‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiésChapitre 29 sur 58 · COLLATIONNEMENT DES OUVRAGES DEVANT AVOIR UNE SUITE · texte numérisé non relu

COLLATIONNEMENT DES OUVRAGES DEVANT AVOIR UNE SUITE

Il existe d'autres ouvrages dont la collation présente aussi de grandes difficultés; ce sont ceux qui, étant terminés et n'ayant rien pour indiquer qu'ils doivent avoir une suite, passent néanmoins pour imparfaits lorsqu'on n'y a pas joint un traité, une dissertation ou quelques autres pièces données après coup et que l'on a l'habitude d'y joindre. Tels sont, par exemple, le Lib. V, qui est de serpentum natura; adjecta est ad calcem scorpionis insecti historia, qui est la suite de l'ouvrage de Conr. Gesnerus : Historia animalium. Tigurini, Froschover, 1551-87, in-fol. — La Dissertation historique sur quelques monnoyes de Charlemagne, de Louis le Débonnaire, etc., frappées dans Rome. Paris, J.-B. Coignard, 1689, in-4°, fig., qui doit être jointe au Traité historique des monnoyes de France avec leurs figures, par Fr. le Blanc. Paris, J. Boudot, 1690, in-4°, fig., etc.

9° COLLATIONNEMENT DES INCUNABLES.

C'est là réellement que réside toute la difficulté du collationnement*. A l'origine on ne trouve ni titre, ni

typographiques, trop considérables pour pouvoir être renvoyées à Yerrata qui se met à la fin de l'ouvrage, pour obéir aux exigences de la censure ou pour des considérations analogues. D'autres cartons, au contraire, servent dans quelques ouvrages pour l'impression de passages libres, et qui ne se vendent que sous le manteau. Nous parlerons plus longuement des cartons dans un prochain chapitre.

* On peut avoir recours, pour la collation de ces livres, au registre qui se trouve à la fin des ouvrages du xve siècle. Le registre (registrum chartarum) consistait à rappeler, dans une table, les premiers mots des feuilles. Malheureusement peu

signature, ni réclame, ni registre, et souvent ni le nom de l'imprimeur et le lieu d'impression. De plus, le format n'est jamais régulier, les cahiers variant beaucoup d'épaisseur; et quelquefois le caractère typographique est de grosseur différente*. On s'attachera donc, pour les plus anciens monuments typographiques, et en dehors des détails bibliographiques**, à lire les dernières lignes des cahiers et les premières des autres afin de les rassembler selon le sens de la phrase. On pourra les grouper dans l'ordre du registrum, et, lorsque les signatures paraissent, la difficulté sera déjà moindre.

Les notes des catalogues mentionnent quelquefois les feuillets blancs pour établir un principe qui paraît incontestable, savoir : qu'un livre qui ne contient pas tous les feuillets (blancs ou imprimés) qu'il avait lorsqu'il est sorti de l'imprimerie, est plus ou moins incomplet. Depuis longtemps, on s'est accoutumé à

d'ouvrages, pour lesquels avaient été imprimés ces registres, les possèdent. Le feuillet sur lequel ils étaient imprimés se trouvait à la fin du livre ; et, une fois que le relieur s'en était servi, il était le plus souvent exposé à être déchiré. Cf. Chapitre deuxième. Du Format des livres.

* La pagination du Psaltorium latine imprimé par Schoiffer en 1502, in-folio, est imprimée jusqu'au folio cxxxvij, et cesse ensuite. Dans l'exemplaire qui se trouve à la Bibliothèque nationale, et qui provient de la collection du duc de La Vallière, une note manuscrite, détachée, dit que le texte des seize premiers feuillets est pareil à celui de la première édition de 1 157. Le gros caractère s'arrête au folio 155, où le texte finit tout à coup par le mot qui. Le verso de ce feuillet et le suivant sont blancs. Le petit caractère occupe ensuite vingt-et-un feuillets.

