‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 147 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE III

cuté avec pleine connaissance, mais à la rigueur dénué de raisonnement. Mais ce même orang-outang, s'il est trop petit pour atteindre la serrure , saura en approcher une chaise ou tout autre meuble : eût-il vu son maître recourir à ce moyen pour saisir un autre objet, il n'en serait pas moins vrai qu'il y a ici plus que simple imitation ; il y a comparaison et rai* sonnement.

Parce que l'animal n'a qu'un certain nombre de sons pour manifester ses mouvements internes, parce que son langage lui a été donné par la nature, on a dit que ce n'est là encore qu'un pur instinct, ne supposant ni volonté ni conscience. Mais d'abord, le langage de beaucoup d'animaux, celui des oiseaux par exemple, est infiniment plus étendu que nous ne le croyons; pour chaque espèce de passion, ces êtres ont des modulations différentes que reconnaissent tous ceux de la même espèce; pour chaque instant du jour, pour chaque variation de l'atmosphère, ils ont des accents tout autres; par un ciel brumeux, ils chantent autrement que sous un ciel serein. Nier cette joie , cette prière universelle , par laquelle tous ces êtres saluent les premiers rayons dorés .d'un beau jour, c'est nier la lumière elle-même, c'est nier ses propres sentiments ! Si le chant des oiseaux était absolument instinctif , si l'éducation n'y entrait pour rien du tout, il devrait être toujours et partout identique : or cette identité n'existe qu'au jugement des personnes dénuées entièrement du sens musical. Non seulement les accents d'un petit oiseau sont modifiés complètement lorsqu'il a été élevé avec des oiseaux d'autres espèces, mais encore, avec un peu d'attention, nous pouvons nous assurer qu'à l'état de liberté même , et d'un individu à l'autre dans la même espèce, il existe des nuances fort distinctives, fort sensibles, quant au timbre de la voix, quant à la forme des phrases, quant à l'accentuation. Le pinson, le chardonneret, la linotte, d'une région, chantent autrement que ceux de la région voisine. Tous ces êtres en

général qui nous semblent si identiques dans une même famille, se reconnaissent d'ailleurs fort bien entre eux, ainsi que nous pouvons l'observer à tout instant.

Chez les oiseaux qui possèdent à un haut degré le besoin et le don de l'imitation des sons musicaux ou des sons articulés, chez le perroquet, par exemple, en toute première ligne, l'imitation n'est jamais machinale: il se fait d'abord un travail de réflexion , quelquefois assez long , avant que l'oiseau essaie d'imiter ; puis commence l'étude de la phrase à répéter, étude qui se poursuit jusqu'à ce que l'imitation soit exacte, et sans qu'on ait besoin de rien rappeler à l'élève; et enfin, fort souvent , l'élève modifie et perfectionne ce qu'on lui a appris ; il fait mieux que le maître. M'étant amusé à siffler à un perroquet les notes de l'accord parfait, je l'entendis au bout de quelques jours répéter les sons avec une pureté de timbre à laquelle j'aurais vainement tenté d'arriver, ajouter une octave complète, en partie dans le haut, en partie dans le bas, transposer d'un ton dans l'autre, changer l'ordre des notes, les combiner entre elles, et toujours juste. Les témoins les plus indifférents de ce ftrit en tirèrent les mêmes conclusions que moi : c'est qu'un talent original et une certaine réflexion se combinaient chez ce perroquet avec l'instinct d'imitation. Il serait absurde de dire que le perroquet comprend comme nous la phrase articulée qu'on lui apprend; mais il serait tout aussi faux de fcier qu'il en comprend le caractère général : le ton de la menace , de la caresse , de la moquerie. J'ai entendu fréquemment le perroquet dont je parle ici employer fort à propos en ce sens les phrases retenues par lui , en les adressant à un compagnon jeune et fort ignorant qu'on lui avait donné.

En général , certains animaux, ou pour mieux dire certains individus d'une même espèce , comprennent beaucoup mieux qu'on ne le pense communément le sens d'un très grand nombre de substantifs. Il me souvient d'avoir vu chez un mercier un

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