DES SOUSCRIPTIONS ET DE LA DATE I IO
à Paris, in-quarto, où on lit ces termes écrits en cette manière : Completus Parisus Anno Domini millesimo CCCC. vicensimo tertio. Amen,
Enfin, dit Namur, il n'est pas rare de trouver dans la souscription des livres des termes énigmatiques dont il faut deviner le sens. Les uns indiquent d'une manière précise l'année où l'ouvrage fut achevé *, d'autres donnent le nom de l'auteur d'une
* A la fin du Doctrinal du temps, par Pierre Michault, secrétaire de Charles, duc de Bourgogne, on lit le quatrain suivant, imprimé, dont nous suivons exactement l'orthographe :
« Vn trepier et quatre croissons « Par six croix auec sy nains faire « Vous feront estre congnoissans « Sans faillir de mon miliaire
« Cy fine le Doctrinal du temps présent c Imprime par Colard Mansion à Bruges. »
Suit le monogramme.
Le quatrain de cet ouvrage satirique, moral et allégorique, indique énigmatiquement, d'une manière précise, l'année où il fut achevé et non celle de l'impression, comme l'ont fort mal à propos prétendu plusieurs auteurs qui en ont voulu faire une édition de 1466. Par un trépied, Michault entend une M; par quatre croissants, quatre C; par six croix, six X; et par six nains, six I, formant ensemble M.GCCC.XXXXXX.IIIIII ( 1466).
manière énigmatique dans des vers, qui sont à la fin , intitulés : Die subscripeie.
Il y aurait beaucoup à écrire sur certaines éditions offrant des dates inintelligibles ou sur les dates inventées à plaisir; mais, comme Ta fait observer M. G. Brunet, c'est un chapitre qui rentre dans l'histoire des singularités typographiques, dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
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'DE Lot C0LLa4TI0!?Ç 'DES LIVRES
| l faut toujours que le libraire collationne les livres anciens et en fasse part à l'amateur.
Par la collation on s'assure que l'ouvrage est complet, et qu'il n'a ni taches, ni piqûres de vers, ni déchirures, enfin qu'il n'y existe aucune imperfection qui puisse en diminuer la valeur et autoriser à le rendre au vendeur. Il y a lieu d'examiner aussi s'il n'y a pas de feuilles déplacées, si toutes les gravures s'y trouvent, si les cartes et grandes feuilles sont collées avec onglet et pliées de manière que
Ton puisse les développer avec facilité, sans risquer de les déchirer.
La collation, avant la reliure comme après, est en outre une chose nécessaire à connaître; car elle donne la certitude qu'un ouvrage est complet et sans défaut.
Cette opération demande beaucoup d'application et une connaissance particulière des livres, surtout lorsqu'il s'agit des impressions des premiers temps de la typographie qui présentent de grandes difficultés; et qui, par leur ancienneté et leur rareté, exigent un examen plus scrupuleux.
Parmi les différentes manières de collationner un livre, la plus usitée est celle qui se fait par le moyen des chiffres placés en haut des pages*. Mais pour éviter une
* Selon La Sema Santander, les chiffres de pagination ne datent que de 1471, puisqu'ils se voient pour la première fois dans le Liber de remediis utriusque fortunce (non pas celui de Pétrarque, mais celui d'Adrien le Chartreux). Coloniœ, A m. Therhoernen, 1471, die octava Februari, in-4 . Depuis cette assertion, cet ouvrage n'a plus l'autorité pour les chiffres puisqu'on en a trouvé un autre* du même imprimeur publié
méprise on doit consulter la réclame*.
Pour ce genre de collationnement, on le fait plus commodément en mettant le livre à plat sur une table, et on se sert de la pointe d'une aiguille, d'un canif ou d'un poinçon. On tient la pointe de la main droite et le livre sous la gauche ; et, piquant légèrement le bout d'en bas d'une feuille, on lève chaque fois les feuillets de chaque
à Cologne en 1470 et intitulé Sertno prœdicabilis infesto prcesentationis beatissimœ Marice, Per impressionem multiplicatus , sub hoc cur rente anno M*CCC*LXXo, petit in-4» composé de 12 feuillets et de 27 lignes à la page.
