DISCOURS DE GEOFKROI LE MARÉCHAL
Mailly étaient à l'avant-garde avec Geoffroi le maréchal, et ils lui dirent qu'ils piqueraient en avant, eux et Milon le Brebant, et puis Guillaume du Perchoi et Liénard de Helesmes; et l'empereur veillerait sur ceux qui attaqueraient.
534. « Pour Dieu, seigneurs, dit Geoffroi, prenez garde que cette « attaque soit si bien soutenue, et si à point que nous n'en soyons « pas blâmés de nos ennemis ni raillés. Et celui qui fera ici mauvaise « contenance doit bien être banni de la gloire de Notre-Seigneur. « Pour Dieu, qu'il vous souvienne des anciens prud'hommes qui ont « été avant nous, qui sont encore cités dans les livres d'histoire. Et « sachez bien que celui qui mourra pour Dieu en cette besogne, son « âme ira toute glorieuse en paradis devant Dieu; et celui qui en ré- « chappera vivant, sera honoré tous les jours de sa vie et cité avec <c éloge après sa mort.
535. « Si nous croyons bien en Notre-Seigneur, le champ de ba- « taille sera nôtre. S'ils ont plus de gens que nous, que nous importe ? Ils ne valent rien. Ce qui les a aujourd'hui égarés, c'est que
« hier ils nous trouvèrent un peu fatigués. Or donc, seigneurs, pour « Dieu, n'attendons pas qu'ils nous attaquent les premiers. Car je sais « seulement, en fait de guerre, que quand on attaque ses ennemis « rudement et vivement tout d'abord, ils en sont plus faciles à dé- « confire et plus épouvantés. Et qui se ménagera maintenant en ce « besoin, que Dieu ne lui donne pas l'honneur de la gloire. »
536. Alors ils laissent les palefrois, et montent sur les destriers; et si désormais il ne tient aux gens de Burile, aujourd'hui le combat sera terrible et cruel, ainsi que vous le pourrez ouïr. Alors les corps de bataille s'approchent des deux côtés et chevauchent en bon ordre, et arrivent si près les uns des autres qu'ils se voient tout en plein. Le jour était beau ainsi que vous avez ouï, et les Blaques firent sonner leurs trompes; et le chapelain Philippe, qui tenait en main la croix de notre rédemption, commença alors à sermonner, et dit :
tant somes nous plus seur pous oes atendre. Dans F, aptes il ne valent riens, on lit : Celé parole les a si esjoïx que ce fu merveille. — 4 C, de cuer au cotnancier et radement. — •"» C ajoute ne joie.