VI. Nulle pratique sans théorie
Nulle théorie sans pratique.
VU. Accomplissement de notre pensée fondamentale de deux manières :
1* Par une introduction philosophique générale ;
20 Par l'étude philosophique det dispositions du Code Napoléon, considérées dans leur état actuel, dans leurs origines et dans leur perfectionnement possible.
III. La pensée fondamentale de cet ouvrage peut se formuler ainsi : Étude du Code Napoléon
APPUYÉE SUR LA PHILOSOPHIE : DROIT POSITIF CONSTAM- MENT COMPARÉ AVEC LA MORALE ET LE DROIT NATUREL.
La science pratique du devoir, c'est-à-dire de la direction de la liberté par V intelligence , suppose, avant tout, Tétude de l'intelligence qui donne la direction, et de la liberté qui la reçoit. — A Tinverse, à quoi sert l'étude de Tintelligence et de la liberté, si ce n'est à déterminer la science pratique du devoir?
Ces vérités sont de toute évidence. Et pourtant philosophes, législateurs et jurisconsultes interprètes les méconnaissent à l'envî.
— • Nous voyons les philosophes analyser avec
E PBÉTACE.
soin les fecultés de l'esprit humain, et faire sortir de cette analyse quelques aperçus vagues d'une morale mystérieuse. Mais la morale de tous les jours» celle que cherchent les législateurs et les jurisconsultes interprètes, ils la dédaignent*. L'art de faire les lois positives et de les appliquer devrait attirer toute leur attention. Il n'en est rien. Cet art leur parait petite chose » absolument étrangère à leurs études^.
— De leur côté les législateurs donnent aux philosophes le nom de rêveurs. Ils goûtent peu les méditations métaphysiques, c Ils commencent à
^ Leibnitz, parlant du droit naturel, disait : « De la manière dont « on enseigne cette science, elle consiste plus en théorie qu'en praii tique. On ne l'applique guère aux affaires de la vie. »
(Monita quœdam ad Puffendorffii principia.)
* Qui pourra s'offenser de ce reproche, si nous montrons que Bossuet lui-même Ta encouru? Dans le Traité de la connaissance de Dieu (chap, iv, § 5), nous lisons cette phrase : « Un homme de bien « laisse régler Tordre des successions et de la police aux lois civiles, « comme il laisse régler le langage et la forme des habits k la cou- « tume. Mais il écoute, en lui-^nême, une loi inviolable qui lui dit <r qu'il ne faut faire tort à personne, et qu'il vaut mieux qu'on nous « en fasse que d'en faire à qui que ce soit. »
Eh quoi! la question de l'ordre de la police (c'est-à-dire de la constitution politique), celle de l'ordre des successions, et la question elle-même de la forme des habits, peuvent être arbitrairement réglées par je ne sais quelle loi, autre que « la loi inviolable qui dit quil ne faut faire tort à personne?» — Ainsi, qu'on remplace ou non les libertés politiques des peuples européens par le despotisme japonais.... peu importe I — Qu'on décide au hasard cette question : A qui lâisserai-je, après ma mort, le bien acquis par mon travail?... A l'État? Aux indigents? Amèsenîfants, à ma mère, à mon frère? A mes plus honorables amis, ou aux plus criminels de mes concitoyens?.... cela est indifférenti — Enfin, qu'on adopte ou nog des habillements
PRÉFACE. Il
• peine y dît Rossi*, à se douter de V obligation de € connaître l'homme avant de lui donner des lois. »
— Enfin les jurisconsultes interprètes se présentent comme des savants modestes , bornant leur mission à éclaircir le sens des lois positives par l'analyse logique et philologique de leurs textes et par quelques souvenirs d'histoire.
IV, Eh bien! 1° il faut dire aux philosophes : Si vous continuez à étudier l'homme ailleurs que dans la société, ce n'est pas l'homme, c'est un être imaginaire que vous décrirez. Savez-vous ce que produira votre dédain de la connaissance des lois positives? L'abandon de plus de la moitié de votre tâche. Vous mutilez l'observation des faits; vous ne donnerez qu'un enseignement boiteux.
2^ D'autre part, il faut rappeler aux législateurs
cette pensée de Cicéron : Penitus ex intima philoso-
conformes au devoir de conserver notre existence.... L'iiomme de bien n'a pas à s^en occuper I
Distraction surprenante d'un grand génie ! Il ne faut faire tort à personne, dit l'éloquent orateur ; c'est-à-dire il faut respecter dans chacun la vie physique, intellectuelle et morale, la propriété, etc. Et il ne s'aperçoit pas que les trois faits qu'il regarde comme indifférents , l'ordre de la police, l'ordre dés sficcessions, la forme même des ha--
Mis, sont, GOMME TOUS LES FAITS HUMAINS SANS EXCEPTION, SaiSλ
par une même loi inviolable ; et que, selon qu'ils ne sont pas .ou qu'ils sont réglés par elle, ils font ou ne font pas tort à la vie physique, intellectuelle ou morale de tous !
L'immense importance de la loi des successions, à cet égard, est spécialement signalée par Cumberland (De legibus naturœ, cap. vu, § 10) en ces termes : « Lex naturalis domînia distribuit : hinc tam sedula est, « in omni Republica, ppsteritalis cura in legibus de successionibus.»
* Traité de droit pénal*