* L'une et l'autre de ces deux méthodes ne sont pas toujours suffisantes pour s'assurer si un ouvrage qui a paru complet, Test réellement.
Dans un ouvrage de plusieurs tomes, dans l'inquarto, par exemple, la signature A ou 1 finit à la page 8, celle B ou 2 commence à la page g, et ainsi de suite jusqu'à la fin; or, la même signature porte aussi les mêmes chiffres de pagination dans les tomes suivants, et si, par hasard, un relieur a mis un cahier d'un tome dans un autre, et que ce soit la même lettre paraissant devoir occuper cette place, alors il devient difficile de collationner. Pour obvier à cet inconvénient, les imprimeurs contemporains ajoutent, vis-à-vis la signature de la feuille, le numéro du tome, si l'ouvrage est divisé en plusieurs tomes.
cahier qui portent des signatures, commençant par la lettre A ou le chiffre i.
Quand on ne voit plus de signature on tourne les feuillets, on renverse le cahier à gauche, mettant toujours la bonne lettre contre la table et la dernière page de la feuille à découvert. On fait la même opération sur la feuille suivante qui est signaturée B ou 2, et on continue ainsi jusqu'à la dernière feuille.
Si on veut faire le collationnement au moyen des chiffres qui se trouvent en haut des pages, on opère de même.
Cette façon de collationner un livre, au moyen d'une pointe quelconque, est très expéditive ; et, avec un peu d'habitude, on peut arriver au collationnement d'un ouvrage de plusieurs feuilles en quelques instants.
S'il est facile de colUtionner un livre qui possède tout ce qui peut en faciliter la collation, combien de difficultés ne rencontre -t- on pas dans celui qui date des premiers temps de l'imprimerie, puisqu'il est sans chiffre, signature et ré-
clame*. Cette difficulté est quelquefois telle qu'il n'est possible de s'assurer qu'un exemplaire est complet, qu'en le conférant avec un autre auquel on est certain que rien ne manque**.
Les ouvrages qui doivent être ornés de figures demandent d'autres connaissances et un autre genre de lumières et d'attention, parce que ces figures sont susceptibles de diverses modifications, soit quant au nombre , soit quant à la qualité.
Qjaant au nombre, parce qu'il serait possible
* On peut avoir recours, pour la collation de ces livres, au registre qui se trouve à la fin d'un grand nombre d'ouvrages du xv« siècle. Le registre (registrum chartarum) consistait à rappeler, dans une petite table, les premiers mots des feuilles. Malheureusement peu d'ouvrages pour lesquels avaient été imprimés ces registres les possèdent. Le feuillet sur lequel il était imprimé se trouvait à la fin du livre; et, une fois que le relieur s'en était servi, il était le plus souvent exposé à être déchiré. On vit le registre pour la première fois, dans le Cœsar de 146g.
** Cette ressource, lorsqu'il est encore possible de se la procurer, est infiniment précieuse; et il est bon de consulter en pareil cas les ouvrages de Maittaire, Panzer, La Sema, Hain, etc., sur les ouvrages des xv« et xvi e siècles.
qu'on en eût soustrait quelques-unes qui n'auraient paru qu'après l'ouvrage fait et livré ; quant à la qualité, parce qu'elle consiste dans des épreuves qui sont avant la lettre, sur chine ou sur autre papier, ou du moins en premières épreuves, avec les remarques qui servent à les faire connaître.
Il est donc nécessaire de connaître le nombre de figures qui enrichissent un ouvrage , ainsi que l'endroit où elles doivent être placées ; il faut les compter et surtout prendre garde qu'il s'en trouve quelqu'une répétée à la place de celle qui doit s'y trouver, ce qui arrive quelquefois*.
