L'EFFORT MILITAIRE DU CANADA
"Nous en avons fait assez"
Si Je necnutement des troiipe? 'étàdt la seul'e ou la principale COïisitdération du moment, le gouverniemeut serait, ou plutôt, aurait été justifiable 'de faire voter la ©onscription. Du jour où l'on a dépasisé le chiffre normal des enrôlements volontaires, réellement volontaires, on aurait dû rendre le service oWdgatoire. A plusieurs reprises, j'ai exprimé l'avis que la conisoription eût mieux valu que le pernicieux système d'enrôlement, si faasséaient r&ppelé "vûiontâiiré*', pratiqué par l'Etat ©t par les agents recruteurs de tout acaibit K Je n'ai pas changé d'opiaioU' le diirai davantage. Si le gouvernement et le parlement étaient sincèréB lorsqu'ils proclamaient à l'envi leur déterminiation de consacrer toutes, les ressources du pays, en hommes et en argent, au salut de l'Empire, de la France, de la "civilisation supérieure" et de la "démocratie", ils auraient dû, comme le Congrès américain, adopter dès le début une loi de consicrip- Mon sélective. C'était la seule méthode ratianelle d'assurer l'effort maximum (du pays, dans l'ordre militaire et dans l'ordre économique, da recruter une nombr&use armée sans drâorganisèr l'agPicuîturê et les industries essentielles. Faute d'une réelle intelligence de ila situation, ou du courage pour y fàif e face, le gouvernement a organisé son armée par les méthodes que l'on siait; et il a désorganisé, ou laissé désorganiser tout le reste. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, le mal a été en s'iaggravant. '
"Mais alors", objecteront peut-être les partisans de la conscription, "la mesure proposée par le ministère, pour tardive qu'elle sioit, n'en constitue pas moins, de votre propre aveu, une amélioration, un remède au mal." Non; il est trop tard: le remède serait, aujourd'hui, pire que le mai. , <
Daùs l'ordre purement militaire, le temps de la conscriptioié est passé. Ce qui presse, ce n'est pas d'envoyer plus de soldats, c'est de n'en plus convoyer. ' „
À. rassemblée de Lachine — qui restera, je pense, le modèle des manifestations anticonscriplionnistes — un Anglo-Canadien intelligent et
' On retrouvera la trace de cette opinion dans un article paru dans le Devirir du 26 juillet 1915: La Conscription; et plus particulièrement dans le quatrième chapitre de. Hier, Amourdhui, Dmaîrî, publié en 1916 (En vente aux bureaux du Ihimr prix $0.75, frunco 10.85). '
courtois, M. Guy Morey, partisan de la eonïsicription, a prônoncé oes pa roilies très sensées: "Si yous êtes logiques, vous êtes icdntre tout enrôle nient tfutur."
C'est l'exacte vérité. Tous les Ganadiens qui veulent oombattre la conscription avec une logique efficacité doivent avoir le courage de dire et de répéter partout: "Pas de conscription! pas d'enrôlement! Le Canada en a fait assez."
Plus que l'Angleterre et la France
Comparons l'eflfort militaire du Canada à celui des nations do'nt i« rapprochent davantage sa situatioinj ses intérêts, ses sympathies et les principaux éléments de sa population: l'Angleterre, la France et les Etats-Unis.
Nous avons actuellement, en Europe 'ou dans les camps d'enftradncment au Canada, 420,000 hommes de troupe et des services auxiliaires. Si l'on lestime la population du Canada, au début de la guerre, à 7,€00,O0Û — et, défalcation faite des nombreux étrangers qui ont quitté le pays ©n 1914, c'est le gros chiffre — nous avons donc enrôlé, pour la guerre européenne, 6% de la population.
