‹ Conradin et Frédéric, tragédie en cinq actesChapitre 23 sur 61 · ACTE II, SCÈNE TI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE TI

De l’espoir le plus doux je viens m’entretenir.

Que déjà mes chagrins sont loin de ma mémoire!

ROGER

Ah ! vous ne doutez pas... du moins j’aime à le croire, Des feux que dans mon cœur vous avez allumés.

Ils sont comblés les vœux que nous avions formés; Mais à quel prix, hélas!

CONSTANCE

Que dites-vous ?

ROGER

Constance,

Du ciel qui me poursuit redoutons la vengeance.

CONSTANCE

Songez-vous que mon père approuve notre amour?

ROGER

La fortune cruelle est sujette au retour.

CONSTANCE

Je ne puis vous comprendre... Ah ! si je vous suis chère. Cessez de me cacher ce terrible mystère.

ROGER

Et quel secret, hélas! peut causer mes frayeurs? CONSTANCE.

Tu n’as point de secret, et tu verses des pleurs?

ROGER

Ah Dieu!

CONSTANCE

C’est trop celer le trouble qui te presse,* Roger, au nom du ciel, au nom de ma tendresse, Au nom de cet hymen, de ces nœuds révérés, Depuis un si long temps par nos cœurs désirés.

a6 CONRADIN ET FRÉDÉRIC.

Ne me déguise rien; il y va de ma vie. ’

Roger, ouvre ton âme à ta première amie.

10GEB,

Un noir pressentiment me poursuit malgré mol.

Ton père....

CONSTANCE

Je t’entends; tu soupçounes sa foi.

BOSEl.

Le destin peut trahir le succès de ses armes.

CONSTANCE

Est-ce à toi d’écouter ces timides alarmes ?

La victoire constante à marcher sur tes pas,

Quand tu combats pour moi ne te trahira pas.

aoesB.

La victoire !... grand Dieu !... Si mon repos vous touche, Ce mot ne doit jamais sortir de votre bouche.

Adieu... D’un malheureux c’est prendre trop de soin.

CONSTANCE

Non, de ma mort, cruel, tu seras le témoin.

Cé dernier coup suffit, et la rend trop certaine. Mais si ce n'est assez, pour désarmer ta haine,

De me voir à tes pieds expirer de douleur,

Barbare, prends ce fer, et m’en perce le cœur.

Quel est mon crime, ô ciel h.. Près du trône élevée, Par un auguste hymen au trône réservée,

Des rois les plus puissants je dédaigne les vœux; Sans redouter l’orgueil d’un père rigoureux,

Je nourris à ses yeux une coupable flamme;

Je fais plus, à l’espoir j’ose livrer mon ame ;

Voilà tous mes forfaits... Roger, écoute-moi :

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