Ces figures peuvent encore être tirées en couleur, ou bien même coloriées, comme dans la plupart des ouvrages sur l'histoire naturelle : dans tous ces cas, il est néces-
* Par exemple : VOrlandofurioso adornato difig. di rameda Gir. Porro, de VArioste, Venetia, 1584, où la figure du 34° chant manque presque toujours; mais, pour masquer ce défaut, on a mis à sa place celle d'un autre chant. Dans d'autres ouvrages, il y a des figures qui doivent être doubles, ou, du moins, porter les remarques qui indiquent que ce sont des premières épreuves.
saire d'apporter beaucoup d'attention, afin de découvrir les supercheries qu'on aurait pu mettre en œuvre. Il faut examiner aussi si les figures sont d'une égale beauté et n'ont point été mélangées, ce qui ne pourrait former qu'un exemplaire médiocre.
Il y a des ouvrages composés de différentes pièces, de manière que chaque traité semble former un ouvrage seul et indépendant, parce que le chiffre du haut des pages et les signatures recommencent à chacun des traités ; ces ouvrages sont très difficiles à collationner, à moins qu'on ait des renseignements positifs sur l'ordre d'assemblage par rapport au temps où ils ont été composés ou aux matières dont ils traitent; ou, ce qui vaut mieux, un exemplaire complet du même livre*.
* Parmi ces ouvrages, on peut citer: Historiée sive synopsis methodicœ conchyliorum , quorum omnium pictura ad vivum delineata exhibetur, libri IV, cum appendicibus, auct, (Martinus) Lister. Londini, i685-ç,3, pet. in-fol. — Harmonie uni" verselle, contenant la théorie et la pratique de la musique, où il est traité de la nature des sons et des mouvements, des consonnances, des dissonnances, des genres, des modes, de la composition, de la
Il n'est pas très-aisé non plus de collatîonner les ouvrages de certains auteurs,
qui ont composé un grand nombre de pièces peu volumineuses sur diverses matières, lesquelles ont été imprimées à des époques éloignées l'une de l'autre*.
Une autre espèce d'ouvrages bien plus pénible à collationner est celle dans laquelle doivent se trouver des cartons**.
voix, des chants et de toutes sortes d'instruments harmoniques, par Marin Marsenne. Paris, Sébastien Cramoisy, ou Richard Charlemagne ou Pierre Baltard, 1 636-37, 2 tomes in-fol., fig., etc.
+ Tels sont ceux de Catharinot, de Bernard, de Bluet d'Arberes, qui prenait le titre de: Comte de Permission, et de quelques autres originaux ejusdem farina?, dont les productions sont difficiles à trouver complètes.
** Les cartons sont des feuillets qu'on veut substituer à quelques autres , soit en vue de remédier à quelques erreurs typographiques, trop considérables pour pouvoir être renvoyées à V errata qui se met à la fin de l'ouvrage, soit pour obéir aux exigences de la censure ou pour d'autres considérations analogues. D'autres cartons, au contraire, servent dans quelques ouvrages pour l'impression de passages libres, et qui ne se vendent que sous le manteau. Un travail intéressant a été publié sur les ouvrages à cartons. — Les livres cartonnés, par Philomneste Junior, petit in-8°.
H existe enfin d'autres ouvrages dont la collation présente de grandes difficultés ; ce sont ceux qui, étant terminés et n'ayant rien pour indiquer qu'ils doivent avoir une suite, passent néanmoins pour imparfaits lorsqu'on n'y a pas joint un traité, une dissertation ou quelques autres pièces données après coup et qu'on a l'habitude d'y joindre. Tels sont, par exemple, le Lib. V, qui est de serpentium natura; adjecta estadcalcem scorpionis insecti historia, qui est la suite de l'ouvrage de Cour. Gesnerus:
Historia animalium. Tigurini, Froschover, 155 1-87, in-fol. — La Dissertation historique sur quelques monnoyes de Charlemagne , de Louis le Débonnaire, etc., frappées dans Rome. Taris, J.-B. Coignard, 1689, in-4 , fig., qui doit être jointe au Traité historique des monnoyes de France, avec leurs figures, depuis le commencement de la monarchie jusqu'à présent, par Fr. le Blanc. Paris, ]. Boudot, 1690, in-4 , fig., etc *
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