C'est réquivàiént d'une armée de 2,400,000 jJour la France et de 2,700,000 pour le Royaume-Uni. Or, ©n dépit de- ses cadres sur papier, l'Angleterre n'a pas encore envoyé en Francci en deux ans et dix mois de guerre, ce nombre d'hommes. On admettra, je suppose, que l'Angleterre a un intérêt pour le moins égal à celui du Canada à empêcher l'armée allemande d'arriver à Calais. ,
Une autre question s'impose à l'équité de nos principaux alliés : Combien de <s<^râats la France, et même l'Angleterre, e^nverraient-elles en Amérique, si le Canada était attaqué par les Etats-Unis?
Si l'on mesure l'effort militaire en tenant compte à la fois de la population, du cMffre des effectifs et du coût des armées, la comparaison est encore plus frappante. Prenons pour acquis que le Canada dépense, pour son armée, trois tfois plus que l'Angleterre par tête de soldat, et quatre fois plus que la France. (Si Ton tient compte de la différence de la solde, des pensions, des transports, etc., ces chiffres sont très modérés.) Il faut donc multiplier par quatre le chiffre comparatif attribué à la France let par .trois celui de l'Angleterre. Conclusion : l'armée actuelle du Canada lui coûte ce iqu'C coûterait à l'Angleterre une armée de 8,100,000 hommes, à la France une armée de 9,600,000 hommes. C'est plus que nos deux "mères-patries" ne mettront sur pied, durant toute la guerre, dûtelle durer cinq ans! Or la France et l'Angleterre sont, après les Etats- Unis aujourd'hui, les deux nations les plus riches du globe, et le Canada l'une 'des plus pauvres.
Plus que les États-Unis
îLa conaparaison avec les Etats-Unis est, à certains égards, plus pr»bsnte encore. La situation des deux payis est identique; le danger, for lointain, d'une agression affliemande est le même pour les deux pays. La
nation amlriicainne est quatorze Ms pÎQS poptileus* que nous et so/wifeqmtorze fois plus riclie. Pour égaler IWort actuel du .Oftnada, lés Etate- Unis devraient mettre sur pied et expédier en Europe une armée de Stx millions d'hommes et s'engager dans une dépense certaine id'au moins cent millicœds. Or les plus extravagants des jingos américains, ceux qui laissent bien loin en arrière le bouillant colonel Roosevelt, ont parlé d'une armée possible de trois millions, après deuci?. années de préparation. Ce serait l'exacte moitié de ce que le Canada » fait Jlisqtl'lcL Les Américains qui représentent le plus exactement l'opinion ofttci'elle, cslte qui prévaudra, en toute probabilité, estiment à un million le nombre de isoMats amèiicains qui prendront part à la guerre, en Europe. En ce cas, l'effort militaire dii Canada serait six fois plus élevé que celui des Etats- Unis, et il aurait duré trois ans de plus.
Calculée en piastres et en sous, la disparité est encore plus grande, 'Les Etats-Unis paient $1.00 par jour â leurig soldats; ie Canada, $1.10. En prenant pour base l'armée actuelle de hommes, jpour le Canada,
et une armée possible de 2,000,000, pour les Etats-Unis Omoyenne entre le chiffre généralement accepté et le calcul le plus extrême), chaque contribuable canadien (homme, femme et enfant) paie $24 par année pour son armée, tandis que l'Américain ne paiera que $7. Si la guerre finit l'an prochain, le iGanadien aura payé ou devra payer $96, l'Américain, $7; si la guerre sé proî#ngê jusqu'en 1919, les Canadiens écoperont à raison dé $120 par tête tandis que l'Américain en sera quitie pour Notez que ce calcul ne porte que sur la solde des simples soldats. En faisant le compte de tout — traitement des officiers, indemnités, pensions, transports, armes, etc., — on arriverait à une différence beaucoup plus considérable.
On peut affirm'er^ sans la moindre hésiitation, que l'effort militaire des Etats-'Unis, à 'quelque degré d'intensité qu'il s'élève, va coûter dix fois moins cher à chaque Américain que l'effort du Canada à chaque Canadien, en supposant que le Canada n'enrôle pas un homme de plus qu'il n'en a actuellement sous les armes.
Comment, en vérité, peut-il se trouver un seul Canaidien pour ne pas dire hautement: Nous avons fait notre part, et plus que notre parti \