‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile (volume 2)Chapitre 13 sur 53 · BIBLIOTHÈQUE <D'AMATEUR · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE <D'AMATEUR

*e mot Bibliothèque, formé de biblion, livre, etdetbêké, armoire, peut être pris dans plusieurs sens. Il signifie, soit une collection de livres rangés dans un ordre quelconque sur des tablettes ou rayons, à découvert ou enfermés dans des armoires à vitraux ou à grillages, soit un édifice construit pour recevoir une grande collection de livres, soit un recueil, un assemblage de livres, une compilation d'ouvrages traitant d'une même

matière ou formant un ensemble. Mais, selon le sens littéral du mot, Bibliothèque signifie un lieu destiné pour y mettre des livres, une salle plus ou moins vaste, avec des tablettes ou avec des armoires où les livres sont rangés sous différentes classes.

t Nous ne nous occuperons ici que du meuble à tablettes dans lequel sont rangés les livres d'une collection *, désigné aussi sous le nom de bibliothèque; plus loin, nous parlerons de la disposition du lieu où on doit garder les livres et quels doivent être l'ornement et la décoration que l'on doit y apporter.

C'est, enfin, la bibliothèque d'amateur que nous désignerons lorsque nous emploierons le mot Bibliothèque.

Nous n'entreprendrons pas l'histoire des bibliothèques particulières**, cela sortirait

* Les livres placés sans ordre, les uns après les autres, forment une collection et non pas une bibliothèque.

** Les bibliothèques particulières sont circonscrites par la fortune, le goût et les études de prédilection de ceux qui les forment.

du cadre que nous nous sommes tracé; mais, comme cette histoire des bibliothèques particulières doit intéresser nos lecteurs, il nous a paru utile d'en entreprendre la publication. Ce travail paraîtra par parties séparées, qui, réunies, formeront un tout.

Chaque partie formera un volume du format de celui des « Connaissances nécessaires à un Bibliophile » et aura environ 200 à 250 pages. Nous invitons instamment MM. les bibliothécaires et MM. les amateurs à nous transmettre des notes sur leurs bibliothèques et sur leurs collections particulières. Ces notes nous sont indispensables pour mener à bonne fin un travail qui ne pourra être utile qu'à la condition d'être exact. Le plan détaillé de cette publication , véritable monument élevé à la gloire du Livre, se trouve à la fin du présent ouvrage.

Une chose essentielle à considérer dans l'établissement d'une bibliothèque, ont dit Peignot, Caillot et Nodier, c'est son exposition et son emplacement; il est urgent de la mettre dans une salle qui se trouve

du côté du soleil levant \ l'aspect du midi favorisant la naissance et le développement des insectes, l'aspect du couchant rendant la bibliothèque humide et exposant les livres à la moisissure. L'humidité, en attaquant peu à peu les feuillets, finit par gâter le livre entièrement. Ce sont là de graves inconvénients qu'il faut éviter à tout prix.

Le local dans lequel on veut placer une bibliothèque doit jouir d'un beau jour, Être exempt de toute humidité et tenu très proprement. Il faut éviter que la bibliothèque soit exposée aux ardeurs du soleil et que le local dans lequel elle est placée soit voisin d'un réservoir. Un premier ou même un étage plus élevé est préférable à un rez-de-chaussée**.

On préserve une bibliothèque de l'hu-

* Vitruvius, chap. III, art. 2.

** Sur un exemplaire de Y c Amour des livres » (Vente Benzon, n° 3g8) se trouve le quatrain cidessous, autographe de Jules Janin :

« Pour peu qu'il soit tenu loin du chaud et du frais, Qu'on y porte une main blanche et respectueuse,

Que le lecteur soit calme et la lectrice heureuse

Un livre est un ami qui ne change jamais. »

midité, toujours à craindre en un certain temps de Tannée, en en garnissant le fond d'un bon parquet de lambris parfaitement joints; ensuite, en ayant soin de la tenir à une distance plus ou moins grande du mur, selon que ce mur est plus ou moins sec ; et, si Ton veut éviter toute crainte à cet égard, en faisant donner au mur deux ou trois couches à l'huile bouillante, ce qui l'empêche de suer.

Il faut donner de l'air à la pièce aussi souvent que le temps est beau, et alors ouvrir les battants de la bibliothèque pour que l'air puisse se renouveler ; mais il faut éviter de les laisser ouverts le soir, parce que les papillons pourraient s'y introduire et y déposer leurs œufs.

On doit épousseter les livres, les tablettes et la bibliothèque une fois par trimestre et chercher à garantir les livres de la poussière, parce que non-seulement elle ternit les reliures et enlève leur fraîcheur, mais encore elle favorise le développement des insectes. Il faut aussi battre les volumes une ou deux fois par an, en

les frappant fortement l'un contre l'autre, ensuite les essuyer avec un linge bien doux.

La conservation intérieure d'un livre demande encore un soin que, malheureusement, on néglige trop souvent. Après avoir pris un livre dans une bibliothèque, il ne faut pas l'ouvrir sans s'assurer que la tranche supérieure n'est pas couverte de poussière. Dans le cas contraire, si c'est un volume dont la tranche soit unie, l'essuyer avec un linge ou simplement souffler dessus ; si c'est un livre dont la tranche soit non rognée, la brosser avec une brosse un peu dure ; de cette façon, en ouvrant le volume, on n'a plus à craindre la poussière, qui, avant cette petite opération, aurait pu s'introduire dans l'intérieur du volume et le tacher.

Combien de prétendus bibliophiles emploient, pour s'assurer la possession d'un livre, même rare et précieux, des moyens dépourvus de tout bon sens. Nous avons vu, de nos yeux vu, des livres dont le titre et même plusieurs pages étaient

tachés par une abominable estampille (armes, inscriptions ou signature), le plus souvent faite avec une encre grasse ineffaçable ( parbleu ! ) , ou bien encore , au moyen d'un timbre sec. D'autres, et nous parlons encore de visu, ne se sont-ils pas avisés de salir leurs livres et d' affirmer leur goût en mettant sur le titre de ces malheureux bouquins, qui n'en peuvent mais, un cachet à la cire. Une estampille à l'encre grasse ou faite avec un timbre sec passe encore , mais , employer la cire à cacheter! mieux vaudrait que ces prétendus bibliophiles n'achetassent jamais de livres.

