‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle du Code NapoléonChapitre 151 sur 301 · PARTIE IH. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE m. S3i · texte numérisé non relu

PARTIE IH. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE m. S3i

le traître qui doit la livrer. En d'autres termes, cet amour n'est que pour être sans cesse combattu et vaincu par l'amour de Dieu et d'autrui. Je comprends très bien cette proposilion : « faime trop peu « Dieu et autrui; » je ne comprends pas cette propo* sition : « Je m aime. » Quand Pascal dit : a II faut « n'aimer que Dieu, et ne haïr que soi*,» il est d'accord avec nous sur ce point ^.

Je m aime! Et comment le pourrais-je? Je puis bien me faire illusion sur autrui, croire que je vois dans autrui le bien digne d'amour, dans sa forme affirmative... Mais me faire illusion sur moi? voir en moi le bien sous sa forme affirmative? est-ce possible? En me considérant moi-même, n'ai-je pas avant tout, et pour ainsi dire uniquement, conscience de ce qui me manque? Est-il un homme qui puisse raisonnablement s'ainaer dans sa forme actuelle en ce monde? Non, répond saint Paul : « Erunt homines iiseipsos amantes..... insipientia eorum manifesta « erit^. »

Laissons le sentiment et raisonnons. Si la justice exige absolument qu'on s'aime, l'amour de soi ne pourrait disparaître d'un fait sans que ce fait devînt, dans une certaine proportion, immoral. Or, cela est »

* Pensées,

* Iieibnltz ne comprend pas non plus cette proposition « Je m*aime<, » puisque, suivant lui, aimer c'est faire son bonheur du bonheur d'ACTBUi.

s Deuxième épître de saint Paul à Timothée^ chap. m, vers. 2 et 9.

n est vrai que Sénèque renvoie le reproche de folie à celui qui nie que rhomme B*aime : « Modus ergo diligendi prsecipiendum est homini, id est « quomodo se diligat aut prosit sibi. Quin autem se diligat aut prosit sibi, « dubitare démentis est. » (Sénèque.)

«a GONsaeNCE et science du devoir.

peu vrai que la vertu, c'est-à-dire le bien moral porté à sa dernière puissance, n'est précisément que le retranchement le plus complet de l'amour de soi, considéré ici-bas. C'est dans ce sens que nous entendons cette phrase de Cicéron : « Virtus nulla poce test esse nisi erit gratuita. » — M. Jules Simon, après un peu d'hésitation, en tombe d'accord. Il est tenté un instant de croire que d'Assas est mort pour choisir !e bonheur personnel que lui donnait la vision de la gloire. Mais pourtant il prend parti en sens inverse. Il décide que c< le bien pour le bien, sans arrièrepensée, n'est pas absolument impossible aux forces humaines » * .

236. Ainsi l'amour de soi n'est pas un des éléments essentiels de la justice. Loin de là : ce qui est essentiel, à notre avis, c'est une impulsion passionnelle tout opposée : c'est la défiance contre cet amour. Sévères envers nous-mêmes, ne nous demandons jamais : Telle chose nous plait-el le? Demandons" nous toujours si elle nous plaît trop. Yoilà, si nous ne nous trompons, la troisième disposition du cœur nécessaire pour constituer l'amour du devoir. — Hélas! quelle que soit, dans les âmes les meilleures, la bonne volonté de réunir les éléments de cet amour, la justice' parfaite reste comme un type idéal dont nos efforts ne s'approchent qu'incomplètement. Qui peut reconnaître en soi cette cmistans et perpétua voluntas que demande la définition d'Ulpien ?

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