LIVRE II, CHAPITRE I
ment de P dépend uniquement du rapport des masses de P et des fi.
On pourra faire telle supposition que Ton voudra sur la forme , sur la nature , sur la vitesse absolue des p ; on arrivera toujours à cette conséquence finale : c'est que si les phénomènes de l'attraction universelle sont dus à un mouvement antérieur d'une matière invisible, le mouvement des atomes pondérables qui résulte de l'attraction est retardé par la cause même qui le produit: cette conséquence est déjà passablement paradoxale ; il en est une autre que l'on pourrait presque appeler fatale à l'hypothèse première. Puisque l'attraction universelle s'adresse d'une même façon à chaque atome de matière ou puisqu'elle est proportionnelle à la masse , la résistance qui, dans cette hypothèse, en est la conséquence, est elle-même proportionnelle à la masse du corps en mouvement. D'où il suit qu'à l'atome P nous pouvons substituer un assemblage d'atomes, un corps aussi pesant qu'on voudra, sans qu'il y ait rien de changé à la question ; et quelle que soit la masse de ce corps , de cette planète P, la perte de mouvement éprouvée à chaque instant est constante pour une même vitesse.
La tendance de P vers S est proportionnelle à la masse de S ; la résistance au mouvement l'est aussi. La tendance de P vers S est en raison inverse du carré des distances : la résistance l'est aussi.
En un mot , la résistance au mouvement de P, rapportée à l'unité de masse, est la même pour la plus grosse des1 planètes que pour un atome : elle constitue une force accélératrice négative, qui n'est fonction que de la vitesse absolue de P, et dont l'effet final serait de faire tomber tous les corps du système solaire sur le corps central , sur le soleil.
Si donc le mouvement des planètes et des satellites ne présente à l'astronome rien qui puisse être attribué légitimement à une résistance , ce n'est pas parce que la masse de ces corps
est trop grande, mais c'est parce que cette résistance, rapportée à l'unité de masse , est effectivement nulle.
Et si, contrairement aux faits connus jusqu'ici et bien interprétés , il se trouvait que le mouvement d'une comète nousrévèle une résistance, on ne serait plus en droit de Pattribijer à la cause première de l'attraction elle-même.
D'où découle enfin de la manière la plus claire ce que nous voulions démontrer : c'est que l'attraction newtonienne ne relève d'aucun mouvement antérieur d'une matière invisible.
Nous sommes obligés ici , bon gré , mal gré, de poser une première et capitale affirmation.
Au début même nous avions formulé un dilemme interroçatif :
Le mouvement d'une partie distincte de matière résulte-til toujours et immédiatement d'un mouvement antérieur d'une autre partie distincte de matière ?
Ou bien éxiste-t-il dans l'univers un élément spécial, capable , sans aucun mouvement antérieur, de tirer la matière du repos ou de l'y faire rentrer ?
Le premier terme est maintenant radicalement réfuté, et avec lui la doctrine qui prétend ramener tous les phénomènes dé l'univers à de simples mouvements de la matière. 11 est réfuté par les données les plus précises des sciences modernes, analysées par la raison et le bon sens : j'ajoute qu'il eût pu et dû l'être de tous temps par le bon sens seul, s'exerçânt sur les données les plus élémentaires d'une expérience journalière.
Le second terme est donc résolu par l'affirmation la plus radicale :
En partant des données les plus positives de l'expérience , en nous basant sur l'observation pure et simple, portée à ce haut degré d'exactitude et de rigueur qu'elle a reçues dans les temps modernes, nous venons de constater que la tendance qu'ont deux points matériels à se rapprocher, et que le