PARTIE lîL - CONSCIENCE DU DEVOIR. ^ LIVRE III. tel
n* — XirrÉAÊT MAL ENTENDU.
t La volupté, ponr noas tromper, marche devant « nons et noas cache sa snite. >
(MoNTAififiE, Essai», liv. i, ch. 38.) « Qniconqne préfère llnjustioe à la justice, ressem* « blé, à mon avis, aux bêtes qni mordent à lliame^n. ■
<I«ocii., OraU ad penmU.) « Non est bonum virere, sed bene vivete. «
(Setœc.)
24*. Identité des résultats pro- , de philosophie spiiitualiste.
duits par rinjustjce et par 246. Identité de ces résultats» môme
rintérôt mal entendu , au au point de vue des systèmes
points de vue des systèmes de philosophie matérialiste. .
246. C^tte seconde partie de notre titre III (semblable à Topération arithmétique qui, sous le nom dé preuve , sert à démoùtrer l'exattitude d'une autre opération) est la contré-partie de la première.
Pour celui qui croit à une autre vie, les effets de rîo justice sont évidemment identiques à ceux de l'intérêt mal entendu, ce Quid enim pro/îcit homo, si c< lucretUT universum mundum, $e autem ipsum <<. perdat^l »
246. Pour celui qui ne croit pas à une autre vie, l'incurie ou la résignation de ses semblables est la seule chance qui puisse empêcher l'identification des effets de l'injustice et des effets de l'intérêt mal entendu. Si les autres hommes réagissent contre l'égoïste, il est perdu.— Mais quand bien même leur négligence laisserait le succès de son côté, cet avantage matérid serait acheté par lui au prix du mé-
\ Saiiit Luc, chap. ix. S 3, vei's. 25.
« N'allez point acheter avec le pacte de Dieu un objet de vil prix. Ce que « Dieu tient en réserve vous sera plus avantageux, si vous avez de l'intelH- « génce. (Le Coran, chap. xvi : VAheille^ vers. 97.)
S4i CONSOENGE £t SCIENCE DU DEVOIR.
contentement de lui-même, cause de douleur qui dépasse toutes les autres.
TITRE m.
RELATIVITÉ DES SENTIMENTS DE lUSTIGE ET D'INJUSTICE.
« Gom qassierifi dominam Deum tuum, iuyenies I enm : si tamen toto cOf de qussieris, et tota trib^la- I tione anims iu£. •
[Deuter.f cap. rt, § 3, rers. 29.)
247. SensiUlité différente dans les 24^. Laconsdence de cette relativité
divers individus. — Justice devient un des éléments de
diftérente^Buivant les divers la conscience diïMevoir.
degrés de la sensibilité. 250. Relativité de cet élément de la
348. Conscience de la relativité du conscience du devoir. sentipieAt de justice,
247. La sensibilité diffère suivant la plus ou moins grande délicatesse de l'organisation des individus. La justice, qui est du domaine.de la sensibilité, a donc ses degrés, correspondants à ces degrés de délièatessé. — Nous naissons les uns avec des inclinations plus prononcées, les autres avec des inclinations moins prononcées à observer le devoir. Que la physiologie puisse ou non rendre compte de ces différences, elles n'en sont pas moins réelles et incontestables *. Voyez deux hommes aiix prises avec un même tootible de leur raison : les penchants plus doux de l'un le porteront plus aisément à conquérir là paix, sa volupté préférée, en dominant les préoccupations de Timpijéssîon émouvante; l'ardeur des passions de l'autre aura besoin d'appeler à son aide toute l'énergie de la résistance, pour chasser le démon. — a II se peut que
< Boisseau, Des Peines (thèse «outenue à la Faculté de droit de Paiis).
PABTIE lU. — CONSaENCE DC DEVOIK. — XJVBE IIL 24S
« VOUS ayez de l'averson pour ce qui tous est avanu tageux , et que vous aimiez ce qui vous est ouisi- « ble : Dieu le sait*. »
248. Chacun a conscience de cette étendue relative de la justice en lui. Il sait jusqu'à quel point il ainae le devoir. Il mesure le désir plus ou moins grand qu'il a de bieu faire, le plaisir plus ou moins grand qu'U sent à bien f9ire.
249. Et cette conscience, dont le siège est dans la sensibilité, devient un des éléments de la conscience morale dont le siège est dans l'intelligence. En effet,
i chacun jusqu'à quel point la justice i ou languissante, elle révèle à la conl'étendue de sa tâche, le besoin plus d que la raison a de se fortifier pour triompher des passions plus ou moins fortes : sûre qu'elle est que le Dieu qui a départi aux divers individus des épreuves plus ou moins rudes, tiendra compte à chacun de la difficulté plus ou moins grande de les subir.
250. La connaissance des caractères et du premier principe du devoir nous est apparue comme absolue dans nos deux livres précédents. — Dans le livre que nous achevons ici, nous venons au contraire de trouver un premier élément relatif de la conscience morale, l'étendue relative du sentiment de justice. — ' Nous allons, dans les deux livres suivants, signaler d'autres éléments relatifs.
' Le Corail, chap. ii : la Vache, vers. 213.