PARTIE n. — FOI AU DEVOIB. — LIVRE I. S
Contre la prétention lyrannîquede ce dilefiome, une réponse si évidente apparaît, qu'en vérité je me demande sérieusement si c'est moi qui suis fou en la faisant, ou si le grand nombre de mes semblables, en ne la faisant pas, est sous l'empire d'une inconcevable distraction. Cette réponse, la voici : La révé- ^ lation positive est un enseignement donné par la Providence souveraine à l'homme, distinct d'elle et libre. Or, peut-on reconnaître la divinité du don sans reconnaître d'abord celle du donateur? C'est impossible, ^nsî, ou il faut tomber dans le cercle vicieux le plus infranchissable, ou il faut qu'avant non seulement d'accepter l'idée, mais de prononcer le mot de révélation positive^ la raison humaine croie à Dieu, à la distinction de l'homme et de Dieu , a la liberté de l'homme : il faut qu'elle ait résolu préalablement tous les grands problèmes de la philosophie. — Ou je m'abuse, ou il est impossible de réfuter cette démonstration mathématique. Païens éclairés des temps antiques et chrétiens fervents se prosterneront ici, réunis dans le même acte de foi.
102. C'est donc seulement sur quelques conséquences (fort importantes il est vrai) de la solution de ces problèmes, c'est sur le détail des rapports entre Dieu et nous , sur l'étendue de nota*e liberté et sur l'efficacité de la prière, que les hommes imbus des plus saintes croyonces peuvent se subdiviser en rationalistes et supernaturalistes. — Nous pourrons revenir ailleurs sur l'objet de leur lutte. — Mais dans ce moment, et quand il s'agit de cx)mbattre tout d'abord le scepticisme sur le large terrain des bases fonda-
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mentales de toute connaissance, nous adjurons nos fièies de cesser une guerre impie et absurde. Sur ces grandes vérités, existence de Dieu, de l'homme j de la liberté, du devoir, n* élevons pas tout d*abord entre la philosophie en général et la partie de la philosophie appelée du nom heureux et doux de religion, un débat aussi regrettable qu*il est absolument sans motif.
103. Rendons grâce à quelques apôtres de paix qui prêchent avec nous cette concorde en assignant aux divers moyens de certitude leur domaûie, comme un roi divise le gouvernement entre ses ministres. Des hommes éminents dans le catholicisme ont senti le besoin de défendre la raison injustement abaissée S la raison que devrait protéger le souvenir d'un Dieu fait homme , « qui animam humanam eamque ra-
< TIONIS PARTICIPEM USSUmpsit '. ))
Saint Thomas voyait en elle cette lumière que saint Paul représente illuminant tout homme venant au monde. Il reconnaissait que la théologie peut recevoir de la philosophie « une plus grande manifestation ^. Les Pères de FEgUse ont regardé la philosophie
* Voir le Traité de la connaissance de ZWew, par M. Tabbé Gratry. — * On « se demande, dit-il (partie I, chap. i) , ce queveut dire cette lutte de la re- « ligion et de la philosophie. >
Dans la Revue des cours publics (10 juin 1855), un article de M. Tabbé Bazin analyse f»nsi le but du cours de théologie dogmatique de M; Tabbé Maret : « Prouver Taccord de la vraie religion et de la vraie philosophie, « rendre saisissable Tharmonie de Tordre naturel et de Tordre surnaturel, « du monde de la nature et <lu monde de la grâce. >
• Compendium fidei catholicœy par M. Tabbé Gratry, à la suite du Traité sur la connaissance de Dieu,
^ M. Tabbé Gratry, De la connaissance de Dieu (part I, chap« vi).