Autant l'estampille est utile pour une bibliothèque publique, autant elle doit être exclue de toute collection particulière. Les véritables amateurs n'ont-ils pas pour eux Yex-libris qui se colle au verso du premier plat de la reliure. Quoi de plus élégant que cette marque, et combien elle est preuve de haut goût ! Nous parlerons plus longuement de l'emploi de Yex-libris au chapitre de la reliure.

Peu de personnes savent tenir convenablement un livre et en avoir le soin qu'il serait à désirer. « C'est chose digne de pitié, s'écrie M. Darche, dans son Essai sur la lecture, de voir certains lecteurs tenir leur livre d'une main par le milieu ou le poser sur les genoux sans y toucher, quitte à le ramasser s'il vient à tomber, ou sur une table un peu trop malpropre, ou, ce qui abîme beaucoup le livre, le poser sur la table, avec l'un des coudes appuyé sur les feuillets d'un côté du livre et l'autre de l'autre côté : d'où il arrive que l'on fatigue beaucoup les reliures, si toutefois on n'en brise pas les ligatures !

« Tout livre, . . . dès qu'il est admis à notre intimité, a un droit acquis à notre estime, à notre affection et à notre respect. Or, ce n'est point estimer, ni affectionner, ni respecter un livre que de le tenir si mal.. . »

Richard de Bury, dans son Philobiblion, Tractatus pulcherrimus de amore librorum, dont M. H. Cocheris nous a donné une excellente traduction, avec des notes aussi intéressantes que nombreuses, s'emporte

avec plus d'indignation contre les étudiants sur les diverses négligences qu'ils pourraient toujours facilement éviter, et qui nuisent considérablement aux livres.

Il nous a paru curieux de reproduire ici ce passage, bien que nous nous adressions à des bibliophiles dignes de ce nom. Il y a là, dans cette diatribe, à prendre et à laisser. Nous suivons littéralement la traduction de M. Cocheris, faire mieux eût été impossible.

« D'abord qu'ils mettent (les étudiants) une sage mesure, en ouvrant ou en fermant les livres, afin que la lecture terminée, ils ne les rompent pas par une précipitation inconsidérée, et qu'ils ne les quittent point avant de remettre le fermoir qui leur est dû. Car il convient de conserver avec plus de soin un livre qu'un soulier.

« Il existe, en effet, une gente écolière fort mal élevée en général, et qui, si elle n'était pas retenue par les règlements des supérieurs, deviendrait bientôt fière de sa sotte ignorance. Ils agissent avec effronterie, sont gonflés d'orgueil et quoiqu'ils

soient inexpérimentés en tout, ils jugent de tout avec aplomb.

« Vous verrez peut être un jeune écervelé, flânant nonchalamment à l'étude, et tandis qu'il est transi par le froid de l'hiver, et que comprimé par la gelée son nez humide dégoutte, ne pas daigner s'essuyer avec son mouchoir avant d'avoir humecté de sa morve honteuse le livre qui est au-dessous de lui. Plût aux dieux qu'à la place de ce manuscrit on lui eût donné un tablier de savetier ! Il a un ongle de géant, parfumé d'une odeur puante, avec lequel il marque l'endroit d'un plaisant passage. Il distribue, à différentes places, une quantité innombrable de fétus avec les bouts en vue, de manière à ce que la paille lui rappelle ce que sa mémoire ne peut retenir. Ces fétus de paille que le ventre du livre ne digère pas et que personne ne retire, font sortir d'abord le livre de ses joints habituels, et ensuite, laissés avec insouciance dans l'oubli, finissent par se pourrir. Il n'est pas honteux de manger du fruit ou du fromage sur son livre ouvert et de promener mollement son verre tantôt sur

une page tantôt sur une autre, et, comme il n'a pas son aumônière à la main, il y laisse les restes de sels morceaux. Il ne cesse dans son bavardage continuel d'aboyer contre ses camarades et, tandis qu'il leur débite une foule de raisons vides de tout sens philosophique, il arrose de sa salive son livre ouvert sur ses genoux. Quoi de plus ! Aussitôt il appuie ses coudes sur le volume et, par une courte étude,* attire un long sommeil; enfin, pour réparer les plis qu'il vient de faire, il roule les marges des feuillets, au grand préjudice du livre.

« Mais la pluie cesse et déjà les fleurs apparaissent sur la terre; alors notre écolier, qui néglige beaucoup plus les livres qu'il ne les regarde, remplit son volume de violettes, de primevères, de roses et de feuilles; alors il se servira de ses mains moites et humides de sueur pour tourner les feuillets; alors il touchera de ses gants sales le blanc parchemin, et parcourra les lignes de chaque page avec son index recouvert d'un vieux cuir; alors en sentant le dard d'une puce qui le mord, il jettera au loin le livre sacré,

qui reste ouvert pendant un mois, et est ainsi tellement rempli de poussière qu'il n'obéit plus aux efforts de celui qui veut le fermer.

« Il y a aussi des jeunes gens impudents auxquels on devrait défendre spécialement de toucher aux livres, et qui, lorsqu'ils ont appris à faire des lettres ornées, commencent vite à devenir les glossateurs des magnifiques volumes que l'on veut bien leur communiquer, et où se voyait autrefois une grande marge autour du texte, on aperçoit un monstrueux alphabet ou toute autre frivolité qui se présente à leur imagination et que leur pinceau cynique a la hardiesse de reproduire. Là un latiniste, là un sophiste, ici quelques scribes ignorants font montre de l'aptitude de leur plume ,et c'est ainsi que nous voyons très fréquemment les plus beaux manuscrits perdre de leur valeur et de leur utilité.

