PARTIE m. -» CONSCIENCE DU DEVOIB, — UVRE U
voir d'amour, au second le nom de devoir de respect, 205. L'idéal du bien moral comprend l'accomplis* sèment de ces deux devoirs. Se borner à ne pas nuire, c'est peu. Il faut être utile. Bacon veut qu'on préfère la vie active à la vie contemplative*. « S'enfer* <( mer contre les autres dans une sorte de neutralité « armée, c'est sortir du concert de l'univers et con* (( damner au néant des facultés qui nous ont été don* « nées pour aimer, pour penser, pour agir... Tant de a trésors d'amour, d'intelligence et de force ne nous « ont été remis qu'à condition d'en faire jouir l'hu*
« manité. Nous n'en sommes que les dépositaires
« La Providence n'avait-elle pas un but en envoyant « à la terre un Christophe Colomb, un Galilée, un tt Descartes, un Newton? S'ils étaient morts sans « avoir employé leur génie, la Providence les aurait* « elle absous? Auraieut-ils pu lui dire, en paraissant a devant elle ; Je suis innocent, car je n'ai nui à perce sonne '^ ?» a Un homme, sous mes yeux, séduit
« une jeune femme : je pourrais avertir la victime, c< lui ouvrir les yeux, la sauver, et je me tais ! On pro» « nonce devant moi une calomnie : je connais la vérité, « je m'abstiens de k dire. Suis-je sans reproche'?» Non certes ! Celui qui s'écrie : Suis^je chargé de mon
* De augm, scient.^ lib. VU, cap. i.
* Jules Simon, Le Devoir,
» W., ibid.
« Ne pas déployer tout Tusage de ses facultés dans l'exercice de la loi • naturelle, c'est la violer. Tout ce que Ton pouvait faire mieux, on Ta mal
< fait Sorte de péché qui n'est pas assez connu, et qui par là même mérite
< d'autant plus d'attention I »
{Principes du droit naturel^ extraits de WolfT par Formet,
liv. I, chap. u, a° ft.)
frère? celui-là n'est pas Thomnie de bien; il est Gain. « Quantulum est ei non nocere , ctii debeas pro* « desse * ! » Il faut, suivant le langage de l'Écriture, savoir être au besoin l'œil de l'aveugle et le pied du boiteux*. « Quisquis est sapiens amat omnes : omnis sapiens omnibus prodesse conatur '\ » c< Le devoir à « l'égard d'autrui, c'est l'assiduité à Vaide, au sup- « port. Aide au bien être, au bien faire, au bien vou- « loir, au bien souhaiter ; aide par le concours et par « la résistance, par le don et par le refus, par la ric< gueur et la condescendaq^e, par la louange et le « blâme, par le silence et la parole, par la peine et « par le plaisir^. »
Loin de nous la langueur de l'Orient et son étrange adage : « Il vaut mieux être assis que debout, être couce ché qu'assis, dormir que de veiller ; et la mort est pré- « férable à tout. » — Écoutons plutôt ces conseils énergiques d'Isaïe: a Discite benefacerel qtiœrite jtidicium! « subvenite oppresso l judicate pupillo ! defendite vi- « duam^! » et ces imprécations d'Ezéchiel : « Quod in-a firmum fuit non consolidastis 1 quod œgrotum, non
* Senec.
* Job, chap. XXIX, § 11, vers. 15.
> Leibnitz, Definitiones ethicœ.
« 11 faut faire du bien lorsqu'on le peut, et faire plaisir à toute heure, » car à toute heure on le peut. » (Jodbert, Pensées.)
* Joubert, Pensées.-.- Comp. Cicer. {De offic.) : t Communes utilitates in « médium afferre, mutatione officiorum, dando, accipiendo, tum artibus, « tum opéra, tum facultatibus. »
* Jouis des bienfaits de la Providence, voilà la sagesse. — Fais-en jouir « les autres, voilà la vertu. »
( Proverbe persan; V. Ferdinand Denis, Le Brahme voyageur.)
» Chap. I, S 2, vers. 17.