‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 202 sur 326 · VI. On marche contre l'ennemi · texte numérisé non relu

VI. On marche contre l'ennemi

52<S. Et pendant qu'ils parlaient ainsi, le maréchal de notre armée regarda par-dessous un village, et aperçut les gens de Burile qui venaient hurlant et aboyant, et faisant un si grand tumulte qu'ils pensaient bien tenir tête à nos fourrageurs. Geoffroi, qui était maréchal de notre armée, manda à l'empereur qu'il aurait la bataille contre Burile le traître, qui se faisait empereur contre Dieu et contre raison, et qu'il chevauchât. Et quand l'empereur ouït cette nouvelle, elle lui plut bien fort; car il était bien désireux d'avoir la bataille.

529. ce Beau Sire Dieu, dit-il, permettez qu'aujourd'hui nous nous « puissions venger des Blaqueset desComains, si tel est votre plaisir. » Alors il appela Pierre de Douai, et lui dit qu'il se confiait bien en lui, et que pour Dieu il ne s'éloignât pas, mais qu'il fût toujours près de lui en cette besogne pour garder son corps. « Car j'ai, dit-il, bien « grande joie de ce que je vois qu'ils attendent; car s'ils eussent fait « semblant de fuir, et que Burile eût voulu brûler le pays derrière lui, « sachez bien que je n'eusse eu nulle confiance en notre retour; mais « chacun de nous eût été perdu par vraie famine et par manque de « vivres. »

528. — 1 C. par devers un costal. — - C, molt grant tempeste. car.

529. — 1 F omet biata sire, etc.; D omet s'il vous vient a plaisir. — 2 C, s'eslongast. — 3 C, retour.

VILLE-HARDOUtN . III. — \\

530. AdontapielaGossiel leMoigne, Nicholon deByarch, Gadoul et Aalart ', et ne sai quans des autres, et lor dist : « Segneur, gardés- « vous bien ke nus de vous'2 ne se desrenge devant che ke jou le « commanderai. Vous véés bien^ ke che n'est mie geus d'enfant ne « solas'1; anchois est si5 crueus bataille et si morteus, ke se li uns de « nous tenoit l'autre, je ne quit mie ke il le rendist por cent mil be- « sans", ke il ne l'ochesist. — Sire, dist Pieres de Douay, k'alés-vous « chi plaidant? Aies avant hardiemenf, et bien saciez ke se mors ne « m'en7 destorne, vous ne serés hui devant moi le montant de quatre « pies8. )>

53 1 . Et quant li empereres oï chou , si se teut et ne dist plus à celé fois-, ains chevauça viers le gent Burille, dont il ot molt désiré le bataille. A1 celui matin, pour le douchour dou tans, chil oiselon cantoient clerement2, cascuns selonc se manière, et envoisiement:i. Dont Henris de Valenchienes dist bien4 et aferme ke onkes mais, à nul jor de se vie, n'avoit veu plus biel jour de celui.

532. K'i vaut alongemens? Les escieles s'entre-aprocierent par grant orguel et par grant ire. Or en soit en lor aïde ' li Sires por cui li nostre se metent en abandon. A tant es vous Burille venant o trentetrois mile homes dont il avoit ordenées trente-sis batailles. Et portoient uns glaives vers à uns Ions fiers de Bohaigne 2, et venoient par grant orguel, comme chil ki point ne prisoient nostre empereour ne son pooir, ains cuidoient prendre as mains l'empereour et tous chiaus ki o lui estoient.

533. Et li empereres fist chevaucier se gent, et lor dist ke or se contenist cascuns corne preudom ; car il véoient bien ke li besoins en estoit venus. Adont commanda ke on tenist Baiart priés de lui. Apriès che lâcha son hyaume, et fist porter devant lui l'ensegne emperial. Et lors s'aprocierent les batailles; et Pieres de Braiescuel et Nicholes de

53o. — i F, Gosse le Moine et Nicole de Mac, Cador et Alart. — - C omet de vous. — S Fajoutt espertement. — '■ C, ne de solaes. — » C, est avis de si. — ° C ajoute d'or. — ? D, ne l'en. — * C, ne serés ni quatre pies devant.

l'empereur exhorte ses GENS. 323

530. Alors il appela Gosseau le Moine, Nicolas de Béart, Gadoul et Alard, et je ne sais combien des autres, et leur dit : « Seigneurs, « gardez-vous bien que nul de vous n'attaque avant que je le com- « mande. Vous voyez bien que ce n'est pas jeu d'enfants ni divertisse- « ment; mais c'est une si cruelle bataille et si mortelle, que si l'un de « nous tenait l'autre, je ne pense pas qu'il le rendit pour cent mille « besans, plutôt que de l'occire. — Sire, dit Pierre de Douai, que ve- « nez- vous plaider? Allez de l'avant hardiment; et sachez bien que « si la mort ne m'en empêche, vous ne serez pas aujourd'hui en « avance sur moi de la valeur de quatre pieds. »

53 1 . Et quand l'empereur l'ouït, il se tut et n'en dit pas davantage cette fois; mais il chevaucha vers les gens de Burile, avec qui il avait bien désiré la bataille. Ce matin-là, pour la douceur du temps, les oiseaux chantaient clairement, chacun à sa manière, et joyeusement. C'est pourquoi Henri de Valenciennes dit bien et affirme que jamais, à aucun jour de sa vie, il n'avait vu plus beau jour que celui-là.

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