« 11 y a également de certains voleurs qui mutilent considérablement les livres, et qui pour écrire leurs lettres, coupent les marges des feuillets en ne laissant que le

CONSERVATION ET ENTRETIEN DES LIVRES l3

texte, ils arrachent même les feuilles de garde pour en user ou en abuser. Ce genre de sacrilège devrait être défendu sous peine d'anathème.

ce Enfin, il sied à l'honnêteté des écoliers de se laver les mains en sortant du réfectoire, afin que leurs doigts graisseux ne tachent point le signet du livre ou le feuillet qu'ils tournent. De plus, que l'enfant larmoyant n'admire point les miniatures des lettres capitales, de peur qu'il ne pollue le parchemin de ses mains humides, car il touche de suite à ce qu'il voit.

« Qjie désormais les laïcs, qui regardent indifféremment un livre renversé comme s'il était ouvert devant eux dans son sens naturel, soient complètement indignes de tout commerce avec les livres. Que le clerc couvert de cendres, tout puant de son potau-feu, ait soin de ne pas toucher, sans s'être lavé, aux feuillets des livres ; mais que celui qui vit sans tache ait la garde des livres précieux*.

* Psaume xiv, 2.

« La propreté des mains , à moins qu'elles ne soient galeuses ou couvertes de pustules, convient aussi bien aux écoliers qu'aux livres. Toutes les fois que l'on remarque un défaut dans un livre, il faut y porter remède au plus tôt, car rien ne grandit plus vite qu'une déchirure, et la fracture qui est négligée un moment ne se répare dans la suite qu'avec dépens. »

Certes, ce que Richard de Bury disait des écoliers de son temps peut bien un peu s'appliquer à ceux du nôtre. Il y a là de bons conseils à l'usage de la gent écolière qui peuvent s'appliquer à plus d'un jeune bibliophile. Que celui qui est sans péché leur jette la première pierre...

Ecoutons encore Janin, l'écrivain à qui nous devons « l'Amour des livres », perle introuvable aujourd'hui.

« Nous avons naturellement en grande horreur et dans le plus profond mépris, disait-il, les bonnes gens qui vont disant :

« Ma foi ! que le livre soit riche ou pauvre, entier ou déchiré, qu'il ait appartenu à

CONSERVATION ET ENTRETIEN DES LIVRES l5

madame de Sévigné ou à Bélise; qu'il sente l'œillet ou le graillon, l'ambre des courtisanes ou le parfum léger de l'honnête femme, c'est toujours un livre... Et peu m'importe, après tout, qu'il vienne du Louvre ou du Pont-Neuf! » O l'exécrable opinion ! la monstruosité misérable ! Et quoi de plus bête, enfin, que ces façons de lire et d'agir? — Ça vous est égal, messieurs les lecteurs sans odorat, de tenir dans vos mains mal lavées un bouquin taché de lie, où la fille errante et le laquais fangeux ont laissé la trace ineffaçable de leurs doigts malpropres et de leur tête mal peignée ? Ça vous est égal de feuilleter une sentine et de respirer à chaque page une abominable exhalaison d'écurie ou de mauvais lieu ?

« Ces tristes messieurs et ces sottes femmes, les non difficiles, appellent « livre »

une loque infecte, un haillon qui n'a plus de nom dans aucune langue. Ah fi ! je ne voudrais pas lire dans ces pages souillées même les plus belles pages de l'esprit humain. Non! pas même Priam aux pieds

l6 CONNAISSANCES NÉCESSAIRES A UN BIBLIOPHILE

d'Achille et pleurant « sur les mains qui ont tué son fils », Euripide amenant Iphigénie à l'autel, Anacréon sous sa vigne ou le cyclope de Théocrite contemplant les flots de ton rivage, ô Sicile.

« Il n'y a rien de beau et de bon, rien d'héroïque et de grand dans un livre humilié, sali, plein de vilenies et d'immondices, voire dans quelqu'une de ces publications achetées par un idiot, doré sur tranche (on parle ici du livre et non pas de l'homme), ou toute autre impureté; et quiconque nous dira ce refrain bête : « Ça m'est égal ! » celui-là ne sait pas lire.

<r II n'a lu que des journaux de cabaret, des romans de cabinet de lecture ou l'histoire de Cartouche et de Mandrin.

« Demandez-lui en même temps si ça lui est égal de donner le bras à quelque femme suspecte, qui s'en va par la rue en traînant la savate, le jupon crotté et le nez au vent. Demandez-lui si ça lui est égal, à lui-même, une tache à son habit et des trous à ses bottes. Pourtant la honte est la même, et plus grande encore, à posséder

dans un coin de sa chambre un tas de protervies en guise de bibliothèque, dont le chiffonnier ne voudrait pas.

« Non, non, les honnêtes gens, les gens qui se respectent ne tomberont jamais dans la possession de ces livres crapuleux.

Ils les laisseront dans leur fange et dans leur abomination, non loin des cartonnages de ces bandits armés du ciseau, qui ont causé plus de dégâts que les ravageurs armés de la torche. — Un digne ami des livres respectera ses heures d'étude et de loisir ; il se croira tout simplement déshonoré de réunir tant de souillures, en de si tristes enveloppes, à toutes les fleurs du bel esprit. Il faut à l'homme sage et studieux un tome honorable et digne de sa louange. Il ne saurait s'accommoder de ces imprimeries bâtardes, où le hasard est le prote, où l'aventure est la brocheuse, où le relieur compte sur la marge, ajoutée au prix de son travail ; où rien ne tient, ni le papier, ni l'encre, et pas même le fil cousant l'un à l'autre ces feuillets où l'esprit

fait une tache, où le génie est un trou.

l8 CONNAISSANCES NÉCESSAIRES A UN BIBLIOPHILE

« Ces réimpressions de nos chefs-d'œuvre, pleines de fautes, disons mieux, pleines de crimes, il y a pourtant des gens qui les achètent et qui les font relier en basane par des cordonniers manques dont on fait des relieurs ! Ces livres ainsi bâtis, qui puent la colle et l'œuf pourri, que le ver dévore, et qui tournent au jaunâtre, grâce aux ingrédients de paille et de bois pourris par lesquels le chiffon de toile est remplacé,- ces misérables in-octavo, l'exécration du genre humain lettré, il y a cinquante imbéciles, cinquante ignorants, autant d'usuriers, plusieurs idiots, vingt repris de justice, et de graves filles de joie un peu lettrées, sans compter une douzaine de marquises de nouvelle édition, qui les enferment avec soin dans une bibliothèque richement sculptée.

