s'est partagé en deux parties : à savoir, une sorte de gelée rougeàtre

et tremblotante, que Ton appelle caillot, et une portion liquide, de couleur jaunâtre, le sérum (fig. 41),

D'où provient la coagulation du sang? La coagulation du sang est la conséquence de la précipitation de la fibrine. Cette matière, dissoute naturellement dans le sang pendant l'état de vie, se sépare, devient insoluble dans le sang tiré hors des vaisseaux. En d'autres termes, la fibrine, soluble dans le sang vivant, est insoluble dans le sang mort. Cette fibrine, en se précipiant au sein du liquide qui lient en suspension les globules du sang, enveloppe ceux-ci comme dans les mailles d'un filet, et les entraîne avec elle, en formant ce que l'on nomme le caillot.

Tel est donc le mécanisme physique de la coagulation du sang. Le caillot est la réunion des globules du sang et de la librine; le scrum est le liquide aqueux qui surnage le caillot et qui renferme toutes les substances solubles.

Mais quelle est la cause précise qui détermine la précipitation de la fibrine ? D'où vient que, soluble dans le sang vivant, la fibrine se précipite dès que le sang est tiré du corps de l'animal? Nous sommes encore bien peu en état d'expliquer ce phénomène. On démontre, par l'expérience, que ni la chaleur que le sang présente dans l'état de vie, ni l'agitation, résultant de sa Fig. 41. Sang coagulé, circulation dans les vaisseaux, ni la pré- (B. Caillot. - A. Sérum). ^^^^^^ j^ l'oxygène de l'air, ne peuvent

expliquer la coagulation du sang tiré des veines. En efîet, chauffé à la température du corps de l'homme, le sang ne se coagule que plus vite. Agité hors des vaisseaux, maintenu dans le vide, il n'en subit pas moins sa modification ordinaire. Nous sommes donc conduits à admettre qu'il y a dans ce phénomène quelque chose de vital; que c'est par une cause vitale, c'est-àdire inconnue, que le sang dissout la fibrine, et qu'il la laisse précipiter quand la vie l'abandonne.

On a fait, à cette manière de considérer le phénomène qui nous occupe, quelques objections, qu'il n'est pas inutile de rapporter, pour les réfuter.

On a dit qu'il suffit d'une très-faible proportion de carbonate de soude ou d'ammoniaque pour empêcher la coagulation du sang. On a fait remarquer que, dans un assez grand nombre de maladies, le sang reste fluide après la mort, et qu'il en est de même pour les animaux frappés d'une décharge électrique, ou qui succombent à l'action de certains poisons.

On a dit encore que cet état de dissolution de la fibrine n'est pas sans analogue dans la nature morte. L'amidon, par exemple, affecte avec l'eau un état de dissolution qui rappelle celui de la fibrine, puisque, quand les dissolutions aqueuses d'amidon vieillissent, l'amidon s'en sépare, et qu'il suffit d'ailleurs de l'addition d'un sel soluble ou de l'exposition au froid pour déterminer sa précipitation. De même, le bleu de Prusse, naturellement tout à fait insoluble dans l'eau, peut s'y dissoudre en apparence et passer à travers les filtres quand on ajoute à l'eau un peu de prussiate de potasse. Mais, au bout d'un temps assez long, le sel insoluble finit par se précipiter.

Ces objections, tout en faisant comprendre la manière dont la séparation de la fibrine peut s'etTectuer dans le sang tiré des vaisseaux, ne nous donnent pas la raison de ce phénomène. Il reste, en effet, à trouver quelle est la cause qui provoque cette séparation de la fibrine, à expliquer pourquoi cette précipitation, qui se fait après la mort, ne s'efTectue pas durant la vie. €ette cause, nous le répétons, est, selon nous, vitale, c'est-à-dire inaccessible à nos explications.

Pour ce qui est de la non-coagulation du sang additionné de matières alcalines, le fait s'explique sans peine, puisque les sels alcalins dissolvent les globules sanguins, et que si Ton ajoute au sang du carbonate de soude, sa coagulation ne peut être que très-faible, ou même nulle, la matière qui produit le caillot étant désormais dissoute. La fibrine est la seule substance que le sang laisse précipiter; il est donc tout naturel qu'elle ne forme plus de caillot quand elle reste dissoute dans le sérum.

