CHRISTOPLE FERME SES PORTES
volonté, en homme qui n y entendait nulle malice. Mais le châtelain dit bien qu'il n'y mettrait pas les pieds-, au contraire, il fit commander à ses hommes qu'on n'apportât au camp rien dont homme ni bête pût vivre. Or vous pouvez ouïr le commencement de la trahison.
569. Et quand l'empereur vit qu'on tenait contre lui le château, s'il en fut triste et courroucé cela n'est pas à demander. Et néanmoins il fait défendre d'attaquer le château ; car s'il vit quelque peu, il désire bien s'en venger. Cette nuit l'empereur logea en bien grande souffrance hors de Christople. Et sachez bien qu'il ne tint pas au châtelain ni à ceux du château qu'il ne mourût cette nuit de faim et de froid et de misères. Et eux passèrent toute la nuit dans le château en grande joie et grands divertissements.
570. Et au matin, l'empereur partit de devant Christople, et chevaucha vers Salonique par le val de Philippe tout droit. Là est la Macédoine, dont Philippe fut roi ; et là naquit Alexandre, ainsi qu'on le trouve; et le roi Philippe fit appeler le val, d'après son nom, le val de Philippe ; et la cité de Macédoine est au-dessus. Et en ce val Pompée de Rome combattit contre Jules César, et Jules César y fut déconfit. Que vous dirais-je de plus ? L'empereur vint en cette terre comme en une terre qu'il pense avoir de droit-, mais le comte de Blans-Dras l'avait fait garnir contre lui.
571. L'empereur lui fit dire de venir lui parler; et il lui renvoya dire qu'il n'y viendrait pas, car les Lombards soutenaient bien qu'il ne devait en rien avoir part à la terre; et il n'y aura rien ainsi qu'ils disent. Et quand l'empereur l'ouït, il en fut bien triste. Alors vint la fête de Noël (25 .décembre 1207), et l'empereur séjourna à Vigneri. Là vint à l'empereur Guillaume de Blendel, en homme qui ne voulait pas se tenir du côté des Lombards, mais qui voulait en tout obéir à l'empereur comme à son vrai seigneur; car un homme, dit-on, qui manque à son seigneur dans le besoin, ne doit pas être entendu en
nike que on deroit de li tenir, et toute la terre que le marchis soloit tenir; et qui doit sans contredit entrer es viles et fortereces que li Lombart tenaient de son propre droit sans nul contredit. Voici la leçon de G : et manda te conte de Blandras qui estoit à Salenike que il renist contre lui-, li quens respondi que il n'iroit pas. ains fut bien garnir la vile contre Vempereour. 571. — 1 1). manda. — ? C, se atissent... doit. — 3 D, rois. — '■ D omet droit.
mes, un soir, encontre son frère, atout vint chevaliers ke l'empereres avoit envoies avoec Esclas.
572. Droit à Vigneri, si com je vous ai dit, tint li empereres se court au Noël. Trois jorsi sejorna; et quant che vint au quart, il s'en ala à le Gige, et puis s'en torna. Dontencontra il, celé matinée, Aubretin ki tout cel mauvais plait avoit basti '. Et lues ke2 li empereres le vit, si le salua, et Aubretins lui; et puis l'enclina, et non mie3 de cuer. Petit l'ot convoie, quant il retorna et vint à le Serre, et fist le castiel garnir por chou ke nus des homes l'empereour n'i peust entrer. Et puis s'ent vint à Salenyke, ù il basti un tel plait dont Lombart se repentirent en le tin.
5j3. Li empereres chevauça et passa un flun ' desous le Gige, et l'endemain en passa un autre plus grant. Dont jut le nuit en un bois, et l'endemain jut al Corthiac; chou est une riche abbeye de moines gris. Il fust paralés juskes à Salenyke s'il pevust; mais- li cuens des Blans-Dras l'ot faite fremer encontre lui, contre droit et contre raison ; et Aubretins rot tant fait as Lombars, k'il misent hors de le ville toz les François ki en garnison i estoient.
574. Et lors manda li empereres mon segneur Cuenon de Biethune, ke il avoit adiès trové sage ' chevalier et loial, et Pieron de Douay, et Nicholon de Mailli, et leur dist ke il alassent à Salenyke parler au conte des Blans-Dras et as autres 2 Lombars : « Et lor « montrés, dist-il, toute l'amisté ke vous pores de par nous; et lor « dites bien ke ilne me resoignent point, car je n'ai nule volenté3 ke « jou jà mal leur face tant ke jou puisse en avant; anchois lor voel « faire bien et hounour, s'il ne remaint en eus 4. »
575. A tant se partent chil de lui, et vienent à Salenyke droit devant
572. — 1 G, il encontra Aubertin qui sires estoit d'Estives, et se tenr. iu tout au conte de Blandras; il aloit à la Serre pour garnir contre l'empereour; car li q îens de Blandras et li Lombart avaient mande' le marchis Guillaume de Mon ferrât, et le volaient faire roi de Salenike. et déshériter leur petit seigneur, le fil le marchis. — 2 c. lors quant. — :1 C, mais cou ne fit mie.
SALONIQUE TIENT CONTRE L'EMPEREUR. -H'.i
cour de justice. Eustache, le frère de l'empereur, vint à Dragmes, un soir, à la rencontre de son frère, avec vingt chevaliers que l'empereur avait envoyés avec Esclas.
XV. L'empereur, arrive près de Salonique, envoie des messagers au comte Je Blans-Dras, régent du royaume.
572. Ce fut à Vigneri, ainsi que je vous ai dit, que l'empereur tint sa cour à Noël. Il y séjourna trois jours; et quand vint le quatrième, il alla à la Gige, et puis s'en retourna. Alors il rencontra, cette matinée, Aubertin qui avait bâti toute cette mauvaise affaire. Et dès que l'empereur le vit, il lui donna le salut, et Aubertin lui répondit; et puis s'inclina, mais non pas de cœur. Il l'avait peu accompagné, quand il retourna et vint à la Serre, et fit garnir le château pour que nul des hommes de l'empereur n'y pût entrer. Et puis il s'en vint à Salonique, où il bâtit une affaire telle que les Lombards s'en repentirent à la fin.
5 7 3. L'empereur chevaucha et passa un fleuve sous la Gige, et le lendemain il en passa un autre plus grand. Alors il coucha la nuit en un bois, et le lendemain il coucha au Corthiac; c'est une riche abbaye de moines gris. Il fût allé jusqu'à Salonique s'il eût pu ; mais le comte de Blans-Dras l'avait fait fermer contre lui, sans droit et sans raison; et Aubertin avait tant fait avec les Lombards, qu'ils mirent hors de la ville tous les Français qui y étaient en garnison.
574. Et alors l'empereur manda monseigneur Conon deBéthune, qu'il avait toujours trouvé sage chevalier et loyal , et Pierre de Douai et Nicolas de Mailly, et leur dit qu'ils allassent à Salonique parler au comte de Blans-Dras et aux autres Lombards : « Et leur montrez, « dit-il, toute l'amitié que vous pourrez de notre part; et leur dites « bien qu'ils ne me craignent pas, car je n'ai aucune volonté de leur « faire du mal, en tant que je le puisse dorénavant; je veux plutôt h leur faire bien et honneur, s'il ne tient à eux. »
?-5. Alors ils se séparent de lui, et viennent à Salonique droit de-