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XXXVII. Soumission du comte de Blans-Dras

687. Quand l'empereur ouït ces nouvelles, il en eut bien grand ennui; et néanmoins il dit qu'il irait au-devant de Burile. Il fait donc mander sergents, chevaliers et arbalétriers, et fait convoquer toutes ses forces. Et le traître qui était comte de Blans-Dras mande à l'empereur qu'il est tout prêt à jurer sur reliques que jamais il ne lui sera contraire. A quoi bon ce discours? Il a tant fait que l'empereur a reçu son serment. Ainsi fit le comte de Blans-Dras sa paix, et il resta avec l'empereur comme régent.

688. Le comte de Blans-Dras est donc accordé avec l'empereur ainsi que vous avez ouï; et prétend bien qu'il l'aidera à déconfire les Blaques et les Comains; mais la félonie de son cœur pensait tout autrement. Néanmoins je ne vous en dirai pas plus de lui quant à présent; mais je parlerai de Michalis, qui fit tant près de l'empereur qu'il prit un parlement avec lui pour faire la paix.

vais. — :; C, que vous diroiejou? — *» G. a dont envoia liquens de Blandras à lui preudommes qui parlèrent de la pais, tant que au derrain fut faite en telle manière queli quens de Blandrasjura

que il serait loiaus de ce jour en avant à l'empereottr ; et H empereres en ressut le sairement.

688. — 1 C. tout autre chose.— - C ajoute le signour de Chorynte. — 3 C omet Jist tant. etc. — 4 C ajoute et bone concorde.

VILLE-HARDOUW , III. — 53

689. Michalis pristun parlement à l'empereour por pais faire1; et fu li lius2 noumés desoz Salenyke. Li empereres i vint, et se logea desoz les oliviers, puis apiela Cuenon de Biethune et Pieron de Douay, et lor dist : Segnor, on me fait entendant ke Michalis, contre cui « nos sommes chi venn à parlement, est mervelleusement trahitres et « faus, et agus de parler et trençans\ Jou ne doi mie ses dons co- « voitier, ne nul n'en covoite; car preudom ne doit covoitier cose ki « li tourt* àdeshonnour.

690. « Or vous dirai ke vous ferés '. Vous irés à lui et li dires de « me part ke se il mes hom veut estre, en tel manière ke il toute se « tierre voelle tenir de moi et toz ses tenemens, jou li ferai autant « d'onnour comme jou feroieàmon frere!proprement3; ets'il chou ne « veut faire, sace il bien'ke jou irai sour lui atout mon pooir °. Or m aies à lui, et si li dites chou ke je vous ai dit; car aussi vous a-il « ambes deux mandés. »

691. Lors montèrent li message et s'en tornerent1; et ont tant erré ke il ont trové Michalis en une abbéie ù il estoit herbregiés. Dont descendirent et saluèrent Michalis de par l'empereour, et li baillierent les lettres, si comme il avoit commandé. Et disoient les lettres ke li doi message fussent creu de tout chou k'il diraient de par l'empereour. Michalis fist lire les lettres; et quant elles furent leues, si dist as messages ke il desissent lor volenté.

692. Et Cuenes de Biethune et Pieres de Douay se prendent à parler et à dire uns biaus mos polis, et à mettre avant le parole de lor segnor par si grant mesure, et à deffendre se partie en respondant ke ' mestiers lor iert si tempréement, ke2 chil ki encontre eus estoient en estoient ausi comme tout abaubi. Et non mie por chou ke il de riens mespresissent enviers eus; ains lor monstroient tantes bieles paroles

689. — 1 DF omettent Michalis vrist, etc. — 2 C. li jours de chelui parlement. — 3 C, parler moût trenchanment. — 4 C, dont convoitier qui li puissent tourner à limite ne.

690. — 1 F omet or vous dirai, etc. — - C ajoute giermain. — 3 F, demaïne au lieu de proprement. — i C ajoute tout chertainemenl pour vérité. — » C ajoute efforchiement.

MESSAGE ENVOYÉ A MICHAL1S. 4 S 9

XXXVIII. L'empereur négocie la paix avec Michalis. despote d'Ëpire.

689. Michalis prit un parlement avec l'empereur pour faire la paix; et le lieu désigné fut sous Salonique. L'empereur y vint, et se logea sous les oliviers, puis appela Conon de Béthune et Pierre de Douai, et leur dit : « Seigneurs, on me fait entendre que Michalis, au-devant « de qui nous sommes venus ici pour un parlement, est merveilleuse- « ment traître et faux, et que sa parole perce et tranche. Je ne dois pas « convoiter ses dons, et n'en convoite aucun ; car un prud'homme ne « doit rien convoiter qui lui tourne à déshonneur.