Après avoir établi ce que c'est que le sang, d'une manière générale, et fixé l'arrangement véritable et les rapports naturels des éléments divers qui le composent, entrons dans l'examen détaillé de sa composition chimique.

Pour introduire quelque clarté dans l'énumération des nom-

I6ti C:0:\LMENT CIRCULE LE SA>;Gr.

brcuses inalièrcs qui font parlie du aani:, il n'y a rien de plus commode que d'utiliser cette analyse naturelle qui s'effectue spontanément dans le sang tiré des veines, c'est-à-dire que d'étudier à part le caillot et le sérum.

Caillot. — D'après l'analyse de Lecanu, KOO parties de sang liquide fournissent 130 parties de caillot sec. Le caillot, comme nous l'avons dit, consiste uniquement dans le mélange de la fibrine et des globules. Pour 3 parties de fibrine, il y a 127 parties de globules.

Nous dirons peu de chose de la fibrine. Nous rappellerons seulement qu'elle existe dans le sang à l'état de dissolution, et qu'elle est indépendante des globules.

Ce fait, qui est demeuré longtemps en doute, a été parfaitement prouvé par une expérience du physiologiste allemand, J. Millier, expérience qui est restée célèbre. J. Millier réussit à séparer les globules de la librine par une simple filtralion. Il prit du sang de grenouille et le jeta sur un filtre: les globules restèrent sur le filtre, et la fibrine se coagula dans le li(iuide filtré. L'état de dissolution de la fibrine dans le sang et son indépendance des globules, est mis en évidence, de la façon la plus claire, par cette expérience, aussi simple que démonstrative.

Les globules du sang sont les organes dans lesquels paraissent résider les propriétés vitales du sang. Privé de globules, le sang n'impressionne plus le système nerveux. Examinons, en conséquence, avec quelque soin, les propriétés particulières des globules du sang.

Les globules du sang sont de deux ordres : les globulesrouges qui caractérisent tout spécialement le sang, et les globules blanc=^, qui ne sont autre chose que ceux que la lymphe et le chyle ont déversés dans le sang.

Les globules rouges, organes microscopiques que l'on retrouve dans le sang de tous les animaux sans excei)tion, mais avec des formes différentes chez les divers animaux, affectent, chez l'homme, la forme de disques circulaires, ou mieux lenticulaires, de Y^à f-^û cle millimètre, et présentant une tache ou un point obscur en leur centre. Chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, les globules du sang sont elliptiques, et au lieu de présenter un simple point obscur en leur milieu, ils offrent un vé-

rilable noyau solide, bien apparent, et qu'il est facile de séparer de son enveloppe.

Les globules du sang de l'iiomme ont une tendance manifeste à s'accoler entre eux : de telle façon qu'on les voit, au bout de quelques instants, se réunir par petites chaînes ou chapelets, dont on se fait sans peine l'idée en se représentant une pile de pièces de monnaie légèrement inclinée. Abandonnés à eux-mêmes, ces petits chapelets se détruisent ; puis les globules eux-mêmes s'altèrent manifestement. Ils se frangent sur leurs bords, deviennent

FiiT. 42. Les gloljulcs rouges et les globules blancs du sang, grossis 600 fois. 1. Globule rotige vu de face. — 3. Globule rouge vu de profil. — 2. Globule blanc.

transparents, cl finalement disparaissent, en se ilissolvaul dans le liquide, par suite de leur décomposition naturelle.

Les globules sanguins sont solubles dans l'ammoniaque et les alcalis, et dans l'acide acétique. L'eau les dissout en partie. Au contraire, le sucre et les dissolutions de sel marin et de sulfate de soude les conservent.

La composition intime des globules rouges du sang a donné lieu à beaucoup de discussions. Ce qui toutefois est aujourd'hui bien établi, c'est que les globules du sang contiennent et contiennent seuls la matière colorante du sang, ou hématosine.

Le docteur Donné voyait dans les globules rouges une vésicule, de nature albumineuse, enveloppant une substance demi-

liquide, Vhématosine; mais il est reconnu aujourd'hui que les globules rouges ne renferment point de noyaux.

