‹ Conscience et science du devoirChapitre 262 sur 331 · PARTIE IV. — Sa£NC£ DU DEVOIfU — UVRE IX · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — Sa£NC£ DU DEVOIfU — UVRE IX

morale : <( Generalia tantum tradit; nec ad singularia, nisi rarissime, et occasione data, descendit.

844. En ce qui louche les quelques détails qu'elle contient, la raison, d'après l'avis des théologiens les plus considérables, a encore deux droits à exercer.

Le premier est d'interpréter les obscurités des textes. Saint Thomas ^ , d'après saint Augustin , a dit :

ce Quand TEcriture peut recevoir plusieurs sens, « quand on en trouve un que la raison convainc cerc( tainement de fausseté, il ne faut pas s'obstiner à « dire que c'en soit le sens naturel, mais en chercher « un autre qui s'y accorde^. »

845. Le second droit de la raison est d'examiner si certains préceptes donnés (par exemple sur l'intérêt de l'argent, sur les prohibitions de mariage, sur le droit de faire grâce...) ont été destinés seulement à être appliqués à certaines nations, et pendant un certain temps; ou s'ils ont été créés pour tous les temps et toutes les nations ?

A partir du xii® siècle, divers peuples modernes avaient admis ces décisions de droit divin positif comme un code de lois en vigueur. Ils l'acceptaient tacitement, à côté de leurs lois humaines promulguées par le pouvoir social. — Mais saint Thomas d'Aquin s'éleva contre l'opinion qui attribuait aux Livres

* Partie !'•, quaest. 68, a. i, cité par Pascal, Provinciale 18«.

■ « Il est sûr qu'il y a des endroits où on ne fait point difficulté de quitter < la lettre : comme lorsque TÉcriture donne des mains à Dieu, et lui attribue « la colère, la pénitence, et les autres affections humaines. • (Leibnitc.)

Saiiits cette force perpétuelle obligfitoire ^ Ainsi, il ne voulait même pas que les quelques r^les contenues» dans ces Livres, sur le devoir, apportassent aucune entrave à la plénitude de la spontanéité réservée à ehaque peuple dans le choix de ses institutions.

846. Ce que n'ont pas fait les fondateurs des religions» les législateurs ne Tout pas non plus essayé.

Nul d'entre eux n'a eu la pensée de rédiger un code universel des devoirs. Chacun d'eux s'est borné à porter la main partout où penchait l'édifice social, et à promulguer, sans ordre, tantôt ime loi, tantôt une autre, suivant les besoins du moment.

847. Les publicistes et moralistes feront-ils plus que les fondateurs des religions et les législateurs?

Nous ne le pensons pas. Une pareille c< spéculation à perte de vtie » ne pourrait arriver à son but.

Ceux qui, dans des traités de droit naturel^ ont voulu rédiger des codes universels à priori^ n'ont guère fait que répéter, avec quelques modifications, l'ensemble des lois promulguées par la nation dont ils faisaient partie.

Page 1