‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiésChapitre 56 sur 58 · SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

SECONDE ÉDITION

ici, donnent tout lieu de conjecturer que le chiffre X a été omis dans la souscription. Le Décor Puellarum, que nous avons mentionné précédemment au chapitre troisième, livre de morale qui est en italien malgré son titre latin, a été imprimé à Venise par Nicolas Jenson avec la date de 1461, in-4°. Nous pensons qu'il faut lire 1471*, cependant plusieurs bibliographes ont cru pouvoir en conclure que, dès l'an 1461, l'art typographique était en usage à Venise.

La première édition du traité de L. B. Alberti : De re aedifîcatoria, parut à Florence en 1485, in-folio, mais, par suite d'une omission, la souscription porte seulement : Milesimo octuagesimo quinto.

Un ouvrage de J. Ph. de Liguamine : Inclyti Ferdinandi régis Vita et laudes, est daté de MCCCCLXII, Pont. Max. Sixti quarti, anno ejus primo ; ce pontife ne fut élu que le 9 août 1471 : ce qui démontre qu'un X a été oublié dans la date, MCCGCLXXII, et qu'elle est de Tan 1472.

Une faute singulière est dans la date du Libro de la Nativitate, Vita e Morte de Alessandro Magno, Venetia, del 15001 (sic) per maestro Baptisla Sessa.

Le titre particulier de cinq comédies de Pierre

Larivey, imprimées à Rouen, en 1611, porte la date

de 16011. Le Pliilonium, ouvrage de médecine de

Valesius de Tarente imprimé à Lyon chez Jean Cleyn

porte la date : anno millesimo quadringentesimo primo

decimo octavo kal. decembris. Quelques écrivains en

* Sardini, dans le livre si curieux qu'il a consacré à Jenson sous le titre : Esame sut principi délia francese ed italiana tipografia, ovvero storia critica di Nicolao Jenson. Lucques, 1796-1798, a prouvé que le Décor Puellarum était de 1471 et non de 1461.

ont conclu que l'invention de la typographie était plufl ancienne d'un demi-siècle qu'on ne le croit communément; mais il est évident qu'il y a ici une simple erreur de date; et qu'au lieu de 1401, il faut lire 1501; plusieurs bibliographes ont pensé qu'il était plus rationne) d'assigner la date de i 401 à la publication du Philonium.

Il existe quelques éditions dont les dates ont été falsifiées à dessein, soit pour les faire passer comme des volumes jusqu'alors ignorés des bibliographes et ayant, en raison de cette circonstance, une haute valeur; soit pour les faire admettre comme appartenant à des éditions plus anciennes et plus précieuses. Des volumes imprimés par les Aide et par les Elzévier ont été parfois l'objet de ces erreurs *.

Prosper Marchand, dans son Histoire de l origine et des premiers progrès de l'imprimerie, dit avoir examiné un exemplaire de la Somme de saint Thomas de 1474, sur la souscription duquel on avait adroitement gratté les premières lettres du mot sepluagesimo, et substitué quinquagesimo , pour faire croire que c'était une édition inconnue de 1451. Schelhorn, dans son Amœnit. litterar., indique un exemplaire du Cicéron, De Offïciis, 1465, dont la date avait été altérée ; on avait habilement changé le xv en xi**. Le caprice «les

* Cf. Orlandi : Origine délia stampa. § 7 : La Malizia 0 TInU degli huomini vi abbiano f<nt<> aggiungere a mano. eon l<i penno, eerti millessimi apocrifl. nei quali la stampa non era put stala sognata.

** Renouard, dans son Catalogue ■l'un amateur, IVy-92, signale un César, édition aldine de 1518 formée des éditions de IM3 et de 1519, et que le libraire Molini. de Florence, lui vendit comme un volume d'une édition presque inconnue. « Il me l'avait garanti comme une insigne rareté: je l'ai longtemps considéré comme tel et peut-être le croyait-il aussi lui-même. »

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE SIXIÈME. 207 auteurs ou des libraires a parfois donné à des ouvrages pour la plupart facétieux ou bizarres des dates inventées à plaisir. M. Gustave Brunet, l'érudit bibliographe, s'est attaché à en réunir quelques exemples; c'est un chapitre qui nous semble avoir été oublié dans l'histoire des Singularités typographiques.

