‹ Conseils du R. P. OlivaintChapitre 16 sur 16 · JOIE · texte numérisé non relu

JOIE

JE ne vous dirai point, mon cher ami : il faut bien vous soumettre à cette nécessité ; vous confesser, c'est pour vous un devoir, un besoin. Je vous dirai plutôt :

la confession, c'est une consolation que Dieu vous donne, une faveur qu'il vous fait : Aimez la confession.

Que de raisons n'avez-vous pas de l'aimer! C'est pour vous accorder la paix avec le pardon que Notre-Seigneur a daigné l'établir.

Supposons un instant qu'elle n'existât pas : dans quelle terrible incertitude, après tant de péchés commis, nous passerions tous les

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jours de notre vie ! Vous enviez sans doute le bonheur de ces pénitents à qui Jésus , durant son séjour ici-bas, disait : Remittuntur tibi peccaia tua. Eh bien, il daigne, à cette unique fin, dresser un tribunal de miséricorde, où la sentence prononcée est V absolution du coupable, où le juge est un homme mortel, pécheur lui-même, et par suite plus indulgent. Que dis-je :

un homme? Jésus-Christ lui-même est là, qui vous attend, vous écoute . vous pardonne : « Mon fils, vos péchés vous sont remis.... »

S'il s'efface derrière son prêtre, c'est pour vous rassurer ; mais il est présent pour vous bénir.

Étrange langage : « Mon Père, bémssez-mo\, parce que f ai péché. ..*»

Comme si nos fautes nous donnaient droit à la bénédiction!

Là, rien qui rappelle les tribunaux de la terre et les juge-

ments de la puissance humaine, nul appareil formidable : ni soldats, ni accusateurs, ni témoins.

Si l'on vous fait quelques reproches, ils sont doux, paternels, comme un écho de la voix de Dieu même. Si l'on vous impose une pénitence, elle est si légère, si disproportionnée avec vos péchés , que vous vous en étonnez tout le premier. C'est que celui qui vous accueille est, en effet, bien plutôt un père qu'on juge ; et personne ne s'interpose entre vous et lui ; vous êtes vous-même votre accusateur et votre témoin, vous êtes cru sur votre parole , jugé sur votre parole.

Tout ce que Dieu exige, dans le récit de vos fautes, c'est la sincérité et la franchise. La matière nécessaire de votre confession, ce sont seulement les péchés mortels ; quant au reste, vous pouvez le

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dire, si vous y trouvez profit et soulagement. Que cela est facile !

Il n'est pas même besoin d'un livre pour vous examiner ; le mieux est de descendre dans votre cœur, de chercher simplement et sincèrement vos fautes, à la lumière de Dieu, et de les accuser ensuite comme vous vous les rappelez.

Vous me direz : Le difficile, ce n'est pas l'aveu, c'est la contrition.

— Tout au contraire, car Jésus- Christ vous l'offre en même temps que le pardon ; il vous la donne avec la grâce, et la preuve qu'il n'est pas difficile d'être contrit, c'est qu'il suffit, pour cela, d'aimer Dieu.

La contrition ne consiste pas dans les larmes; sans larmes on peut avoir un vrai et parfait repentir. L'essentiel, c'est la détermination du cœur, c'est la volonté.

Vous dites : Volo... ne doutez plus du pardon.

Vous m'objectez : Et si je retombe, ne sera-ce pas une preuve que je n'avais pas la contrition ?

— Non ; ce qui arriverait plus tard ne saurait invalider ce que maintenant vous faites de bien.

Dieu sait que vous êtes faible ; mais il voit votre bonne volonté présente, et cela lui suffit. Aussi bien, dans l'absolution, vous puisez une force nouvelle ; plus souvent elle descend sur vous, mieux vous êtes armé contre les penchants que jamais vous ne vaincriez sans elle.

Ah ! quelle douleur ineffable dans les larmes de la pénitence !

Que le pécheur pardonné est heureux, et quelle joie sa conversion cause au cœur de Dieu ! Ne privez pas Notre-Seigneur de cette consolation, ne vous en privez pas

vous-même. Soyez fidèle à vous confesser fréquemment, à des époques nettement déterminées :

par ce moyen, avec l'innocence, vous trouverez la paix et l'avantgoût du ciel.

