LIVRE V, CHAPITRE III
. L'animal a une âme analogue à la nôtre, mais non identique, mais spécifiquement dislincte, et appelée à des fonctions d'un ordre inférieur. L'analogie des propriétés est trop grande pour qu'on puisse donner un autre nom gêné-; rique; la différence est trop grande pour qu'on puisse confondre.
. Et, qu'on le remarque , c'est précisément cette analogie qui établit notre supériorité : là où il n'y a point de rapport, il n$ peut y avoir ni supériorité ni infériorité. Si l'âme humaine n'était pas faite à l'image de Dieu, il n'existerait plus de rapport entre l'homme et le Créateur ; l'homme ne serait plus qu'une chose, et non un degré. De même si, entre l'homme et l'animal il n'existait point d'analogie de nature, si tout rapport réel était ainsi rompu, l'homme ne serait plus supérieur aux autres êtres vivants. Il ne passera jamais par la tête d'un homme sensé de se dire supérieur à une machine : ce sont deux êtres qui ne peuvent se mettre en parallèle.
Si nous comparons ensuite les divers animaux entre eux, nous arrivons à constater aussi d'une espèce à l'autre des différences considérables. Ces différences, nous l'accorderons très volontiers, sont moindres que celles qui existent entre l'homme et l'animal le plus élevé en titre; mais les unes et les autres sont comparables : il existe entre elles un rapport fini. Si nous établissons en histoire naturelle un règne humain, il faudra établir aussi un règne éléphant, un règne abeille, un
règne hirondelle , c'est-à-dire autant de règnes qu'il y a
d'espèces. De même donc que nous affirmons qu'entre I'unité animique de l'homme et I'unité ànimjque de tel être vivant, il y a une analogie de nature, mais une différence spécifique, de même aussi nous dirons qu'il existe à la fois une analogie complète de nature et des différences spécifiques entre les éléments animiques qui , en réalité , donnent à chaque animal son rang, son titre, ses fonctions propres.
Nous n'avons point à faire ressortir les différences spécifiques : elles sautent aux yeux. Les classifications de l'histoire naturelle, qui , en apparence , ne partent que des formes externes ou internes des animaux, des caractères anatomiques et physiologiques, portent bien réellement sur la nature spécifique de chaque élément ànimique lui-même, puisque c'est la puissance plastique de cet élément qui module son organisme.
Résumons au contraire encore une fois , et d'une manière bien accentuée, les analogies.
Les attributs essentiels de tout élément ànimique sont tout d'abord : la spontanéité , la liberté et la conscience des actes. Il n'y a en ce sens que le degré qui varie d'un animal à l'autre. Quelques penseurs, bien isolés, ont essayé, il est vrai, de nier ces attributs môme chez l'homme. — Laissonsles dans leur isolement. Respectons toutes les originalités, même l'amour du paradoxe ; mais gardons-nous de réfuter. — Dans ce travail , nous avons autant que possible étendu tacitement le nombre des axiomes , et nous avons soigneusement évité de démontrer l'évidence. Chacun de mes lecteurs, dieuràerci, sait, par exemple, qu'il est parfaitement libre de me lire ou non : il me lira , si je l'intéresse et si je parais vrai ; il me laissera dans la poussière de ses rayons, si je l'ennuie et si je lui semble faux. Il n'y a ici aucune contrainte, aucune fatalité : si nous y regardons de près, il n'y en a pas plus dans les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de nos actions bonnes ou mauvaises , exécutées après délibération.
Un autre attribut non moins essentiel , c'est Y affectivité. J'emploie ce terme à défaut d'autres plus convenables , pour désigner cette sublime puissance en vertu de laquelle deux êtres vivants se senient attirés l'un vers l'autre, indépendamment de toute impulsion physique. L'homme en général, ne s'oceupant guère que de lui ou de ceux de son espèce , n'a pas songé à créer un terme qui, au degré près , réponde chez