** Cette ressource, lorsqu'il est encore possible de se la procurer, est infiniment précieuse; et il est bon de consulter en pareil cas les ouvrages de Maittaire, Panzer, La Serna, Ilain sur les ouvrages des xve et xvi8 siècles.

v.ïla Treffacree Impériale et cathoheque magefleluy cftant en tegS? fa ate de Palace en Cafhlle/cuit nouueUes dès marches yfles *2è&2&>- et terre famé occeanes/que Ion appellect nômevulgairemét les Indes, pource q vne partie dicell es cft et confronte en uers lefô indes» Lesquelles Indes et tettes font cfle nagaires conqueftees defeouertes et trouuees au parauant incongneues et fans dénomination. Car les ÇoQ mographes et gcogTaphes anaens nen ont fait aucunemenrion lafoit ce q bien le mentalTent et ne fait adoubter quii^ne lcuiTcnt pafle en obly et taciturnite W3 en euflent en la congnoiiïance et notice. Commit nac uoient en uigant et pfumant du chnat on lefo yfles font autrement q la verite.Laqlle lexpenâce pfente demônrc et donne a congnoiftre a ceulx de ce temps queft auec la grâce Impériale que dien letout puiflant fait a fadidctrenacrcemagene,etalanaciôDefpaigne/queen leur temps et par cube cette tant admirable ouuerture et accroiiïance du mode foit ad uenue les turbes et multitudes infinies dames des peregrinans efi5 mar; ches etcontTeésapardicionpaTydolatnectbeTrialitcendoclTineet re= duic^alalumiaecôgnoiflance etaeicedela foy xpiennevraye voye defalut. Etlesefpaignesvoyrelagrâgneurpartiedèla xpiennite pour nehues et enrichies côme de bien en miculx inceflanment elles enrichit fent et beaucop plus enrichiront cy après de lor/ efpicfries / auec autres maintes effranges etpeieufes chofes de diueries'qualite* etgendres ve» nâs dicelles yfles que Ion dit apporte efô efpaignes quelt auui lenGagnc et imptefliô Jnduifant a tout mains maintes de croyre defô yiles ce qui en eft autremét a tamais ne leconfefleroiér pour la mcrueille, et comme lefô nouuelles difoient leftanduedefô terres et yfles poptilaciôs et richef fes dicelles font fi grandes quelles paiTent celles dafie anaennemét deG couuertes Europe et Aphrique anciennement dcfcouuertes aufli. Dont meritoiremét fa diâc treffacree magefte fen pouuoir intituler Empereur et grant monarque par aufii bône raifon et meilleure raifon que de Rôs me,etGermanic.Et de tout et q Lempereur Romain peult côprandt e et a coprins des tenes et prouinces cogneues,

C La fubftance defônouuelles cft que Fernande cortes lung des cappi tain es defatf trelTaaee magefte es pâmes et marches de la mer occeanc/ qui auparauant auoit defcouuert vneregion et terre que Ion nôme Oy oucatan de pnt intitulée et nommée la neufue efpaigne. Et au côm âct met dicelle terre a la cofte de la mer du colle ou il entra auec ks gés gaig fia vne vi lle/alaquelle il auoit impofe nom La ville de la vt aye croix, ou il a faitcdiffier et contraire vne forterefle et habita aulcungsefpaignol> ou femblablemét il refeda pluifrs ioumees attirant et reduifant par bôs moyens les fubgea^ ctpayfans cUlkc ctdc toute la^uince alobei fiance

Au

Fig. 104. — Ce feuillet d'un opuscule, seul exemplaire connu,

étant signature Aij, un feuillet Ai

soit blanc, soit imprimé, devait le précéder (Voir Note *, page 111).

regarder comme faisant partie intégrante d'un volume les feuillets 'blancs situés au milieu d'autres feuillets imprimés; les feuillets blancs placés au commencement ou à la fin du volume n'en font pas moins partie. Sans parler des feuillets blancs qui complètent des livres tels que Homère de 1488* et le Décor Pitellarum** et donnent un prix inestimable aux exemplaires uniques ou très rares dans lesquels on les rencontre encore, comment pourra-t-on s'assurer qu'un ancien livre dont le premier feuillet du texte porte, par exemple, la signature An ou même Ain est complet*** et qu'il ne

* Homeri opéra, grsece. Florentia, sumptibus Bern. et Ncrii Nerliorum, 1488, 2 vol. in-fol. A la fin de cette édition, on trouve un feuillet blanc qui complète le cahier de 6 feuillets portant la signature et et, et qui manque presque toujours.

** Le neuvième feuillet d'un livre précieux, qu'une faute d'impression a rendu célèbre : Décor Puellarum, questa sie una opéra la quale se chiama décor puellarum : zoe honore délie donzelle . Venetia, Nicolas Jenson, in-4, manque souvent. Ce défaut tient principalement à ce que ce neuvième feuillet, étant le correspondant d'un feuillet blanc qui doit se trouver au commencement, il arrive que lorsque celui-ci est enlevé dans un exemplaire, le neuvième feuillet n'a plus rien qui le maintienne et se perd facilement.

