DE L'INTERPRÉTATION EN MUSIQUE
L'interprétation doit être respectueuse, intelligente, artistique.
Le respect des valeurs rend avec exactitude la pensée du maître.
Les auteurs ont la juste prétention d'exiger que l'on joue ce qui est écrit.
S'ils indiquent une respiration, une liaison, etc., c'est que, sous cette forme, leur pensée est mieux rendue; la modifier c'est changer l'inspiration.
Jouer ce qui est écrit, c'est tout le secret
du piano ; c'est une révélation pour plus d'un pianiste Cette exactitude suppose une grande souplesse de mécanisme, beaucoup de difficultés vaincues, beaucoup de soin de la part du maître et de l'élève.
Bach est, à ce point de vue, le maître par excellence; il nous prend, nous oblige à tout voir, à tout décomposer.
Ce qui, au début, est effort, tension d'esprit, devient, peu à peu, habitude, et l'on s'étonne d'avoir pu faire autrement.
A ce soin extrême, il faut ajouter les sons habilement soutenus, les substitutions adroites qui aident à les obtenir, et les basses soigneusement répétées.
Tout concourt alors à donner au jeu ce velouté, cette souplesse qui sont le charme du piano, sans, pour cela, sacrifier la force.
Dans les sons soutenus, Mozart re-
trouve son ampleur, Beethoven, son intensité.
Les notes répétées soit avec le bout du doigt, soit avec le secours de la touche remontante, donnent une sonorité moelleuse aux œuvres de Chopin ; surveillées avec soin, les basses des mazoures et des valses contribuent à donner à ces danses nationales leur cachet particulier.
Quand l'art du piano se découvre ainsi à nous, il nous entraîne dans les régions de la jouissance pure ; on est heureux de donner une âme aux œuvres que l'on interprète et, pieusement, on fait revivre leurs auteurs.
— « Alors, dit Platon, l'harmonie, loi « morale, se présente sous mille formes ; « celle qu'elle revêt dans la musique, « donne une âme à l'univers, des ailes à « l'esprit, de l'essor à l'imagination ; elle (i donne du charme à la tristesse même ;
«de la gaieté, de la vie à toute chose. b
« C'est l'essence de l'ordre; elle conduit « ce qui est bon, juste, beau, à la « forme invisible, mais lumineuse, éter- « nelle. »