IV. Arrivée des messagers ; leur demande
i5. Le doge de Venise, qui avait nom Henri Dandolo, et était très-sage et très-preux, les honora beaucoup, lui et les autres
I4« ~ 1 CDE omettent entr'au\ dcorie^. — > Vers la mi-février laoï.
1 5. — I CD, Anquins ; E , Hanquis ; Fj Hanguis ; les mêmes manuscrits , après avoir reproduit ces mauvaises leçons dans plusieurs paragraphes, finissent par appeler le doge de son véritable nom. B, Henri; je laisse Henrisau sujet, parce que la locution avoit à nom se prenait comme l'équivalent de dicebatur ou de cui nomen eraU Cest ainsi qu'au début de l'ouvrage on trouve qui ot nom Fotqnes, Forques ou Fauques, et non le régime Folcùn. — > CDE omettent et il, etc. On lit ensuite dans ces manuscrits vit et s*esmerveilla au lieu de virent , etc. F, molt volentiers les vit ; adont H baillèrent leur letres. Le reste du paragraphe est omis dans
les virent mult volentiers. Et quant il baillèrent les letres lor seignors^ si se merveillerent mult por quel afaire il erent venu en la terre. Les ^ letres erent de créance; et distrent li conte ' que autant les creist en comme lor cors^ et tenroient fait ce que ^ cist six feroient.
i6. Et li dux * lor respont : « Signor^ je ai veues vos letres; bien a avons queneu que vostre signor sont li plus haut home * qui soient « sanz corone; et il nos mandent que nos créons ce que vos nos « direz, et tenront ' ferm ce que vos ferez. Or dites ce que vos plaira \ »
17. Et li message respondirent : <c Sire, nos volons que vos aiez « vostre conseil; et devant vostre conseil nos vos dirons ce que nostre a seignor vos mandent, demain* se il vosplaist. » Et li duxlorrespondit que il lor requeroit respit al quart jor; et adonc aroit son conseil ensemble *, et porroient dire ce que il requeroient.
18. Il atendirent tresci que au quart * jor que il lor ot mis; il entrèrent el palais qui mult ère riches et biax, et troverent le duc et son conseil en une chambre; et distrent lor message en tel manière : <c Sire, nos somes à toi venu de par les hais * barons de France qui <c ont pris le sine de la croiz, por la honte Jesu-Crist vengier et « por Jérusalem reconquerre ', se Diex le vuelt sofinr. Et porceque il « sevent que nule genz nbnt si grant pooir d^aus aidier ^ con vos et la « vostre genz *, vos prient por Dieu • que vos aiez pitié de la terre d'ol- « tremer, et delà honte Jesu-Crist \ et que vos veuilliez mettre paine' a cornent il puissent avoir navie et çstoire *.
19 <c En quel manière? fait li dux \ — En totes les manières, <c font li message, que vos lor saurez loer ne conseiller que il faire ne « soffrir puissent. — Certes, fait li dux; grant chose nos ont*rett quise, et bien semble que il béent à hait afaire '; et nos vos en res-
ce manuscrit. — > A seul donne // conte. — < CDE, lor seingnours, car il tenroient fermement quanque,
t6. — 1 CDE, Anquinâ li dus. — * C omet honte, — > ABDE, et tenons ou taignons. — « CDE plaist.
17. — 1 DE, demain soit; F, soit à demain; Comei demain, — *, B, etc., assemblé.
DEMANDE DES MESSAGERS. l3
gens;, et il les vit très-volontiers. Et quand les messagers baillèrent les lettres de leurs seigneurs^ il s^étonna bien pour quelle afCoire ils étaient venus en la terre. Les lettres étaient de créance; et les comtes disaient qu^on les crût autant qu'eux en personne^ et quHls tiendraient pour fait ce que les six messagers feraient.
i6. Et le doge leur répond : « Seigneurs, j'ai vu vos lettres; a nous avons bien reconnu que vos seigneurs sont les plus hauts « hommes qui soient sans couronne ; et ils nous mandent que nous « croyions ce que vous nous direz , et qu'ils tiendront fermement « ce que vous ferez. Or donc dites ce qu'il vous plaira. »
17. Et les messagers répondirent : « Sire, nous voulons que vous « ayez votre conseil ; et devant votre conseil nous vous dirons ce que <c nos seigneurs vous mandent , demain s'il vous plaît. » Et le doge leur répond qu'il leur demandait répit à quatre jours; et qu'alors il aurait assemblé son conseil, et qu'ils pourraient dire ce qu'ils requéraient.
