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PROJET DES CROISÉS EN CAS DE VICTOIRE. I

si bien fortifiée. Ainsi travaillèrent de part et d'autre les Grecs et les Francs une grande partie du carême.

234. Alors ceux du camp parlèrent ensemble et se consultèrent sur la conduite à tenir. On y parla assez et en avant et en arrière ; mais le résultat du conseil fut tel, que si Dieu accordait qu'ils entrassent de force dans la ville, tout le gain qui y serait fait, serait apporté ensemble et réparti en commun ainsi qu'il faudrait; et s'ils étaient maîtres de la cité , six hommes seraient pris dans les Français et six dans les Vénitiens; et ils jureraient sur reliques qu'ils éliraient pour empereur celui qu'ils penseraient être le meilleur pour le profit de la terre. Et celui qui serait empereur par l'élection de ceux-là, aurait le quart de toute la conquête et dans la ville et dehors, et en outre aurait le palais de Bouchelion et celui de Blaquerne; et les trois autres quarts seraient partagés en deux, la moitié aux Vénitiens et la moitié à ceux du camp. Et alors seraient pris douze des plus sages du camp des pèlerins et douze des Vénitiens, et ils partageraient les fiefs et les honneurs entre les hommes , et régleraient le service qu'ils en feraient à l'empereur.

235. Cette convention fut assurée et jurée de part et d'autre par les Français et les Vénitiens, moyennant qu'à la fin de mars en un an s'en pourrait aller qui voudrait; et ceux qui demeureraient en la terre seraient tenus envers l'empereur du service tel qu'il serait ordonné. Ainsi fut faite et assurée la convention, et tous ceux qui ne la tiendraient pas, excommuniés du clergé.

LU. L'assaut des croisés est repoussé; ils préparent une nouvelle attaque.

236. Les vaisseaux furent très bien préparés et armés, et tous les vivres des pèlerins recueillis. Le jeudi après la mi-carême (8 avril i204> , ils entrèrent tous dans les nefs et menèrent les chevaux dans les huissiers. Et chaque corps de bataille eut ses vaisseaux à lui , et ils

^5. — 1 B, etc.. dès ou de) l'issue de march ki entrer devoit en un an, et lors; F. et tindrent

leur compaignie dès l'issue de marj ^ui venoit en un en. et dont. — - CDE omettent en la terre. — :< A omet del elcrgiè. — * C, ki ne le tenroit ne poursievroit. 2 6.'— 1 CE, le merkedi.

VILLE-HARDOIHN . III. — iS

parties les nés d'entre :- les galies et les vissiers. Et fu grahz mervoille à regarder; et bien tesmoigne li livres que bien durait demie Hue françoise li assals, si cum il ère ordenez.

237. Et le vendredi matin ' , se- traistrent les nés et les galies et li autre vaissel :i vers la vile , si con ordené erent '' ; et commence li assals mult fors et mult durs. En mains leus descendirent à terre et alerent trosque as murs; et en mains leus refurent les eschieles des nés si aprochies ■'•, que cil des tors et des murs et cil des eschieles i; s'entreferoient des glaives, de main tenant \ Ensi dura cil assals, mult durs et mult fors et mult fiers, trosque vers hore de none en plus de cent leus.

238. Mais par noz ' péchiez, furent li pèlerin resorti de l'asaut; et ci 1 qui estoient descendu à terre des galies et des vissiers , furent remis enz - à force. Et bien sachiez que plus pardirent cil de l'ost cel jor que li Grieu, et mult en ;! furent li Grieu resbaudi. Tels i ot qui se traistrent arrière de l'assaut, et les vassials en quoi il estoient; et telsi ot qui remestrent à ancre si près de la vile, que il getoient à perrieres et à mangonials'1 li un as autres5.

23i). Lors pristrent à la vesprée un parlement cil de l'ost et li dux de Venise ' , et assemblèrent en une yglise d'autre part - (de celé part où il avoient esté logié). Là ot maint conseil doné et pris; et furent mult esmaié cil de l'ost por ce que il lor fu le jor mescheu. Assez i ot de cels qui loerent que onalast d'autre part de la vile, de celé part où ele n'ere mie si :! hordée. Et li Venicien, qui plus savoient de la mer, distrent que se il ialoient, licoranz de l'aiguë '' les enmenroit contreval le Braz; si ne porroient lor vaissiaus arester. Et sachiez que il avoit de cels qui volsissent que li coranz '' enmenast les vaissials contreval le Braz, ouli venz (à cels nechausist ù), mais 6 qu'il partissent

236. — 2 A seul, d'entre; BCDE, entre; ce qui signifierait que les nefs furent réparties entre les galères et les huissiers, au lieu d'en être séparées; F s'accorde avec A pour le sens, Jurent départies les nés et.

