PARTIE lîl. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LÎVRE IV
tlofl itispirée par Vîntérêt bien entendu ne peut pas devenir indifférente. L'auteur veut dire qu'elle devient moins méritoire. Examinons cette solution ainsi modifiée.
Nous avouons rîmpossibilité où nous sommes de la comprendre. La raison de notre impuissance est simple, c'est que nous croyons avoir démontré l'identité absolue de la justice et de rintérêt bien entendu ^ .
Si nous y avons réussi, comment distinguer des mé rites divers dans ceux qui prennent soit Tun, soît Taulre mot, pour devise ? — Nul tribunal humain ne perdrait Une minute danis cette puérile inquisition. — Au tribunal du juge suprême, sera-t-elle de mise ? Quoi ! Fâme irréprochable dans son épreuve sera moins rémunérée quand, en la subissant, elle aura eu le désir du ciel et la crainte de l'enfer? Pour mériter Complètement la couronne, il faudrait donc qu'en faisant le bien elle eût perdu de vue ce désir et cette crainte?. . Vit-on jamais pareille subtilité ? Qu'il se lève Celui qui osera soutenir ce paradoxe : Si, au moment
^ i Cette ideHitité nous est apparue, 1<^ dans une société de matéfift^ « listes où la maladresse des gouvernants laisserait régoïsmé sans punition « înatérieite. Le remords éprouvé par l*égoïste suffirait pour remplacer cette M punition absente x il lui montrerait rintôrôt mal entendu dans des préteur « tiens destructives de l'égalité, qui l'exposeraient au mécontentement < de lui-même.
« 2» Â plus forte rauison cette identité existe dans une société de maté- « rfalistes assez bien avisés pour punir tout acte d'égoïsme. La perspective « de la sanction extérieure obligerait Tintérèt bien entendu à s*abftorbe# « dans ia justice.
« ât> Enfin cette identité nous a surtout paru évidente dans une société « de apiritualistes* En effet, comment faire comprendre à un spiritualité, « partisan de l'immortalité de l'âme, un prétendu intérêt bien entendu en « dehors de la justice? C'est-à-dire un prétendu intérêt qui compromettrait « celui de l'autre vie? Ce dernier ne domine-t-il pas tout autre? » (Voyez ci-dessus, liv. m.)
OÙ il a dit : k moi Auvekone ! d'Assas disait intérieu* rement : A moi Éternité ! son acte n'était plus héroï* que, car il était conforme à l'intérêt bien entendu!
Av€c cette doctrine, qui donc monterait au plus haut des cieux? Serait-ce par hasard l'athée maté* rialiste bienveillant, dont Leibnitz croît Texistence possible ? L'athée qu'un aipour platonique du bien pousserait sans intérêt à tous les dévoilements , ce soit ce par tempérament, soit par contre-sens *?» Hélas non! pas même lui!... Car, à défaut de l'espoir d'une récompense céleste, il trouverait encore dans la vertu « un plaisir qui surpasserait tous les autres plaisirs. » Il perdrait ainsi le mérite des bonnes actions que ferait naître l'intérêt de ce plaisir.
Ne nous arrêtons pas à ces inutilités. S'il fallait distinguer entre l'homme qui agit par justice et celui qui agit par intérêt bien entendu, ce dernier mériterait peut-être la préférence. Voyons en effet ce qu'il y a au fond de ces suppositions. Deux âmes comparaissent au jour du jugement, toutes deux également victorieuses des tentations mauvaises. L'une, enfermée dans des organes plus placides, a accepté le devoir en l'aimant. Elle a trouvé un bonheur facile dans l'ardeur mystique de ses élans* L'autre, soumise à des passions violentes, a eu besoin de se raidir dans la lutte : la perspective des peines ou des récompenses futures a été nécessaire pour soutenir sa résolution. La palme sera-t-elle à l'obéissance plus intérieure de la première, ou à l'obéissance plus extérieure de la se-
< Troisième lettre à M. Vessiëre La Croze.