‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 29 sur 326 · B. DE MONTFERRAT, CHEF DE LA CROISADE · texte numérisé non relu

B. DE MONTFERRAT, CHEF DE LA CROISADE

quérir; et il vint, au jour qu'ils lui avaient fixé, par la Champagne et rile-de-France, où il fut bien honoré, et aussi parle roi de France, dont il était cousin.

IX. Boni fa ce. marquis cje Montferrat, devient chut' Je la croisade: • nouveaux croisés; mort de Geoffroi, comte du Perche.

43. Il vint ainsi à un parlement qui fut convoqué à Soissons, et là fut la plupart des comtes, des barons et des croisés. Quand ils ouïrent que le marquis venait, ils allèrent à sa rencontre et l'honorèrent beaucoup. Au matin, se tint le parlement en un verger de l'abbaye Notre-Dame de Soissons. Là ils requirent le marquis de faire ce qu'ils avaient mandé-, et le prient pour Dieu qu'il prenne la croix, et reçoive le commandement de l'armée, et qu'il soit au lieu du comte Thibaut de Champagne, et prenne son argent et ses hommes. Et ils tombèrent à ses pieds, pleurant beaucoup ; et lui, à son tour, tombe à leurs pieds, et dit qu'il le fera bien volontiers.'

44. C'est ainsi que le marquis se rendit à leur prière, et reçut le commandement de l'armée. Aussitôt l'évêque de Soissons et messire Foulque le saint homme, et deux moines blancs que le marquis avait amenés de son pays, l'emmènent à l'église Notre-Dame, et lui attachent la croix à l'épaule. Ainsi finit ce parlement; et le lendemain, il prit congé pour retourner en son pays et préparer son affaire, et dit que chacun préparât la sienne; car il serait en même temps qu'eux à Venise.

4r. Le marquis s'en alla ainsi au chapitre de Cîteaux, qui se tient à la Sainte-Croix en septembre (14 septembre 1201). Là il trouva très grand nombre d'abbés, de barons et d'autres gens de Bourgogne ; et messire Foulque y alla pour prêcher la croix. Là se croisa Eudes le Champenois de Champlitte, et Guillaume son frère, Richard de Dampierre, Eudes son frère, Gui de Pesmes, Edmond son

44. — 1 C, téproiere deckiaus. — - CDE, li sains hom. —S CE, li atakent le crois; AF ajoutent seuls A l'espaule. — '• CDE. et que. — '■'■ F, que chaseun\ endroit soi atornast sa besoigne, et il seroit encontre els en Venise aujor qui nomme\ estoit.

45. — 1 A, de abé, etc. ; B, d'abe, ; ART) omettent de Borgoigne.— - B omet Oedes ses frères .

lans 3, et maintes bones genz de Borgoigne dont li non ne sont mie en escrit'1. Après se croisa li evesques d'Ostun, Guigues li cuens de Forois, Hues de Bregi li pères et li fils5, Hues de Colemi. Aval en Provence, se croisa 6 Pierres Bromonz7, et autres gens assez dont nos ne savons pas les noms.

46. Ensi s'atornerent1 parmi totes les terres li pèlerin. Ha las! con granz domages lor avint, el quaresme après, devant ce que il durent 2 movoir ; que li cuens Joffrois del Perche s'acocha de maladie, et fist sa devise en tel manière que il comanda que Estenes ses frères aust son avoir et menast ses homes en Tost. De cest eschange se soffrissent mult bien li perelin, se Diex volsist. Ensi fina li cuens et morut, don granz domages fu; et bien fu droiz, car mul ère hais ber et honorez, et bons chevaliers3. Mult fu grans dielx4 par tote sa terre.

47. Après la Pasque, entor la Pentecoste, encomencierent à movoir li pèlerin de lor païs '. Et sachiez que mainte lerme i fu plorée de pitié - al départir de lor païs, de lor genz et de lor amis. Ensi chevauchierent3 parmi Borgoigne et parmi les monz de Mongeu, et par Moncenis, et par Lombardie; et ensi comencierent à asembler en Venise, et se logierent en une ysle que on appelle'1 Saint Nicolas enz elport.

48. En cel termine mut uns estoires de Flandres par mer ù ot mult grant plenté ' de bone gent armée. De celé estoiresi fu chevetaignes Johans de Neele chastelains de Bruges, et Tyerris qui fu filz le conte Phelippe de Flandres-, et Nicholes de Mailli. Et cil promistrent le conte Baudoin, et jurèrent3, sor sains, que il iroient par les destroiz de

A seul donne Guis de Pesmes, Haimmes ses frères. — 3 CDE. Covlans; F, Colait{. Du Cange

lait observer que cette famille tirait son nom du château de Conflans au diocèse de Langres. aujourd'hui Conflans-sur-Lanterne 1 Haute-Saône). — 1 CDE ajoutent «i- embrievé en livre. — s A omet Hues de Bregi, etc. — <-< A omet se croisa. — t Pierre Bromont ou Bremont était baron d'Anduze.