« Elles ferment leur bibliothèque à la clef, et à double tour, comme si quelqu'un voulait leur dérober leur Voltaire en quatre-vingts volumes; leur Jean- Jacques Rousseau -Touquet, leur Buffon, leur d'Alembert, leur Biographie infamante,

CONSERVATION ET ENTRETIEN DES LIVRES ig

et le monceau de romans en vingt tomes illustrés par les illustrateurs du Juif-Errant ou de Crédit est mort ! — « C'est un ornement, disent-elles, une bibliothèque, et ça peut servir. » — Ça ne sert qu'à te déshonorer et à prouver que 'tu es un imbécile, ignorant et mauvais lecteur que tu es! »

Nous ne nous étendrons pas sur la forme et l'ornement que doit avoir une bibliothèque, c'est la fortune et surtout le goût du propriétaire qui doivent en décider. Nous ne ferons qu'indiquer les conditions essentielles nécessaires à la conservation des livres.

Pour la construction d'une bibliothèque destinée à recevoir des livres dits d'amateurs, il est urgent de prendre du bois de cèdre, du cyprès, du mahogon, de l'ébène, du sandal ou au moins du chtae tris sec et très sain. Les bois très compactes ou très fortement aromatisés sont ceux que les insectes ne parviennent pas à percer.

Les dimensions à observer en faisant

dresser les ais traversants, soutenus par des montants, et que Ton nomme tablettes de bibliothèque, dépendent du nombre des volumes, de la différence des formats et de la quantité des ouvrages de chaque format que devra contenir la bibliothèque.

En faisant supporter les tablettes par des crémaillères, on en peut varier la distance à volonté. Pour l'épaisseur des tablettes, il est bon d'observer quelle en est la longueur et quelle quantité de livres elles auront à supporter.

Une variation de formats offre un aspect agréable ; mais, pour éviter le désordre que pourrait occasionner un accroissement de livres et pour épargner l'espace, il est nécessaire surtout dans une bibliothèque d'amateur ( où il n'est pas de rigueur d'adopter la classification systématique ) de les placer d'après leurs formats :

i° Les in-folio dans les rayons inférieurs ;

2° Les in-4 au-dessus ;

3 Les in-8°, in- 18, in-32, etc., dans les rayons supérieurs.

. ISfc.

Les in-folio oblong se placent parmi les in-4 , les in-4 oblong se placent parmi les in-8°, le petit in-4 parmi les in-4 . Si plusieurs ouvrages sont reliés ensemble, on place le livre dans la classe où appartient celui qui se trouve le premier.

Lorsque, dans un volume quelconque, on fait intercaler du papier blanc plus grand que le texte, on place le livre d'après le format du papier intercalé; cependant on peut opérer très heureusement le rapprochement de certains livres d'un format différent sans être trop contraire. Mais alors, la grâce qui doit présider à cet arrangement ne s'enseigne pas; c'est, en un mot, quelque chose que l'on pratique d'instinct.

On doit avoir l'attention de laisser entre chaque rang de livres et la tablette supérieure un intervalle suffisant pour pouvoir tirer chaque volume sans difficulté; et il faut surtout ne pas trop serrer les livres, afin que l'air puisse circuler autour et que le frottement, en les tirant, n'altère pas l'éclat de la reliure.

« L'aspect d'une bibliothèque, a dit Tenant de Latour dans un ouvrage charmant, Mémoires d'un Bibliophile, saisit plus agréablement la vue par le mélange de vieux livres et de livres nouveaux que ne le ferait une réunion de livres entièrement neufs. Les vélins blancs font merveilleusement à côté des maroquins et des cuirs de Russie les mieux traités.

« Une reliure de Derome ou de Padeloup et de plus anciens qu'eux forme en même temps un agréable accord et un heureux contraste avec des reliures plus modernes.

« Enfin, l'élément extérieur d'une bibliothèque d'amateur, quelque austère qu'elle puisse être en elle-même, doit réunir les différentes conditions exigées dans tout ce qui est plus ou moins destiné à frapper les yeux; et, sans contredit, la première de toutes est une heureuse variété. »

Le meuble destiné à contenir des livres précieux doit répondre par son extérieur à leur magnificence. « Un tel meuble, dit Peignot, sera en bois précieux; sa forme joindra l'élégance à la solidité ; mais il ne faut

pas qu'il soit surchargé d'ornements trop saillants. Les portes, garnies de quatre glaces, seront travaillées si délicatement qu'elles ne masqueront pour ainsi dire pas la vue des livres; les deux glaces de chaque porte seront séparées par une baguette à coulisse en cuivre ou en acier.

Les tablettes devront être garnies de maroquin brun et la tranche apparente de ces tablettes ornée d'arabesques en or.

Cette garniture serait moins un objet de luxe qu'une précaution nécessaire pour garantir le bas de la reliure des livres, qui à la longue s'altère, étant frottée sur le bois toutes les fois qu'on déplace et qu'on replace un volume. Il serait également essentiel de faire couvrir en peau de couleur l'intérieur de ce petit meuble, c'està-dire le parquet vertical du fond, destiné à empêcher les livres de toucher le mur.

Cette précaution préserverait davantage les livres de la poussière et de l'humidité. »

Naudé, dans son <c Advis pour dresser une Bibliothèque », advis dans lequel nous ;>e trouvons que ce qui suit qui puisse être

utile aujourd'hui, donne une excellente description de la disposition d'une bibliothèque, en tant que local, et quels doivent être l'ornement et la décoration que Ton doit y apporter.