Abdeker ou l'art de conserver la beauté (par Le Camus), l'an de l'hégire 1168 (Paris, 1748). — Almanach des honnêtes gens (par Sylvain Maréchal), l'an premier du règne de la Raison (1708). — L'Adoption ou la Maçonnerie des femmes, en trois grades. A la Fidélité, chez le Silence (La Haye, P. Gosse) 100070075. — L'Assiatique (sic) tolérant, ouvrage traduit de l'arabe (composé par Crébillon fils), l'an 24 du traducteur (1748). — Asiniana ou Recueil de naïvetés et âneries, à Montmartre, l'an d'Arcadie (Lille, vers 1802). — Calendrier des fous (par Coquelet), à Stultomanie, l'an depuis qu'il y a des fous (Paris, 1737). — Catéchisme des francs-maçons par Gabanon (Travenol), Jérusalem, l'an 1444 depuis le déluge (Limoges, 1740). — Chansons mises au jour par un âne onym (Collé), Paris et Ispahan, VXL.CCD.M. (1765). — Chute de la médecine et de la chirurgie par le bonze Luc Esiab (par Caron), à Emeluogna (Angoulême écrit au rebours) l'an du monde 00000000. — Essai sur Martial (par Ant. Péricaud), l'an de Rome 2569 (Lyon, 1816). — Estrennes à la noblesse (par Dulaure, Londres) l'an troisième de la liberté (Paris, 1791). — Plat (le) de carnaval, ou les Beignets apprêtés par Guillaume Bonnepâte (par Caron), à Bonne-huile, l'an dix-huit-cent-d'œufs (1802). — Œuvres du sieur Hadoux, Criticopolis, l'an des

Muscs 40101 (1785) *. — Le coq-à-l'âne ou Eloge de Martin Zèbre, Asnières, 100070060 (1760). — Procédures curieuses de l'inquisition de Portugal contre les francs-maçons, à la Vallée de Josaphat, l'an 2807» du Temple de Salomon. — L'Astucieuse pythonisse ou la Fourbe magicienne, petite comédie (par Dutrésor),à Diabolicolis, l'an de l'hégire 1182 (Cœn, 1804). — Recueil général des caquets de l'accouchée, imprimé au temps de ne se plus fâcher (Paris, 1625). — Les comédiens, comédie en un acte représentée à Paris, le 5 janvier 2440. Paris, MMCCCCXL (1777). — La seconda Cena, novelle (di A. F. Grazzini, detto il Lasca), in Stambul, dell' Egira 122 (Florence, 1745). — Stanze del poeta Sciarra Florentino (Pietro Slrozzi), sopre la rabbia di Macone, Constantinopoli, 1550 (Parigi, 1809). — Il Zibaldone, poemetto burlesco (di Batacchi), Tanno che si spera il piu felice (Parigi, 1805). — Le livre à la mode (par Caraccioli), en Europe, chez les libraires 100070060**. — Le livre des quatre couleurs (par Caraccioli), aux quatre éléments, de l'imprimerie des quatre saisons, 4444. — Dialogue intéressant entre le Maire, le Procureur syndic d'une province, le Curé, un Bourgeois, etc., En France, de l'imprimerie des Amide la Vérité, l'an deux du désordre et de l'anarchie. — L'intérieur du Directoire, vaudeville, an VIII du Repentir (1799). — La Targétade, parodie d'Athalie (par Des Fontenelles), l'an second de la liberté de la

* Ces œuvres se composent de pièces de théâtre el de poésies très mal écrites; Cf. Catalogue de \a bibliothèque étama^ i;.</iir de Soleinne, n. 2296.

** 11 en existe une autre édition, 1 Verte feuille, de l'imprimerie du Printemps, Panuée nouvelle.

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE SIXIÈME. 209 presse. — Changement de décorations ou Vue perspective de l'Assemblée nationale, au Ghamp-de-Mars, l'an deux des horreurs populaires. — Tout coule ou la Galimafrée nationale, Versailles, an deux de l'inquisition clementino-jacobite. — Art de désopiler la rate (par Panckoucke), Venise, 178875 (en France, 1785). — Les vieilles Lanternes, allégorie, Pneumatopolis 5871, (Paris, 1785).

Quelquefois on a intercalé des zéros : 100070032 pour 1732. Dans nn catalogue, nous avons trouvé indiquée une brochure datée Van de la destruction du Colosse de Rhodes, 9999.

