‹ Conseils aux acheteurs de chevauxChapitre 50 sur 62 · PIED · texte numérisé non relu

PIED

Le pied est sujel à un grand nombre de maladies, dont plusieurs font toujours boiter, et la constalation de ces dernières n'offre aucune difficulté, à cause du symptôme par lequel elles se trahissent : la maladie dite de la jointure naviculaire est dans ce cas, et c’est principalement pour la reconnaître que le pied doit être soumis à un examen sérieux, car d’autres maladies ne sont pas toujours accompagnées de la claudication, qui n'apparaît que lorsque le cheval est soumis au travail.

Immédiatement au-dessus du sabot, de chaque côté du talon, et séparé par le creux du paturon, se trouvent deux corps élastiques que les anatomistes nomment les cartilages latéraux. Dans l’état normal, ces cartilages cèdent à la pression

du pouce et de l'index ; mais ils sont sujets à une maladie qui leur ôte partiellement ou complétement leur élasticité et qui les rend alors assez proéminents pour attirer l'attention. Dans ce cas, ces cartilages finissent par s’ossifier, ce qui constitue une maladie que les hommes de cheval nomment atteintes et que les vétérinaires désignent sous le nom d'ossification des cartilages latéraux ; quelquefois aussi on lui donne le nom générique de formes. |

Les membres postérieurs sont rarement sujets à être affectés de ce mal, maïs il arrive assez souvent qu'aux membres antérieursun des cartilages, ou même tous les deux s’ossifient. Les chevaux de trait y sont plus sujets que ceux qui n’ont à iransporter que des poids légers. Cette maladie se déclare lentement, et une ossification à peine sensible met plusieurs semaines à se former; quoi qu’il en soit, le cheval qui est attaqué de ce mal est dit malsain. Cependant cette maladie n’amène pas toujours la boiterie, mais un travail continu sur les routes empierrées, rend le cheval souvent très-délicat et sensible, s’il ne de-

vient pas véritablement boïteux; peu de chevaux de vitesse atteints de ce mal conservent la liberté d'action qu'ils avaient avant; mais, si le terrain est doux, et que la marche est lente, le cheval peut rendre encore de bons services pendant plusieurs années.

La seime, fig. 9, est une fissure dans

| le sabot, une séparation partielle ou , complète des fibres dont il est com- L 4 posé. Cette fissure se trouve générale- MD ment sur le devant ou à la partie inté-

riz.9. Tieure du sabot; elle varie en longueur depuis un centimètre de profondeur jusqu’en travers de toute la corne jusqu’à la chair vive; lorsque la fissure traverse toute la matière cornée, le cheval devient boiteux. Une seime rend toujours le cheval malsain; souvent elle s’agrandit ou devient plus profonde, et toujours elle exige un mode particulier de ferrage; quelquefois le mal se déclare instantanément, et à moins que le sabot ne porte quelques marques de couteau ou de rape qui dénote que le pied a déjà été soumis à un traitement, il est impossible de

savoir si elle existe depuis longtemps. Si la seime est saignante et ne laisse apercevoir aucune de ces traces, c’est qu’elle est récente, et dans ce cas le cheval boite.

Le pied est encastelé, fig. 10, lorsqu'il manque de largeur, c’est-à-dire

que la largeur naturelle est contractée,

et que l'étendue de gauche à droite entre les quartiers est moins grande ut que de la pince au talon de la fourchette; les pieds antérieurs n’y sont jamais suels. En général, on regarde le pied encastelé comme un grand défaut, el souvent il arrive que des gens qui expriment cette opinion ont dans leur écurie un cheval dont le pied est trop étroit, sans qu'il s’en doutent. Cette observation suffit pour établir que le mal n’est pas aussi sérieux qu'on le pense communément : fort peu de chevaux légers dépassent l’âge de sept ans que leurs pieds ne soient plus ou moins contractés ; et malgré cela on peut dire qu'ils sont parfaitement sains. En réalité l’encastelure n’est