Un exposé de l'état actuel de nos connaissances sur les globules blancs et rouges du sang ne sera pas déplacé ici.

Le» r/lobules blancs du sang ont 8 à 9 millièmes de millimètre de diamètre. Ils sont donc un peu plus gros que les rouges, mais ils sont beaucoup moins nombreux. Il n'y a qu'un globule blanc pour environ 300 globules rouges. Ces globules sont spîiériques.

Les globules blancs sont complètement identiques aux globules de la lymphe, qui exislenl dans les vaisseaux lymphatiques, ils ne sont, en effet, autre chose que les globules qui ont été entraînés des vaisseaux lymjjhatiques et du canal thoracique dans le sang. Ils contiennent des noyaux. Si on les examine au microscope, avec un grossissement de 200 à 300 diamètres, on leur trouve un aspect granuleux, un contour irrégulier et une couleur d'un blanc d'argent caractéristique. Pour examiner leur structure intérieure, il est nécessaire de les détruire mécaniquement. Il suffit, pour cela, de faire glisser entre les deux lames de verre qui emprisonnent le sang, sur le porte-objet du microscope, quelques gouttes d'eau, qui les gonfler.t et rendent leur contour lisse. On voit alors ap})araître leur noyau, qui est de forme irrégulière, et quelquefois double ou triple. L'addition d'acide acétique à l'eau rend celte modification encore plusapi)arente, et peut fractionner le noyau en plusieurs parties, ou montrer deux ou trois noyaux réunis dans un globule.

Les globules blancs du sang proviennent manifestement de la lymphe ; mais que deviennent ces globules blancs, une fois déversés dans le sang? Il est bien probable qu'ils servent à former les globules rouges; mais aucune observation directe n'autorise cette affirmation. La filiation entre les globules blancs du sang et les globules rouges est donc encore à trouver.

Dans Tétat de santé, les globules blancs varient beaucoup en nombre. Ce nombre diminue pendant l'abstinence, et chez les personnes âgées. Il est plus grand après les repas et à la suite d'hémorrhagies. Leur augmentation, surtout après les repas, constitue ce que l'on a nommé la leucocytose physiologique.

Les globules blancs sont particulièrement abondants dans les veines de la rate et du foie.

Dans certaines maladies, les globules blancs s'accumulent

jusqu'à former le tiers ou la moitié de la masse des globules du sang, qui perd alors en partie sa couleur. C'est ce qui a fait donner à ces maladies le nom de leucémie ou leucocythémie.

Les globules rouges du sang se présentent, avons-nous dit, au microscope, sous la forme de petits disques aplatis à leur centre et sur leurs deux faces, épais sur leurs bords, et d'un diamètre de ^4^ à ^ de millimètre.

Les globules rouges ne laissent discerner ni noyau, ni enveloppe bien distincte. Seulement la couche extérieure est trèsmince, et semble indiquer l'existence d'une membrane enveloppante, ou tout au moins d'une zone extérieure plus condensée, et de composition ditïérente de celle du corps des globules. M. Béchamp a cependant affirmé récemment l'existence d'une enveloppe autour des globules rouges du sang.

Les globules rouges sont extrêmement altérables. Si le sérum du sang dans lequel ils nagent vient à s'évaporer un peu, ils prennent une forme crénelée sur les bords.

On a fait, dans ces derniers temps, beaucoup de recherches sur la composition chimique des globules rouges du sang. Ils paraissent, en définitive, composés d'une substance de nature albumineuse, qui jouit de la propriété de cristalliser. Cette substance cristallisable, c'est ïhémoglobuline, ou hémoglobine, résultant de la combinaison de la globuline (composé analogue à la caséine plutôt qu'à l'albumine et de Vhématosine ^substance protéique contenant la matière pigmentaire du globule'.

En soumettant à la congélation ou à l'action de l'éther une couche de globules, on les déforme, on les détruit, et l'on obtient d'abord une dissolution d'un beau rouge, qui ne tarde pas à laisser déposer des cristaux d'hémoglobine. Les formes de ces cristaux sont différentes selon les animaux. Ils sont prismatiques chez l'homme, tétraédriques chez la souris et le cochon d'Inde, hexagonaux chez l'écureuil.