La première signature ai de la Biblia Bofiemica, imprimée en 1488, in-folio, une des plus rares versions imprimées du texte de l'Écriture, est en blanc ; sur le feuillet aij commence un prologue ou préface. Les signatures sont placées comme il suit : a à g inclusivement, par dix feuillets; h huit; t'a; compris, par dix [t, v, x se suivant ainsi). Ensuite A, dix feuillets; B, quatre; C à Z inclusivement, par dix. Puis AA, BB, par dix; CC, huit; plus loin aa hmm, par dix; nu, huit; et enfin t'avec huit feuillets. Les huit derniers feuillets sont imprimés en rouge et noir alternativement pour chaque ligne, et forment une espèce d'Index. La souscription en dix-neuf lignes est placée au l»a> de la seconde colonne sur le verso du feuillet mm viij.

*** Les bibliographes donnent 85 feuillets seulement au volume M. T. Ciceronis orationes phîlippicœ. Venetiis. Joh. de Colonie, etc., 1474, in-4, qui réellement en a 88. A la vérité, les trois feuilleta supplémentaires sont blancs, mais ils n'en sont paa moins

devrait pas être précédé d'un titre, si les feuillets, blancs ou imprimés, qui se trouvaient au commencement ont été enlevés*? Il est souvent arrivé que, supposant le premier feuillet qui manquait devoir être blanc, des bibliographes ont été amenés à donner un titre qui n'avait rien de commun avec le véritable titre placé sur le feuillet qu'on croyait être blanc ; d'autres ont remarqué que des ouvrages très rares, tels que ce même Décor Puellarum que nous venons de citer, manquaient souvent à l'intérieur d'un feuillet déterminé. Or, l'explication de cette singularité se trouve précisément dans le feuillet blanc qui devait être

nécessaires, les deux premiers pour compléter le cahier a, dont le texte commence avec a 3, et le dernier pour compléter les 8 feuillets que doit avoir le cahier l.

* L'opuscule Des Marches, îles et pays trouvés et conquils par les capitaines du très illustre et très puissant Charles Ve de ce nom et principalement la prise et conquête de la cité de Ternistitan située en la nouvelle terre de Yucatan, maintenant appelée Nouvelle Espagne, estimée plus grande que Espagne, France et Allemagne, sans les îles. Imprimé en Anvers, par Michiel de Hoocstraten, s. d. (vers 1552), in-4 de 15 ff., qui traite surtout de Temistitan (Mexico) et de sa conquête par Cortès, parait être le premier ouvrage de Cortès qui ait été publié. Il a dû être rédigé à l'aide des deux premières lettres de ce capitaine. On ne le connaît aujourd'hui que par deux versions, celle en français et celle en hollandais citée par M. Harrisse (Bibl. Americana, Addenda, n8 72). L'exemplaire en français qui se trouvait en vente chez MM. Damascène Morgand et Fatout, et que nous décrivons est le seul connu; il a été cité par MM. Harrisse et Deschamps d'après le catalogue de M. Tross de 1866.

Le texte commence au feuillet Aij que nous reproduisons (voir fig. 104) par : En Van 1522 ou mois daoust, la Tressacree Impériale et catholicque mageste luy estant en sa cite de Palace en Castille, eust nouvelles des marches ysles et terre ferme occeanes.... Le titre donné plus haut est la copie d'une ancienne inscription manuscrite qui se trouve sur un feuillet blanc et remplace le titre qui n'existe peut-être pas autrement, le papier de ce feuillet étant le même que celui du restant de cet exemplaire.

les dates, sur les reliures, sur les formats, sur les gravures, sur les papiers, sur les caractères d'imprimerie, sur les impressions, et enfin sur tous les termes qui se retrouvent fréquemment et d'une manirre constante dans les catalogues.

Il y a quelques avantages pour l'amateur de connaître ces abréviations ; bien souvent il démêlera dans leur lecture quelque remarque intéressante pour la détermination d'un ouvrage, et quelques variantes d'édition pourront l'intéresser.

Comme ces abréviations ne sont pas assez connues et qu'un grand nombre de bibliophiles et de libraires pourraient se trouver embarrassés pour les distinguer, nous allons les indiquer ci-dessous :

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