RÉPIT ACCORDÉ AUX PÈLERINS
rannée se séparât pour aller chacun en son pays. Et Tautre parti dit : « Nous aimons mieux mettre tout notre avoir, et aller pauvres en « Tannée, que de la voir se séparer et faillir ; car Dieu nous le rendra « bien quand il lui plaira. »
6i. Alors le comte de Flandre commence à bailler tout ce quMl avait et tout ce qu^il put emprunter, et le comte Louis de même, et le marquis et le comte de Saint-Paul , et ceux qui se tenaient à leur parti. Alors vous eussiez pu voir tant de belle vaisselle d'or çt d'argent portée à Phôtel du doge pour faire le payement. Et quand ils eurent payé, il manqua à la somme convenue trente-quatre mille marcs d'argent ; et ils en furent bien joyeux ceux qui avaient gardé leur avoir, et n'y voulurent rien mettre; car ils pensèrent bien alors que l'armée allait faillir et se disperser. Mais Dieu , qui conseille les abandonnés, ne le voulut pas souffrir ainsi.
XIII. Les croisés obtiennent un répit en promettant d'aider les Vénitiens
a recouvrer JadreSé
62. Alors le doge parla à ses gens, et leur dit : <c Seigneurs, ces gens « ne peuvent payer davantage; et tout ce qu'ils nous ont payé nous « l'avons tout gagné à cause de la convention qu'ils ne nous peuvent « tenir. Mais notre droit ne serait pas reconnu partout , et nous en « recevrions grand blâme nous et notre pays. Demandons-leur donc a un accord.
63. ce Le roi de Hongrienous enleva Jadres en Esclavonie, qui est « une des plus fortes cités du monde; et jamais, avec tout le pouvoir que a nous avons, elle ne sera recouvrée sinon par ces gens. Demandons- « leur qu'ils nous aident à la conquérir , et nous leur donnerons répit « pour les trente-quatre mille marcs d'argent qu'ils nous doivent, justf qu'à ce que Dieu nous les laisse gagner ensemble, nous et eux. »
63.-1 D, atahutre; E, attendre* — > A, conteni, — > A omet et nos.
63. — « D, qui soit el monde — »CDE, si lor prions, ou prions leur — » A , XXX, M. — * CDEF omettent que il nos doivent, — * F^jusqves à tant que Nostre Sires le nos consentira à con^ querre avec eus ensemble.
contraliez de cels qui volsissent que l'os se depardst ; mais totes- voies fu faiz li plaiz et otroiez.
64. Lors furent assemblé à un dimanche à Tiglise Saint-Marc. Si ère une mult grans feste ' ; et i fu li pueples de la terre, et li plus des barons * et des pèlerins.
65. Devant ce que la granz messe commençast, li * dux de Venise, qui avoit nom Henris Dandole, monta el leteril , et parla al pueple et lor dist : « Seignor, acompaignié estes à la meilor gent dou monde « et por le plus hait afaire que onques genz entrepreissent ' ; et je sui <c vialz hom et febles, et auroie mestier de repos, et maaigniez sui de « mon cors; mais je voi que nus ne vos sauroit si govemer et si maistrer c< com ge ', qui vostre sire sui. Se vos voliez otroier que je preisse le a signe de la croiz por vos garder et por vos enseignîer, et mes filz « remansist en mon leu et gardast la terre , je iroie vivre ou morir « avec vos et avec les pèlerins. »
66. Et quant cil Toirent *, si s'escrierent tuit * à une voiz : « Nos « vos proions por Dieu que vos Potroiez ' et que vos le façois, et que « vos en viegnez avec nos. »
67. Mult ot illuec grant pitié del pueple de la terre et des pèlerins, et mainte lerme plorée, porce que cil prodom aust * si grant ochoison de remanoir; car viels hom ère ; et si avoit les iak en la teste biaus , et si n'en véoit gote; que perdue avoit la veue par une plaie qu'il ot el chief . Mult parpre ' de grant cuer. Ha ! cum mal le sembloient cil qui à autres porz estoient aie por eschiver • le péril !
68. Ensi avala le literil, et ala devant Tautel et se mist à genoilz mult plorant; et il li cousirent la croiz en un grant chapel de coton
64. — * A,., uue liemenche.,, une mult /este; B, lorsfuà un diemenche une moult grant feste de saint Marc ; CDE, chefu en un dimanche, etfu moult grant /este de monseignour saint March. On ne connttt pis de fSte de Mint Marc qui se célèbre en été. — > CDE, etifu liplus des barons de la terre.
LE DOGE SE CROISE. Sg
Jmtm
Ainsi fut requis cet accord. Il fut bien combattu de ceux qui eussent voulu que Tannée se séparât ; mais toutefois Paccord fut fait et octroyé.