18. Ils attendirent jusqu'au quatrième jour qu'il leur avait fixé ; ils entrèrent au palais, qui était bien riche et beau , et trouvèrent le doge et son conseil en une chambre, et dirent leur message en cette manière : « Sire, nous sommes venus à toi de la part des «c hauts barons de France qui ont pris le signe de la croix pour « venger la honte de Jésus-Christ et reconquérir Jérusalem, si Dieu <t le veut souftrir. Et parce qu'ils savent que nulles gens n'ont aussi « grant pouvoir de les aider que vous et vos gens, ils vous prient que « pour Dieu vous ayez pitié de la Terre d'outre-mer et de la honte « de Jésus-Christ, et que vous vouliez travailler à ce qu'ils puissent « avoir navires de transport c!t de guerre. »
ig. <c En quelle manière ? fait le doge. — En toutes les manières, « font les messagers, que vous leur saurez proposer ou conseiller, « pourvu qu'ils le puissent faire ou supporter. — Certes, fait le doge, « c'est une grande chose qu'ils nous ont requise , et il semble bien
18. — » A, tresci quan, — > A seul donne hais, —'A, conquerre. — * F, pooir par mer^ en ometttnt, comme AB, d'aus aidier, ^ & CDE, li vostres, — • CDE omettent por Dieu. — ' A ajoute vengier, — * AB omettent et que vovSj etc. — > * CDEF omettent et ertoire.
19. — « CDEF omettent'^ quel manière, fait li dux. — * CDE, nous âve^. —'CDE, à faire gramt chose.
<c pondrons d'ui à huit jorz. Et ne vos menreilliez mie se li termes est « lons^ qoar il covient mult penser à si grant chose. »
20. Al terme * que 11 dux lor mist^ il revindrent el palais. Totes les paroles qui là furent dites et retraites ne vos puis mie reconter.; mais la fins dou parlement * fu tels : « Seignor^ fait li dux^ nos vos dirons «c ce que nos avons pris à conseil % se nos i poons mètre nostre grant «c conseil et le commun de la terre que il Totroit ; et vos vos conseillea roiz si vos le porroiz * faire ne soffrir.
2 1 • tt Nos ferons vuissiers * à passer quatre mille et cinc cenz chea vaus^ et nuef mille escuiers; et es nés quatre mille et dnc cenz che- (c valiers et vint mille sergenz à pié *. Et à toz ces chevaus et ces genz a iert telx la convenance que il porteront viande à nuef mois. Tant (c vos feromes al mains *, en tel forme que on donra por le cheval <c quatre mars^ et por Tome deus.
22. <c Et totes ces convenances que nos vos devisons*^ vos tendron* a par un an^ dès le jor que nos départirons del port de Venise à faire a le servise Dieu et la crestienté *, en quelque leu que ce soit. La «c somme de cest avoir qui ci est devant nomez^ si monte ^ quatre- vint- « cinc mille * mars.
23. (C Et tant feromes nos plus * que nos meteromes cinquante.* a galées armées por Tamor de Dieu '^ par tel convenance que^ tant « con nostre compaignie durra^ de totes conquestes que nos ferons ^ tt de terre ne d^avoir*^^ par mer ou par terre^ la moitié en aurons^ et a vos l'autre. Or si vos conseilliez^ se vos le porroiz faire ne soffrir •. »
30. ^ 1 A, li termes, ^^^K^ ae la parole, — * CDE , avons apris, ~~ * CDE, nous vous conseillerons se nous le poriemes « ou vous le porie\,
21. — 1 B , etc., vaissiaus ; il faut uissiers ou imissiers , c'ett-à-dire des Taisseaux à porte ou à huis; cette ouverture, à laquelle pouvait s'adapter un pont volant, donnait passage aux chevaux. — > F altère ces pombres; en outre, ce manuscrit, d*accord avec CDE, désigne les nefs comme devant servir au transport commun des chevaliers, des écuyers et des sergents. B omet es nés. — 3 CDE omettent al mains.
CONVENTIONS PROPOSÉES PAR LE DOGE. l5
« qu^ils visent à haute afTaire ; et nous vous en rendrons d^aujour- « d^hui en huit jours. Et ne vous étonnez pas si le terme est long ; « car il convient de beaucoup penser à si grande chose. »
. V. Conventions proposées par le doge.
20. Au terme que le doge leur fixa^ ils revinrent au palais. Toutes les paroles qui là furent dites et prononcées^ je ne puis pas vous les raconter ; mais la fin du parlement fut telle : « Seigneurs , « fait le doge^ nous vous dirons le parti que nous avons pris^ si nous « pouvons amener notre grand conseil et le commun du pays à Tocce troyer; et vous vous consulterez pour voir si vous le pourrez faire « ou soutenir.