C'est au professeur Cli. Robin que l'on doit la découverte des cristaux de la matière colorante du sang.

La figure 43 représente les cristaux d'hémoglobine, principe essentiel de la matière colorante du sang chez l'homme. Ces cristaux sont des prismes à quatre pans, qui affectent les lormcs que nous représentons ici, c'est-à-dire la forme de rectangles ou de prismes allongés.

Au contraire, Vhcmatine ou hcniatosine, qui est la matière colorante du sang proprement dite [VhcmoglobuUne moins la globuline], se retire du sang sans aucun traitement chimique compliqué : c'est la matière rouge que l'on obtient en traitant par l'eau du sang frais, et évaporant la liqueur, que l'on reprend par l'éther. C'est une matière non cristalline, qui se présente sous forme de grains rouge-noirâtre.

En faisant agir divers réactifs sur l'hémoglobine ou sur rhématine,on obtient des dérivés et des combinaisons de riiématine cristallisant dans des formes régulières : ce sont Vhémine et Vhématoïdine, dont

Fig. 43. La matière colorante du sang nOUS nOUS COntenteronS de de l'homme cristallisée (liémoglobine). signaler l'existence.

Les travaux entrepris par les physiologistes modernes ont parfaitement établi le rôle que jouent les globules du sang dans l'économie vivante. Lour fonction, c'est de se charger, dans le poumon, de gaz oxygène, qu'ils vont ensuite distribuer aux tissus. Les globules blancs et rouges sont donc, de véritables réceptacles d'oxygène, des condensateurs d'oxygène. Lorsqu'ils traversent les lobules du poumon, ils einpruntcnt à l'air, venu de l'extérieur, son oxygène, et vont ensuite apporter cet oxygène aux différents tissus de l'économie, et surtout à ceux qui consomment beaucoup de ce gaz, c'est-à-dire aux muscles et aux nerfs. Les muscles et les nerfs absorbent cet oxygène, et rendent, à sa place, une quantité à peu près équivalente de gaz acide carbonique. Une faible partie de ce gaz acide carbonique reste logée dans les globules sanguins; mais la plus grande partie reste dissoute dans le sérum du sang.

Ainsi, les fonctions des globules du sang sont, pour ainsi dire, toutes mécaniques. Ces microscopiques agents ont pour mission d'exciter le système nerveux.

La vie n'est possible que si les globules sanguins sont bien

coiislitués el renferment une dose convenable de gaz oxygène. C'est pour cela que les hémorrhagies un peu abondantes sont mortelles. Un animal ne peut perdre sans mourir plus du cinquième de son sang. Quand il a perdu cette proportion du fluide vital, il succombe, en présentant successivement de la prostration, une diminution de sensibilité, des bourdonnements d'oreilles, de la surdité; des mouvements convulsifs, enfin la mort. On sait aujourd'hui que le sang contient du fer, et l'on croit que le fer se trouve localisé dans la matière colorante du sang, c'est-à-dire dans \liémato>iine de Lecanu et de nos chimistes modernes.

La découverte de l'existence du fer dans le sang de l'homme est due à Menghini, chimiste italien du xvii'^ siècle.

Menghini s'exagérait beaucoup la quantité de fer qui pouvait exister dans le sang (je l'homme, car il émit la pensée que l'on pourrait un jour fabriquer, avec le fer extrait du sang de l'homme, des épées, des couteaux, des instruments de fer de toute espèce. C'était prendre l'elfet pour la cause, car le fer qui se trouve dans le sang ne provient que des composés ferrugineux qui se sont mêlés à nos aliments.

On peut évaluer à 15 kilogrammes la quantité de sang qui existe dans le corps de l'homme adulte, et cette quantité renfermerait, d'après Lecanu, 2?%414 de fer. 11 résulte de là qu'il n'y aurait dans le sang des trente-six millions d'habitants de la France, que 87 000 kilogrammes de fer.

Les chimistes Parmentier et Deyeux émirent, au commencement de notre siècle, une idée ingénieuse : c'était de faire frapper avec le fer retiré du sang des grands hommes des médailles destinées à éterniser leur mémoire.

