LIVRE II, CHAPITRE I
Le soleil, non-seulement attire les planètes, les satellites, tous les corps , en un mot , de notre système solaire , mais envoie en même temps , et dans toutes les directions de l'espace , des flots de lumière et de calorique ; de plus , il agit à titre d'aimant sur les corps magnétiques, et par suite sur les courants électriques que nous produisons ou qui se produisent naturellement à la surface de la terre.
L'espace infini ou , pour mieux dire , les espaces stellaires , sont donc indubitablement occupés par quelque chose.
Faisons de suite une remarque de la plus extrême importance. Si l'on avait pu démontrer que ces espaces sont occupés par de la matière à un état très rare , par un gaz d'une densité excessivement faible , on ne serait nullement en droit d'en induire , comme on a déjà prétendu le faire , que l'ensemble des relations du soleil et des corps de son système relève de cette matière , car les argumentations que j'ai présentées ci-dessus au sujet de la gravitation, celles que je présenterai bientôt au sujet du calorique etc. , subsisteraient encore dans toute leur force.
Si , au contraire , nous arrivons à démontrer que les espaces stellaires ne renferment point de matière diluée , nous serons bien obligés de conclure que le quelque chose qui les remplit, que le principe de relation du soleil, des planètes et de tous les autres corps célestes est d'une nature totalement différente de celle de la matière.
Les astronomes n'ont jamais jusqu'ici pu trouver rien , absolument rien qui, dans les perturbations des planètes ou de leurs satellites , puisse être attribué à une résistance aux mouvements de ces corps , dérivant de quelque obstacle matériel qui se trouverait dans l'espace. On objecte qu'en raison de la rareté de la matière répandue dans l'espace et en raison des masses relativement énormes des corps du système solaire, les perturbations dérivant de ces obstacles pourraient être tellement faibles qu'elles échapperaient à l'observation et à
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l'analyse mathématique. Je vais montrer qu'en ce qui concerne la gravitation supposée due à un principe matériel , cette objection n'a plus la moindre valeur.
Supposons que l'espace soit occupé partiellement par des particules de matière disjointes , indépendantes les unes des autres, douées de vitesses aussi grandes qu'on voudra d'ailleurs, et se mouvant chacune en ligne droite dans toutes les directions imaginables. Allons beaucoup plus loin , et supposons que ce soit à ces particules qu'est dû le phénomène de l'attraction newtonienne : c'est la seule hypothèse légitime lorsqu'on se refuse à faire de l'attraction quelque chose d'externe à la matière et de radicalement différent d'elle.
Nous avons reconnu que , dans cette manière d'interpréter, il faut concevoir les atomes en mouvement ou en repos comme doués d'une élasticité parfaite , autrement dit comme possédant en eux-mêmes le principe dynamique nécessaire pour les tirer du repos lorsqu'ils y sont rentrés par suite d'un contact réciproque ; nous avons , de plus , reconnu que cette conception est fausse et que l'atome n'est pas élastique. Dotons-le cependant de nouveau de cette qualité essentielle , et voyons où cela nous conduit.
Un corps (ou plutôt toutes les parties matérielles formant un corps supposé unique dans l'espace) recevra dans tous les sens possibles des impulsions égales. Le corps pourra donc rester en repos indéfiniment. Si , au contraire , deux corps séparés par un intervalle grand ou petit se trouvent en présence , nous pourrons concevoir qu'en vertu de l'impénétrabilité de la matière , les particules en mouvement qui iraient frapper une partie quelconque de l'un des corps, s'il était seul, soient arrêtées et repoussées sans perte de vitesse par les parties de l'autre corps.
• Deux parties quelconques infiniment petites a et b des corps A et B n'étant plus frappées sur leur ligne de jonction et sur leurs faces en regard, mais l'étant toujours en sens contraire