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RECOMMANDATIONS AUX JEUNES PROFESSEURS

Pour être sûr que toutes les observations précédentes ont porté leurs fruits, faire toujours jouer les mains séparément, ne serait-ce que 3 ou 4 mesures; cela tient l'élève en éveil.

Quand il sait qu'on lui demandera un passage dans les deux sens, une basse par cœur, des gammes modulées, des tenues fermes, il travaillera en conséquence.

Toutes les recommandations sans contrôle sont lettre morte; une leçon du professeur doit être une élude.

Mesure et rythme.

Quand on fait lire la musique à des commençants, prendre les deux clés en même temps et les faire lire de bas en haut.

Il est utile de décomposer la mesure pour bien établir les valeurs et rendre la mesure possible dans la grande lenteur.

Tenues.

Elles doivent ère simples d'abord, combinées ensuite de façon à faire gagner de l'écart aux doigts et acquérir l'indépendance nécessaire.

Arpèges.

Employer toujours tous les doigts en variant les combinaisons. On en trou-

vera de nombreux exemples dans les exercices de Stamaty.

Passages difficiles utilisés en- exercices.

Pour éviter l'ennui d'exercices frop nombreux, prendre, dans les sonates et les morceaux qu'on étudie, tous les traits difficiles, en faire des exercices journaliers.

Les difficultés se trouveront vaincues et les morceaux seront appris sans augmentation de travail.

Expliquer toujours aux élèves l'utilité de ce qu'on leur demande, afin que, mieux pénétrés de l'excellence de leur travail, ils s'y intéressent davantage.

Dès qu'ils obtiennent un joli effet, le leur faire remarquer en leur expliquant pourquoi ils l'ont réussi.

Toutes ces observations s'appliquent à chaque élève quel que soit son âge.

Il n'y a pas d'âge pour bien jouer ; ne tolérer aucun laisser-aller dès le début.

Les études, les sonates, les œuvres de Bach doivent être mesurées à la force de l'élève, mais on doit exiger la perfection ; de là l'utilité de ne pas faire travailler des choses trop difficiles qui ne permettraient pas d'atteindre à l'exactitude absolue.

Si de temps à autre on aborde quelques œuvres difficiles, se rappeler que, dans les séances, un élève doit jouer en dessous de sa force. Ce sera pour lui le moyen d'avoir un jeu aisé et de remporter un succès encourageant.

Règle générale : Morceau de difficultés pour l'étude; morceau facile pour l'exécution en public.

Il y aurait encore bien à dire sur la direction à donner au goût musical de l'élève, mais le professeur intelligent, toujours en éveil, perfectionnera sans

cesse ses moyens et les appropriera au tempérament de l'élève.

L'encouragement, non la flatterie, est une force ; applaudir à une note bien prise, à une accentuation heureuse, fait plus pour l'art qu'une vive réprimande.

Si l'on s aperçoit d'un peu de fatigue, un arrêt de quelques secondes suffit pour détendre les nerfs et faire regagner du terrain.

Faire comprendre aux élèves toutes les nuances de l'inspiration dans l'œuvre qu'ils interprètent; qu'ils ne demeurent pas indifférents, mais qu'ils apprennent, au contraire, à discerner tous les moyens dont on se sert en musique pour donner de la couleur aux sentiments.

Musique d'ensemble.

Si l'on prépare un élève à faire sa partie avec d'autres instruments, lui faire exagérer le rythme. Que son pre-

mier temps soit nettement indiqué ; que ses mains soient bien ensemble, que dans les traits, chaque temps soit bien marqué et que le pianiste sache s'oublier, « car, a dit le célèbre violoncelliste Franc- « homme1, la musique d'ensemble, c'est « l'abnégation à trois, ou plus ! » Pensée que Schumann a développée ailleurs :

n Si tous les artistes voulaient être pre- « miers violons, on ne pourrait jamais « organiser un orchestre ; ainsi respectez « la position de chaque musicien, a

1 Franchomme, l'ami de Chopin, était l'oncle de Mme Charles Picquet.

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