ACTE IV, SCÈNE IV
Et, pour comble d’horreur, se montre sans frémir, Aux regards de son roi, venant de le trahir.
D’un si noir attentat je demande vengeance.
Naples, qui jusqu’aux cieux portait votre clémence, Ose déjà penser que le prince, en secret,
Ne désapprouve pas l’audace du sujet.
Ah! ne voulez-vous point, par un arrêt sévère,
De sa coupable erreur détromper le vulgaire.
CHARLES
Naples n’est point injuste... oui, d’Amboise, en effet, Exécute mon ordre , et j’en suis satisfait.
Ciel! à ce malheureux, vous-même, à ma prière, N’avez-vous pas promis sa grâce tout entière ?
Qui peut , en ce moment , vous aigrir contre lui ?'
CHARLES
Vous-même, en sa faveur, qui vous parle aujourd'hui?
ROGER
Quoi! seigneur, l’intérêt que le malheur inspire, A des cœurs généreux ne doit-il pas suffire P
CHARLES
Cet intérêt sans doute est d’un cœur généreux 5 Mais si ce prisonnier me semblait dangereux,
Que feriez-vous?
ROGER
Seigneur....
CHARLES
Si Gonradin lui-même Voulait, à la faveur d’un lâche stratagème ,
Pour me braver encor se soustraire au trépas. Que feriez-vous?
Comment ?....
CHARLES
Vous ne l’ignoriez f
Ne cherchez point ici, par un adroit langage,
A vous justifier d’un projet qui m’outrage.
Le crime est découvert, c’est à vous d’y songer.
ROGER
Eh bien! ne tardez plus, seigneur, à vous venger. Je ne vous cachai point quelle reconnaissance Au sang de Conradin m’unit dès ma naissance.
Je l’avoue , à vos coups j’ai voulu le ravir :
Après l’avoir vaincu, fallait-il le trahir?
Non, non, à votre cœur souffrez que j’en appelle. Ma pitié ne saurait paraître criminelle j Mais, dût votre courroux s’appesantir sur moi , De défendre ses jours tout m’impose la loi.
Sans amis, sans patrie, est-il à craindre encore? Ah! vous m’accorderez sa grâce que j’implore. Sire , pour vous fléchir je tombe à vos genoux : Écoutez la clémence.
CHARLES
Il suffit, levez-vous.
ROGER
Songez quelle est du trône un noble privilège.
Contre nos ennemis la rigueur nous protège.