En fait de dates fictives, il convient de signaler ici une fantaisie d'Alfieri; nous ne croyons pas qu'on en trouvât d'autres exemples. Ce poète célèbre et bizarre fit imprimer à Kehl, dans l'atelier qu'avait établi Beaumarchais, trois ouvrages qui furent exécutés en 1789, mais auxquels il voulut donner des dates anticipées ; voici les titres de ces trois volumes et l'indication des années qu'il fit mettre en chiffres romains sur les frontispices :

Del principe e délie lettere, MDGGCXV.

LEtruria vindicata, MDCCC.

Délia Tirannide, MDCGGIX.

Nous terminerons en mentionnant, d'après les notes de Gabriel Peignot, quelques dates bizarres, singulières et énigmatiques, qui se rencontrent dans les souscriptions d'anciens ouvrages et ailleurs. L'explication de ces dates pouvant être de quelque utilité, nous les présenterons avec la clef de l'énigme de chacune d'elles.

1° Gramaticœ methodus rhythmica, in-fol. de 11 feuillets ; ce volume rare porte sa date, le lieu d'impression ii 27

et le nom d'imprimeur dans les quatre vers suivants, placés à la lin du volume :

Actis terdcni iubilaminis octo bis annis.

Ifoguncia reni me condit et imprimit amnis.

Hiiic nazareni sonet oda per ora Johnimis

Nanque sereni luminus est scaturigo pennis (Perennis).

Il n'est pas facile de trouver dans ce. quatrain, une date précise, le nom de la ville, celui de l'imprimeur. Cependant, en y réfléchissant, on peut voir que dans le premier vers, seize ans du trentième jubilé étaient accomplis, quand on a imprimé ce livre. Or, chaque jubilé étant de cinquante ans, vingt-neuf jubilés font bien quatorze cent cinquante; ajoutons à ce nombre les seize ans, nous aurons quatorze cent soixante-six, date cherchée.

Le second vers nous apprend que l'impression a eu lieu à Mayence, sur le Rhin; et les deux derniers indiquent que Jean (Fust) a publié cet ouvrage en vers sous l'invocation de J.-C, source éternelle d'une pure lumière. Ainsi, cette grammaire a été imprimée à Mayence, par J. Fust, en 1466.

L'exemplaire de ce livret in-folio de 22 pages, qui existait dans la bibliothèque du cardinal de Brienne, a été adjugé, lors de la vente de cette bibliothèque, pour la somme de 5,500 livres; il a été acheté pour la Bibliothèque nationale*.

2° Le doctrinal du temps présent, compilé par maistre Pierre Michaut, secrétaire du très puissant duc Charles

* Cf. Index librorum ab inventa typographia, etc. Hune disposait V. X. Laire. Senonis, 1791, 2 vol. in-8'\ t. I". p. 82, n° 1.

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE SIXIÈME. 211 de Bourgogne, etc., petit in-fol. de 108 feuillets. Le Doctrinal du temps, imprimé à Bruges par Colard Mansion, en 1466, avec cette inscription sur le dernier :

Vn trépied et quatre croissans

Par syx croix auec syx nains faire

Vous feront estre congnoissans

Sans faillir de mon miliaire.

Cy fine le Doctrinal du temps,

Imprimé à Bruges, par Colard Mansion.

Nous allons trouver dans ce quatrain la même date que celle qui est mentionnée dans la notice précédente, c'est-à-dire 1466; mais cette date n'est point celle de l'impression de l'ouvrage, c'est celle de l'année où la rédaction en a été achevée par l'auteur. L'explication de ce quatrain est toute simple. Le trépied signifie un M; les quatre croissans, quatre G; les six croix, sixX, et les six nains, six I; réunissez toutes ces lettres numérales selon les nombres prescrits, vous aurez MCCCCXXXXXXIIIIII, ou 1466.

3° Le livre de Matholus,

Qui nous monstre sans varier

Les biens et aussi les vertus

Qui vieignent pour soi marier,

Et a tous faictz considérer,

Il dit que l'homme n'est pas saige

Sy se tourne remarier

Quand prins a esté au passaige.

