DÉPART DE SEPT MILLE PÈLERINS
et Milon le Brebant, et grand nombre d'autres bonnes gens, allèrent aux cinq nefs-, et ils les priaient avec gémissements et pleurs, qu'ils eussent merci et pitié de la chrétienté et de leurs seigneurs liges, qui avaient péri dans la bataille, et qu'ils demeurassent pour Dieu. Ils n'en voulurent ouïr nulle parole, mais partirent du port, et levèrent leurs voiles et s'en allèrent, ainsi que Dieu le voulut, en sorte qu'un vent les amena au port de Rodestoc; et ce fut le lendemain ( i 7 avril ) du jour qu'y étaient arrivés ceux qui étaient revenus de la déconfiture. '3y8. La prière que leur avaient faite ceux de Constantinople avec larmes et pleurs, cette prière leur firent aussi ceux de Rodestoc; et Geoffroi le maréchal leur dit (et ceux qui étaient à lui) qu'ils eussent merci et pitié de la terre, et qu'ils restassent; car jamais ils ne pourraient secourir une terre en si grand besoin. Ils répondirent qu'ils se consulteraient, et qu'ils leur répondraient le lendemain. Or oyez l'aventure qui advint la nuit en cette ville.
379. Il y avait un chevalier de la terre du comte Louis, qui avait nom Pierre de Frouville, qui était prisé et de grand nom. Et il se sauva la nuit, et laissa tout son harnais et ses gens, et se mit en la nef de Jean de Virsin, qui est en la terre du comte Louis de Blois et de Chartres. Et ceux des cinq nefs qui devaient répondre au matin à Geoffroi le maréchal et au doge de Venise, sitôt qu'ils virent le jour, ils levèrent leurs voiles, et s'en allèrent sans parler à personne. Ils en reçurent bien grand blâme dans le pays où ils allèrent et dans celui d'où ils partirent, et Pierre de Frouville plus grand que tous les autres. Et pour cela dit-on que bien mal fait, celui qui par peur de mort fait chose qui lui est reprochée à toujours.
L XXX VII. Rencontre de plusieurs corps décroisés; Henri, frère de Baudouin,
est nommé régent.
380. Maintenant nous ne vous en dirons pas plus de ceux-là, et
— 8 BCDE omettent qui est. etc. Ces mots se trouvent dans l'e'dition de Du Cange et dans A ; ce passage est altéré dans F : et se mist en /.i nef et Jehen de Yiestu, et s'en ala en la terre, etc.
— 4 BF, cueillirent ; CE. coulèrent ; D, levèrent. — s CDEF, dont il furent né. — 6 B, grant vilenie ; D, mal et vilenie ; C.disl on, lihonsfel moût mal. — ? CDE omettent por paor de mort. — M D. qui à deshounour li puet estre. — ;l F omet cette phrase.
VILLE-H VRDOrtK . III. — ZQ
Baudoin de Costantinoble, qui avoit l'Andremite guerpie que il avoit conquise, et iert passez à la cité d'Avie' et s'en venoit vers Andrcnople por Tempereor Baudoin son frère seccoure-. Et avec lui s'en estoient passé li Hermin de la terre, qui3 li avoient aidié vers les Grieux, bien'1 vint mil à totes lor famés et à toz lor enfanz; qu'il n'osoient remanoir el païs.
38 1 . Et lors li vint la novele, des Grex1 qui estoient eschapé de la desconfiture, que ses frères l'empereres Baudoins ère perduz, et li cuens Loe)rs, et li autre baron'-. Et puis revint novele de cels de Rodcstoc qui estoient eschapé; et li mandoient que il se hastast plus tost de venir à als. Et porce que il se volt haster por plus tost venir :;, si laissa les Hermins, qui estoient genz à pié, et avoient lor chars4 et lor famés et lor anfanz; et porce que il ne porent si tost venir, et que il cuida que il venissent bien seurement et que il n'eussent garde, si se herberja à un casai"' qui Cortacople ert apelez.
382. En icel jor méismes i vint1 Ansials de Corceles, li niés Jotlroi le mareschal, cui - il avoit envoie es parties de Macré et de Traïnople et de la Baie, devers une3 terre qui li estoit otroiée à avoir; et les gens qui estoient parti de Finepople, de Renier'1 de Trit, estoient ensemble o lui. En celé compaignie, avoit bien cent chevaliers de mult bone gent , et bien cinq cens serjanz à cheval , qui tuit s'en aloient à Andrenople por l'empereor Baudoin sccore.
383. Or lor vint une novele autressi cum à l'autre gént, que l'emperieres ère desconfiz et sa compaignie; et tornerent altressicon por venir à1 Rodestoc, et vindrent por herbergier à Cortacople, un casai où Henris li frères l'empereor Baudoin ère herbergiez. Et quant cil les virent venir, si corurent à lor armes; que il cuiderent que cil fuissient Grieu, et cil- recuiderent altressi d'aus. Et aprocha tant la chose3 que il s'cntreconurent; si virent mult volentiers li uns l'au-
3So. - i A omet que il avoit, etc. — - C. rescoure. — :1 A. passé li Hermins qui. — '■ F. et estoient bien.
38i. — l 11 s'agit sans doute de Grecs qui étaient restés alliés aux croises. — - C ajoute mort. — 3 F omet cl por ce ju<\ etc. ; A omet plus tost. — '■ CDEF omettent ior chars. — '■'• B. etc.. chastel, mais plus bas casai.