« Pour ce qui est donc de la situation et de la place où l'on doit bastir ou choisir un lieu propre pour une Bibliothèque, il semble que ce commun dire,

Carmina secessum scribentis et otia quœrunt,

nous doive obliger à le prendre dans une partie de la maison plus reculée du bruit et du tracas, non seulement de ceux de dehors, mais aussi de la famille et des domestiques, en l'éloignant des rues, de la cuisine, sale du commun, et lieux semblables, pour la mettre s'il est possible entre quelque grande cour et un beau jardin où elle ait son jour libre, ses veues bien estendues et agréables, son air pur, sans infection de marets, cloaques, fumiers, et toute la disposition de sonbastiment si bien conduite et ordonnée, qu'elle ne participe aucune disgrâce ou incommodité manifeste.

« Or, pour en venir à bout avec plus de plaisir et moins de peine, il sera toujours à propos de la placer dans des estages du milieu, afin que la fraischeur de la terre n'engendre point le remugle, qui est une certaine pourriture qui s'attache insensiblement aux livres ; et que les greniers et chambres d'en haut servent pour l'empescher d'estre aussi susceptible des intempéries de l'air, comme sont celles qui pour avoir leurs couvertures basses ressentent facilement l'incommodité des pluyes, neiges et grandes chaleurs. Ce que s'il n'est pas autrement facile d'observer, au moins faut-il prendre garde qu'elles soient élevées de la hauteur de quatre ou cinq degrez, comme j'ay remarqué que l'estoit l'Ambroisienne à Milan, et le plus haut exhaussées que l'on pourra, tant à raison de la beauté que pour obvier aux incommodités susdites : sinon le lieu se trouvant humide et mal situé, il faudra avoir recours ou à la natte, ou aux tapisseries pour garnir les murailles, et au poisle ou bien à la cheminée, dans laquelle on ne

bruslera que du bois qui fume peu pour l'eschauffer et desseicher pendant l'Hyver et les jours des autres saisons qui seront plus humides.

« Mais il semble que toutes ces difficultez et circonstances ne soient rien au prix de celles qu'il faut observer pour donner jour et percer bien à propos une Bibliothèque, tant à cause de l'importance qu'il y a qu'elle soit bien esclairée jusques à ses coins plus éloignez, qu'aussi pour la diverse nature des vents qui doivent y souffler d'ordinaire, et qui produisent des effects aussi différents que le sont leurs qualitez et les lieux par où ils passent. Sur quoy je dis que deux choses sont à observer : — la première, que les croisées et fenestres de la Bibliothèque (quand elle sera percée des deux costez) ne se regardent diamétralement, sinon celles qui donneront jour à quelque table ; d'autant que par ce moyen les jours ne s'esvanoûyssant au dehors, le lieu en demeure beaucoup mieux esclairé. — La seconde, que les principales ouvertures soit tous jours vers

l'Orient, tant à cause du jour que la Bibliothèque en pourra recevoir de bon matin, qu'à l'occasion des vents qui soufflent de ce costé, lesquels estans chauds et secs de leur nature rendent l'air grandement tempéré, fortifient les sens, subtilisent les humeurs, espurent les esprits, conservent nostre bonne disposition, corrigent la mauvaise, et pour dire en un mot sont très sains et salubres : où au contraire ceux qui soufflent du costé de l'Occident sont plus fascheux et nuisibles, et les Méridionaux plus dangereux que tous les autres,

parce qu'estans chauds et humides ils disposent toutes choses à pourriture, grossissent l'air, nourrissent les vers, engendrent la vermine, formentent et entretiennent les maladies, et nous disposent à en recevoir de nouvelles; aussi sont-ils appelez par Hippocrate, Austri auditum hebetantes, caliginosi, caput gravantes, pigri 9 dissolventes , parce qu'ils remplissent la teste de certaines vapeurs et humiditez qui espaississent les esprits, relaschent les nerfs, bouschent les conduits, offusquent les sens, et nous ren-

dent paresseux et presque inhabiles à toutes sortes d'actions. C'est pourquoy au défaut des premiers il faudra avoir recours à ceux qui soufflent du Septentrion, et qui par le moyen de leurs qualitez froide et seiche n'engendrent aucune humidité, et conservent assez bien les livres et papiers. .

« Pour l'ornement et la décoration que l'on y doit apporter, je passerais volontiers ce dernier poinct si je n'estois adverti par ce dire très-véritable de Typotius, Ignota populo est et mortua pêne ipsa virtus sine lenocinio *, de dire quelques mots en passant de la monstre extérieure et de l'ornement que l'on doit apporter à une Bibliothèque, puisque ce fard et cette décoration semblent nécessaires, veu que suivant le dire du mesme Autheur, Omnis apparutus bellicuSy omnes machina forenses, omnis denique suppellex domestica y ad ostentationem comparata sunt. Et dire vray, ce qui me fait plus facilement excuser la passion de

* Lib. Defama,

ceux qui recherchent aujourd'huy cette pompe avec beaucoup de frais et despences inutiles; c'est que les anciens y ont en* core esté moins retenus que nous : car si nous voulons en premier lieu considérer quelle estoit la structure et le bastiment de leurs Bibliothèques, Isidore nous apprendra * qu'elles estoient toutes quarrelées de marbre verd, et couvertes d'or par les lambris, Boèce que les murailles estoient revestues de verre et d'yvoire, Sénèque que les armoires et pulpitres estoient d'ébène et de cèdre. Si nous recherchons quelles pièces rares et exquises ils y mettoient, les deux Plines, Suétone, Martial et Vopiscus tesmoignent par toutes leurs œuvres qu'ils n'espargnoient ny or ny argent pour y mettre les images et statues représentées au vif de tous les galands hommes. Et finalement s'il est question de sçavoir quel estoit l'ornement de leurs volumes, Sénèque ne fait autre chose que reprendre le luxe et la trop grande despense qu'ils faisoient à les

* Apud Lipsum, Syntag. de Biblioth. cap. 9.

et 10.