pas une maladie, quoique longtemps on ait

cru qu’elle suffisait pour rendre un cheval boiteux; mais M. Turnez de Londres nous a démontré très-clairement que la claudication provenait d’une autre cause, sans laquelle l’encastelure n’a aucune importance. Si l’encastelure se déclare petit à petit, les parties à l’intérieur du pied ont le temps de se conformer à l'exiguité de l’espace qui leur est réservé, et dans aucun cas le sabot ne peut êlre assez soudainement contracté pour que cette diminution du volume du sabot puisse être apparente à l'œil. Tout ce qui entrave les mouvements naturels des pieds ou qui empêche le cheval de faire supporter à chacun d’eux la partie proporlionnée du poids de son Corps, produira naturellement l’encastelure dans un temps plus ou moins prolongé.

Une souffrance dont le siége serait dans le pied ou dans la jambe peut la produire aussi, et l'encastelure est alors la conséquence et non la cause de la boiterie; l’encastelure par elle-même ne rend donc pas le cheval malsain, et s'il y a clau-. dication il faut rechercher le mal ailleurs, et re-

fuser le cheval pour une autre cause que l’encas-

telure. Il serait aussi absurde de vouloir rendre un cheval boiteux pour le motif qu'il est encastelé, que de vouloir rendre un cheval à moitié aveugle pour le motif qu'il serait ombrageux. Il faut remarquer cependant qu'il y a des vétérinaires qui ne sont pas de cette opinion, et qui prétendent que l’encastelure est un défaut suffisant pour autoriser la restitution d’un cheval comme malsain, car il se trouve des hommes qui ne veulent point admettre un principe reconnu, et qui rejettent sans examen tous les progrès de la science acquise par leurs confrères. Lorsque ces hommes sont dans les écoles, ils y acquièrent un certain degré de science ; mais, une fois qu'ils en sont sorlis, ils ne progressent plus, et s'ils admettent les résultats de leur propre expérience, ils rejettent sans examen tous ceux des autres. Une différence dans la forme d’un pied doit exeiter plus de soupçons que des pieds très-petits qui seraient égaux ; quand l’un est plus petit que l’autre, c’est une preuve que le premier a souffert, ou que la jambe a éprouvé des douleurs pendant as-

sez longtemps, et dans ce cas, il est prudent de

s'informer quelles ont pu être les causes de ces douleurs et si la souffrance a disparu entièrement, ou si elle n’a pas occasionné un mal per- {

manent.

Le chancre de la fourchette, fig. 11,

æÆ :

est une maladie qui attaque cette partie triangulaire et spongieuse

qui se trouve au centre de la sole

le

et s'étend jusqu’au talon en formant protubérance entre cette partie postérieure et la pince, très-souvent cette maladie attaque aussi bien les pieds de devant que ceux de derrière; mais elle est plus commune dans Îles derniers. Elle se manifeste à des degrés très-différents: parfois elle consiste seulement dans un écoulement d’une petile quantité d’une matière fétide de la fente de la fourchette, sans altérer la texture, ni détruire la forme de cette partie du pied ; parfois aussi, celle-ci se rétrécit, la corne devient spongieuse et se corrompt. Quand cette affection est négligée, elle arrive ordinairement à cette période, et toute la fourchette et même les parties environnantes pourrissent et deviennent

cancéreuses; mais, si l’on a le soin de la soumettre

à un traitement dès son apparition, dans ce cas,

elle se guérit infailliblement et facilement; plus

tard, la guérison est souvent impossible, toujours lente et coûteuse.