Le célèbre chimiste Orfila se souvenait sans doute de cette pensée de Parmentier et Deyeux, car en 1840, dans le cours d'une grave maladie, ayant été saigné plusieurs fois, il fit conserver ce sang, et chargea le chef de son laboratoire, Lesueur, d'évaporer ce sang, de calciner le résidu, et d'en extraire l'oxyde de fer qu'il contenait, puis de réduire cet oxyde de fer par l'hydrogène.

Avec le fer métallique provenant de cette opération, Lesueur fit un lingot, qui est encore religieusement conservé par la famille d'Orfila.

M. G. Colin ^d'Aiforl) a réuni sous forme d'oxyde de fer, représentant plus de deux kilogrammes de métal, le fer provenant du sang de deux cents ciicvaux.

Sérum. — Le sérum est un liquide incolore, très-alcalin, visqueux, et d'une densité représentée par 1,102. La proportion très-forte d'albumine qu'il renferme, le fait ressembler au blanc d'œuf, par toutes ses propriétés. En etTel, la chaleur, les acides azotique et sulfurique, le tannin, le bichlorure de mercure, y déterminent des précipités, comme dans une simple dissolution aqueuse de l'albumine de l'œuf.

D'après Lecanu la composition du sérum est la suivante, pour 1000 parties de sang liquide :

Eau 790

Albumine 68

[Chlorure de sodium, potassium et ammonium, carbonate de soude, chaux et ma-

Sels.{ gnésie, sulfate de potasse,) 12

phosphate de soude, lactate de soude, cholestérine, acides gras, séroline.

Lesquels, joints aux 130 parties de caillot, représentent les 1000 parties de saoff analvsé.

Outre ces corps, on peut apercevoir dans le sérum du sang, maintenu en repos et coagulé, des globules blancs.

Le sang, (juand il circule dans les vaisseaux, présente aussi certains corps que la distribution de son étude ne nous a pas encore permis d'indiquer. Nous voulons parler de quelques gaz qui s'y trouvent en dissolution. On conçoit que, le sang se trouvant en contact continuel avec l'air, certains gaz doivent s'y mêler.

Les chimistes ont assez longtemps discuté la question de l'existence des gaz dans le sang. La cause des différences d'opinion qui ont divisé les savants à cet égard, c'était l'imperfection des procédés que l'on employait pour la recherche des gaz. La viscosité du sang empêche, en effet, les gaz d'être facilement chassés du sang, soit par l'ébuUition, soit par l'exposition dans

le vide de la machine pneumatique. Tous les liquides visqueux se comportent d'ailleurs de la même manière. Un gaz dissous dans l'huile ne s'échappe de cette huile qu'avec une extrême lenteur, par l'action du calorique ou par l'effet du vide. Mais si, au lieu d'employer le vide ou la chaleur, on chasse les gaz dissous dans le liquide visqueux par un courant continu d'un autre gaz, on met sans peine ces gaz en liherté. Faites

Fio'. 44. Orfil.i.

passer dans le sang un courant de gaz hydrogène, et vous en retirerez un mélange formé d'oxygène, d'acide carbonique et d'azote. Si l'on faisait usage d'acide carbonique pour balayer le sang, on en retirerait seulement l'oxygène et l'azote.

On a trouvé, en opérant ainsi, que le sang veineux contient, pour 100 volumes de liquide, 7 volumes d'acide carbonique,

174 COMMENT CIRCULE LE SAr^G.

1 volume d'oxygène et 1 volume d'azote. Le sang artériel renferme 3 volumes de gaz oxygène.

Il reste, pour terminer l'histoire complète du sang pris dans l'état normal, à étudier la manière dont ce liquide se comporte quand il est mis en contact avec les divers corps.

Les acides très-concentrés coagulent le sang, en agissant sur l'allnimine et la fibrine : de telle sorte que le liquide jeté sur un filtre passe clair, en retenant seulement le lactate de soude et quelques sels. Mais les acides moins énergiques ou plus dilués, comme le vinaigre, l'acide phosphorique, rendent le sang fluide, en dissolvant ses globules.