LE

EN montant glorieux au ciel , Notre Seigneur Jésus-Christ nous en a montré la route et ouvert l'accès ; mais, en attendant qu'il nous introduise dans le céleste paradis, il daigne nous rendre le paradis terrestre. Ainsi est pleinement rétabli le plan divin ; malgré le péché d'origine et la terrible sentence d'expulsion, malgré le glaive flamboyant de l'archange debout à l'entrée de l'Eden, il ne tient qu'à nous de jouir d'un véritable paradis sur la

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terre et de passer de là dans le paradis éternel. — Ce paradis rendu, quel est-il ?

Le paradis primitif était un jardin béni, que des fleuves sacrés fécondaient de leurs eaux vives ; au milieu, l'arbre de vie portait le fruit de l'Immortalité. Là, nos premiers parents vivaient heureux, comblés des bienfaits de leur Créateur, l'âme inondée de lumière et de grâce. Là, dans les desseins de Dieu, leur postérité, héritière du même bonheur, était destinée à gagner le ciel sans passer par la mort.

Vous savez comment Eve, en touchant au fruit défendu, nous priva de tous ces biens et causa tous nos malheurs.

Mais quel est cet arbre nouveau qui s'élève sur le Golgotha ? — C'est la croix, naguère emblème de l'ignominie, désormais rayon-

nant d'un éclat divin. Du pied de cet arbre mystérieux jaillissent des fleuves de grâces célestes, dont les eaux s'épanchent à travers un jardin immense qui couvre tout l'univers.

Ce jardin rendu, vous le comprenez bien, c'est la sainte Eglise, la patrie des âmes, le pays des enfants de Dieu. Jésus en est le nouvel Adam ; il y commande en roi. Près de lui, une femme, une mère qui nous a mieux aimés, et qui change heureusement le nom d'Eve : Mutans Evœ nomen.... .Marie, elle aussi, présente un fruit, le fruit béni de ses chastes entrailles, le fruit empourpré de l'arbre de la croix. Serait-il donc amer ? Oh ! non ; loin de causer la douleur comme le premier, il console ; il met en nous la vraie vie, la vie divine.

Car Jésus est le fruit que Marie

cueillit sur la croix et qu'elle nous offre : Jésus caché dans l'adorable Eucharistie, Jésus présent tout entier, avec son corps, son sang, son âme, sa divinité ; Jésus notre pain vivant, qui nous fait participer à sa propre vie : Divines cousortes naturœ (r). N'est-il pas vrai que c'est bien là pour nous sur la terre le paradis rendu ?

Je ne dis pas assez : le nouveau paradis a sur l'ancien une supériorité incomparable. Sans doute Adam vivait dans la lumière, et nous sommes plongés dans les ténèbres; mais, grâce à la sainte Eucharistie, nos ténèbres se changent en lumière. Que de doutes dissipés, que d'obscurités disparues aux rayons de la divine Hostie !

Adam avait une volonté droite,

i II" Épitre de saint Pierre, i, 4.

généreuse, soumise pleinement à la volonté de Dieu ; la nôtre est languissante, esclave des sens et toujours en révolte contre la loi.

Cela est vrai ; mais l'Eucharistie purifie notre sang, élève notre cœur, fortifie notre volonté.

Adam avait à sa disposition une grâce abondante; nous, au Saint Sacrement, nous en possédons la source et l'auteur. Jésus- Christ vient habiter en nous pour être à la fois le principe, le modèle, le terme de nos œuvres, pour nous faire vivre par Lui et pour Lui : Qui manducat me , et ipse vivet pr opter me (1).

Adam jouissait fréquemment des communications divines, et le Seigneur daignait venir le visiter.

Or voyez comme Jésus s'empresse, non seulement de vous accueillir,

(1) Saint Jean, 1, 58.

3ç$ LE PARADIS RENDU

mais de se donner a vous! Avec quelle douce familiarité il se livre, dès que vous voulez jouir de sa présence !

