CHARLES, D'AMBOISE
D AMBOISE
Sire, qu attendez-vous? quoi! d'un parti rebelle Voulez-vous donc nourrir Wattente criminelle? Ou bien pour Frédéric un reste d'amitié...
CHARLES
Pensez-vous que mon cœur écoute la pitié?
Si je retiens le coup suspendu sur leur téte , Mon intérêt l'ordonne, et c'est lui qui m'arrête.
d'amboise.
Votre intérêt, ô ciel! n'est-il pas de frapper?
CHARLES
Un écrit de Clément vient de me détromper.
Du pontife romain je sais tout l'artifice; Il veut me gouverner au gré de son caprice :
Il marche vers nos murs, et me fait un devoir D'épargner Conradin , s'il est en mon pouvoir.
/ ACTE V, SCÈNE 1. &i
d'aiboisi.
Ainsi, quand vos états lui servent de refuge, Des actions d'un roi Clément veut être juge?
Il vient dans -votre cour vous imposer des lois. Mais devez~vous, seigneur, l'écouter?
CHARLES
Je le dois.
La victoire, d'Amboise, a couronné mes armes; Mais le trône est toujours environné d alarmes. Je connais le pontife et je crains ses terreurs. Voyez, depuis Henri, le sort des empereurs.
Quels que soient leurs forfaits, le plus grand fut peut-être D'avoir bravé dans Rome un redoutable prêtre : Leur puissance sur-tout a causé leurs revers. Et moi chef ou soutien de vingt peuples divers Qui , des bords du Jourdain aux champs de la Provence De mon sceptre aujourd'hui fais sentir l'influence; Fils de Phi lippe- Auguste et patrice romain, Je me sens menacé' dun semblable destin.
De Clément, croyez-moi, la prudence inquiète
Redoute ma victoire autant que ma défaite; 11 n'attend qu'un prétexte et cherche à m'accabler. Jamais impunément on ne Ta fait trembler.
J entrevois son projet : si ma fierté rebelle Un jour s'affranchissait d'une austère tutelle, Du prince contre moi se faisant un appui, Vous le verriez bientôt se déclarer pour lui. Mais il est Un moyen de détourner 1a foudre.
b'amboisê.
Quoi ! sire , à pardonner vous pourriez vous résoudre?
6a CONRADIN ET FRÉDÉRIC.
Gonradin viendra-t-il une seconde fois Vous disputer le trône et réclamer ses droits ?
CHARLES
Je l'attends en ces lieux; je vais avec prudence
De mes secrets desseins lui faire confidence.
S'il aime encor la vie, il les doit approuver.
C'est à lui de m entendre, et je puis le sauver.
S'il résiste, il suffit; écoutons la justice.
Vous connaissez mon ordre, il faut qu'il s accomplisse.
Après de vains efforts, Charles ne prétend pas
Sauver un insensé qui cherche le trépas.