3o CONNAISSANCES NÉCESSAIRES A UN BIBLIOPHILE

peindre, dorer, enluminer, et faire couvrir et relier avec toute sorte de bombance, mignardise et superfluité. Mais pour tirer quelque instruction de ces désordres, il nous faut eslire et trier de ces extrémitez ce qui est tellement requis à une Bibliothèque, qu'on ne puisse en aucune façon le négliger sans avarice, ou l'excéder sans prodigalité.

« Je dis, premièrement, qu'il n'est point besoin pour ce qui est des livres de faire une despence extraordinaire à leur relieure, estant plus à propos de réserver l'argent qu'on y despenseroit pour les avoir tous du volume plus grand et de la meilleure édition qui se pourra trouver ; si ce n'est qu'on • vueille pour contenter de quelque apparence les yeux des spectateurs, faire couvrir tous les dos de ceux qui seront reliez tant en bazane qu'en veau ou marroquin, de filets d'or et de quelques fleurons, avec le nom des Autheurs : pourquoy faire on aura recours au Doreur qui aura coustume de travailler pour la Bibliothèque, comme aussi au Relieur pour refaire les dos et couvertures escorchées, reprendre les tran-

CONSERVATION ET ENTRETIEN DES LIVRES 3l

chefils, accommoder les transpositions, recoler les cartes et figures, nettoyer les fueilles gastées, et bref entretenir tout en Testât nécessaire à l'ornement du lieu et à la conservation des volumes.

« H n'est point aussi question de rechercher et entasser dans une Bibliothèque toutes ces pièces et fragments des vieilles statues,

Et Curiosjam dimidios, hwneroque minorem Corvinum, et Galbam auriculis nasoque carentem ;

nous estant assez d'avoir des copies bien faictes et tirées de ceux qui ont esté les plus célèbres en la profession des Lettres, pour juger en un mesme temps de l'esprit des Autheurs par leurs livres, et de leur corps, figure et physiognomie par ces tableaux et images, lesquelles jointes aux discours que plusieurs ont fait de leur vie, servent à mon advis d'un puissant esguillon pour exciter une âme généreuse et bien-née à suivre leurs pistes, et à demeurer ferme et stable dans les airs et sentiers battus de quelque belle entreprise et résolution.

« Encore moins faut-il employer l'or à ses lambris, l'yvoire et le verre à ses parois, le cèdre à ses tablettes, et le marbre à ses fonds et planchers, puis que telle façon de paroistre n'est plus en usage, que les livres ne se mettent plus sur des pulpitres à la mode ancienne, mais sur des tablettes qui cachent toutes les murailles ; et qu'au lieu de telle dorure et paremens l'on peut faire vicarier les instruments de Mathématiques, Globes, Mappemonde, Sphères, Peintures, animaux, pierres, et autres curiositez tant de l'Art que de la Nature, qui s'amassent pour l'ordinaire de temps en temps et quasi sans rien mettre et desbourser.

« Finalement ce seroit une grande oubliance, si après avoir fourny une Bibliothèque de toutes ces choses, elle n'avoit point ses tablettes garnies de quelque petite serge, bougran ou canevas accommodé à l'ordinaire avec des clous dorez ou argentez, tant pour conserver les livres de la poudre, que pour donner une grâce nompareille à tout le lieu ; et aussi si elle ve-

noit à manquer et estre despourveuë de tables, tapis, sièges, espousettes, boules jaspées , conserves , horloges , plumes, papier, encre, canif, pouldre, aimanach, et autres petits meubles et instruments semblables, qui sont de si petite valleur et tellement nécessaires , qu'il n'y a point d'excuse capable de mettre à couvert ceux qui négligent d'en faire provision. »

La bibliothèque du bibliophile s'est transformée en salon, en cabinet , en armoire. Il faut à peine un meuble là où il fallait jadis une galerie ou plusieurs salles consacrées à la bibliothèque. Le livre étant devenu bijou , il suffit de le mettre dans un écrin.

Combien le bibliophile Jacob avait raison! En effet, le livre est devenu bijou; cette transformation témoigne du goût dé notre époque ; au plaisir de la lecture et de l'instruction se joint celui de la vue. Heureux les bibliophiles qui ont le moyen de pouvoir être en même temps un peu bibliomanes.

Ami lecteur, croyez-moi, il ne suffit pas

qu'un livre soit intéressant et instructif, pour plaire, il faut encore que son aspect soit agréable, il faut que le goût règne dans l'impression, dans la justification, il faut que le goût règne dans la reliure, il faut qu'il puisse vous plaire comme bijou en même temps que comme édition.

Ce n'est qu'à cette condition que vous aimerez véritablement les livres, que vous vous instruirez d'autant plus que vous vous instruirez avec plaisir.

Avoir soin de ses livres est preuve de savoir; il est impossible qu'un ignorant connaisse jamais la joie que l'on éprouve de lire un bon texte, bien imprimé, sur papier de luxe. Si vos occupations journalières ne vous laissent pas le temps nécessaire à la lecture, au lieu d'être un véritable bibliophile devenez amateur.

« Un amateur, a dit Boulard, est un homme instruit et studieux que son goût et sa fortune mettent à même d'acquérir une bibliothèque plus ou moins nombreuse, composée d'exemplaires plus ou moins pré-

deux, selon que ses moyens pécuniaires le lui permettent.

« Il est heureux pour les sciences et pour les arts qu'il se trouve de ces hommes riches qui se plaisent à rassembler les productions du génie, à veiller à leur conservation. »

Dans un ouvrage dont le succès ne s'est pas fait attendre*, L. Derome dit:

« Dans le mobilier de la société

cultivée, le livre tient la place d'honneur ; il est le symbole de la supériorité de l'homme et celui de la civilisation sur la barbarie... »

On peut aussi rapporter ici ce que disait Cicéron : « Les livres sont les meilleurs amis de l'homme instruit et studieux; ce sont ses compagnons en même temps que ses instruments de travail ; ils sont sa distraction, sa joie, sa passion, sa vie; sa bibliothèque est donc un paradis, un lieu de délices, d'effusion, de contemplation, c'est le tabernacle de ses pensées. »

* Le Luxe des Livres» — Paris, 1879, un volume in-i8, belle édition de bibliophile.