2 1 • « Nous ferons des huissiers pour passer quatre mille et cinq cents « chevaux^ et neuf mille écuyers; et dans les nefs quatre mille cinq cents a chevaliers et vingt mille sergents à pied. Et pour tous ces chevaux « et ces gens la convention sera telle qu^ils porteront des vivres pour « neuf mois. Voilà ce que nous ferons au moins^ à condition qu'on <c donnera par cheval quatre marcs, et par homme deux.
22. « Et toutes ces conventions que nous vous expliquons^ nous « les tiendrons pendant un an à compter du jour que nous partirons « du pon de Venise^ pour faire le service de Dieu et de la chrétienté^ a en quelque lieu que ce soit. La somme de cette dépense qui est d- « devant indiquée , monte à quatre-vingt-^cinq mille marcs.
23. a Et voici ce que nous ferons de plus : nous ajouterons cin^ « quaJite galères armées pour Pamour de Dieu ; à condition que tant
« que notre société durera^ de toute conquête que nous ferons en "^ r .\ « terre ou en argent^ par mer ou par terre ^ nous en aurons la moitié « et vous Tautre. Or donc consultez-vous pour voir si vous le pouvez a faire et soutenir. »
a2. — I A, vos depom deinsotu. — > BCDE , et toute cette navie vous tenrons ; F, toute ceste uatne nos vos troverons, — * CDE, â la crestienté Dieu et as pèlerins. — < CDE, monte en le sowme. - * A, XCUIi mile.
a3. — * A, feromes al mains; B transporte plus après gâtées, — > CDEF, //> au Heu de L; G , et averoient U VenUsien L galles armées sans le coust ans barons.-^* CDE, pour Dieu. — ^ CDE, vomsfere^. — » A omet de terre ne d'avoir, — • CD, faire ne volés j BEF omettent ne soffrir^ taos y substituer ne volés.
l6 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.
24. Li message s'en vont^ et distrent que il parleroient ensemble^ et lor en respondront l'endemain '. Conseillierent soi et parièrent ensemble celé nuit % et si s^acorderent al faire ; et demain vindrent devant le duc et distrent : <c Sire^ nos somes prest d^aseuro: ceste con- « venance. » Et li dux dist quil' en parleroit à la soe gent^ et ce que il troveroit, il le lor feroit savoir.
25. Uendemain al tierz jor ^, manda li dux^ qui mult ère sages et proz \ son grant * conseil ; et li conseils ère de quarante homes des plus sages de la terre. Et il^ par son sens et par son engin *", que il avoit mult cler et mult bon *, les mist en ce que il le loerent et voltrent. Ensi les mist^ puis cent^ puis deux cenz^ puis mil^ tant que tuit le creanterent et loerent. Puis en assembla ensemble ' bien dix mil ^ en la chapele de Saint-Marc^ la plus bêle qui soit ; et si lor dist^ que il oïssent messe del Saint- Esperit, et priassent Dieu que il les conseillast de la requeste as messages que il lor avoient faite. Et il si firent mult volontiers •.
26. Quant la messe fu dite^ li dux manda aus messages^ que ^ il requeissent à tôt le pueple humblement que il volaissent que cde convenance fust faite. Li message vindrent el mosder. Mult furent esgardé de maintes genz qui * nés avoient aine mais veuz.
27. Jofrois de Vile-Har^kun li mareschaus de Champa^e moustjfdL la parole par Pao^t * et par la volenté as autres messages^ et lor dist : « Seignor^ li barcm de France li plus hait et li plus poesteif * nos tt ont à vos envolez ; si vos crient merci^ que il vos preigne pitié de ' « Jérusalem qui est en servage de Turs, que vos por Dieu voilliez « lor compaignier ^ à la honte Jesu-Crist vengier. Et por ce vos i ont
24. — 1 BCDE , parleront Vendemam à iaus. — * A seul donne ctU nuit. — * ▲, c'il.
35. — * CDEF omettent al tier\jor, — >CDEF omettent et pro\, — > CDE omettent grant-, B abrège toute la phrase. — ^ A , par son sens et engin, en omettant et il. — & Au lieu de et il par son sens, etc. CDE répètent ici, li dus qui moH estait sages, en ajoutant et bien emparlés. — • BCEDF omettent ensemble» — 'CDE, puis deus cens, tant qu'il en asambla bien mil. Voici le passage correspondant du ms. G : Lidus, qui grant talent avoit d'avancier la besoingne Nostre Seigneur, manda jusques à quarante des plus prodommes de la terre. Si parla tant à eus que il