Traduit du latin par Jehan Lefebvre de Therouane. A Paris, Anthoine Verard, in-fol. goth. de 67 feuillets, avec figures. La date de l'impression de cette édition

d'un poème singulier se trouve exprimée dans les vers

suivants, imprimés sur le dernier feuillet :

Pour l'.'in que je fus mis en sens, Retenez M et cinq cens; Je uous pris ostez <'n hnyt,

Mettez octobre le tiers iour Et prenez plaisir et seiour Tout ainsy comme il sVnsuvt.

Explicit.

Rien de plus facile que l'explication de ce quatrain, qui nous apprend que l'impression du Matheolus a été terminée le 3 octobre 1492.

4° La première partie d'un recueil très rare, dont le titre commence ainsi :

Sensieult une œuvre nouuelle, contenant plusieurs materes et premiers : l'an des Sept-Dames, etc. Petit in-4° goth., de 96 feuillets (pour cette première parti- . porte la souscription suivante, exprimant la date :

Trois et C. V. X. escriton, Crois le bien sy aras nombre bon, Tout motz retournez promptement, Vous sarez l'an incontinent.

Retournez ainsi la partie numérale du premier * X. V. C. et trois, vous aurez 1513, et non pas 1503, comme le dit l'abbé Gouget*. Le lieu d'impression de ce recueil est pareillement indiqué, d'une manière cinématique, au verso du dernier feuillet; c'est une gravure en bois représentant un château, au liant duquel sont un aigle, deux bannières aux armes de Boni "gof

* Cf. Bibliothèque fran<yii.«\ t. XI, p. kJS des additioi (directions, au commencement du volum«>.

©ibltacû (£onco2dantii0 Oetens er'Roiii teltomên

Sanctuslkieronimus interpieè bibtic

Simacbue lafcg 2Tbcodorton ' vcl rcpruaginra:

Sddo aqiulûm.cf cjuorâ nota (ara patent. finoe per jb bcb:ao ad gwoe i Pvinde larîc*J

AMm m^aufr.ftcrap; c^na Irgf cft £cn ffdunrrrobi0.mcnd«(feinrcrpfcro[o

a0ib!iaabbeb;co fonte Ifatinafluir.

jConttgir bine rrirgip. rot mô fecula ifolum:

(Dicrcn rm û .a eu ncros (aude p:arc viroe

Fig. 152. — Exemple d'une Bible dont le lieu d'impression et la date sont mentionnés à la fin. (Voir au verso fig. 153 et les figures 125 et 125*.)

finit tftiblfe eu cocozdStijet vc tais i riqui tdtameri. argenrt ne f pflu 3ftno Dfii ^cccçrem,

Fig. 153. — Achevé d'imprimer de la Bible dont le titre est reproduit

au verso. (Voir fig. 152.)

Voir aussi les figures 125 et 125*.

et deux autres avec chacune une main, ce qui blasonne les armoiries de la ville d'Anvers et dénote que dans cette ville était le domicile de l'imprimeur. On présume que cet imprimeur est Gérard de Leeu, qui imprimait à Anvers vers la fin du xve siècle, ou bien son successeur; mais quel qu'il soit, l'auteur n'était pas content de lui, car, à la fin du volume, est un errata raisonné de 21 feuillets, annoncé ainsi sur le grand titre : et tout en la fin seront mises aulcunes corrections des faultes des impresseurs par ordre, car lecteur ne veut souffrir quon die qu'il aye fait le Hure ainsy quil est impressé chés eux, dont pora corrigier son Hure, sil lui plaist.

Ce volume, in-4° goth., est divisé en trois parties, dont nous ne citerons que la première, parce qu'elle est la seule qui ait rapport à notre travail ; la seconde a 108 feuillets; la troisième, 12, et l'errata, 21.

5° Voici enfin une date exprimée singulièrement; quoiqu'elle ne tienne pas à un livre, sa bizarrerie nous la fait mentionner ici :

Charles de Bovelles, chanoine de Saint-Quentin, au xvie siècle, a ainsi marqué la date de la construction de l'hôtel de ville de cette cité :

D'un mouton et de cinq chevaux Toutes les testes prendrez, Et à icelles sans nuls travaulx La queue d'un ueav joindrez, Et au bout vous ajouterez Tous les quatre pieds d'une chatte Rassemblez et vous apprendrez L'an de ma façon et ma date.