Nous ferons remarquer, comme application de ce fait, que dans les hémorrhagies il est desavantageux de tamponner avec des linges imbibés de vinaigre, comme on le recommande quelquefois. Le vinaigre agit, il est >rai, en crispant les vaisseaux qui donnent issue au sang; mais si le vaisseau offre un calibre un peu fort, il ne pourra se resserrer sous l'influence de cet acide, qui empêchera, au contraire, la fin de l'hémorrhagie, en dissolvant les caillots qui se produisent à l'orifice du vaisseau divisé.

Les alcalis étendus empêchent la coagulation du sang, par suite de la dissolution des globules.

L'alcool, le tannin, la créosote, coagulent le sang, en agissant à la fois sur l'albumine du sérum et sur celle des globules. C'est donc avec raison que l'on a employé comme hémostatiques l'alcool, le tannin, la créosote et l'acide phénique.

L'eau se comporte avec le sang d'une manière particulière. Elle dissout la matière colorante des globules; ensuite, pénétrant dans leur intérieur, elle le^ distend, et les modifie, de manière à les altérer complètement.

On conçoit, d'après cela, le danger que présente l'injection de l'eau dans les veines d'un animal. Les globules sont détruits, et le sang, devenu plus fluide, peut s'épancher, en filtrant à travers les vaisseaux qui le contiennent. Aussi est-il de la plus haute importance, toutes les fois que l'on étudie le sang, d'éviter son mélange avec l'eau. Toutes les divergences qui ont régné si longtemps e;itre les micrographes sur les dimensions des globules, sur leurs formes diverses cliez les animaux, tenaient à ce que les observateurs étaient dans l'usage d'étendre avec

ÉTUDE DU SAXG. 175

un peu d'eau les gouttes de sang qu'ils soumettaient à l'examen microscopique.

Si, au lieu d'employer l'eau pure, on se sert de dissolutions de certaines matières neutres, comme le sucre, le sulfate de soude, le sel marin, on opère, au contraire, la conservation des globu les, et l'on empêche le sang de se coaguler.

Certains gaz n'ont aucune action sur le sang, bien qu'ils exercent un elTet assez énergique sur l'économie. Tels sont le gaz azote et ses oxydes, les gaz acide carbonique, hydrogène carboné et surtout l'oxyde de carbone. Ces gaz, mis en contact avec le sang, déplacent les autres gaz qui s'y trouvent dissous en vue de ses fonctions physiologiques. Aussi ces gaz déterminent-ils la mort de l'animal, soit que, ayant chassé l'oxygène, ils rendent la respiration impossible et déterminent l'asphyxie, soit que, arrivés dans le cerveau, ils impressionnent mortellement le système nerveux, en vertu de leur nature propre.

Les gaz qui exercent sur le sang une action chimique peuvent être distingués en gaz acides et gaz alcalins.

Les gaz un peu énergiquement acides, comme l'acide chlorhydrique et l'acide sulfureux, coagulent le sang, en le noircissant. L'hydrogène sulfuré est détruit par le sang : le soufre et l'hydrogène paraissent brûlés. Cette action s'accompagne du dégagement d'une odeur particulière et désagréable, que Ion remarque dans le sang d'individus morts d'afTections putrides.

Le gaz ammoniac agit comme alcali, en maintenant la fluidité du sang.

Le chlore coagule le sang, puis le décolore, en formant du chlorure de fer.

Connaissant les propriétés chimiques du sang, le lecteur n'aura aucune peine à comprendre le procédé qui sert, dans les laboratoires, à déterminer la composition chimique de ce liquide complexe.

La méthode (jui est la plus suivie aujourd'hui pour l'analyse du sang, c'est-à-dire pour lixer les proportions relatives d'eau, de fibrine, de globules et de sels minéraux qui existent dans le sang, est aussi la plus anciennement connue. Elle a été employée pour la première fois, il y a un demi-siècle, par l'illustre chimiste M. Dumas.

A mesure que le liquide sort de la veine, on divise en deux

parties le san^ de la saignée. La première partie est battue avec un balai d'osier, et la fibrine, se sépara-nt, adhère aux brins du balai. On recueille celte fibrine, on la lave, on la sèche à la vapeur de l'eau bouillante, et son poids, comparé au poids du sang de la saignée, donne la quantité de fibrine, qui est ordinairement de 3?'-, 5 pour 1 kilogramme de sang.

La seconde partie du sang de la saignée sert à déterminer la quantité d'eau, de globules et de sels.