237. — 1 B. et lejoesdi matin ; ('.. et l'endemain matin par un devenres. — - A. si. — 3 CDEF, et li huissier. — > A, ère; B. etc.. estoient. — 5 c, en mains tiens des murs refurent les eschieles drecliies si. — <> C.eil d:s murs et des galies; l>. eltil des tours et des nés, — 7 C ajoute et d'es-

UN PREMIER ASSAUT EST REPOUSSÉ. 1 3g

furent tous arrangés côte à côte; et les nefs furent retirées d'entre les galères et les huissiers. Et c'était une grande merveille à regarder; et le livre vous témoigne bien que l'assaut , comme il était préparé , tenait bien une demi-lieue de France.

237. Le vendredi matin (g avril) , les nefs et les galères et les autres vaisseaux s'approchèrent de la ville, dans l'ordre où ils étaient; et l'assaut commença bien fort et bien rude. En maints lieux ils descendirent à terre et allèrent jusqu'aux murs; et en maints lieux les échelles des nefs furent si approchées, que ceux des tours et des murs et ceux des échelles s'entre-frappaient de leurs lances, de main à main. Ainsi dura cet assaut, bien rude et bien fort et bien fier, jusque vers l'heure de none, en plus de cent endroits.

238. Mais, pour nos péchés, les pèlerins furent repoussés de l'assaut; et ceux qui étaient descendus à terre des galères et des huissiers y furent rejetés de force. Et sachez bien qu'en ce jour ceux de l'armée perdirent plus que les Grecs, et les Grecs en furent bien réjouis. Tels y eut qui se retirèrent en arrière de l'assaut , avec les vaisseaux où ils étaient; et tels y eut qui demeurèrent à l'ancre si près de la ville, qu'ils tiraient à coups de pierriers et de mangoneaux les uns contre les autres.

23q. Alors ceux de l'armée et le doge de Venise tinrent le soir un parlement , et s'assemblèrent en une église de l'autre côté .du côté où ils avaient été logés). Là il y eut maint conseil donné et reçu; et ceux de l'armée étaient bien troublés du méchef qu'ils avaient eu ce jour-là. Et il y en eut assez qui conseillèrent qu'on allât de l'autre côté de la ville, du côté où elle n'était pas si fortifiée. Et les Vénitiens, qui connaissaient mieux la mer, dirent que s'ils y allaient, le courant de l'eau les emmènerait en aval du Bras; et ils ne pourraient arrêter leurs vaisseaux. Et sachez qu'il y en avait qui eussent bien voulu que le courant emmenât les vaisseaux en aval du Bras , ou bien le vent

pèes, et omet de main tenant: F. cil des tors et des mur; s'entreferotent des glaives main à main.

238. — ' C, pour lor. — - .V. entre. — 3 A omet mult en. — i B ajoute et ans arbalestes. — B B ajoute maintes foi\.

239. — 1 AB seuls donnent et li dux de Venise. — - CDEF omettent d'autre part. — ' ABF omettent si. — * A seul donne de C aiguë. — S A ajoute les. — ,; A. «c' eassist ne mais; 0. et ne lor eausisl ù mes.

de la terre et alassent en voie ". Et il rTere mie mervoille, que mult erent en grant péril.

■240. Assez i ot parlé et avant et ariere; mais la somme del conseil si fu tels : que il ratorneroient ' lor afaire l'endemain , qui semadis ère , et le diemenche tote jor, et le lunedi iroient à l'assaut ; et lieroientles nés où les eschieles estoient, deusetdeus. Ensi assauroient deus nés à une tor, porce qu'il orent veu que à cel jor n'avoit assailli que une nés à une tor, si estoit trop grevée chascune par soi; que cil de la tor estoient plus que cil de l'eschiele Li. Et por ce si fu bons porpensemenz '' que plus greveroient 5 deus eschieles à une tor que une. Ensi com il fu devisé, si fu fait; et ensi attendirent le semadi et dimenche.

lui.

241. L'empereres Morchuflés s'ere venuz herbergier devant l'asaut en une place à tôt son pooir, et ot tendues ses vermeilles tentes. Ensi dura ' cil afaires trosque à lundi matin ; et lors furent armé 2 cil des nés et des vissiers et cil des galies. Et cil de la vile les dotèrent mains 3 que il ne firent à premiers; si furent si esbaudi que sor les murs et sor les tors ne paroient'1 segenz non. Et lors comença li assaus fiers et merveilleus; et chascuns vaissiaus assailloit endroit lui. Li huz de la noise 5 fu si granz que il sembla que terre fondist ''.

242. Ensi dura li assaus longement, tant que Nostre Sires lor fist lever un vent qu'on apele Boire ' ; et bota les nés et les vaissiaus sor la rive plus qu'il n'estoient devant. Et deus nés qui estoient liées ensemble, don l'une avoit nom la Pèlerine et li autre li Paravis ~ , aprochierent tant3 à la tor, l'une d'une part et l'altre d'autre 4 (si con Diex

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