‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 20 sur 88 · III. n · texte numérisé non relu

III. n

COUR DE FRANCE

» comte, etc, » Profané, usurpé, gâté, abandonné, voilà le témoignage que rend madame de Sévigné du titre de marquis; elle écrivait en 1675.

C’était dans le même temps que Molière égayait Louis XIV et Paris aux dépens des marquis : les rires qu’il excitait prouvent qu’il exprimait le sentiment général ; car on ne fait pas rire le public malgré lui. Le plaisir que le roi prenait à ses comédies prouve que le roi pensait des marquis comme le public ; Y Impromptu de V ersaailles ne permet pas d’en douter. Cette pièce fut composée pour être jouée devant le roi, qui avait donné quelques jours seulement à l’auteur pour lui faire une pièce nouvelle. L’auteur met en scène les comédiens de sa troupe, sa femme, qui en faisait partie, et lui-même; et c’est leur embarras pour se mettre dans trois jours en état de représenter devant le roi une comédie nouvelle, qui est le sujet de l 'Impromptu de V ersailles. Dans la première scène, Molière s’adresse à Lagrange, un de ses camarades , et lui dit : Vous, prenez bien garde à bien représenter avec moi votre rôle de marquis. Madame Molière, sa femme, qui avait ses raisons pour prendre le parti de ce qu’elle croyait être des hommes de qualité, l’interrompt en s’écriant : « Toujours » des marquis ! — Oui , répond-il , toujours des mar- « quis. Que diable voulez-vous qu’on prenne pour » un caractère agréable de théâtre ? Le marquis aujourd'hui est le plaisant de la comédie; et comme » dans toutes les comédies anciennes on voit tou-

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>. jours un valet bouffon qui fait rire les auditeurs, «de meme dans toutes nos pièces de maintenant, » il faut toujours un marquis ridicule qui divertisse » la compagnie. »

Cela fut dit devant le roi et la cour.

La satisfaction que le roi témoigna à la représentation de Y Impromptu prouve que Molière, non seulement exprimait l’opinion du prince et même de sa cour, mais exprimait aussi celle du public; car Louis XIV était trop ami des bienséances pour rire publiquement de personnages qui n’auraient fait rire que lui. Pourquoi le public en riait-il ? pourquoi le roi en riait-il avec le public? Les motifs du roi étaient dans la chose même. Les marquis étaient modernes, et la nouveauté est un ridicule en fait de noblesse; ils étaient la création des Italiens et des Italiennes qui ont gouverné la France depuis Catherine de Médicis,bru de François Ier, jusqu’au cardinal Mazarin; et Louis XIV avait du dégoût pour tout ce qui venait de cette source. Le petit nombre de seigneurs qui avait préféré un titre étranger à des titres inhérents , comme ceux de comte et de baron, à l’antique monarchie, soit pour faire leur cour aux Italiennes ou aux Italiens par qui la France était gouvernée, soit pour gagner un rang sur leurs pairs, devaient lui paraître , ainsi qu’à la noblesse delà cour, fort ridicules, surtout depuis qu’ils s’étaient trouvés mêlés avec les parvenus et les aventuriers qui s’étaient fait revêtir ou s’étaient revêtus du même titre qu’eux.

COUR DE FRANCE

Les motifs communs ail monarque, à la cour et au public, étaient ce mélange d’hommes de toute condition , qui , sous le titre de marquis , inondaient la société, fatiguaient les gens sensés de leurs prétentions, infectaient la jeunesse de leurs mœurs, de leurs manières, de leur langage, tournaient la tête aux femmes, en un mot, ajoutaient leur maligne influence aux causes déjà trop actives de la corruption générale \

' Voyez ci-après une note en réponse à une opinion de M. Aimé Martin concernant les motifs de Molière et de Louis XlVà l’égard des marquis. C’est des marquis que date en France la vermine des petits-maîtres. «On n’a rien vu de «semblable en France, dit Vigneul - Marville, t. I, p. 3 1 4 » » que depuis François I“. Henri III donna beaucoup de cré- » dit aux petits-maîtres, et ce sont eux que l’on appelait les » mignons de cette cour, qui était très corrompue. »

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