‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 238 sur 326 · POURPARLERS AVEC LES LOMBARDS · texte numérisé non relu

POURPARLERS AVEC LES LOMBARDS

645. Alors il a ordonné sa garnison de la tour qui était sur la mer, et il y laissa Hugues Bliaud et autres chevaliers que je ne saurais nommer; après quoi il s'en retourna au Cytre. Alors il appela Eustache son frère et Anseau de Cayeux, et leur dit : « Seigneurs, vous « choisirez jusquesà trente hommes des plus prud'hommes que vous « pourrez trouver en cette armée; et puis allez-vous-en au val de la « Venisce, et passez la Closure avant que les Lombards l'aient gar- « nie, et gardez-la de près jusqu'à notre venue. » Et ils disent qu'ils feront volontiers son commandement; puis ils ont passé la Closure.

XXIX. L'empereur repousse les propositions des Lombards et se prépare

au combat.

646. Entre ces choses, les Lombards envoyèrent proposer à l'empereur une paix telle que je vous dirai ; et Robert de Mancicourt en fut le messager près de l'empereur, et dit : qu'il délivrât le comte de Blans-Dras, et le mît en possession de la régence du royaume de Salonique dont il l'avait dessaisi; et puis qu'il allât au Corthiac, et qu'eux iront là vers lui pour faire droit. « Or, bel ami, fait l'em- « pereur au messager, vous-même pouvez à présent bien savoir si « cette demande est juste, et s'il y a raison. Dieu me donne de vivre « tant, s'il lui plaît, que je puisse montrer ma pensée sur eux. »

647. Ce message fut apporté à l'empereur, ainsi que vous avez ouï, un jeudi saint; et le jour de Pâques (6 avril 1208), après dîner, l'empereur partit du Cytre avec son armée, et dit bien qu'il ne retournera plus en arrière, mais qu'il aura un peu sa volonté faite à l'égard des Lombards, qui lui ont fait tant d'ennuis. L'empereur passa donc la Closure tout au soir, et vint jusques à la Venisce, où il trouva ses gens en joie et en grande aise. Et les Lombards renvoyèrent là pour la proposition même que vous avez ouïe.

648. L'empereur voit bien que les Lombards le guettent seule-

le contede Blandras et remettre en la baillie duroiaume de Saleniquc en otel point que il en {l'en\ OSta, il iroient devant lui pour faire droit par le dit de Lombars et de François. De ce mant ot li empereres grand desdaing, et dist que, se Dieus plaisoil, encor averoit il raison d'eus. 647. — 1 C, Lombart. chargiet de tele parole à l'empereour corne devant avés oi.

VILLE-HARDOl'IN , 111. — 50

forspor lui dechevoir. Lors s'en vait viers le pont de Larse; et se logent à douze miles priés, car toutes voies oïst-il leur renonc ' volentiers. Car il avoit envoie un evesque et un viel 2 chevalier par lesquels il lor avoit mandé ke il feroit volentiers pais à aus, s'il offraient cose ù il i evust raison ; si k'il demorassent en le terre, et il lor donroit encore de le soie por acroistre le lor, mais k'il fussent si home, et k'il li fesissent houmage et seurté3. Et Lombart disent k'il n'en feraient riens; car il ont lor conestable '< en cui il ont toute lor esperanche 5.

649. Li message ke li empereres i avoit envoies revinrent à l'empereour, et li disent : « Sire, se vous volés ' avoir pais as Lombars, il « convient premièrement ke vous délivrés le conte de BJans-Dras, et ke « vous apriès le metés en posession de se baillie, et puis vous en aies « al Corthiac, et là vos venront-il faire droit, si avant comme il deve- « ront. Et s'il vous desplaità sejorner al Corthiac, retornésvous ent « en - Constantinoble , et là vos referont che meismes , par le los de « Lombars et de François. Et bien vous mandent 3 ke il ne vous en « responderont '' autre cose. »

650. Et quant li empereres ot le response ' des Lombars et le grant orguel, il fu si durement estains d'ire2 ke il ne desist un3 mot cui li donnast grant cose. Il séoit adont au mangier; et il se leva de le table 4 par si grant aïr, k'il trébucha par terre le maistre dois ù il séoit. Et dont jura ke, puiske Lombart ne voelent enviers lui faire pais ne acorde, ke il saura se Lombart aront pooir contre lui.

65 1. Adont commanda li empereres ke si tref fussent destendu -, car il vaurra, che dist, jesir au pont. Dont fait crier li empereres aval l'ost ke cascuns s'armast ' ; puis chevaucierent droit viers le pont de Larse. Li empereres fist ses batailles rengier et ordener, et se plainst des Lombars à toz ses chevaliers. Lors envoia chevaliers

(1 |S. 1 E, renom ,• F, renons; C. oroit i! volentiers lor rcnonchement. — - C, nouvel. — 3 c. feulé. — i Aimé Buffois. — s G. et pour ce que il avoit pou .le peut pour le pais défendre contre les Blas, rien vosist que li Lombart demourassent ou pais par si que il /vissent liers'lui comme à seignour. Pour ce envoia à eus savoir se on trouverait nulle pais raisonnable ; mais il ne vot (vorent) autre chose respondre que i! arment mandé.

