PARTIE m. ^ CONSCIENCE DU DEVOIR* -^ UVRE IL m
Faut-U même beaucoup s'inquiéter de la culpabilité? Pourquoi? Ce serait faire une concesaion illogique de pure bonté d'âme ; car» pour effrayer, il n'est pas bien nécessaire que le patient soit coupable ^
219, Repoussons, comme un crime, le désir de la vengeance.
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c Semper et inflrmi est animi exiguique voluptas*,t
Pour répondre aux injures, préférons le pardon ', ou même la générosité qui rend le bien pour le mal. — Défions-nous de Tinstinct de la défense, condamné par ces éloquentes jiaroles : « L'homme coupable est c< un homme encore. Ce n'est pas une chose dont on « doive se débarrasser dès qu'elle nuit, une pierre « qui tombe sur notre tête, e*l que nous rejetons dans « Tabime afin qu'elle no blesse plus personne^. » — Enfin ne reconnaissons rien de rationnel dans l'intimidation cherchée uniquement en elle-même.
En admettant les théories, dont nous reparleronSi qui appuient le droit sanctionnateur sur le droit de la société de se défendre elle-même, ou sur la cession faite par l'individu à la société du droit de le défendre, on tombti dans une confusion d'idées. — En appuyant le droit sanctionnateur sur Fidée de ven-
* Rossi, Traité de droit pénal, — Comme exemple de TappUcAtioA de ce système il faut citer les lois militaires, qui punissent par les peines les plus graves la moindre offense envers le supérieur.
* Juvénal.
> « (Jn Iftche peut combattre, un lâche peut vaincre, mais un l&che ne c peut jamais pardonner. » (Addisson, Mentor moderne, n* 20.)
« C'est la sagesse de la vie que de supporter avec patience et de pa^• • donner. • (Le Coran, cbap, xui t La Délibérûtimy v«ri. kU)
* Cousin, Le Vrai, le beau, la bien^ 15e i^çon.
tût CONSCIENCE ET SCIENCE DC DEVOIR.
geance de l'individu, on tombe dans une erreur plus profonde. — Remontez à la première enfance des peuples, à l'époque où l'idée de justice commence à peine à se dégager : c'est alors qu'appai^aît l'aboininable talion. En demandant « oculum pro oculo, den- « tem pro dente, manum pro manu, pedem pro pede, « adustionem pro adustione, vulnus pro vulnere, livo- « rem pro livore\ » l'Écriture ébauchait le code que pouvait accepter un peuple grossier. L'Évangile a réformé cet essai sauvage de législation *. — C'est de même dans l'enfance des peuples que la victime du crime se réserve la faculté de sacrifier la colère à la cupidité, en fixant un prix de rachat ou composition ^. — C'est dans leur enfance encore, cependant déjà un peu plus avancée, que la vengeance de la société, par un premier progrès, prend en main celle de l'individu, en fixant à sa place le taux de la composition dû par l'offenseur *. — Si notre voix était entendue, le ministère public ne prononcerait plus le mot vindicte publique^ souvenir de ces erreurs *.
220. Bien distincte de ces mouvements passionnés, qui mesurent mal ou préparent môme par guetàpens leurs coups, la réaction de la sanction exté-
* Exode, chap. xxi, S 3 , vers. 24, 2!^.
* Sidnt Matth., vers. 38, 39.
* Ortolan.
* Id,
^ Et nous proposerions d'effacer du fronton de la Cour d'assises le premier vers du distique de Santeul :
< //te pœnœ scelerum ultricet posuere tribunal , »
comme nous avons proposé plus haut (Voy. note du n» 218) d'effacer le second vers inspiré par la théorie de l'intimidatioii*
PARTIS nt -^ C0H8CIBNGB DU QBVOIB* ^ UVBB H. »9
rieure est rationnelle. Beaucoup de personnes se contentent de reconnaître la vérité de cette proposition , mais se mettent peu en peine de la justifier. — Dire que cette sanction est juste parce qu'elle est utile ou même nécessaire pour protéger contre les méchants , c'est revenir à confondre la sanction avec la réaction de la défense contre l'attaque commencée ou possible. — Dire que cette sanction est juste parce que le bien doit être rémunéré par le bien et le mal par le mal» que cela « contente non seulement l'ofc< fensé, mais les juges^ comme une belle musique ou c< une belle architecture contente les esprits bien Ci faits S » c'est sans doute faire une affirmation ratifiée par la conscience, qui ne trouve rien à redire à ce qu'un coupable soit puni. Mais cette affirmation n'est encore qu'une pétition de principe. — Il reste toujours à chercher pourquoi le coupable doit être puni.
221. M. Boisseau^ répond que la légitimité de la peine a pour base le devoir d'améliorer l'auteur de l'infraction. Plein de pitié pour ceux qui ont failli, et attribuant aux imperfections de la société une part de responsabilité dans leurs fautes, il veut qu'on traite les coupables comme des malades à guérir. Destiner la peine à provoquer le ro.pentii*» et quand le
* Leîbnitz, Théodicée.
« Gratins enim est menti huinan» consensum in se et actibus sois obser- « vare, qaam in consonantiis musicis et figuris geometricis. »
(CcHBBRLAND, De Ugibus naturœ, chap. vi, S S*)
Comparez Rossi, liv. I, chap. viii et xii. — De Broglie, Revue française du 5 sept. 1828.
* Des Peines (Thèse soutenue devant la faculté de Paris).
ttO CONSGIfiNGE ET SCIENGB ÙV DEVOIR.
repentir est arrivé, rendre à Thomme « son arme de a combat, la liberté, en lui montrant à s*en servir : » voilà le résultat à obtenir. Résultat possible suivant Fauteur : « Je regarde, dit-il, comme une vérité incon- « testable qu'il n'y a pas d'homme si mauvais , si a dépravé qu'on le suppose, qui n'ait enfoui au fond a de l'âme un sentiment d'incurable douleur causé a par sa dépravation même ^ »
222. Nous croyons que, pour être entièrement satisfaite, la logique a un degré à monter au dessus de celui où est arrivé M. Boisseau. Pourquoi faut-il corriger le coupable en amenant son repentir ? Voilà le dernier mot de la question. — Eh bien, le premier principe du devoir, assistance due par tout être à tout être, va nous donner la réponse en apparaissant 80US sa seconde forme.
Nous l'avons annoncé, on a des droits parce qu'on a des devoirs. Si je sors de mes limites pour nuire aux autres êtres, ceux-ci trouvent, dans le devoir de se conserver pour concourir au bien-être général, le droit de me faire rentrer dans mes limites : à la condition, bien entendu, de rester dans les leurs, et de proportionner au résultat cherché les moyens à employer.
1 M. Boisseau trouve iagénieusement, dans les transports euxHmêmes de la vengeance, un appel instinctif au repentir. Il fait remarquer que « ai le « vaincu, dans sa rage impuissante, relève la tète sous le talon qui Técrase, « Tardeur de la vengeance augmente... » M^is si le coupable répand des pleurs « qui n'ont rien de simulé, si ce n'est point la peur qui les cause, ni « la souffrance, mais la vraie douleur, la douleur morale, le repentir... alors « la vengeance s'arrête... parce qu'elle ne peut (et elle-même s'en étonne), « rien demander au-delà... En d'autres termes, est-ce donc, quand la ven- « geance frappe le corps, l'âme elle-même qu'elle cherche ? »