46. — 1 BDEF ajoutent li baron. — 2 B, etc.. deussenl. — 3 CDEF, de moût grant proece (F,

DfcTART DES PELERINS. 20

frère, Gui de Conrlans, et maintes bonnes gens de Bourgogne dont les noms ne sont pas en écrit. Après se croisa l'évêque d'Autun , Guigues le comte de Forez, Hugues de Bergi le père et le fils, Hugues de Colemi. Là-bas en Provence se croisa Pierre Bromont, et assez d'autres gens dont nous ne savons pas les noms.

46. Ainsi se préparèrent dans tous les pays les pèlerins. Hélas 1 quel grand dommage leur advint, au carême d'après vmars 1202), avant qu'ils dussent partir ; car le comte Geoffroi du Perche tomba malade, et fit son testament en telle manière qu'il commanda qu'Etienne son frère eût son argent et menât ses hommes à l'armée. De cet échange- les pèlerins se fussent bien passés, si Dieu l'eût voulu. Ainsi finit et mourut le comte; et ce fut grand dommage, et il mérita d'être bien regretté; car il était bien haut baron et honoré, et bon chevalier. Bien grand fut le deuil par toute sa terre. •

X. Premier départ des pèlerins pour Venise. De ceux qui prirent un autre

chemin.

47. Après la Pàque, vers la Pentecôte (2 juin 1 202), les pèlerins commencèrent à partir de leur pays. Et sachez que mainte larme de pitié y fut versée quand ils quittèrent leur pays , leurs gens et leurs amis. Ils chevauchèrent ainsi par la Bourgogne, et par les monts deMont-Joux, par le mont Cenis et par la Lombardie ; et ils commencèrent ainsi à se rassembler en Venise, et se logèrent en une île qu'on appelle Saint-Nicolas dans le port.

48. En ce temps partit une flotte de Flandre par mer, où il y avait très grande quantité de bonnes gens armés. De cette flotte était chef Jean de Nèle, châtelain de Bruges, et Thierri qui était fils du comte Philippe de Flandre, et Nicolas de Mailly. Et ils promirent au comte Baudouin et jurèrent sur reliques qu'ils iraient par les détroits de

clains. au lieu de bonschevaliers. — ''\i.duel. C,does; 1). deiis ; II. dieu; V omet cette phrase.

47- — ' CDE ajoutent cl de lor gens cl de Un- amis ou parens. AB n'ont ces mots que dans la phrase suivante, où DE les re'péten'. F omet depuis de lor fais jusqu'à Lombardie. — - AB seuls donnent Je pitié. — 3 CDEF omettent ensi chevauchierent. — * CDE omettent queon appelle.

4ïi. — i li ajoute d'esvesques et. — - CDE omettent de Flandres. — ■> B ajoute lealment; CDE.

CONQUETK DE CONSTANTINOPLE.

Marroc, et assembleroient à l'ost de Venise et à lui '', en quelque leu que il oroient dire que il torneroit. Et por ce en envoierent li cuens et Henris ses frères de lor nés"' chargies de dras et de viande et d'autres choses1'.

49. Mult fu bêle celé estoire et riche, et mult i avoit grant fiance li cuens1 de Flandres et li perelin, porce que la plus granz plentez de lor bons serjans s'en alerent en celé estoire; mais malvaisement tindrent convent à lor seignor et tuit li autre-, porce que cist, et maint autre, doutèrent le grant péril que cil de Venise avoient enpris.

.">o. Ensi lor failli li evesques d'Ostun , Guigues li cuens de Forois , et Pierres Bromonz, et autre gent assez qui mult en furent blasmé, et petit esploit firent là où il alerent. Et des François lor refaili ' Bernarz de .Moruel-, Hues de Chaumont, Henris d'Arraines, Johans de Vilers, Gautiers de Saint Denise, Hues ses frères, et maint autre qui eschiverent le passage de Venise por le grant péril qui i ère, et s'en alerent passer :;'à Marseille; dont il reçurent grant honte, et mult en furent blasmé, et dont granz mésaventure lor en avint puis.

5 ] . Or vos lairons de cels, et dirons des pèlerins dont granz partie ère jà venue en Venise. Li cuens Baudoins de Flandres i ert jà venuz et maint des autres. Là lor1 vint novele que mult des pèlerins s'en aloient par autres chemins à autres porz-, et furent mult esmaié, porce que il ne poroient la convenance tenir ne l'avoir paier que il dévoient as Venisiens.

52. Et pristrent conseil entr'els que il envoieroient ' bons messages encontre les pèlerins, et- encontre le conte Loeys de Blois et de

'ii.iumoni.au lieu de et jurèrent. — ' CDE, à Venise à lui et. — '■'• A. s'en envoierent li cuens Heitris ses frères de lor nés; CDE, envoia li cuens Henris ses frères lor nés. — l; CDE, bêles choses. 49- — ' f- ajoute Baudervins. — - BCF, et à tous les autres . DE, et tons tes autres.