l'empereur se prépare au combat. 3g5

ment pour le tromper. Alors il s'en va vers le pont de Larse, et on se loge à douze milles de là, car il eût toutefois ouï volontiers qu'ils renonçaient. Or il avait envoyé un évèque et un vieux chevalier par lesquels il leur avait mandé qu'il ferait volontiers la paix avec eux, s'ils offraient chose où il y eût raison ; de sorte qu'ils demeurassent en la terre, et que lui leur donnât encore de sa terre pour accroître la leur, pourvu qu'ils fussent ses hommes, et qu'ils lui fissent hommage et serment. Et les Lombards dirent qu'ils n'en feraient rien, car ils ont leur connétable en qui ils ont toute leur espérance.

649. Les messagers que l'empereur y avait envoyés revinrent à l'empereur, et lui dirent : « Sire, si vous voulez avoir la paix avec les « Lombards, il convient premièrement que vous délivriez le comte de « Blans-Dras, et après que vous le mettiez en possession de sa ré" « gence; et puis allez-vous-en au Corthiac, et là ils viendront vous « faire droit, autant qu'ils devront. Et s'il vous déplaît de séjourner « au Corthiac, retournez-vous-en à Constantinople, et là ils vous « feront la même chose, au dire de Lombards et Français. Et ils « vous mandent bien qu'ils ne vous en répondront pas autre chose. »

650. Et quand l'empereur ouït la réponse des Lombards et leur grand orgueil, il fut si rudement suffoqué de colère qu'il n'eût pas dit un mot à qui lui eût fait le plus grand don. Il était alors assis pour manger, et il se leva de table en si grande fureur, qu'il renversa par terre le beau siège où il était assis. Et alors il jura que, puisque les Lombards ne veulent faire avec lui paix ni accord, il saura si les Lombards auront la force contre lui.

65 1. Alors l'empereur commanda que ses tentes fussent étendues; car il voudra , dit-il , coucher au pont. L'empereur fit donc crier dans le camp que chacun s'armât; puis ils chevauchèrent droit vers le pont de Larse. L'empereur fit ranger et ordonner ses corps de bataille, et se plaignit des Lombards à tous ses chevaliers. Alors il envoya des

649. — 1 F, et li distrait que s'il velt, etc. Tout le discours est en style indirect dans ce manuscrit. — 2 C. retraiiés ariere en. — 3 C, mandent par nous. — 4 C, feront.

650. — ! C, oi le mandement. — 2 c, orguel gui fit en oes. fu si esmeus Sire et de rage. — 3 C. ni! tout seul. — 'C, s'en leva.

65 1. — 1 C.fust arme's et apareilliés.

3q6 HISTOIRE DE L'EMPEREUR HENRI.

avant por savoir se Lombart avoient le pont desfait, u se- il estoit3 entiers'1.

652. Si i fu envoies Guillaumes de Sains, et chil de Bielmés, et Gossiaus li Moines, Hernous de Vilers, Gautiers de le Rivière, Robiers de Bove; et che fu chil ki premiers passa1 le pont. Si i fu Aalars de Kieri, Guillaumes d'Arondiel et Raous ses compains, et uns chevaliers ki Pieres fu apielés, et iert de le maisnie Guillaume de Biaumés. Si y fu Gadous de Kieri, et Gilles de Brebiere, et Gerous de Levincourt2.

653. Lors vinrent nostre chevalier ' au pont, et arbalestrier - avoec els ke li empereres i avoit envoies. Et Nostre Sires lor aida tant ke il troverent le pont entir. Et Robiers de Bove se met sus premièrement, et li autre s'aroutent apriès. Dont voient3 descendre Lombars ki lor vienent à l'encontre; et li nostre, comme preu et hardi, les recuellent as glaives4. Là ne fu mie Gossiaus li Moines laniers, ains s'i maintint comme chevaliers preus et aidans-'; et sovent recouvroient entour lui si compaingnon.

654. Et saciés ke il en i ot des autres ki molt furent preudome de lor cors à celui besoing, si comme Guillaumes de Sains, Ernous de Vilers, Gautiers de le Rivière et Aalars de Kieri. Et tant fissent ' ke li pons fu détenus tant ke chil ki estoient arrière furent venu. Nostre gent passèrent le pont comme chil ki bien en conquisent l'entrée par lor proeches. Et si i ot un petit siérgant ke on apieloit Capitiel, ki molt s'i prova bien-; et le disent tout li nostre ke che fu uns de celski là fussent, ki mius le fist.

655. Nostre gens coitierent Lombars de si priés ke il les remisent par droite forche ' ou castiel, et conquisent tierre sur aus juskes à le maistre porte; et si abatirent de lor chevaliers et retinrent. Molt i ot

65 1. — - DE omettent se. — 3 C ajoute encore tous; F ajoute seulement encore. — 4 G. Li Lombart avoient leur tentes tendues entre le chastel et I. pont qui estait sur une grant eaue. Pour ce euvui.i li empereres une partie Je sa gent pour le pont saisir.

652. — 1 C. tous premiers passa outre. — - C, Lemicourt ou Leinicourt

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