Pour cela, on abandonne ce sang à la coagulation spontanée. Quand le coagulum s'est bien formé, on le sépare du sérum; on pèse le caillot humide; on le dessèche. On pèse le caillot sec; le sérum est évaporé à siccité et on pèse le résidu.

Ces diverses opérations fournissent tous les éléments du sang, si on les interprète comme il suit:

1° L'eau est représentée par la différence entre le poids du sang liquide et le poids des matériaux solides fournis par l'évaporation du caillot et du sérum.

2" La fibrine est fournie directement par le battage du sang de la saignée.

3" Les globules sont donnés par la différence entre le poids du caillot sec et la quantité de fibrine déjà trouvée. Il faut seulement remarquer que, le caillot retenant du sérum liquide interposé, on doit tenir compte de la quantité de matières fixes abandonnées par la quantité de sérum que renferme le caillot desséché. Cette distraction est facile, puisque l'on sait combien un poids connu de sérum évaporé laisse de résidu.

4° Les matières fixes du sérum sont dosées par la différence entre le poids du sérum liquide et celui du sérum desséché.

5» Enfin, la proportion relative des matériaux organiques et des matériaux inorganiques du sérum est reconnue par l'opération suivante. On calcine le résidu sec laissé par le sérum ; la matière organique est détruite par l'action du feu, et la différence entre le poids du résidu et celui des cendres laissées par la calcinalion indique la proportion relative des matériaux organiques et des sels minéraux.

Ce procédé présente quelques inconvénients, qui peuvent en rendre l'application difficile, et même quelquefois fautive. En efïet, les globules du sang sont dosés indirectement ; l'albumine du sérum est confondue avec les sels minéraux et les produits organiques. On suppose que le liquide qui baigne le caillot est

identique au sérum, hypothèse que semblent renverser quelques observations récentes. Enfm, une assez grande quantité de sang, et d'ailleurs la totalité du sang de la saignée, (?ont nécessaires à l'analyse.

Fiï. 45. J. B. Dumas.

On a essayé de substituer d'autres méthodes à celle que nous venons de décrire, mais ces méthodes sont beaucoup moins pratiques que la méthode de M. Dumas, qui est seule en usage aujourd'hui.

A propos de l'analyse du sang, le chimiste Klaproth a raconté, dans un de ses mémoires, une anecdote que nous ne passerons pas sous silence.

Un baron allemand, de très-haute lignée, était pourvu d'un orgueil démesuré, qui le portait à se considérer comme d'un sang bien plus pur que celui des autres hommes. Ce noble seigneur aimait pourtant les sciences, car il suivait le cours de chimie de Klaproth, qui, à la tin du siècle dernier, enseignait à Berlin, avec beaucoup d'éclat. Un jour, comme le baron se rendait au cours de Klaproth, sa voilure versa. Le maître et le cocher furent meurtris par la chute, et l'on crut devoir saigner, aussitôt après l'accident, le maître et le cocher. Le baron trouva Toccasion bonne pour s'édifier sur la ditïérence qui pouvait exister entre le sang d'un gentilhomme et celui d'un homme du peuple. Il pria donc le professeur Klaproth de conserver le produit des deux saignées et d'en faire l'analyse comparative.

Klaproth ne trouva aucune différence dans la composition des deux sangs. Celui du cocher ne renfermait que 2 pour ICO d'eau de moins que celui du baron : sans doute parce que le cocher ne mettait pas d'eau dans son vin, suivant lacoutumedes cochers de tous les pays. Mais, à cette dillërence près, qui était insignifiante, le sang du gentilhomme et celui du valet étaient d'une composition parfaitement semblable.

Cette leçon donnée par la science corrigea l'orgueil du hobereau. Et comme son fils, marchant sur ses traces, avait une trop grande inclination à se croire d'une nature supérieure à celle des autres hommes, le baron copia de sa main l'analyse l'analyse chimique faite par Klaproth, et la remit au jeune homme, pour le ramener au sentiment de la vérité, toutes les fois qu'il se sentirait disposé à se croire d'un sang plus pur que celui du peuple.

Quelle est la quantité totale de sang qui existe dans l'organisme?