SÉPARATION DES PÈLERINS. 3l

.Maroc, et se réuniraient à l'armée de Venise et à lui, en quelque lieu qu'ils entendraient dire qu'il irait. Et à cause de cela le comte de Flandre et Henri son frère leur envoyèrent de leurs nefs chargées de draps et de vivres et d'autres choses.

49. Elle était bien belle et bien riche cette (lotte, et le comte de Flandre et les pèlerins y avaient bien grande confiance, parce que le plus grand nombre de leurs bons sergents s'en allèrent en cette flotte; mais ils tinrent bien mal parole à leur seigneur eux et tous les autres, parce que ceux-là et bien d'autres redoutèrent le grand péril où ceux de Venise s'étaient engagés.

50. Ainsi leur faillit l'évèque d'Autun, Guigues le comte de Forez, et Pierre Bromont, et assez d'autres gens qui en furent blâmés, et firent peu de besogne là où ils allèrent ! Des Français à leur tour il leur faillit Bernard de Moreuil, Hugues de Chaumont, Henri d'Araines, Jean de Villers, Gautier de Saint-Denis, Hugues son frère, et maints autres, qui esquivèrent le passage de Venise pour le grand péril qu'il y avait là, et s'en allèrent passer à Marseille; dont ils reçurent grande honte, et en furent bien blâmés, et dont grande mésaventure leur advint depuis.

XI. Des pèlerins qui furent ramenés à Venise, et de ceux qui s'en allèrent

en Pouille.

5 1 . Nous ne vous en dirons pas plus de ceux-là, et nous parlerons des pèlerins dont une grande partie était déjà venue en Venise. Le comte Baudouin de Flandre y était déjà venu et beaucoup d'autres. Là leur vint la nouvelle que beaucoup de pèlerins s'en allaient par d'autres chemins à d'autres ports; et ils en furent bien troublés, parce qu'ils ne pourraient tenir la convention, ni payer l'argent qu'ils devaient aux Vénitiens.

?2. Et ils prirent conseil entre eux qu'ils enverraient de bons messagers à la rencontre des pèlerins, et à la rencontre du comte Louis

0. — 1 BCDE omettant lor refaili. — 2 CDE, Maruel.— S A omet passer.

1. — ' CE, le jour au lieu de la lor ; I). die jour : Y. cel ior.

:. — 1 A envoiiermt. — - CHEF omettent encontre les pèlerins et.

Chartein, qui n'ere mie encor venuz, por conforter et por crier merci qu'il aussent3 pitié de la Terre d'oltremer, et que autres passages ne pooit nul preu'1 tenir que cil de Venise.

53. A cel message fu esliz li cuens Hues de Saint Pol et Joffrois li mareschaus de Champaigne; et chevauchèrent tresci que ' à Pavie en Lombardie. Enqui troverent le conte de Loeys a grant plenté de bons chevaliers-, et debones genz. Par lor confort et par lor proiere guenchirent genz assez en Venise, qui s'en alassent as autres porz par autres chemins 3.

54. Neporquant de Plaisance se partirent unes mult bones genz qui s'en alerent par autres chemins ' en Puille. Là fu Villains de Nuilli qui ère uns des bons chevaliers del monde, Henris d'Ardillieres, Reinarz de Danpierre, Henris de Lonc-Champ, Giles de Traseignies qui ère hom liges au conte Baudoin de Flandres et de Hennauf, et li avoit doné del. suen cinc cenz livres por aler avec lui el voiaje. Avec cels s'en alla mult granz plentés de chevaliers et de serjans dont li nom ne sunt mie en escrit •'.

55. Mult fu granz descroisemenz à cels de l'ost qui en Venise aloient, et els1 en avint granz mesavanture, si con vos porroiz oïr avant '-'.

56. Ensi s'en ala li cuens Loeys et li autre baron en Venise; et furent receu à grant feste et à grant joie, et se logierent en l'isle Saint- Nicholas avec les autres. Mult fu li oz bêle et de bones genz. Onques de tant de gent nus hom plus belle ne vit; et li Venisien lor firent marchié si plenteuros1 con il convint- de totes les choses que il covient:i à chevaus et à cors d'ornes; et li navies que il orent appareillié'1 fu si riches et si bels que onques nus hom crestiens plus bel ne plus

52. — 3 CDE, cusl. — 4 C, ne valait riens à: DE, ne valoit preu à.

53. — 1 S,jusques; CDE. dèschi. — - C. bonne chevalerie ; 1>. boines clievaucures. — 3 CDE ajoutent se por ans ne fust. F. en tnmerent meiit; à aler à Venise qui dévoient aler par autre chemin et par autre, por\.

M. — CDE ajoutent et par autres pars. — *G, avec eus s'en partirent grant plenté de chevaliers

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