Adam était affranchi de toute maladie et de toute souffrance. La douleur nous reste , comme une épreuve salutaire ; mais la sainte Eucharistie la charme au point que parfois elle n'est plus même sentie. Ainsi les martyrs, fortifiés par la communion, se riaient des supplices, et les païens disaient :

Ces chrétiens ont un charme....

C'était vrai. Cependant Jésus opère, au Sacrement, une plus grande merveille : c'est que la douleur soit sentie et qu'elle soit aimée, aimée pour Lui. Ah! voilà le bonheur qui manquait au premier paradis, pouvoir souffrir afin de prouver à Dieu qu'on l'aime !

Adam n'avait pas la mort à

redouter; quel privilège! Oui, c'était un privilège; encore exempt du péché, il était exempt de la mort, qui en est la peine. Mais depuis que Jésus, par amour pour son Père et pour nous, a passé par la mort, la mort a perdu en quelque sorte son amertume. L'amour triomphe de la mort! Il n'est pas de témoignage d'amitié, de sacrifice d'ami plus grand, plus éloquent que de mourir pour ceux qu'on aime (1).

Dans le paradis rendu, il 3' a plus d'amour que dans le premier paradis : je le préfère, malgré la mort. La mort du corps achève de purifier l'âme ; elle est le commencement de la vraie vie, de la vie éternelle. O mort ! où est ta victoire ? puisque tu nous vaux

(1) Saint Jean, xv, i3.

d'entendre Jésus nous dire : Hodie fjiecum eris in paradiso.

Apprenez donc, mon cher ami, à chercher le paradis, non plus dans les jouissances de ce monde, parmi les biens du temps, mais dans la sainte Eglise, dans l'union à Jésus, dans la communion.

Xe goûtez pas au fruit défendu, détournez-vous du mal, afin d'être toujours digne de manger ce pain de l'ange, ce fruit béni de la virginité de Marie. Rappelez-vous que le corps de Jésus nous est offert immolé au divin sacrifice et que c'est sur la croix, où il est mort, qu'il vous a préparé l'aliment de vie. Mortifiez- vous donc, faites-vous violence, mourez à vous-même pour vivre de Lui et pour Lui. La communion fréquente, voila le secret de la vie.

Approchez-vous souvent de Celui qui vous dit : Ego sum vita ;

puis, quand vous le possédez, aimez à partager votre trésor ; comme Marie, donnez Jésus, afin que le Fruit de vie profite à tous.

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LA

MON ami, Notre Seigneur Jésus-Christ vous offre, vous donne son cœur, et en échange il vous demande le vôtre. « Mon fils, vous dit-il, donne-moi ton cœur.

Prœbe, fili mi, cor tuum mihi (i). »

Ainsi Jésus veut mener avec vous, vous faire mener avec Lui la vie du cœur.

Qu'est-ce que la vie du cœur?

C'est un échange de confiance et de dévouement, c'est une mutuelle affection qui unissent deux

(i) Proverbes, xm. 26.

cœurs en un seul et les font vivre d'une même vie : vie du cœur d'autant plus parfaite que Tamour est plus pur, plus élevé, que Dieu seul en est davantage le principe, l'objet et la fin.

Mais que dire quand l'un des deux cœurs qui s'unissent est le cœur de Dieu, quand la vie mise en commun est la vie divine , quand l'ami est l'Éternel, l'Infini, Celui qui ne passe pas, qui ne trompe pas, qui n'oublie pas et qui donne en retour incomparablement plus qu'il ne reçoit!

La vie du cœur par excellence, c'est la vie avec Dieu, la vie en Dieu. Non, rien n'est si doux, si délicieux sur la terre ; l'amitié la plus délicate et la plus généreuse entre deux nobles cœurs, l'union intime du la mère avec son enfant n'approchent pas de cette vie d'intimité, de ce cœur a cœur ineffable

auquel Notre-Seigneur vous permet, vous supplie même d'aspirer.