Certes , dans la masse des livres il y a un choix à faire. Il ne suffit pas qu'un homme ait le désir de former une bibliothèque, il faut encore qu'il prenne pour règle de conduite le bon goût et la prudence; il faut qu'il prenne garde de succomber à la tentation des prétendus bons marchés, c'est-à-dire de beaucoup de volumes pour très peu d'argent, enfin de ce qu'on appelle en terme de librairie des bouquins; à quelque prix qu'on les achète, ils sont toujours trop chers.

Achetez donc de bons et beaux livres, à la condition expresse d'en avoir soin :

sinon, contentez-vous d'acheter des ouvrages imprimés sur papier à chandelle; oubliez ce que vous venez de lire et ne continuez pas une lecture qui ne pourrait vous intéresser.

<DU FO<R€MoAT 'DES LIVRES

e n'est pas une chose aisée que la connaissance des formats; on a vu des hommes instruits commettre des erreurs en ce genre qui ont fait naître des discussions assez sérieuses sur l'existence d'un ouvrage dont le format avait été mal indiqué.

Nous ne parlerons point ici du format du livre des anciens, qui dépendait souvent de l'étendue et de la forme de la matière subjective de l'écriture. Nous n'entendons parler que du format des livres depuis l'invention de l'imprimerie.

Le format est la résultante du nombre de feuillets contenus dans chaque feuille imprimée et pliée, quelle que soit d'ailleurs sa dimension. Il tire son nom du nombre

de feuillets ou de la moitié du nombre de pages que renferme la feuille.

Il existe un grand nombre de formats dont il n'est pas facile à première vue de déterminer la dimension, l'imprimeur employant quelquefois un papier plus grand ou plus petit, et chaque format pouvant être en grand papier, en papier ordinaire ou en petit papier*; on peut prendre un in-folio pour un in-quarto, un in-douze pour un in-octavo y un in-dix-huit pour \min-dou%e y et réciproquement. L'in-octavo, par exemple, étant en petit papier, se confond aisément avec l'in-douze posé sur la même tablette; le grand in-octavo se confond avec le petit in-quarto, etc. Ces confusions ne sont point préjudiciables pour l'arrangements des livres sur les tablettes ; mais il en résulterait des erreurs bibliographiques graves si, sur un catalogue, on désignait un petit in-octavo sous le nom d'in-douze;

* Il est bon d'observer aussi que les imprimeurs impriment quelquefois par demi-feuille et qu'alors les signatures tombent dans Vin-octavo à la neuvième page, dans Vin-douçe à la treizième, dans Vin-seiçe à la dix-septième.

c'est alors créer des éditions qui n'ont jamais existé. Il y a aussi de petits formats qui offrent des doutes, alors il faut avoir recours, pour les éditions en papier vergé, aux pontuseaux * et aux vergeures** ; pour les éditions en papier vélin, aux réclames***

* Les pontuseaux sont des raies transparentes qui traversent entièrement le papier dans la distance de 12 à i5 lignes, ou de 27 à 33 traits selon la grandeur de la feuille; elles coupent, à angle droit, d'autres raies extrêmement rapprochées et moins sensibles que l'on nomme vergeures.

** Il y a même quelques éditions du xv« siècle dans lesquelles on n'aperçoit aucune trace de pontuseaux; ce papier ressemble presque à du papier vélin; mais on découvre des vergeures qui peuvent servir à faire connaître le format. Le meilleur moyen pour reconnaître le format avec ce papier consiste à chercher la marque de fabrique ou marque d*eau; si elle se trouve au milieu du feuillet, le volume est in-folio; si elle est au fond du volume, il est in-quarto; et, si elle est en haut du feuillet, il est in-octavo. Il y a des bibliophiles qui ont prétendu qu'on ne voyait pas de format in-octavo et au-dessous, avant 1480; ils se trompent, Peignot nous en indique deux : le Diurnale seu liber precum, Venetiis, 1480, in-24, sur vélin; et un Psalterium Davidis, imprimé par Jean de Westphalie, vers 1480.

* ¥¥ La réclame (un mot ou quelques syllabes d'un mot) se trouve placée à droite sous la dernière ligne d'une page verso (le verso est la page qui est

et aux signatures*; à leur inspection on reconnaîtra sur-le-champ le format le plus douteux.

Pour voir comment la feuille est pliée

à la gauche du lecteur, et le recto celle qui est à droite); ce mot ou ces quelques syllabes du mot sont les mêmes qu'on réitère au commencement de la page suivante, pour faire connaître l'ordre exact des pages et des feuillets. Cet usage, qui est devenu inutile depuis qu'on a adopté celui des folios, n'en a pas moins persisté fort longtemps dans la typographie. On en a fait même un abus. Le livre de Heinecke, par exemple, intitulé c Idée d'une collection d'estampes, etc. i, imprimé en Allemagne, en 1777, porte des réclames à toutes les pages, ce qui est absurde; car il ne pouvait y avoir erreur d'une page à l'autre du même feuillet. La réclame se place ordinairement à la fin de chaque feuille ou bien à la fin de chaque cahier, quand la feuille est partagée en plusieurs cahiers. Les réclames n'ont d'abord paru que dans le Confessionale sancti Antonini, Bononiae (sans nom d'imprimeur), 1472, in-4 . Magré de Marolles en avait vu dans le Tacite de Vindelin de Jean de Spire, qu'il croyait de 1468 ou 1469; mais Rive prouve que ce livre ne peut avoir été imprimé que vers la fin de 1472. On voit par là que dans les premiers temps de l'imprimerie il n'y avait pas de réclame; ensuite on les a beaucoup multipliées, maintenant elles ne sont plus guère en usage.

