‹ Conscience et science du devoirChapitre 26 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE L · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE L

plus il a d'efforts à faire pour passer du germe le plus infime à sa plus large expansion.

G*est sous ce dernier aspect que se montre la condition de rhomme. Placé au dernier âge de la création, né avec les dernières couches de notre globe, sa supériorité bien probable sur la pierre inerte, sur la plante qui végète a la même place» sur les animaux doués de mouvement, en un mot sur les êtres que nous connaissons, apparaît à une foule de titres. L'observation signale, en lui, la forme droite de la tête, la délicatesse des organes, les formes multipliées de la sensibilité^ la puissance de Tactivité, la richesse de Tintelligence, rétendue de la mémoire, les ressources du langage

et de récriture, la pensée réfléchie de Dieu Eh

bien ! comparons, dans Fétre humain, le point de départ et le point d'arrivée. Chacun de nous vient au monde sans résultats acquis, sans instinct infaillible ; chacun est obligé, pour se faire le bagage qui lui i^anque, de lutter contre son impuissance première. « Il ne doit son élévation qu'au sentiment de ses <t misères et de son infirmité ^ » Enfants, nous assiégeons de questions ceux qui nous dirigent. Dans la jeunesse, dans l'âge mûr, nous aspirons à la science, le premier de nos biens, la plus puissante consolation de nos maux, même quand le travail^ qu'elle exige nous dévorerait le sein, comme le vautour de Prométhée. Dans la vieillesse même, à côté de la diminution des forces physiques, on voit continuer encore « ce

i Damiron.

' « Quand un soldat ou un laboureur, dit Pascal, se plaint de la peine « qu'il a, qu*on les mette sans rien faire! »

ce perfectioDDement spirituel et moral, cette maturité « croissante de l'être intérieur sous Tenveloppe qui c< 8e flétrit, cette éducation perpétuelle pour les cieux» ce seconde naissance^ jeunesse immortelle.... qui fait c< que parfois, pour ce printemps éternel, le vieillard « en cheveux blancs n'est qu'une fleur *• »

Comme notre savant collègue M. Bonnier {Éléments d'organisation judiciaire, introduction), nous regrettons de lire, dans le rapport qui précède le décret du i^ mars 1852, que « l'âge énerve, sinon détruit, l'a^ « mour du devoir et la notion précise du juste et de « V injuste. »

419. Controverses sur l'égalité ou l'inégalité de perfectibilité dans les divers indivirfMS. — Quelques utopistes ont essayé de soutenir que tous les enfants viennent au monde avec des facultés identiques; que les vices de l'éducation amènent seuls, entre eux, des contrastes opposés au vœu de la nature. Il parait bien peu probable que jamais l'avenir donne raison à cette allégation. Les méthodes les mieux inspirées d'hygiène et d'instruction publique ou privée n'arriveront pas, selon toute apparence, à façonner dans le même moule le développement de tous les sujets. Jusqu'à présent, l'observation la plus attentive a constaté l'inégalité native des facultés.

^ Sainte-Beuve, Por^-jRo2(a2.

J. Reynaud {Terre et Ciel, p. 11/i) regarde comme fausse Tirnage qu'on donne de la vie, quand on la compare à une échelle double sur laquelle i*homme monte pendant une moitié de la vie, puis redescend pendant l'autre. Suivant cet auteur, Tindividu monte toujours. La vieillesse est l'âge de la retraite de l'action, au profit du sens moral perfectionné. — Toutefois, il admet, sous le nom d* agonie anticipée , la décrépitude qui précède de peu d'instants la mort .

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