Un chancre rend le cheval malsain; néanmoins quelques vétérinaires sont d’un avis contraire; ceux-ci etle vendeur prétendent que cette maladie, dans la plupart des cas, est une chose insignifiante; qu’elle ne rend point le cheval boiteux, qu’on peut la guérir en deux ou trois pansements, et qu'étant très-commune, il serait injuste de condamner un cheval pour une cause aussi légère, si de tout autre côté il est irréprochable. Tout cela est vrai, mais Ces mêmes hommes admettent cependant qu'un chancre arrivé à un certain degré rend le cheval malsain; or, il est impossible de préciser à quelle période la maladie aura pris exactement le degré voulu pour rendre le cheval malsain; la difficulté est donc de déterminer les cas où il ne peut la considérer que comme uneaffection de peu d'impor-

tance, ou comme une véritable maladie, et, dans

celle hypothèse, il faut se borner à dire, comme dans plusieurs autres maladies, qu’elle peut ou non rendre le cheval malsain. Si le chancere est sans importance pour lacheteur, comme le prétend le vendeur, dans ce cas ce dernier ferait très-bien, pour n’éprouver aucune difficulté dans le marché, de le guérir avant de mettre le cheval en vente, la guérison pouvant s'effectuer si aisémentet si promptement ; s’il ne le fait pas, il peut être accusé de négligence, et de s’être attiré par sa faute les conséquences désagréables qu'il peut en éprouver; si l'acheteur, se basant sur l’existence de cette maladie, veut rendre le cheval, c’est une juste punition que le vendeur doit supporter pour sa négligence.

Cependant, ne perdons pas de vue qu’un chancre, quel qu'il soit, ne peut jamais être dit n'avoir aucune importance ; outre sa lendance à augmenter et à devenir une maladie grave, en tout temps c’est une affection capable de faire tomber un cheval de vitesse : la fourchette malade, bien que sensible à la pression, n’occasionnera pas la claudication sur un terrain uni, parce

TT ee qu’elle se irouve garantie du contact sur le soi par l'épaisseur du fer au talon; mais, si elle rencontre un caillou, la souffrance qu’en éprouve le cheval, est si grande qu’il chancelle et qu’il devient boiteux pendant quelques pas, et que quelquefois 1l tombe en faisant un effort soudain pour relever le pied, au moment où il devrait le placer avec fermeté sur le terrain, pour supporter une parle du poids de son corps. Malgré ce désagrément possible, et même probable, 1l ne faut pas cependant rejeter absolument tout cheval indistinctement aliaqué d’un chancre. L'acheteur peut courir tous les risques moyennant une diminution daps le prix, suffisante pour couvrir tous les frais de lraitement et du mode particulier de ferrage au moyen duquel on diminuera les dangers d'une chute. |

Néanmoins, tout bien considéré, il me parait qu’il serait convenable que les vétérinaires s’accordassent tous pour considérer un chancre, dans toutes ses périodes, suffisant pour déclarer un cheval malsain ; sans doute l’unanimité sur ce

. E LL - « point pourrait forcer parfois un vendeur à re-

prendre un cheval sous prétexie d’un chancre,

quand la cause réelle serait un défaut pour lequel un cheval ne peut être légalement rendu ; tel, par exemple, qu’une conformalion défectueuse, un manque d'énergie, ou toute autre imperfeclion reconnue seulement après la vente, et qui ue serait pas de nature à rendre un cheval malsain ; le chancre alors serait un prétexte suffi sant pour l'acheteur qui forcerait ainsi le vendeur à reprendre le cheval; mais c’est là un cas qui probablement ne se présentera pas souvent, et de cette manière on éviterait l'inconvénient d’une divergence d’opinion entre les hommes de l’art, si souvent constatée dansles procès concernant les transactions ayant pour objet la vente de chevaux.

La bleime et oignon, fig. 12, est une meurtrissure au talon de Fun des pieds de devant ; ceux de derrière y sont si peu sujets qu'il est

Fig. 12 inutile de s’en occuper ici. On le trouve plus sou-

vent dans la partie intérieure du talon que dans extérieure, etonle reconnait par une certaine dé-