La tête du mot mouton est la lettre M ; les têtes des cinq chevaux donnent cinq C; la queue du veau est

un U, qu'alors on écrivait V; et les quatre pattes d'une chatte sont droites comme un I. Réunissant toutes ces lettres numérales, vous aurez M.CCCCC.V.IIII., qui font exactement 1500, date de la construction de l'Hôtel de Ville de Saint-Quentin. Toutes ces énigmes tiennent à la chronographie, elles révèlent des dates précises, et il est utile de pouvoir arriver à les comprendre.

La chronographie est la réunion de plusieurs mots qui forment un sens, dans lesquels les lettres numérales désignent la date d'un événement. Nous avons dit plus haut que les lettres numérales ou chiffres romains sont M, C, L, D, X, V et I : on les écrit ordinairement dans les chronogrammes en caractères plus gros que le reste du texte, et on classe les lettres selon l'ordre du nombre qu'elles signifient; ainsi dans ce vers phaleuque* :

stVLtVM est Difficiles habere nVgas.

On trouve VLVMDIICILV, qui, mis par ordre de nombre, donne MDCLLVWIII, c'est-à-dire : M mille, D cinq cents, G cent, L cinquante, L cinquante, ce qui fait cent pour les deux, V cinq, répété trois fois qui fait quinze, I un, répété trois fois fait trois. On a donc dans stultum est difficiles habere nugas, 1718. Desaccords a fait des recherches sur les chronogrammes : on les a employés, dit-il, de deux manières : la

* Le vers phaleuque, en usage chez les Grecs et les Latin composé, comme le saphique, de cinq pieds dont le spondée est le premier, le dactyle le second, et les trois autres sont réd comme dans celui-ci :

Numguam divitias Deos rogavi.

Ces sortes de vers conviennent ordinairement à l'épigramme. Phaleucus les inventa, et Catulle s'en est servi avec -

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE SIXIÈME. 217 première consistait à se servir simplement des lettres numérales pour marquer l'année d'un événement, après quoi chacun donnait à ces lettres le sens qu'il voulait, comme dans l'interprétation de ce nombre MCCCCLX, inscrit sur une table d'attente par Léon X, pour marquer l'année de son pontificat*; la seconde est celle qui est renfermée dans une sentence dont les lettres numérales marquent une année. Desaccords ne fait remonter les chronogrammes qu'aux derniers ducs de Bourgogne ; mais dans l'église de Saint-Pierre à Aire, on lisait sur un vitrail : bis septe M prœbendas, vbaLdVIne, dedisti; ce qui marque l'année 1062. Le D n'était point encore lettre numérale; il ne l'était point encore en 1465, ni môme en 1485. Le mot chronogramme vient de chronos qui signifie temps, et gramma, qui veut dire caractère, c'est-à-dire caractère qui indique le temps. La première fois que l'on s'est servi du mot chronographe employé dans ce sens, ce fut lors de l'élection d'Etienne, roi de Pologne, en 1574. Avant cette époque et même après, on appelait les chronogrammes ou chronographes, vers numéraux ou numéraires. Il y a une dissertation analytique sur les chronographes, imprimée à Bruxelles en 1718. Le mot chronographe pris adjectivement se donne à tout auteur qui a écrit sur la chronologie : Eratosthènes, Eusèbe, Syncelle, sont d'anciens chronographes ; Scaliger, Petau, etc. sont des savants chronographes. Les titres et les adresses bibliographiques demandent à être vérifiés

* Mulii Cardinales Cœci Crearunt Cœcum Leonem Decimum : interprétation peu flatteuse et que ne méritait point ce célèbre pontife, dont le nom est attaché à l'un des quatre beaux siècles littéraires. Il se fit donner la tiare en 1513, à l'âge de 56 ans.

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soigneusement ; la souscription placée à la fin des ouvrages des xve et xvic siècles manque souvent, est incomplète, ou il s'y est glissé des erreurs.

Enfin, lorsqu'il n'y a ni date, ni nom de ville ou d'imprimeur au bas du titre ou en colophon, on doit s'attacher d'abord à vérifier les caractères d'impression, à les comparer avec des ouvrages de même genre ; il faut encore examiner l'apparence du papier, le format du livre, la reliure si elle est restée dans son état primitif. De déductions en déductions, on peut arriver à définir une date ou un nom d'imprimeur; mais il ne faut jamais être affirmatif, les types, ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, ayant servi à tel imprimeur, ont pu être revendus et servir à nouveau.

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