‹ Conscience et science du devoir: introduction á une explication nouvelle duChapitre 194 sur 280 · PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE m. — CONSCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE V

raie en action nous est apparue contredisant, par la création d'un pouvoir législatif chez tous les peuples, la prétendue infaillibilité absolue de l'inspiration individuelle.

Mais cette autorité générale, conscience de Thumanité, va-t-elle réclamer à son tour la suprématie qu'elle refuse à Finspiration individuelle ?

Elle l'a fait. Des philosophes l'ont approuvée : c II (c faut, disentnls, découvrir une raison infidllible. H « faut nécessairement que cette raison soit, ou la « raison de chaque homme, ou la raison de tous les « hommes. Or, ce n'est pas la raison de chaque a homme, puisque les hommes se contredisent les ce uns les autres; donc c'est la raison de tous *.»

317. Il y a quelque chose de louable dans l'humilité de ce point de départ. Le procédé a de plus l'avan tage d'être commode. Montaigne l'a fait remarquer : « Les premièi*es et universelles raisons sont de difific< cile perscrutation ; et les passent nos maîtres en (( escumant; ou, eu ne les osant pas seulement tàter, a se jettent d'abordée dans la franchise de la cou-

« tume : là ils s'enffent et triomphent à bon compte

318. Une école de jurisconsultes, connue sous le nom d'école historique, s'est formée pour appuyer cette philosophie. Elle est née de la nécessité d'une réaction contre les théories rêveuses d'un prétendu droitanté social. Burke en Angleterre, Vico en Italie, Montesquieu en France, Haubold, Hugo en Âllema-

* Lamennais, Indifférence en matière de reUgiont

* Montaigne, Essais^ liv. I, cbap. xxn,

gne, en ont été les précurseurs : M. de Savigny en a été le messie, comme dit Roussel ^ . Suivant cette école, la réunion des consciences individuelles forme une conscience générale infaillible. De cette conscience générale sortent les règles du devoir, comme des besoins et des inspirations des peuples sortent les formes du langage. La coutume établit les principes moraux; la conscience individuelle n'en est plus que la mémoire. Les législateurs eux-m^mes, dépourvus de toute initiative, que devienuent-îls? L'écho qui répète ce qu'il entend, le notaire docile écrivant ce qui lui est dicté. S'ils essayaient de donner aux peuples des lois que l'opinion commune n'aurait pas préparées, ils seraient semblables a à des enfants qui, se

« trouvant enfermés dans un vaisseau, voudraient

(( le faire aller contre le courant, en le poussant avec « leurs mains ^. »

319. Aussi, comme la spontanéité de chaque nation peut changer à toute heure ses impressions^ les jurisconsultes de l'école historique out soutenu, contre M. Thibaut, que le droit de tout peuple doit être coutumiér; que toute codification est, par son existence seule, tme œuvre nuisible, parce qu'elle vient faire un temps d'arrêt dans l'élaboration continuellement variable de la distinction du juste çt de l'injuste.

• Encyclopédie du droif, Appendice. — Voir, en France, les^ ouvrage» de MM,.Klimrath, Laboulaye, Giraud, L&femère, etc.

D'après Ahrens {Cours de droit naturel, Introduction, chap. n.), Hegel et Gans, en essayant de réconcilier Thi^toire et la philosophie, ont absorbé Fune dans l'autre : Krause a mieux réusai à reconstituer leur alliance.

* Comte, Traité de législation, lir. I, chap. v«

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