coloration ou rougeur de la corne. C’est le résultat de la meurtrissure, qui survit parfois longtemps après que la guérison a été parfaite, c’est-à-dire après qu'il n’y a plus ni boiterie ni inflammation. Cette affection peut être produite par un seul ferrage et guéri par un autre. Si le pied est bon et que le cheval ne boite pas, il serait injuste de dire que le cheval est malsain à cause de la simple décoloration de la corne, résultat d’un accident qui n’est plus à même de pouvoir produire un effet fâcheux ; mais si le talon est bas, faible, mince, ou sensible, qu’il réclame plus de soins que d’autres pour les ferrages, une telle affection peut rendre réellement le cheval malsain. Souvent les chevaux se meurtrissent dans différentes parties de la sole, par suite de cailloux qui s’introduisent et s’attachent dans le pied, et pendant des semaines et des mois après cet accident, la corne qui recouvre les parties contusionnées conserve une couleur rougeàtre, occasionnée par le sang qui s’est répandu dans les pores au moment où il a été comprimé par

la meurtrissure ; s’il n’y a plus de boiterie, per-

sonne ne pourra dire que cela rende le cheval malsain, et cependant il y a des hommes qui rejettent un cheval bon et utile parce qu’il a une bleime ou oignon, ou une meurtrissure quelconque au talon. Ils ne font point de distinction entre l'animal qui, par suite de la construction du pied, sera sujet à avoir souvent de telles affections, el celui qui ne les aura que par une cause accidentelle, ou par suite d’un mauvais ferrage. Dans ce dernier cas, c’est au maréchal à enlever avec son couteau la partie de la corne qui a été décolorée, pour qu’il n’en reste plus de traces; tandis que, dans le premier cas, la corne est rouge depuis la surface jusqu’à la chair vive, et le pied est formé de manière que, pour empêcher le cheval de boiter, il faut que ses fers soient fréquemment enlevés et replacés avec le plus grand soin.

La sole plate se rencontre chez les chevaux dont le pied est mal fait; chez ceux qui ont de bons pieds, la sole est concave, et elle l’est plus chez les chevaux légers que chez les autres.

La sole plate est souvent un vice de conforma-

tion : dans ce cas, comme 1l n’y a pas eu de ma-

ladie, le cheval ne peut être dit malsain; mais tout maréchal n’est pas apte à le ferrer convenablement et aussi bien que celui dont la sole est concave. Le cheval ne peut, pour ee vice de conformation, être relusé aussi bien que pour tout autre; mais il ne peut pas le moins du monde être rendu au vendeur sous prétexte qu’il n’est pas sain. Le grand inconvénient des pieds plats, c'est le danger qu’il ne puisse gagner une sole convexe, par suile de fourbure, et il est plus sujet qu’un autre à être alleint de ce mal, comme le cheval à coffre étroit est plus sujet que les autres à des inflammations d’intestins.

Outre la sole plaie provenant de la nature, ik y en a une autre qui est occasionnée par la fourbure et par une inflammation dans le pied. Tout cheval peut gagner cette maladie et en être parfaitement guéri; mais il peut arriver que le traitement ait été mauvais, ou que la maladie soit d’une nature obstinée, et alors le pied en demeure plus ou moins affecté. Si la fourbure a altéré la slructure du pied, la marche du cheval prend

une allure particulière ; il pose le pied en ap-

S — 9243 — ; puyant d’abord les talons, de sorte qu'ils touchent le sol un instant avant la pince, et avec le temps la forme du pied est altérée, la sole devient moins concave, tout à fait plate, et à la fin elle se bombe en dessous; elle est alors convexe, c’est ce qui se nomme pied comble. I est rare que les chevaux atteints de celle défectuosité soient encore propres à faire beaucoup de travail; rarement les pieds s’améliorent, mais bien plutôt ils empirent, et ils sont en danger de devenir lout à fait incurables ; ils réclament une attention constante et toute spéciale, et beaucoup de talent pour être ferrés ; même dans les cas les plus favorables, il n’est plus possible de soumettre le cheval à un travail de vitesse. Cependant, si on ne lui demande que des allures modérées, il peut encore rendre des services pendant des années, si l’on a soin de ne pas trop le charger à dos; mais tout cela dépend principalement de l'adresse de l’ouvrier chargé de le ferrer, et l’on peut dire que des chevaux dans un tel état sont malsains. Les soles plates et bombées par la fourbure sont aussi

extrêmement rares dans les pieds de derrière.

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