‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 52 sur 309 · XXVII. Les croisés débarquent à Chalcédoine et à TEscutaire · texte numérisé non relu

XXVII. Les croisés débarquent à Chalcédoine et à TEscutaire

i32. Ils reposèrent ainsi cette nuit. Et au matin, le jour de la fête de monseigneur saint Jean- Baptiste en juin (24 juin i2o3), furent dressés les bannières et les gonfalons sur les châteaux des nefs , et les housses ôtées des écus, et les bords des nefs garnis. Chacun regardait ses armes, telles qu'il les devait avoir; car ils savent pour sûr que bientôt ils en auront besoin.

i33. Les mariniers lèvent les ancres, et laissent les voiles aller au vent; et Dieu leur donne bon vent tel qu'il leur fallait. Ils passent ainsi jusque par-devant Constantinople, si près des murs et des tours qu'on tira contre maintes de leurs nefs. Il y avait tant de gens sur les murs et sur les tours, qu'il semblait qu'il n'y en eût pas ailleurs.

1 34. Ainsi Dieu Notre-Seigneur leur fit-il changer le dessein qui fut pris la veille de tourner vers les îles , comme si chacun n'en eût jamais ouï parler. Et maintenant ils vont à la terre ferme aussi droit qu'ils peuvent; et ils prirent port devant un palais de l'empereur Alexis, en un lieu qui était appelé Chalcédoine; c'était en face de Constantinople, de l'autre côté du Bras, devers la Turquie. Ce palais

phrase il met laissent au présent, comme CE. — ' BCE ajoutent ici ensi s'en passent, et D, ensi fen passèrent^ mots qui ne devraient être, comme dans A, qu'en t€te de la phrase suivante. — 'BD. et (ou si] passèrent t mots que CE omettent ici; F confirme la leçon de A. — « CDE, de maintes de lor nefs i traisist on; F, qu*em peust trere desus et seur les tours. — * F abrège ainsi cette phrase : et sembloit qu^el monde n'eust gent se là non,

i34. — » B, destouma, — » CE omettent le conseil; DF omettent cette phrase. — » CD, ki ert ou estoit.

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delitables que unques oel peussent esgarder^ de toz les deliz que il co* vient à cors d'orne, que en maison de prince doit avoir.

i35. Et li conte et li baron descendirent à la terre, et se erbergierent * el palais et en la vile entor; et li plusor tendirent lor paveiUons. Lors furent li cheval trait fort des vissiers, et li chevalier et li serjant descendirent * à la terre à totes lor armes, si que il ne reinest es vaissiaus que ' li marinier. La contrée fu bêle et riche et planteurose de toz biens, et les moies* des blez (qui estoient messoné) parmi les champs * ; tant que chascuns en volt prendre si en prist *, con cil qui grant mestier en avoient \

1 36. Ensi sejomerent en cel palais Pendemain , et al tierz jor lor dona Diex bon vent ; et cil marinier resachent lor ancres et drecent lor voiles al vent. Ensi * s'en vont contremont * le Braz, bien une lieue * desor Constantinople, à un palais qui ère Pempereor Alexi , qui ère apelez l'Escutaire \ Enqui se ancreerent les nés et li vissier et totes les galies ; et la chevalerie qui ère erbergie el palais de Calcédoine, ala encoste • par terre.

iSy. Ensi se herbergîerent sor le Braiz Saint-Jorge, à l'Escutaire et contremont, * Tos des François. Et quant ce vit Temperere Alexis, si fist la soe ost issir de Costantinoble ; si se herberja sor l'autre rive, d'autre part, endroit als; si fist tendre ses paveiUons, por ce que cil ne peussent prendre terre par force sor lui. Ensi sejoma l'os des François par nuef jorz; et se pourchaça de viande cil qui * mestier en ot; et ce furent tuit cil de l'ost.

1 38. Dedenz cel sejor *, issi une compagnie de mult bone gent por

i35. — « C, 5e logierent, — » A, descent, — > C. e/ el navie remesent; D. si que el navie ne de" mourerent fors que. — « B, masses. — * K, el orenl des ble\ qui estoient demorés es mesons et es chans. — • D, si en ot cascuns tant comme il en vaut prendre; si en prisent. — ' Les mots suivants, omis plus haut dans B, s'y retrouvent ici : Car la contrée fu bêle et riche, et plenteureuse de tou^ biens.

LES CROISÉS VONT JUSQU'a l'eSCUTAIRE. 77

était un des plus beaux et des plus délicieux que jamais yeux eussent pu regarder , avec toutes les délices qui conviennent aux hommes , et qu'il doit y avoir en maison de prince.

i35. Et les comtes et les barons descendirent à terre ^ et se logèrent au palais et dans la ville à l'entour; et la plupart tendirent leurs pavillons. Alors les chevaux furent tirés hors des huissiers^ et les chevaliers et les sergents descendirent à terre avec leurs armes ^ en sorte qu'il ne resta sur les vaisseaux que les mariniers. La contrée était belle et riche et plantureuse en tous biens, et les blés (qui étaient moissonnés) en meules parmi les champs; tant que chacun en voulut prendre il en prit , comme gens qui en avaient grand besoin.

i36. Ils séjournèrent ainsi en ce palais le lendemain, et au troisième jour Dieu leur donna bon vent ; et les mariniers lèvent leurs ancres et dressent leurs voiles au vent. Ils s'en vont ainsi en contremont du Bras, bien une lieue au -dessus de Constantinople, jusqu'à un palais qui était à l'empereur Alexis, et qui était appelé TEscutaire. Là ancrèrent les nefs, les huissiers et toutes les galères ; et toute la chevalerie qui s'était logée au palais de Chalcédoine, alla le long du rivage par terre.

137. L'armée des Français se logea ainsi sur le Bras de Saint- Georges, à l'Escutaire et en contremont. Et quand l'empereur Alexis le vit , il fit sortir son armée de Constantinople ; et se logea sur l'autre rive, d'autre part, en face d'eux; et il fit tendre ses pavillons, pour qu'ils ne pussent prendre terre de force contre lui. L'armée des Français séjourna ainsi pendant neuf jours ; et ceux-là se procurèrent des vivres qui en avaient besoin ; et ce furent tous ceux de l'arméei

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