* On entend par signatures les signes particuliers qu'on emploie pour distinguer les différentes

dans chaque format, combien elle contient de pages, comment sont disposés les pontuseaux des différents formats, la manière de les faire connaître, nous allons exposer

feuilles dont se compose un ouvrage. Autrefois, on se servait des lettres de l'alphabet; mais, depuis longtemps, on ne se sert plus que des chiffres. Si, par exemple, on veut s'assurer qu'un volume est in-8°, on n'a qu'à regarder au bas de la 17 e page, on y trouvera B (si l'in-octavo est imprimé par demi-feuille, le B ou le chiffre 2 sera au bas de la 9» page); à la 33«, C; à la 49 e , D; etc. Si le volume est in-12, on trouve B au bas de la page 25, C à la page 49; D à la page 73, etc., parce que la feuille étant pliée en douze, ce qui forme 24 pages, il est naturel que la pagination de la seconde feuille commence par le nombre 25, et que le bas de la première page de cette feuille soit marqué de la lettre B ou du chiffre 2. On se sert aussi de signatures pour connaître l'ordre des cahiers et des pages qui les composent, surtout dans les petits formats au-dessous de l'in-12, où une feuille renferme plusieurs cahiers séparés et a plusieurs signatures. S'il y a plus de cahiers ou de feuilles que de lettres, on multiplie l'alphabet par minuscules ajoutées à la majuscule, autant de fois qu'il est nécessaire, c'est-à-dire qu'après la 23« feuille on recommence l'alphabet ou signature A a ; à la 47% on reprend le troisième alphabet ou signature A aa, et ainsi de suite. Il est reconnu que les signatures ont paru pour la première fois dans le Johan. Nyder prœceftorium divinœ le gis, Colonise, per Johan. Koelhof de Lu-

une table des dénominations de formats \ L'in-folio a la feuille pliée en 2, contient 4 pages, et ses pontuseaux sont perpendiculaires | .

L'in-4 a la feuille pliée en 4, contient 8 pages, et ses pontuseaux sont horizontaux — .

beck, 1742, in-fol. à deux colonnes. De nos jours la signature par lettre est abandonnée et on ne se sert plus que de chiffres.

* Dans la première période de l'imprimerie, les livres étaient de format in-folio, in-quarto, in* octavo et in-vingt-quatre ; mais ce ne fut que vers la fin du XV e siècle que Aide Manuce mit en vogue le format in-octavo. Au xvn« siècle, les Elzeviers publièrent leurs charmantes collections qui mirent en vogue les formats in-sei^e et in-vingtquatre. Au xvm« siècle, Vin-dou^e était fort commun. Aujourd'hi c'est l'in-octavo et Yin-dix-huit qui sont le plus en vogue. Vin-folio est à peu près abandonné, si ce n'est pour les atlas et quelques publications officielles. On n'imprime guère in-quarto que des dictionnaires, des recueils scientifiques cl autres ouvrages qui ne sont consultés que dans les bibliothèques. Quelques éditeurs ont imaginé de faire tirer le même ouvrage sur deux formats, in-octavo et in-dix-huit; dans ce cas, l'in-dix-huit a trop peu de marges. Les formats qui conviennent le mieux aux romans, aux publications intimes, sont Yin-dix-huit jésus et Vin-dix-huit carré.

L'in-8 a la feuille pliée en 8, contient ié pages, et ses pontuseaux sont perpendiculaires* | .

L'in-12 a la feuille pliée en 12, contient 24 pages, et ses pontuseaux sont horizontaux — .

L'in-ié a la feuille pliée en 16, contient 32 pages, et ses pontuseaux sont horizontaux — .

L'in-i8 a la feuille pliée en 18, contient 36 pages, et ses pontuseaux sont perpendiculaires | .

Uin-24 a la feuille pliée en 24, contient 48 pages, et ses pontuseaux sont perpendiculaires | ou horizontaux** — .

L'in-32 a la feuille pliée en 32, contient

* L'in-8° a, comme la plupart des autres formats, diverses dénominations qui proviennent de la grandeur du papier employé par l'imprimeur.

** Comme l'in-24 est quelquefois incertain, il faut, pour connaître au juste sa dénomination, ouvrir le livre entre les pages 48 et 49 ; si la réclame se trouve au bas de la page 48, et la signature au bas de la page 49, alors le format est in-24; mais si la réclame est au bas de la page 64, et la signature au bas de la page 65, le format est in-32.

64 pages, et ses pontuseaux sont perpendiculaires | .

L'in-36 a la feuille pliée en 36, contient 72 pages, et ses pontuseaux sont horizontaux — .

L'in-48 a la feuille pliée en 48, contient 96 pages, et ses pontuseaux sont horizontaux — .

L'in-64 a la feuille pliée en 64, contient 128 pages, et ses pontuseaux sont horizontaux — .

I/in-72 a la feuille pliée en 72, contient 144 pages, et ses pontuseaux sont perpendiculaires | .

L'in-96 a la feuille pliée en 96, contient 192 pages, et ses pontuseaux sont perpendiculaires | .

L'in-128 a la feuille pliée en 128, contient 256 pages, et ses pontuseaux sont perpendiculaires* | .

On voit par ce qui précède quelles sont les différentes sortes de formats: huit ont les pontuseaux perpendiculaires, et

* Le format in-128 était appelé pouce, on l'employait jadis pour de très petits almanachs.

six les ont horizontaux; on voit aussi le nombre de pages contenues à la feuille dans chaque format; alors, à l'inspection des signatures, il est facile de reconnaître toute espèce de format.

Les signatures alphabétiques ou les signatures en chiffres correspondant au nombre de pages que donne tel ou tel nombre de feuilles suivant le format, nous allons donner un tableau de leur correspondance dans les formats les plus usités.

Quand un ouvrage contient plusieurs tomes, le tome est répété à toutes les signatures.

Page 1