‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 232 sur 326 · DÉFAITE DES LOMBARDS A CHRISTOPLE · texte numérisé non relu

DÉFAITE DES LOMBARDS A CHRISTOPLE

prendre les bestiaux, et pour gâter et détruire les hameaux, et pour inquiéter nos gens. Alors ils coururent s'armer et montèrent à cheval, et les entourèrent près d'un détroit. Et quand les Lombards le virent, ils voulurent retourner, mais ils ne purent; car nos gens s'efforçaient de les approcher le plus qu'ils pouvaient, et de les entourer.

628. Et quand les Lombards virent cela, ils furent fort effrayés, parce qu'ils savaient que les Français ne les aimaient pas du tout. Ils ne désiraient pas beaucoup leur attaque, ou plutôt ils la craignaient. Néanmoins ils savaient bien qu'ils étaient bien plus nombreux que nos Français n'étaient; mais de ce qu'ils étaient venus si près d'eux, ils ne se tenaient pas pour sages. De voir qu'ils s'efforçaient de mener leurs bestiaux en Christople, cela rendait nos Français assez furieux et acharnés envers les Lombards. Ils se tenaient fort pour dupés, si les Lombardsemmenaient leurs bestiaux. Alors ils baissent les lances, et piquent les chevaux en s'écriant : Lombards! bannières déployées.

629. Quand les Lombards les voient, ils se mettent à fuir vers Christople le plus précipitamment qu'ils peuvent; et nos gens les suivent de si près, que peu s'en faut qu'ils ne les atteignent. Et néanmoins il y eut quelques Lombards qui eurent honte de ce qu'ils fuyaient; ils s'arrêtèrent donc, mais ils le firent bien à regret. Parce que les Lombards voient bien que de force il leur faut combattre, ils s'arrêtent au Val de Philippe; car autrement ils craignaient qu'en fuyant ils ne fussent occis. Les Français leur courent sus, les lances baissées, et chacun frappe le sien pour le terrasser s'il peut.

630. Baudouin de Sorel s'est adressé à Pierre Vent, et Pierre à lui. Ils brisent leurs lances l'un sur l'autre, mais ne se font pas d'autre mal, et ne bougent pas de leur selle. Alors ils passent outre pour fournir leur course; et quand Baudouin a repris sa course, il met la main à l'épée et court sus à Pierre Vent, et Pierre à lui. Ainsi commence la bataille entre eux deux. Et ils s'entre-frappent parmi les heaumes tant que tous les lacs sont découpés, et que l'un a arraché à l'autre le heaume de la tête.

629. — 1 C, virent cou. — 2 C,poi s'en faut. — 3 C, convient par fineforche.

630. — 1 F, pristrent lor lances par les teneoirs et les brisierent. — - C. se misent liors; F, se remuerait. — 3 D. ceurl ; CF. corl.

63 1 . Se il evust en Pieron Vent autant de loiauté comme il avoit de trahison, mervelleusement fesist à prisier d'armes. Bauduins de Soriel ne le va de riens espargnant ', ains le fiert de l'espée permi le coiffe de fier, si que li espée li coula juskes al tiest-, en tel manière ke se il ne se fust sousploiés desoz le cop, il evust esté mors3. Nonporquant li cos li coula sour le bras diestre, si ke poi s'en failli ke il ne li esloça 4, et ke il nel trebuça jus dou cheval. Et quant Pieres Vens vit ke Bauduins l'aloit si apriessant, si li rent s'espée et fianche prison à tenir.

632. Et nostre gens ont tant fait, par le divine soufranche de Nostre Segnour1, ke bien ont retenu la moitié2 de lor anemis. Et Mahius Bliaus a pris Raoul le castelain de Cristople, et si l'a fait loier sor un povre ronchin, les pies loiés par desous le ventre, au plus viument k'il peut. Et3 bien fu drois ke gueredons li fust rendus de le grant honte et de le grant vilonnie ke il fist à son segnor, quant il son castiel frema contre lui4. Ke vaut chou? Il l'enmainent en prison tout plaie et ensanglenté, et molt durement 5 esbahi de le grant honte ki l'atent 6, dont il jamais ne se verra descargié.

633. Molt se prouvèrent bien nostre gent à celé desconfiture, et grant hounour firent à lor contrée et à toz chiaus dont il estoient estrait. Ke vaut chou ? Lombart i furent desconfit, pris et loié, ensi comme vous avés oï. Jehans de Genlaing, ki fu frères Simon de Genlaing, Jakemes Bliaus, ki fu nés deviers Blavegnies, et tout li autre i firent si bien leur hounour comme aparant fu; cascuns i fu ou liu d'Olivier et de Rollant. Molt en i ot de pris1, et chil ki fuir porent s'enfuirent viers les montaignes por lor vies garantir ; et Grifon lor saillirent, si les prisent toz et les ochisent-.

634. Quant li cuens Biertoz sot ke li Lombart estoient ensi pris1,

63 1 . — 1 C, esparengant. — s CDE, tiès. — 3 C, mors sans doute. — 4 C, deslacha; D, eslossa; E, eslocha; F, brisa.

632. — 1 Domct* Nostre Segnour i F, par l'aide de Nostre Segneur. — 2 F.jusques à XX. —

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