On dirait vraiment qu'il a besoin pour Lui-même de cette vie du cœur avec nous ! Non, sans doute ; il est Dieu, il se suffit pleinement à Lui-même; mais la charité l'a fait se pencher sur le néant pour créer l'homme à son image, c'està-dire capable d'aimer. Bien plus, il s'est anéanti Lui-même pour se faire homme semblable à nous, avec un cœur comme le nôtre, et, comme s'il était épris de sa nature, in funiculis Adam (1), Jésus va de toute part, cherchant, réclamant, mendiant, pour ainsi dire, l'affection de ces enfants des hommes parmi lesquels il daigne prendre ses délices. C'est dans un commandement d'amour qu'il résume toutes ses volontés, comme

(!) Osée, xr, 4.

s'il disait : Aime-moi, ô homme, aime-moi; je ne saurais me passer de toi, et ton cœur est nécessaire au mien. Donne-moi ton cœur :

il me faut ta confiance. Quand tu te défies de moi, comme je souffre, comme je souffre pour toi qui restes alors sans secours, pour moi qui demeure sans amour !

Donne-moi ton cœur : il me faut ton dévouement ; j'ai remis mes plus chers intérêts dans tes mains, les intérêts de ma plus grande gloire et du salut du plus grand nombre d'âmes possibles.

Donne-moi ton cœur; il me faut tes consolations. Vois comme partout je suis méconnu, oublié, méprisé, de nouveau crucifié....

Oh ! toi, du moins, crois, adore, aime !

Ineffable condescendance de Notre Seigneur Jésus, merveilleuse industrie de son amour!

Car enfin, il n'a pas, il ne saurait avoir de vrais besoins ; mais c'est parce que nous en avons , et de nombreux, qu'il nous prévient. Et le plus grand de tous, c'est précisément la vie du cœur.

Créés pour aimer et pour aimer Dieu, nous sommes, par le péché originel, inclinés vers les créatures, et cette déviation de notre amour est l'explication de toutes les folies, de toutes les misères, de toutes les agitations stériles qui, pour chacun de nous, composent le drame de la vie.

Et cependant chacun se dit :

Où donc est-elle, cette affection qui ne périt pas, qui ne trompe pas, qui n'attriste pas? Où donc estelle, cette affection qui est la vie, la vraie vie ? Les méchants mêmes l'appellent par leurs larmes et leur désespoir; elle est le regret éter-

nel des damnés, réduits à dire :

Ergo erravimus (i).

Ceux-là seuls ne se trompent pas qui , s'élevant au-dessus de tout ce qui est créé, vont la chercher en Dieu. Les cœurs nobles et purs vont droit à Celui qui pour eux est tout en toute chose :

Dens meus et omnial (2)

Et la bonté de Jésus -Christ répond avec empressement à leur aspiration : c'est à cette fin que le Verbe s'est fait chair, qu'il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité ; c'est à cette fin qu'il a passé sur la terre en faisant le bien, qu'il est mort sur la croix, qu'il a régénéré dans son sang le cœur de l'homme et l'a rendu plus digne de son amitié sainte ; c'est à cette fin qu'il reste caché

(1) Sagesse, v, 6.

(2) Parole de S. François d'Assise.

dans la sainte Eucharistie, pour se livrer à nous, pour s'unir avec nous, pour faire circuler en nous la vraie vie.

Comme il répond admirablement à tous nos besoins dans ce Sacrement de l'amour, donnant la lumière à l'esprit, la force à la volonté, la pureté aux sens, prodiguant avec sa grâce la consolation, la joie et la paix !

Soyez -lui reconnaissant, mon cher ami, et pour cela, prœbe,fili, cor tuum; répondez au besoin de son divin Cœur en lui donnant tout le vôtre.

Confiance de plus en plus !

Quel mal que le découragement et quelle injure ne fait-il pas à Jésus !

Dévouement de plus en plus !

dévouement à sa volonté connue, à ses moindres désirs ; sainte riva-

lité entre vous et vos amis, à qui sera le plus généreux dans le service de ce Roi immortel.

Non content de lui donner votre cœur, gagnez -lui d'autres cœurs qui, l'aimant avec vous, répondent à son amour.

Ainsi vous vivrez par le cœur, vous vivrez de la vie du Cœur de Jésus.

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