On a eu recours cà différentes méthodes jjour déterminer cette quantité. Ed. Weber 'et Lehmann, physiologistes allemands, ont fait cette détermination en opérant sur deux suppliciés. Ils commencèrent par mesurer la quantité de sang qui s'était écoulée après la décapitation ; puis ils injectèrent de l'eau dans les vaisseaux, recueillirent le liquide obtenu, et déterminèrent, par l'analyse chimique, la proportion de sang contenue dans l'eau qui avait ainsi lavé l'intérieur des vaisseaux. En ajoutant ce sang à celui qui avait été obtenu directement après la décapi-

talion, Ed. Weber et Leliinann évaluèrent le poids du sang- contenu dans le corps d'un homme au huitième du poids total du corps.

Un autre physiologiste allemand, ^N^elcker, a évalué la quantité totale de sang contenue dans le corps de l'homme par le degré de coloration de l'eau injectée dans les vaisseaux, puis recueillie. Voici comment opère Welcker. Il tire du corps une quantité déterminée de sang, l'étend avec de l'eau, et note le degré de coloration de ce mélange. Ensuite il injecte de l'eau dans les vaisseaux, recueille cette eau, et, après avoir haché les tissus, les traite également par l'eau. Il obtient ainsi une eau sanguine, qu'il étend d'eau pure, jusqu'à ce qu'elle présente la même coloration que la première. Comparant alors le volume de ces liquides, il en déduit la quantité totale de sang contenu dans le corps. La masse totale du sang de l'animal mis en expérience est à la quantité de sang que l'on extrait de la veine, comme le volume d'eau ajouté à la première est au volume d'eau ajouté à la seconde, pour obtenir le même elTet de coloration.

Welcker, en opérant ainsi, de concert avec un autre expérimentateur, Birchoff, a constaté que la quantité de sang contenue dans le corps d'un homme adulte n'est que le treizième ou le quatorzième du poids de son corps.

Les résultats obtenus par la méthode de Ed. Weber et Lehmann sont, selon nous, les plus précis. L'évaluation directe de la masse du sang, chez l'homme ou les animaux qui ont succombé par mort violente ou à la suite d'une hémorrhagie, est, en effet, la seule méthode qui doive inspirer confiance.

Il faut savoir, du reste, que les quantités de sang chez l'homme doivent varier à l'infini, si l'on en juge par ce qui arrive chez les animaux. Tel sujet doit avoir un tiers, un quart et même moitié moins de sang qu'un autre, comme tel individu a un tiers, un quart ou moitié moins de graisse, de muscles ou de sang qu'un autre. La détermination de la quantité de sang chez l'homme a donc peu d'importance, ces quantités devant nécessairement beaucoup varier. C'est sous la réserve de cette réflexion que nous ferons connaître les résultats suivants des déterminations de la masse du sang faites par des observateurs contemporains, chez les animaux et chez l'homme.

Welcker et Heidenhain, dans des expériences exécutées sépa-

rément, ont trouvé les résultats suivants pour la quantité de sang existant dans le corps de différents animaux. Chez le chien, le poids de la masse du sang est -^ du poids du corps; chez la souris, ^; chez le chat, 7^; chez le lapin, -^; chez les oiseaux, -^ à ï^;chez la grenouille, ^; chez les poissons g^j-

Yierordt, avec les données obtenues par Dursy et Krause, évalue la quantité de sang chez l'homme adulte au treizième du poids du corps.

Le même auteur rapporte l'évaluation de la quantité de sang: faite sur un suicidé, par Krause. Le poids du corps était de 65 kilogrammes, et la quantité de sang de 5f-',020, ce qui correspond au treizième du poids du corps.

Cependant, nous le répétons, le résultat de WeberetLehmann, qui admettent pour la proportion dont il s'agit le chiffre ^, nous paraît le plus rapproché de la vérité.

Le sang nous étant maintenant bien connu, dans toutes ses propriétés physiques, chimiques et organoleptiques, nous pouvons entreprendre l'élude de lu circulation du sany. Nous venons d'étudier le sang à l'état do repos; nous allons le considérer maintenant lorsqu'il est en mouvement, c'est-à-dire lorsqu'il parcourt les canaux qui sillonnent l'intérieur de notre corps.

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