690. « Or je vous dirai ce que vous ferez. Vous irez à lui et lui « direz de ma part que s'il veut être mon homme, de telle manière « qu'il veuille tenir de moi toute sa terre et tous ses fiefs, je lui ferai « autant d'honneur que je ferais à mon propre frère; et s'il ne veut « pas faire cela, qu'il sache bien que je marcherai sur lui avec toutes « mes forces. Allez donc à lui, et lui dites ce que je vous ai dit; car « aussi bien vous a-t-il mandés tous deux. »

691. Alors les messagers montèrent à cheval, et s'en allèrent; et ils ont tant marché qu'ils ont trouvé Michalis en une abbaye où il était logé. Ils descendirent de cheval , et saluèrent Michalis de par l'empereur, et lui baillèrent leurs lettres ainsi qu'il avait commandé. Et les lettres disaient que les deux messagers fussent crus de tout ce qu'ils diraient de par l'empereur. Michalis fit lire les lettres; et quand elles furent lues, il dit aux messagers de dire ce qu'ils voulaient.

■ 692. Et Conon de Béthune et Pierre de Douai se prennent à parler et à dire de beaux discours polis, et à présenter la parole de leur seigneur avec si grande mesure, et à défendre sa cause en répondant ce qu'il fallait si modérément, que ceux qui étaient contre eux en étaient comme tout interdits. Et ce n'était pas qu'ils commissent quelque offense envers eux; mais ils leur faisaient entendre tant de

G91. — ' C omet et s'en t ornèrent.

692. — 1 D, respondant car, en omettant si tempréement. — - C, en respondant si tempréement que mes tiers lor esloit et que; E, en respondant car mestiers lor iert si tempréement que ;¥, respondent ce que mestiers leur est si atempréement que.

et tantes bieles raisons aournées et:1 traites4 de droit, ke tout chil de le partie Michalis, et Michalis meismes, estoient tout désirant de venir à nostre amor"'.

6(j3. Ke vaut che ? Le niant Tempereour ont il tant courtoisement dit et despondu, ke auques ont fait Michalis le cuer amoliier. Adont lor dist ausi comme en sozriant : « Segnor, jou ai une moie fille, et « li empereres a un sien ' frère ki a non Wistasses. Se nous ces deus « poiemes ensamble ajoindre par mariage, dont primes seroit nostre « pais legiere à faire. Et jou donrai à Wistasse -, avoec [me fille, le « tierche partie de toute me terre3. Et bien voel ke vous saciés ke jou « puis mius Tempereour siervir, et par mer et par tierre, que nus ki « soit en toute Romenie. »

6| ; 14. Et quant Cuenes de Biethune entent ceste parole, il voit lors et pense ke grans biens en poroit venir. Dont dist à Michalis ke'il le fera savoir à Tempereour, et l'i fera acorder ' ; et puis li relaira savoir au plus tost k'il pora. A tant se partent li message2 de Michalis et vienent à l'cmpereour, et li dient tout chou ke il ont trové; « et comment « il mist avant le mariage de vostre frère3 et de se fille-, et donra ''à « Wistasse 5 le tierche partie de toute se tierre, avoec se fille, en fief; « et d'ore-en-avant il vaura de vous tenir tout son tenement i;. »

692. -'D seul donne aournées et. — 4 CDE, trahies; F, frètes. — s CD, à lor amor.

693. — 1 D omet sien. — 2 C.jou donroie Wistasse. — 3 G, il donroit à Vstaisse la tierce part de sa terre, et devenroit hom Vempereour, et li aiderait de tout son pouoir.

694. 1 F ajoute s'il puet. — 2 L>, le message. — 3 D, son frère ; C, Wistasse. — 4 D. et qu'il

RÉPONSE DE MICHALIS. 42 I

belles paroles et tant de belles raisons bien arrangées et tirées du droit, que tous ceux du côté de Michalis, et Michalis même, étaient tout désireux d'arriver à notre amitié.

Gq'3. A quoi bon ce discours? Ils ont dit et exposé le commandement de l'empereur si courtoisement, qu'ils ont un peu fait adoucir le cœur de Michalis. Il leur dit donc comme en souriant : « Seigneurs, « j'ai une mienne fille, et l'empereur a un sien frère qui a nom Eus- « tache. Si nous les pouvions unir eux deux ensemble par mariage, « notre paix tout d'abord serait facile à faire. Et je donnerai à Eusta- « che, avec ma fille, le tiers de toute ma terre. Et je veux que vous « sachiez bien que je puis mieux servir l'empereur, et par mer et par « terre, que nul qui soit en toute la Romanie. »

694. Et quand Conon de Béthune entend cette parole, il voit alors et pense que grand bien en pourrait venir. Et il dit à Michalis qu'il le fera savoir à l'empereur, et l'y fera consentir; et puis le lui refera savoir au plus tôt qu'il pourra. Alors les messagers quittent Michalis et viennent à l'empereur, et lui disent tout ce qu'ils ont trouvé; « et « comment il mit en avant le mariage de votre frère et de sa fille; et « il donnera à Eustache, avec sa fille, le tiers de toute sa terre en fief; « et dorénavant il voudra bien tenir de vous tout ce qu'il a. »

donroit ; C. et donra.font il. — s CE ajoutent rostre frère. — 0 G. dont se partirent de Mikalis et revinrent à t'empereour ; si li contèrent ce gîte il avaient trouvé. Li ctnpereres gréa bien ceste chose; si furent asseurc'es les convenances d'une part et d'autre, et Jist Mikalis houmaifçe à l'cmpcreour.

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