SCÈNE PREMIERE
(// fait mut.) ROGER, OSVALD.
ROGER
Pour célébrer les nœuds à mon amour si chers, Charles de cent captifs a fait tomber les fers. Ne délibérons plus; viens, ami, le temps presse; Dérobons-nous sur-tout à la publique ivresse; Conradin nous attend.
OSVALD?
Que j'admire, seigneur, Cet héroïque effort si digne d'un grand cœur!
Ah! loin de l'admirer, tu dois plutôt me plaindre.
OSVALD.
Faut-il que vos regrets ?..
ROGER
Il n'est plus temps de feindre
ACTE IV, SCÈNE L 4, Je pars, mais désolé, mais plein d'un souvenir Que de ce cœur flétri rien ne saurait bannir.
OSViLD.
Dans vos nobles projets l'amitié vous inspire; Elle guide vos pas.
ROGER
Osvald , dans ce délire Où me .plongeait mon crime et ^ voix d'un ami, Contre un penchant trop doux je me crus affermi. Brûlant de renoncer à Terreur qui m'engage, Sans ddute le remords me tint lieu décourage; Mais tout près de remplir ce généreux devoir, Je ne sais tout-à-coup quel funeste pouvoir A ces lieux que je fuis prête un charme suprême : Tout parait s'embellir des traits de ce que j'aime; Et jamais cet amour, dont tu me crois vainqueur, Plus puissant et plus cher n a régné sur mon cœur. Rassure-toi pourtant, et garde-toi de croire * Que je lui cède encore une lâche victoire.
Tu ne me verras point, vers ces tristes remparts , Détourner en fuyant de coupables regards.
J'ai trahi Conradin ; après ce crime horrible, A quel autre malheur pourrais-je être sensible ? Privé de ses états, fugitif, sans appui, Dois-je verser des pleurs sur un autre que lui ? Noble et cher Conradin , pour ton cœur magnanime , C'était peu de me plaindre et d'excuser mon crime; A mon bonheur encore attaché malgré moi , De rester en ces lieux tu m'imposais la loi!
Non , généreux ami , non , je prétends te suivre ;
Par-tout oit tu vivras mon destin est de vivre; J'ai causé tes malheurs, je les veux adoucir. Allons, Osvaid, allons, il est temps de partir. Quel bruit !..
OSVALD.
On vient à nous.
ROGER
Se peut-il qu'à cette- heure ,
Durant la nuiti\.
OSVALD.
De Charle on ouvre la demeure.
C'est lui-même, seigneur; de farouches soldats
Se pressent en tumulte au-devant de ses pas;
L'air sinistre et rêveur, vers ces lieux il s'avance.
Ami, ne tardons plus, évitons sa présence.